Un siècle seulement avec Robert Johnson

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Le 8 mai 2011, si l’on en croit les chroniques (mais il ne faut jamais les croire, surtout dans ce cas où tout est incertain) nous pourrions célèbrer l’anniversaire de la naissance de Robert Johnson.

Robert Johnson est non seulement présent au coeur de celles et de ceux qui aiment ce que l’on appelle le blues mais aussi, et de la même manière, chez toutes celles et tous ceux aussi qui aiment le jazz. Et sans doute, bien d’autres musiques, rock an’ roll en tête.

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C’est un texte extrait du roman noir de James Sallis « Le faucheux » (Folio policier Gallimard) qui – comme sur www.michelarcens.unblog.fr – constitue le centre de l’évocation de Robert Johnson sur « Notes de jazz ».

« Parce que l’esclave ne pouvait pas dire ce qu’il pensait… il disait autre chose. Il ne tarda pas à dire toutes sortes de choses qu’il ne pensait pas. Nous appellerions cela de la dissimulation. Mais ce qu’au fond, il voulait dire, c’était cela, le blues… Un jour il a dit à un journaliste que les jeunes avaient tort. Ils essayaient de rentrer à l’intérieur du blues, alors que c’était un moyen de sortir, sortir des journées de travail de seize ou dix-huit heures, sortir de leur cadre de vie, de ce qui les attendaient eux et leurs enfants, sortir tout simplement de cette souffrance qui ne les lâchaient pas…

C’est ainsi qu’a évolué le blues pour finalement devenir une autre forme de dissimulation, une autre façon de ne pas dire ce qui était exprimé. Un moyen « sans danger » d’affronter la colère, la souffrance, les désillusions, la rage, la perte des choses. Lorsque le bluesman chante que sa chérie l’a encore quitté, il n’évoque pas la fin d’une relation amoureuse, il pleure le détournement de son existence et de son être [...]

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[...] J’ai éteint la télé, je me suis resservi du whisky et j’ai essayé d’imaginer comment ce serait sans elle. Je suis sorti sur le balcon pour observer le défilé des âmes, les propres et les sales, dans la rue en contrebas. L’association du froid extérieur et de la chaleur intérieure procurée par le whisky était enivrante, électrique. Demain serait porteur de bonnes nouvelles. Vicky ne partirai pas. »

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http://www.musicme.com/Robert-Johnson/albums/The-Centennial-Collection-0886443001466.html?play=01

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Et, voici pourquoi cette autre citation, de Lorand Gaspar cette fois (« Derrière le dos de Dieu » Gallimard 2010), dit si bien ce qu’est la musique de Robert Johnson:

« Nous n’avons que cette musique – multitude blessante et joyeuse pour toucher le feu qui nous habite. »

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Est-ce la raison pour laquelle une chanteuse, plutôt qu’un chanteur, fut-il Eric Clapton, fussent les Stones eux-mêmes, est-ce la raison pour laquelle une chanteuse de jazz, Cassandra Wilson consacra un album à Robert Johnson? En donnant à cette musique toute la vie qui l’habite… depuis cent ans et pour longtemps sans doute…

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http://www.musicme.com/Cassandra-Wilson/albums/Robert-Johnson-5099751257325.html?play=01

Une autre chanteuse a, elle aussi, magnifiquement chanté Robert Johnson. C’est Patti Smith qui nous a donné une interprétation si brûlante de « Come on in my kitchen ».

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Si vous souhaitez écouter cette musique et que, comme moi, vous ne la trouviez pas encore (elle devrait, je pense, ne pas trop tarder) sur le « net » ou dans vos discothèques préférées vous pouvez me la demander, je vous enverrai par « mail » le fichier correspondant.

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Il y a des bonheurs qui ainsi se méritent !!!

