« Dernières nouvelles du jazz » par Jacques Aboucaya: l’actualité imaginaire

Il n’est jamais trop tard non seulement pour bien faire mais il n’est jamais trop tard pour s’informer des « Dernières nouvelles du jazz ».

C’est sous ce titre que Jacques Aboucaya que l’on connaît comme l’un des meilleurs commentateurs de l’actualité du jazz dans « Jazz Magazine », que l’on connaît aussi comme l’un des meilleurs connaisseurs ( « des meilleurs » et surtout « des plus compétents ») des différentes et nombreuses facettes de cette musique (il écrit dans les excellents « Cahiers du jazz » de Lucien Malson), Jacques Aboucaya a publié en 2005 son dernier livre aux éditions de L’âge d’homme.

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Il faut avec avidité s’engouffrer dans ces différentes nouvelles qui sont d’une actualité brûlante, c’est-à-dire toute imaginaire. Les « nouvelles », on l’aura compris, ont ici deux sens. Celui de la forme littéraire, celui de l’information.

Ce qui nous montre, ici aussi, que l’invention – parfois la plus insolite, la plus « débridée » – peut nous en apprendre autant qu’une dépêche « urgente » de la plus réactive des agences de presse.

Il y a ici douze nouvelles qui sont autant de petits et grands bonheurs. Avec du rire, des larmes, de l’ironie, du suspense, des musiciens de jazz, des vrais et tous les autres qui sont presque aussi nombreux, sinon davantage, le mont Canigou, des critiques de jazz ou des critiques tout court, des hommes, des femmes, bref, avec tout ce qui fait le bric-à-brac de la vie quotidienne ou de la vie exceptionnelle qu’est celle des musiciens.

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(Johnny Hodges « The Rabbit »)

Ça commence par un grand éclat de rire. La « chute » de la première des dernières nouvelles du jazz – « chute » qui est comme le dénouement d’un film d’Hitchcock, qu’on ne peut, qu’on ne saurait dévoiler – ne fait pas sourire. Elle provoque un rire « à haute voix » irrépressible. Il y a là un oiseau qui s’appelle « Lapin » : ça promet. Et la promesse est tenue. Bien sûr il y a l’ombre du saxophoniste Johnny Hodges qui avait pour surnom « Rabbit ». Mais il y a surtout… NON : allez donc y voir !

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(Johnny Hodges toujours)

Ça continue par une autre nouvelle qui est à l’opposé de celle-ci tant elle est empreinte d’une émotion tragique, de destins irrémédiables. Elle est en quelque sorte dédiée à l’immense saxophoniste Albert Ayler disparu à l’âge de trente-quatre ans.

« Il sourit tristement. Jane voudrait le consoler, lui dire qu’elle a entendu, elle, le message. Que sa vie en a été changée, là, dans l’instant. Que tout a basculé de façon irrémédiable, et qu’importe si les autres… » 

Et, quelques lignes plus loin, à peine :

« …Quand, le 27 novembre au matin, le médecin légiste examina Jane qui venait juste d’être retirée du bassin, il fut frappé par la sérénité qui émanait de son visage aux traits enfantins. »

 

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(Albert Ayler)

Quand on est capable d’écrire cela, de façon aussi concise, aussi simple à la fois et aussi intense, c’est que l’on sait au plus profond de soi ce qu’est la douleur, ce qu’est l’intelligence du monde et du cœur, ce qu’est la vie quand elle bat vraiment à chaque instant.

Quand on est capable de dire cela, de cette façon, émouvante et juste, c’est que l’on écrit avec talent. « Avec talent », ce qui veut dire, non pas avec une sorte de savoir-faire qui permettrait plus ou moins de se défaire de tous les pièges soi-disant tendus par l’écriture, mais en étant capable de faire ressentir ce que l’on ressent soi-même et sans doute ce que l’on est soi-même.