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« Excelsior » ou la musique « entre la fin et l’infini »

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C’est un regard, c’est un enfant qui court  dans les rues de la petite ville, c’est une main qui prend celle de son amie, c’est le parfum que j’attends, celui des fleurs du printemps et celui de cet ice-cream dont j’ai rêvé et qu’enfin, maintenant je savoure avec innocence sous le soleil qui revient. C’est une musique lointaine, une musique du passé. C’est une musique si présente, si neuve. C’est un instant qui oscille, entre la fin et l’infini.  C’est ici, lorsque l’eau et le ciel, quand ils ont la même couleur, se confondent. (1)

Les souvenirs du passé, ceux de l’enfance pas plus que tous les autres, ne sont ceux d’autrefois. Ce sont seulement les moments que nous vivons. Aujourd’hui, à cette seconde.

Nous ne nous souvenons de rien. Parce que nous n’oublions rien. Nous sommes tout cela que nous sommes. Que nous fûmes peut-être. Mais c’est pareil.

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Le pianiste Bill Carrothers fait bien plus que nous décrire, que nous raconter à la manière d’un récit de ses années d’enfance et d’apprentissage, la petite ville d’Excelsior, Minnesota dans ce nouveau chapitre de « Jazz and the city » la série imaginée par Jean-Jacques Pussiau  et qui nous a déjà amenés à New-York avec Kenny Werner ou à Paris avec Eric Watson. (« Excelsior » Outenote records 007 distribution Harmonia Mundi)

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Il n’y a ici rien d’une évocation, rien qui ressemble à une description. Ni de la ville, ni pas même de ce qui a pu arriver au jeune enfant d’alors dans cet Etat du North middle west. Et s’il y avait parfois, au hasard d’un titre ou d’une phrase musicale l’esquisse d’une narration, ne nous y trompons pas: là ne se trouve pas le cœur de cette musique. Il n’y a rien non plus en elle, à aucun moment, quelque chose qui nous dise ce que le musicien d’aujourd’hui pense d’Excelsior, de  ce que cela évoque en lui, quels sont les bons et les moins bons souvenirs. Il n’y a rien de nostalgique dans ce qu’il a inventé pour lui, pour nous, il n’y a pas davantage de regrets que d’images heureuses. Ce que nous entendons, ce qui se joue – car, soyons-en persuadés, ce que nous entendons est ce qui se joue – c’est bien davantage, c’est même seulement cela,  c’est Bill Carrothers qui vibre dans sa musique, avec elle, par elle, en cet instant même où il l’invente.birds.jpg 

Les lieux que nous habitons, ceux où nous vivons, sont des rues et des couloirs de métros, des chemins dans la campagne, des ruisseaux, des vallées ou des lacs, des chambres solitaires ou des maisonnées à n’en plus finir, les lieux que nous habitons sont comme des mondes fermés. Non qu’ils soient secrets mais secrets ou racontés, ils n’ont en eux-mêmes rien à nous dire, rien à nous faire comprendre. Pas davantage que les yeux de notre mère, pas davantage que la main de notre amour. Mais, le regard d’une mère, la main qui prend la main c’est cela-même qui est une vie. Et c’est cela que nous voyons d’abord, c’est cela que nous ressentons. Avant même d’apercevoir des yeux ou une main.

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C’est ce regard qui nous touche et nous atteint qui est essentiel, qui est premier, que nous percevions le matin à notre réveil, avant de partir à l’école, et non pas ces yeux et seulement ces yeux, qui pouvaient bien être bleus ou noirs et peut-être étaient, eux aussi, encore ensommeillés.  C’est la caresse de la main qui nous fait battre le cœur et non pas que cette main-ci soit si douce, ou bien qu’elle soit encore jeune ou qu’elle ait déjà la marque, le prix et le poids des années.

C’est ainsi, lorsqu’une musique prend le nom d’une ville, d’une ville que nous aimons, c’est un peu comme si elle devenait une part de nous-mêmes. Mais si la musique révèle ce lieu – sans doute a-t-elle ce pouvoir – plus encore elle révèle le musicien lui-même. Mais davantage enfin : elle nous révèle à nous-mêmes.

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« Excelsior » est sans doute l’un des plus brillants moments de la musique, de ceux qui nous montrent combien celle-ci ne peut reproduire un monde. Mais comment elle peut faire d’un monde caché, d’un monde que l’on ne voit pas, un monde ouvert. La musique ne crée pas en ce sens qu’elle produirait quelque chose. Et ici qu’elle retracerait une histoire, celle dont le pianiste se souviendrait avec une émotion et une intensité plus ou moins grandes.