Il reste donc dix autres « nouvelles » qui nous « embarquent » toutes avec bonheur. Elles sont sarcastiques, ironiques, drôles encore ou passionnées presque toujours. Ne tardons pas à les découvrir, même si elles sont intemporelles, au-dessus, au-delà du temps qui passe.

Pour finir, un peu de la musique de Johnny Hodges et de celle d’Albert Ayler:

http://www.musicme.com/Johnny-Hodges/albums/Everybody-Knows-0602465445220.html?play=01

http://www.musicme.com/Albert-Ayler/albums/Music-Is-The-Healing-Force-Of-The-Universe-0044006538327.html?play=01



Nikolas Anadolis ou l’avenir du jazz: le 5° concours « Martial Solal »

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 Les concours ne sont que des concours.

Comment « juger » que celui-ci (ou celle-ci) est meilleur que celui-là (ou celle-là, évidemment)?: l’un (ou l’une donc) devant l’autre, quest-ce que cela peut bien signifier? Comme si la musique était pareille à une course à pied.

Mais enfin le concours Martial Solal existe.

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Nikolas Anadolis

Le cinquième Concours de piano-jazz, auquel le célèbre pianiste Martial
Solal a donné son nom, a confirmé sa réputation internationale. La
compétition, qui s’est déroulée à Paris, du 16 au 23 octobre, a rassemblé
quarante-neuf candidats. A l’issue d’une série d’épreuves couvrant les
différents champs du jazz (composition, improvisation, solo, musique
concertante), cinq d’entre eux ont été retenus pour l’épreuve finale, à
laquelle ont participé François et Louis Moutin pour la section rythmique
ainsi que l’ensemble du Newdecaband.

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Vadim Neselovskyi

C’est Nikolas Anadolis, jeune pianiste
grec de dix-neuf ans, qui a remporté le Grand Prix de la Ville de Paris,
suivi par Vadim Neselovskyi (Ukraine-Allemagne, Prix de la Fondation
BNP-Paribas), le Français Thomas Enhco (3ème Prix, offert par le Fonds pour
la Création Musicale) et l’Allemand Sebastian Sternal.

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Thomas  Enhco

Le jury a attribué le
« Prix du jeune soliste », offert par la Sacem, à l’italien Alessandro
Lanzoni, ainsi que deux mentions, au Bulgare Dimitar Bodurov et au pianiste
d’Afrique du Sud, André Joseph Petersen.

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Louis Moutin, Jean-Louis Chautemps, Ronnie-Lynn Patterson, Franco d’Andrea

Sans doute une partie de l’avenir du jazz est-il ici…et là…



Avec Eric Watson, les mémoires de Paris

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Le pianiste Eric Watson vient de signer un disque qui, après celui de Kenny Werner, chroniqué par « Notes de jazz » pour le site Citizen jazz (voir le lien dans la colonne de droite), vient compléter la « collection » intitulée « Jazz in the city » imaginée par Jean-Jacques Pussiau (disques Out Note records / Harmonia Mundi).

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Les « liner notes » qui accompagnent ce disque sont, pour leur version française, rédigées par les mêmes « Notes de jazz ». La version anglaise (il s’agit d’un texte original et non de la traduction de celles-ci) sont dues à Karl Lippegaus.

Dans le but de vous proposer l’écoute de la musique « inclassable » d’Eric Watson, on pourra lire ci-dessous ces « liner notes » en français (si tant est que le français n’y soit pas excessivement mis à mal). Elles se présentent comme une tentative de dire avec les mots quelque chose qui permette d’éclairer, au moins pour soi!, la musique elle-même.

Exercice « inatteignable » pourtant.

On trouve ce disque « Memories of Paris » par Eric Watson (Out Note records / Harmonia Mundi) dans toutes les boutiques à cette enseigne, chez les bons disquaires et en téléchargement sur le site de Out Note.

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Cet éclair qui ne s’éteint jamais. 

Au premier instant, il y a peu de choses.

Il y a du silence, il y a un chant, il y a quelques notes, sans doute primordiales. Puis, la musique traverse le temps et l’espace. Elle nous pénètre et vibre jusqu’en nous. Son but apparaît au plus escarpé des hauts sommets. C’est là qu’elle saisit, fascine, sidère, enchante.

Il y a des vibrations qui parlent. A l’instant où la percussion, impulsée par le pianiste, fait rythme. Comme elle conduit, au même moment, jusqu’à l’apaisement.

Ce qui s’entend ici, dans ces « Memories of Paris », dans toute la musique d’Eric Watson, c’est que, « corps et âme », c’est « tout un ». Qu’il n’y a là aucune différence, aucune limite. Quand le pianiste annonce un orage, quand la frappe des marteaux fait résonner les cordes tendues, c’est, de même, la sérénité qui approche et installe son royaume. Celui de l’évidence, de la pureté, de la vie qui vibre et du cœur qui bat.

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Avec « La rue des Martyrs », celle du « Beaujolais » ou encore celle des « Trois frères », on chemine dans un Paris imaginaire et rêvé tout autant. Même « Drop of gold »nous dit un quartier de Paris.

 Eric se joue de tout et joue avec les mots, il joue avec nous, avec l’histoire du jazz. Ecoutons « Smoking dog and sinner cat ». Il y a bien un « Chien qui fume ». Et aussi un « Chat qui pêche » (« a fishing cat »). Mais aucun chat (« a sinner cat ») a-t-il un jour commis un péché? Fut-il véniel, faute d’être mortel ou même capital ! Et tout cela nous renvoie au même moment à une autre « suite » intitulée par Charles Mingus (à qui, pour les titres de ses compositions, et pas seulement bien sûr, on pouvait faire confiance !) « The black saint and the sinner lady ». Mingus qui, lui aussi jouait parfois du piano. Lui aussi en solitaire.

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Le moins que l’on puisse avouer c’est que tout cela est inattendu. Et si l’on veut se reconnaître, se repérer sans coup férir, dans le monde sonore, imaginaire, d’Eric Watson, aucune boussole ne nous sera d’un bien grand secours. Il vaut mieux le savoir tout de suite : nous voici dans un monde perdu, éperdu. Perdu, parce qu’on n’est pas près de s’y retrouver ni demain, ni jamais chez un autre musicien. Eperdu, parce qu’on s’y abandonne avec bonheur comme dans un grand amour, une passion aussi fulgurante que soudaine. Et pourtant éternelle.

Le piano d’Eric Watson est souvent, sinon toujours, étrange. Si tout ici est « incroyable », si la musique d’Eric Watson est « inclassable », c’est qu’elle est avant tout, c’est qu’elle est en son tréfonds, une musique « impossible », une musique de l’impossible.

Ces musiques que l’on appelle « jazz » ont ceci d’extraordinaire qu’elles relèvent d’un monde toujours impossible. Elles ne sont pas la recherche d’un monde possible parmi des milliers d’autres. Elles ne nous permettent jamais de trouver « le meilleur des mondes possibles ».

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Ces musiques-là, celles que l’on appelle « jazz », elles sont « impensables », inimaginables. Impossibles donc ! Ces musiques-là, elles sont toujours d’un « ailleurs ». Elles proviennent de lieux que nous ignorons. Elles nous montrent des paysages que personne n’a jusqu’à ce jour aperçus. Elles disent ce que nous ne savions pas encore.

Eric Watson est l’un de ces musiciens, de ces artistes, de ces créateurs, de ces inventeurs, de ces poètes qui, au risque de leur propre vie, sont à l’extrême de cette imagination impossible, inclassable, inouïe, que nous reconnaissons en un instant comme le cœur battant de notre existence, de nos joies, de nos peines, de nous, au fond : comme nous sommes vraiment, sans fin.