La musique d’Excelsior crée parce qu’elle révèle. Parce qu’elle est une poésie la musique de Bill Carrothers nous ouvre à notre propre vie en nous conduisant dans une lumière que nous ne connaissions pas encore. C’est là le propre d’une œuvre d’art quand elle est au plus intense d’elle-même. C’est ainsi qu’est la musique de Bill Carrothers, sans doute un pianiste rare, si rare !, l’un de ceux dont la musique est  « faite seulement de ce rien qui respire entre contraires, entre un battement du cœur et le battement d’une aile, la fin et l’infini. »  (Lorand Gaspar).

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(Les images d’Excelsior proviennent du site internet officiel de cette ville)

La musique en écoute « streaming » est ci-dessous:

http://www.musicme.com/Bill-Carrothers/albums/Excelsior-3760195730072.html?play=01

(1) On dit que c’est là l’origine du mot Minnesota dans le langage des indiens Sioux



« A présent, c’était l’aube. » A propos de « Knowing Lee » par Lee Konitz, Dave Liebman et Richie Beirach

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Le jazz vit au cœur intime de l’incertitude, il vit du crépuscule et de sa lumière quand elle vacille et parfois fait murmurer ses plaintes. Cette musique ne s’entend, il faut le croire, que lorsque nous sommes, comme elle, entre « chien et loup ». Lorsque nous sommes perdus, hésitants et pourtant comme jamais en ces instants où nous sommes nous-mêmes, liés indissolublement à notre destin. Le jazz est toujours ainsi, toujours une musique de l’aube, de là où tout commence mais où rien encore n’est fait, où rien n’est décidé. Alors que tout, ou presque sans doute, est possible. Le jazz est toujours une musique du soir, une mélodie de ces moments où nous frissonnons devant l’horizon, quand le soleil disparaît et que nous ne pouvons saisir une main que seulement nous frôlons mais dont nous savons bien qu’elle nous échappera sous le regard d’une étoile pâle. Plus pâle que les autres et qui s’enfuit à nos yeux quand elle demeure dans notre cœur. Sur aucun chemin assuré le jazz ne saurait nous conduire. Il n’y fut et n’y sera jamais lui-même. C’est pour cela qu’il est comme l’essence-même de la musique : une quête sans fin et qui peut-être s’ignore elle-même. 

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C’est pour cela aussi qu’il est la source inépuisable de bonheurs intenses. On peut bien traverser des déserts, se reposer et s’enchanter, s’assoupir dans quelques oasis, il est dans la nature la plus profonde, dans le tréfonds même du jazz de nous conduire au bord du précipice : là où se trouve la joie. Là où nous savons bien que nous sommes capables de voler, de nous abstraire de la terre et de devenir ce que nous sommes, de nous trouver enfin nous-mêmes.

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Oh, il n’y a pas tant que ça des ces moments aussi exceptionnels. Il n’y en a pas tant dans une vie. Que l’on soit musicien ou que l’on écoute la musique ce qui n’est pas bien différent contrairement à une idée reçue et si courante. Mais c’est l’une de ces chances, l’un de ces trésors qui nous attendent au tour et au détour de nos chemins de traverse et qui nous font vivre. Si quelque chose s’appelle l’espoir, c’est peut-être bien cela. Ca n’est pas un but car alors nous ne le verrions jamais cet instant de bonheur ! Nous le manquerions, fascinés par la cible, par la flèche, par l’arc tendu.  

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C’est au contraire un don qui survient et un don comme celui-ci ne peut qu’être total. Il ne provient ni d’une attente, ni d’une demande, encore moins d’une quête. Il ne peut recevoir aucun remerciement. Ce don est comme cela : il est absolu. Le jazz est ainsi qu’il nous donne ce qu’il est tout entier. Pas à chaque fois. Mais il suffit d’une « occasion » comme celle qui sous le nom de « Knowing Lee » vient d’apparaître. Lee Konitz, Dave Liebman et Richie Beirach viennent là de nous donner le meilleur.