C’est ce qui fait de ces « Memories of Paris » à entendre dans toute leur force, dans toute leur énergie, dans leur passion, dans le but qu’elles visent, comme une étape décisive.

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Décisive, comme quelques-uns de ces moments qui marquent irrémédiablement le parcours du jazz : avant Armstrong, avec lui, avec Duke, Charlie, Charles, Miles, John, Ornette, Cecil et combien d’autres ?

Et puisque nous devons savoir qu’aucune porte ne peut jamais se fermer tout à fait, sauf celles, bien sûr, qui semblent constamment ouvertes, seules celles empruntées trop souvent jusqu’à user notre entendement à jamais, alors tout est possible. Ou, plutôt – l’entendra-t-on ? – tout est « impossible ». Au sens où tout « impossible », encore jusqu’à ce jour, peut en un instant, arriver, ici, maintenant. Et pour toujours. « Memories of Paris » en est l’éclatante, la foudroyante preuve. Insigne marque au front d’un pianiste, d’un musicien inoubliable, d’un musicien qui n’oublie rien. Comme cet éclair qui ne s’éteint jamais.

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Car Paris n’est pas seulement une ville. Paris, ici, est un souvenir, un songe, quelques « mémoires » rassemblées, quelques rêves qu’on ne peut décrire ni même se représenter. Paris, pour ces « mémoires » là, ce sont des rêves impossibles.

« Je me levais et regardais les toits de Paris et pensais : « Ne t’en fais pas. Tu as toujours écrit jusqu’à présent, et tu continueras. Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses. » 

C’est ainsi que parle Ernest Hemingway dans « Paris est une fête ».

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« La phrase la plus vraie que tu connaisses » : il semble bien qu’Eric Watson nous en fasse le don dans ces neuf pièces qui sont comme une « suite », tant elles montrent de cohérence, d’équilibre, chacune étant en résonnance avec chacune. Il nous donne cette phrase dès la première note, dès la première mesure. Aussi étrange que cela paraisse, cette phrase « la plus vraie » est unique. Unique, mais multiple à la fois, s’égarant, changeant d’itinéraire, s’amusant d’un détour, se heurtant à un autre : elle est du début à la fin de ces « Memories of Paris ».

C’est ainsi que cette musique, quand elle est venue jusqu’à nous, ne nous quitte plus.

 Dans cet univers musical, autant que dans la géographie imaginaire, rêvée, faite de souvenirs que l’on imagine imprécis, irréels enfin, dans cet univers étrange, on est dès le premier instant, parfaitement, totalement, entièrement, chez soi.

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C’est là le mystère de tous ces jazz : une invention incessante, toujours au péril de tout et de soi-même d’abord,  en même temps qu’une émotion au plus intime de nous-mêmes.

 L’univers  d’Eric Watson, ses joies, ses peurs, ses déceptions, ses bonheurs, ses souvenirs, sont dans sa musique. Tout cela, tout cela que l’on peut appeler « Memories », tout cela c’est sa vie.

Et cette vie, cette musique, unique, irremplaçable, nous savons, dès qu’elle vient à nous, dès que nous écoutons la première note, qu’elle est en tout point cette « phrase la plus vraie ». Nous savons  qu’elle est comme une confluence immédiate avec les instants inoubliés de notre propre vie.

Michel Arcens

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Les notes et les mots

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En « miroir » avec un article du blog « L »Instant » (le grand frère de « Notes de jazz » est à l’adresse www.michelarcens.unblog.fr On peut aussi l’atteindre par le lien du présent blog), voici un article qui tente de réunir les notes et les mots, la poésie et la musique.

La tâche, à dire vrai, n’est pas bien difficile…

Fermons un peu les yeux et écoutons:

Tout d’abord le poète Lorand Gaspar (extraits de « Derrière le dos de Dieu » éditions Gallimard),

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« Une musique faite seulement de ce rien qui respire entre contraires, entre un battement du coeur et le battement d’une aile, la fin et l’infini. »

« Il y a longtemps tu as dit « j’oublie que tout est sourd et me lève comme une mélodie » tu sais bien que là-bas dans l’infatigable déploiement d’une étendue et pensée sans bornes la vie pousse et pense sans haut ni bas dans la respiration quelque part de mondes inimaginables. Tu ne veux être rien qu’une chose pensante et fluide qui chante comme l’eau et l’air, sur les pierres comme une musique qui passe entre les rochers. »

« … dans les moments où nous pouvons entendre l’aérienne musique d’une poignée de corps… »

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« Mes idées lavées dans la lumière étends-les dans l’espace grand ouvert, la joie fragile et l’horreur inapaisée, tout cela est encore de la musique. »

« Nous n’avons que cette musique – multitude blessante et joyeuse pour toucher le feu qui nous habite. »

« … les couleurs qu’inventent les yeux de la vie. »

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Et ensuite, ou mieux en même temps la musique du pianiste Bill Evans disparu il y a trente ans mais qui demeure présent pour tous ceux qui aiment le jazz, la musique, la vie.

 

Les mots de Lorand Gaspar comme l’un des signes de cette présence…

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Les accords de Bill Evans avec ceux de Scott LaFaro et Paul Motian en souvenir intense:

http://www.musicme.com/Bill-Evans/albums/Portrait-In-Jazz-keepnews-Collection-0888072306783.html?play=01

 



A William John « Bill » Evans

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Il est né le 16 août 1929 à Painfield, New Jersey. Il nous a quitté le 15 septembre 1980. C’était donc il y a trente ans et c’était à New York.

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Il demeure l’un des musiciens les plus merveilleux qui soient. Ce qui fait de sa musique, à moins que ce soit à cause de cela, en raison de cette musique, quelque chose de toujours essentiel et qu’on ne connaît ni un concert, ni un enregistrement qui ne soient pas un éblouissement.

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« C’est lui qui réinvente la musique à chaque fois. Ce n’est pas la folie qui se reconduit, c’est lui qui la dicte. Elle est très claire, d’ailleurs comme folie. Elle est la folie du piano. »  

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C’est ce qu’écrivait Francis Marmande dans « Le Monde » du 30 novembre 1996. Cela dit bien l’être singulier et rare comme un diamant que fut Bill Evans.

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« Laura » fut l’un de ses thèmes de prédilection.En voici une proposition différente.

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Avant quelques notes de musique nous invitant à ne cesser d’entendre la musique de Bill Evans, de vivre avec elle et, sans doute, grâce à elle.

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Laura 

C’est une enfant, Laura qui te mit au monde. Dehors il faisait froid. 

En quelques rondes insensées, en quelques rimes devenues comme l’air du temps 

Nous nous rapprochâmes à l’extrême de nos regards. 

Nous savions alors, dans le souffle de l’hiver 

Que nous ne pouvions plus nous distinguer comme l’éclair et le ciel. 

Nous nous appartenions, Laura. C’était ainsi. 

Il fallu bien des voyages, bien des chemins, bien des rêves 

Et bien des obstacles pour ne pas se perdre. 

Je t’attendais, ignorant, tout ce temps où tu étais là pourtant. Il y avait de la joie où la plupart ne voyait que brumes et gels impartiaux. 

Je ne peux oublier ces notes de musique 

Dont tu étais faite et que tes rires éclairaient 

Mieux que le chant qui nous émeut encore aujourd’hui. 

Ce chant qui n’est rien que toi Laura, 

Toi qui es faite de ces émotions 

Où je m’éveille dans l’immensité de tes matins. 

C’est une enfant qui est dans chacun de nos songes et qui vient de là-bas 

Qui vient de notre espoir, qui vient de ta promesse. 

En ce temps-là c’était le temps qui pleurait. 

Ce n’était pas toi. Crois-moi.