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Non d’eux-mêmes ce qui, il faut en convenir serait déjà beaucoup. Ils viennent de nous donner une musique qui est le plus intense, le plus brûlant, le plus imaginatif (car on n’a pas fini, écoutant et écoutant encore cet enregistrement – OutNote records OTN 006 distribution Harmonia Mundi – d’imaginer et de rêver) qui se puisse. Il faut sans doute donner un peu de soi, un peu de son innocence (à aucun moment de son « savoir », de ce que nous connaissons du jazz et de son histoire car ce serait alors affaire de spécialistes, d’historiens, de « culture ») : il faut soi-même se donner à ce don que nous font ces trois compères.

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Tout don, n’est-ce pas, ne se reçoit que si l’on est capable soi-même non de recevoir mais de donner. Et il n’y a aucun don qui soit une obole. Sinon ce don n’en est pas un mais seulement une sorte de prêt, quelque chose de partiel qui attend sans le dire, un geste en retour. Ici, avec « Knowing Lee », la seule chose qui soit vraie n’est pas que nous connaissons mieux Lee Konitz (et pourquoi pas Dave Liebman, et pourquoi pas Richie Beirach : ils sont tous trois indissociables et leur musique est proprement unique) mais que nous sommes avec cette musique enfin éveillés, que nous nous trouvons au bord du gouffre, au bord de nous-mêmes et de toute notre vie. 

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Coda 1 : « A présent, c’était l’aube. Elle était venue sans qu’il s’en aperçût…Lorsqu’enfin il se mit en marche, il eut l’air de voltiger avec la légèreté d’une feuille le long du mur grisonnant… comme une feuille qui n’aurait pas tout à fait assez de vent pour la maintenir en mouvement. Le jour croissait graduellement sans paraître émaner  de quelque source ou direction que ce soit. Maintenant, il pouvait parfaitement lire les mots, les caractères, bien qu’ils eussent encore tendance à danser et à empiéter l’un sur l’autre dans un aimable chassé-croisé de signification… (« Pylône » William Faulkner éditions Gallimard)

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Coda 2 : A toutes fins utiles on précisera qu’il s’agit ici d’un enregistrement à la fois « historique » et hors du temps.

 http://www.musicme.com/David-Liebman/albums/Knowinglee-3760195730065.html?play=01



« Je te verrai dans mes rêves » ou le miroir du monde selon Alain Gerber

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Il est des livres plus étranges que d’autres. Plus étranges parce que plus proches. Non pas de cette « proximité » dont on nous rebat les oreilles pour nous faire croire que l’on pense à nous et que l’on serait à notre service en nous vendant de la poudre de perlimpinpin aux prix de l’or noir. Mais plus proches parce qu’ils nous entraînent jusqu’à notre « corps défendant » vers des régions que nous ignorons ou que nous croyons ignorer et qui s’avèrent à la fois fascinantes et dérangeantes. Sans cesse ; tout au long de la lecture. Dérangeantes parce qu’elles ne cessent de provoquer des interrogations auxquelles nous ne pourrons jamais répondre avec certitude. Et, parce qu’en même temps nous sommes attirés irrésistiblement par la « suite », par « ce qui va arriver », par cette « vérité » que nous voulons découvrir, à la ligne suivante, à la page que nous allons immanquablement tourner, au chapitre qui vient et dont le dernier n’a peut-être pas même de terme.

Le dernier livre d’Alain Gerber qui vient de paraître sous le beau titre musical « Je te verrai dans mes rêves » (éditions Fayard) est de ceux-là. Il est de ces livres qu’on ne lâche pas. A moins que ne ce soit le livre lui-même qui, s’attachant à vous ne vous quitte pas. Allons savoir…

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(Alain Gerber)

Dans le monde littéraire d’Alain Gerber on connaît les romans, on connaît les vies imaginaires et réelles de musiciens de jazz, on connaît les récits, on connaît les essais.

« Je te verrai dans mes rêves » est un livre à part dans l’œuvre de cet écrivain. Il ressemble à tous mais il est surtout différent de chacun d’entre eux.

Le film de Woddy Allen « Accords et désaccords » dans lequel Sean Penn interprétait un guitariste de jazz du nom d’Emmet Ray et plus encore ce dernier sont à l’origine de « Je te verrai… ».

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(Woody Allen)

C’est ainsi que le livre commence à Venise par un entretien entre le cinéaste et l’auteur. Un Woody réel, « plus vrai que nature ». Un Alain tout aussi « réel » mais dont il faut bien se résoudre à penser qu’il est aussi et sans doute d’abord, en cette circonstance, un personnage de fiction.

Voici comment Alain Gerber nous raconte le début de sa quête d’Emmet Ray. Nous savons bien qu’Alain Gerber connaît l’histoire du jazz mieux que le fond de sa poche. Alors, que Woody, cinéaste génial, clarinettiste de jazz à ses heures, mais surtout « l’un de ces heureux menteurs qui disent toujours la vérité » lui parle d’un guitariste « génial » absent de tous les dictionnaires et de (presque ?) toutes les mémoires et le voici parti dans une quête méthodique et acharnée.

Mais est-ce Gerber qui nous raconte ses recherches ? Tout cela est bien sûr inventé, y compris ce Gerber-là, celui qui va de la banlieue de Paname au cœur d’un Etat d’Amérique sorti dont ne sait quelle cinématographie, sur les traces d’Emmet Ray.

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(Emmet Ray ou bien Sean Penn)

Alain Gerber, dans ce dernier opus, s’avère, maître du suspens. Davantage qu’Hitchcock lui-même. Parce que son suspens n’est pas seulement celui qui est animé par cette interrogation récurrente, cette question qui nous taraude indéfiniment : « Qu’est-ce qui va arriver ? », « Que va-t-il donc bien se passer ? », « Le ciel va-t-il, en venant du Japon ou d’ailleurs, nous tomber enfin sur la tête ? ». Parce que le suspens de l’écrivain, celui qui anime cette fois le livre tout entier, c’est celui de savoir si ce qui est dit, écrit, suggéré ou dévoilé, est réel ou non, si cela est vrai ou non.

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Il faut être très attentif, l’esprit empreint d’une grande habileté, faire preuve d’une logique que même Sherlock Holmes ne saurait connaître, pour au détour d’une page ou d’une autre, savoir de quoi nous parle le livre : d’un musicien qui a réellement existé ? d’un autre Django en l’occurrence, qui est présent au premier plan quand il ne l’est pas au second mais dont on ne sait plus très bien s’il ne serait pas Emmet Ray lui-même, à moins qu’Emmet ne soit une figure de Django ? d’un cinéaste à Venise ou de son ombre ? d’un écrivain ou de son double ?

Et le livre lui-même est-il réel ou bien est-il imaginaire ?

Il n’y a pas de réponse à la question. Et c’est bien là le « pire » ! C’est bien là le « coup de force, c’est-à-dire le coup de génie » d’Alain Gerber.

« Suis-je en train d’inventer Emmet Ray à mon tour ? Je suis romancier, pas musicien. Je n’ai pas vécu à Botelneck. Bottelneck, pas plus que Venise ou Montréal, n’a jamais eu aucune réalité pour moi. Je peux me tromper. Je suis même fait pour ça : broder, divaguer, prendre les vessies pour des lanternes, regarder le monde comme un miroir des livres. » 

Parce que le monde est un miroir des livres, des fictions et des rêves comme le dit la chanson, et non pas le contraire, ce livre est sans fin. Sans fin, il est peut-être avant toute chose une sorte de réflexion – mais plutôt de fable ou de conte, peut-être de récit – sur ce qu’est la littérature. Sur ce qu’est la réalité, sur ce qu’est l’imaginaire, sur ce qu’est la vie.

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C’est donc autour de Minuit que l’on devrait trouver ce très beau « Je te verrai dans mes rêves », pierre blanche sur l’itinéraire si fertile d’un écrivain si singulier, pour ne plus jamais pour le lâcher, pour ne plus jamais l’oublier.

Comment oublier cette interrogation qui est l’origine-même du livre ? Comment l’oublier puisqu’elle nous met nous-mêmes en question ?