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http://www.musicme.com/Bill-Evans/albums/Tenderly-(An-Informal-Session)-0025218931724.html?play=01



Herman Leonard: des musiques en images

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Il ne faut pas que ce blog devienne une suite de nécrologies…

Mais voilà, le grand photographe Herman Leonard est décédé le 14 août et il serait injuste, erroné, de ne pas lui rendre hommage.

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Il n’y a qu’une façon de le faire: en disant la vérité.

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La vérité c’est qu’Herman Leonard savait faire vivre non seulement la présence des musiciens qu’il saisissait dans une sorte « d’instant décisif » (pour reprendre le mot d’Henri Cartier-Bresson. (voir à ce sujet l’article qui lui est consacré sur www.michelarcens.unblog.fr) mais aussi la musique elle-même.

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Par une sorte d’harmonie entre l’image et le son, hors de toute « représentation ».

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William Claxton, Jean-Pierre Leloir et quelques autres ont suivi cette voie.

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Abbey Lincoln, ici, toujours.

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A quatre-vingts ans Abbey Lincoln – on vient de l’apprendre – est décédée dans une maison de retraite à New-York city le 14 août de cette année 2010.

On trouvera sa « biographie » dans bien des journaux, sur bien des sites ou blogs sur internet et dans des dictionnaires de jazz.

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On  gardera sa musique en mémoire, sur nos « galettes », nos CD et nos i pod ou MP3. Mieux on la gardera en mémoire et au creux, au plus profond, au plus intime de nous-mêmes.

Abbey Lincoln fut l’une des plus grandes chanteuses de jazz. Cela est assuré.

Il est certain aussi qu’elle reste présente malgré les apparences et les hommages qui ne manquent pas déjà, vrais et sincères, convenus et de simple circonstance. Comme il est de coutume.

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Aujourd’hui, ici, nous penserons seulement que l’absence d’Abbey Lincoln n’est qu’une illusion. Ca n’est pas parce que nous ne la verrons plus (et combien d’entre-nous ont eu la chance de la voir un jour?) qu’elle ne vit pas encore.

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Ici et donc, toujours, Abbey demeure.

Peut-être davantage, peut-être mieux en tout cas, que d’autres. Elle demeure comme une amie, parce que sa voix fait partie de notre univers, de notre monde, de notre vie.

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http://www.musicme.com/Abbey-Lincoln/albums/Through-The-Years-0600753209615.html



Sarah, parmi les étoiles

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A l’écart des idées et donc à l’écart des hiérarchies, toutes faites.

C’est là qu’il faut se placer. C’est là qu’il faut savoir s’imposer à soi-même de se trouver.

C’était une soirée de juillet, loin des festivals établis. C’était à Perpignan au cœur du Palais des Rois de Majorque, un lieu que bien d’autres lieux pourraient envier en tout cas un lieu d’une beauté faite de lumières dorées, bleues, vertes, pleines de sang aussi, de guerres qui n’en finissent pas parmi les hommes.

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Mais c’était la paix. C’était la paix de la musique. La paix des sensations les plus impalpables et qui sont ainsi les plus présentes. Présentes à nos cœurs ou à nos corps, présentes comme au plus profond de nous.

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En dehors des sentiers battus et rebattus il y avait comme la présence de Billie Holiday que la jeune chanteuse Sarah Lenka revisitait.

Mais c’était davantage : c’était la tristesse de Billie, c’était notre tristesse que Sarah chantait. C’était la joie ou le bonheur fugace, saisi mais insaisissable quand même, inatteignable juste en cet instant où il nous frappe comme une sorte d’éclair, c’était cela que Sarah chantait. Ce soir-là.

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C’est comme s’il fallait se protéger peut-être des sunlights, de trop de reconnaissance, c’est comme s’il valait mieux être soi que de répondre aux attentes présumées et donc « standardisées » d’un public « échantillonné » : car c’est ainsi que l’on peut, sans doute, parler à chaque auditeur, à l’atteindre en son cœur, peut-être en son « creux ». Un peu comme s’il fallait oublier parfois ce qu’il y a de trop, d’excessif, dans ce qui, par avance, n’est là que pour répondre à de supposées attentes.

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Sarah Lenka, elle, silhouette fragile au milieu de cet été, face à huit cents personnes, avec ses quatre musiciens, a fait descendre pour un moment les étoiles du ciel, dans les yeux et les âmes.

Le premier disque de Sarah Lenka en attendant le prochain… pour bientôt

http://www.musicme.com/Sarah-Lenka/albums/Am-I-Blue-0826596031088.html?play=01



Elise Caron: la victoire du jazz

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La  chanteuse Elise Caron vient de recevoir une « Victoire du jazz » au festival de Juan.

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Elise est une chanteuse qui nous étonne presque chaque fois. Chaque fois qu’elle entreprend de nous donner, en chantant, une part d’elle-même.

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Elle explore tous les « possibles » de la voix, de la mélodie, de la musique, de soi-même. Elle nous donne parfois à apercevoir comme une part de l’impossible.  Elise est souvent, le plus souvent là où on ne l’attend pas.

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En chantant. En « étant » Eurydice…

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En jouant au cinéma.

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En interprétant Cesare Pavese, le poète italien suicidé, le génial écrivain.

Elise Caron, en nous retenant dans ses rythmes, dans ses désirs, dans ses exploits, dans ses propres émotions, nous a conduits si souvent à davantage reconnaître nos propres émois que cette « victoire » si elle vient aujourd’hui, il y a bien longtemps qu’elle nous l’avait, à nous, procuré.

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Pour en savoir davantage: www.myspace.com/elisecaron

Et un hommage d’Andy Emler, lui aussi « Victoire du jazz »: http://www.deezer.com/listen-3578900

Les autres « Victoires » sont: Médéric Collignon, Ibrahim Maalouf, Balaké Sissoko et Vincent Segal (source Citizen Jazz)

 



Virginie Teychené: l’avenir secret du jazz

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En 2006, Virginie Teychené signait un premier disque intitulé « Portraits ». En 2008 elle donnait un concert comme « révélation » du festival de Juan-les-Pins. Avec un répertoire qui était, pour l’essentiel, emprunté aux plus grandes références du passé. Dans une perspective similaire et totalement cohérente elle nous donne aujourd’hui  « I fell so good » (label Altrisuoni). Avec Stéphane Bernard (piano), Gérard Maurin (basse, guitare), Jean-Pierre Arnaud (batterie) et François Chassagnite (trompette).

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Il ne fallait pas être grand clerc pour se rendre compte, depuis « Portraits », que l’on « tenait » avec Virginie Teychené une très belle chanteuse de jazz. Pas de celles qui lancées ici ou là à grands renforts de moyens, se servent du jazz plus qu’elles ne le servent. Mais une authentique créatrice.

Est-ce donc parce qu’elle sait faire ressentir ce que l’on imagine comme ses propres émotions que Virginie Teychené est une si belle chanteuse ?

Car, savoir chanter, posséder « l’art », la technique, est une chose.  Virginie Teychené possède tout cet art.

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Mais si, en peu de temps, en deux albums et quelques concerts (Juan, Marciac, Draguignan, Conilhac-Corbières), elle a réussi à nous « emporter » vraiment c’est qu’il y a en elle bien plus. Bien davantage. Il y a dans sa voix, dans ses façons colorées et multiples de dire l’amour et la joie, de dire l’amour et la peur et peut-être même la souffrance, il y a chez elle comme toutes les faces d’une vie, de toutes les vies sans doute, qui viennent jusqu’à nous. Et il y a peut-être mieux enfin. Parce que lorsque Virginie chante la joie, il y a parfois, si l’on entend bien ( ?), quelque fêlure, voire quelque déchirure qui se profile, dont on sent qu’elle a déjà eu lieu, ou pire, qu’elle pourrait survenir dans un instant.