La musique du film

  http://www.musicme.com/Woody-Allen/albums/Accords-Et-Desaccords-sweet-And-Lowdown-bof-5099749750227.html?play=01

et par la sublime Anita O’Day

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http://www.musicme.com/Anita-O%27day/albums/The-Very-Best-Of-Anita-O%27day-3661585696735.html?play=01



Des nouvelles de l’Océan Indien chapitre I: l’île Maurice

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Sans doute, comme l’écrivit Cesare Pavese, cité par Bertrand de Robillard dans « Une interminable distraction au monde » (L’Olivier) :

« La maturité est aussi la chose suivante : ne plus chercher au dehors mais laisser parler la vie intime, avec son rythme qui seul compte. » 

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Le rythme est cela même qui bat au cœur de la vie et de l’épreuve que nous en faisons, de cette épreuve dont elle ne se distingue pas et que le jazz porte en lui, lui qui est fait de rythme comme de « feeling » ce qui pourrait bien être la même chose.

Bertrand de Robillard est l’un des écrivains les plus importants de l’île Maurice dont il est l’un des deux représentants au Salon du livre de Paris en cette année 2011. Il est aussi un amoureux de jazz auquel il fait parfois référence dans ses romans. Il est l’auteur du dossier « Jazz en héritage »  publié par la revue mauricienne « Performances » à la suite de la disparition du saxophoniste Ernest Wiehe en juin 2010.

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(E Wiehe à gauche sur la photo)

Sur l’île Maurice le jazz est particulièrement vivant, de l’hôtel Tamarin réputé « le seul club de jazz » de l’île au Melting Pot de Moka en passant par le Blue Bambou de Mahébourg ou Le Sapin de Camp Levieux.

Eric Triton, Clifford Boncoeur ou son frère Jonathan, Cyril Michel, Dean Nukadoo, Philippe Thomas, Samuel Laval, Mylène Bamboche, Caroline Auckbaraullee sont parmi ceux, nombreux et très talentueux qui font du jazz une musique vivante un peu partout à Maurice. Avec passion.

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(Eric Triton)

Peut-être que le ciel des tropiques – plus vaste, plus immobile souvent -, peut-être que la lumière qui frappe la nature et les hommes aussi, là-bas, sont propices à ce que la vie se dévoile dans les rythmes de la musique. Il n’est alors pas surprenant que, loin de La Nouvelle-Orléans, de New-York, de Chicago, le jazz qui se moque des frontières, ait une place essentielle.

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(Bertrand de Robillard)

C’est sans doute pour les mêmes raisons que, Bertrand de Robillard dans le roman déjà cité écrit aussi : « Car j’étais d’avis qu’en matière de littérature, comme en musique, il y avait une question déterminante liée au rythme, en vue d’une appréciation correcte de l’ouvrage. Toutefois, si dans le domaine musical la décision du tempo incombe au musicien, en littérature c’est au lecteur que revient cette option – qu’il prend généralement sans y penser. » 

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C’est ainsi qu’il peut conclure ainsi cette  » Interminable distraction au monde » :

« … Notre aventure, vraisemblablement, ne sera pas celle que nous sommes, à tort, allés chercher dans un ailleurs étranger à nous, mais plutôt ce cheminement intérieur dont tu me parles. Il m’est apparu, pour utiliser une métaphore que tu apprécieras peut-être, comme une improvisation musicale, une sorte de musique aléatoire, un morceau en cours de composition où l’on pourrait percevoir, du compositeur opérant en terrain inconnu, les doutes et les hésitations, qui se feraient de moins en moins fréquentes à mesure qu’approcherait la fin. Une musique qui trouve résonnance dans ma préférence, comme la tienne, à cultiver le doute plutôt que la certitude. Et je me dis que je veux continuer de cheminer à tâtons, à tes côtés. »

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En coda on peut ici écouter Eric Triton et son album « Blues dan mwa »:

http://www.musicme.com/Eric-Triton/albums/Blues-Dan-Mwa-3661585418849.html?play=01