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J’ai conclu « Instants de jazz » (éditions Alter Ego/Prologue d’Alain Gerber/photographies de Jean-Jacques Pussiau) sur un épilogue qui confie aux femmes l’avenir du jazz.

Dans cette « confiance » il ne faut surtout pas oublier que ce sont des chanteuses qui ont sinon inventé le jazz (personne n’a inventé le jazz, il n’a jamais eu besoin que de lui-même et comme il est protéiforme et insaisissable, indéfinissable, on ne voit pas bien qui pourrait se prétendre son inventeur sans tomber dans le ridicule ou la prétention la plus aveugle) mais qui l’ont, disons faute de mieux, « impulsé ».

 

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Et oui, on peut créer, inventer, donner à rêver, en retournant au passé, en faisant revivre et vivre les plus grands thèmes de l’histoire de la musique. Cela est vrai pour le jazz. (On ne demande pas à Maurizio Pollini s’il est un artiste et pas seulement une sorte de « répétiteur », bien qu’il interprète des musiques du XIX° siècle ou de celui qui vient de s’achever, des musiques du passé, qu’on le veuille ou non.)

Il y a sans doute plusieurs façons de faire vivre le passé. La moindre n’est pas de le rendre présent. Non comme un souvenir, comme une mémoire. Mais comme un moment de notre propre présent, de notre propre vie, de notre propre vie comme nous la vivons.

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L’avenir nous ne le connaissons pas. L’avenir, le futur sont des secrets. Ils sont comme l’amour. Ils ne se disent, ni même ne se peuvent. Mais ils sont toujours un espoir. Ils conduisent on ne sait où. Car, si l’on prévoit, si l’on sait vraiment ce qui va arriver dans un moment, dans une heure, dans un an, dans une seconde, alors il n’y a plus d’espoir. Il n’y a plus d’avenir. Et peut-être même plus d’amour, plus de désir ; cet amour, ce désir qui font sans doute qu’il y a, dans ce monde, encore de l’avenir.

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Il y a dans le jazz une part féminine qui n’est pas un accident, ni un « accessoire »ou même une modalité parmi d’autres. Il y a cette part féminine dans le jazz qui lui est essentielle. Le jazz repose sur l’épreuve que constitue la vie. Non pas la succession des épreuves que nous rencontrons, certains plus que d’autres, certains moins que d’autres. Il ne s’agit dans le jazz, (dans ce qui le fait être ce qu’il est), que de cette épreuve incessante que nous sommes par rapport à nous-mêmes. C’est parce que nous sommes une sorte d’émotion constante, toujours entrain de se renouveler, que nous vivons : enfin, c’est cela vivre ! Rien d’autre.

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 Et le jazz est cette musique qui en s’inventant constamment, dit, chaque fois de façon différente (c’est ainsi qu’il est indéfinissable) cette « émotion de la vie ». Cette « émotion »-là, elle peut être montrée, décrite, affirmée, comme cette part « féminine » du jazz. Parce que, sans doute, dans la voix d’une chanteuse on entend, comme immédiatement, sans détours, tout ce qu’il y a d’elle, tout ce qu’il y a de sa vie, tout ce qu’il y a de la vie.

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Une chanteuse comme Virginie Teychené poursuit cette sorte de quête, d’invention incessante, en s’appuyant sur le passé, en lui donnant le goût, parfois sucré, parfois amer, parfois les deux ensemble entremêlés, souvent ce mélange-même que nous ressentons d’instant en instant, et qui ne nous quitte guère, c’est pour cela sans doute qu’elle est un peu comme l’avenir du jazz.

Pour en savoir davantage:

www.virginieteychene.com

et écouter ses deux albums:

http://www.musicme.com/Virginie-Teychene/albums/Portraits-7619993002316.html?play=01

http://www.musicme.com/Virginie-Teychene/albums/I-Feel-So-Good-3760148283945.html?play=01

 



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