Le jazz, une musique « impossible », une musique éternelle

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Le jazz se joue sans cesse, s’invente sans cesse. Le jazz est exactement comme ce que nous sommes, comme ce que nous vivons, souvent sans même nous en apercevoir, sans en prendre conscience. Le jazz, oui, est « inconscient » ! Il est inconscient en ce sens qu’ il ne recherche pas, par un processus conscient, par un processus conscient de représentation, sa propre vérité et encore moins la vérité. Il sait que cette vérité n’est qu’une possibilité jamais atteinte.  Comme telle, la vérité, celle que nous dit le jazz, la vérité donc est aussitôt remise en cause, non comme un accident qui lui adviendrait fatalement, comme le fait d’une fatalité extérieure, mais parce qu’elle porte en elle, dans son essence, d’être cette possibilité, d’être une possibilité, non pas n’importe laquelle mais celle qui advient. Cette vérité est une remise en cause. Elle est vérité en tant que remise en cause. 

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Cette possibilité est par conséquent, tout autant une impossibilité : elle est d’abord, de façon primordiale une impossibilité. C’est toujours ce qui était impossible qui advient et devient possible. Si ce possible qui advient était possible avant d’advenir alors il ne serait plus tout à fait une possibilité. Il serait déjà une réalité fixe. En tout cas une réalité capable de se « fixer », déjà en train d’apparaître. Et, il n’y a aucune réalité fixe, aucune réalité qui soit préétablie. Il n’y a que des impossibilités qui deviennent possibles et qui portent en elles, de façon immédiate et immanente leur remise en question, leur disparition éventuelle.

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Si l’on considère la musique « classique », telle en tout cas que nous l’appréhendons aujourd’hui, elle est écrite et si toutes les interprétations divergent, la part de chacune d’entre elles est, par définition, restreinte. L’œuvre est comme préétablie. Elle est la vérité à laquelle il faut se référer et qui ne peut s’inventer. Qui peut se « moduler », s’infléchir, mais pas se créer à nouveau en tant que telle.  C’est ce que dit Richie Beirach dans une interview à Jazzz Magazine en octobre 2010 : « J’ai vite compris que sur dix versions d’une étude de Chopin, toutes différentes et de qualité, il n’y avait que 5% d’interprétation personnelle. Ce n’est pas assez, pour mon ego en tout cas. Le jazz te met en situation d’assumer pleinement ton rôle de créateur, d’agir sur la musique dans toutes ses dimensions et ça dans l’instant du jeu,, en relation directe avec d’autres personnes. La conséquence c’est qu’on ne peut pas jouer deux fois la même chose. C’est impossible »  Le jazz est donc comme une sorte de musique impossible parce qu’il n’est fait que de remises en cause. L’improvisation est, bien sûr, la face la plus visible de cette nature « impossible » du jazz. Mais ça n’est pas seulement cela. Cette nature du jazz, cette nature de l’impossible dans le jazz est plus profonde encore.

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Le jazz est une musique qui ne part que d’elle-même. Elle ne part pas du monde qu’elle ne décrit pas. Elle ne part pas non plus d’une tradition qu’elle aurait pour tâche de faire se survivre à elle-même par tous les moyens, y compris ceux de la dissimulation. Le jazz n’est là que pour créer. Pour créer quelque chose qui n’existe pas encore. Pour inventer un monde, pour inventer le monde. Non pas pour choisir parmi tous les mondes possibles celui qui serait le meilleur ; pour les musiciens, pour les amoureux du jazz,  ou même pour tous les hommes de la Terre. Le jazz est cette musique qui ne cessant d’inventer, propose et ne dispose ni n’impose. Le jazz n’est pas une « leçon », il n’est pas un dogme, il n’est pas une « réalité ».

  

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Le jazz est une fiction : au sens où cette fiction est la seule réalité possible, ce qui nourrit le réel, ce qui permet au réel, à toutes les autres formes de réalité, de s’épanouir ou, en tout cas, d’être possibles. Le jazz est une musique qui, peut-être n’existe pas. Voilà sans doute pourquoi on a autant de mal à la définir. Voici pourquoi elle est, décidément, indéfinissable. Comment voulez-vous qu’elle soit définissable si elle est impossible ?  Le jazz est comme les romans : il peut bien « partir du réel », mais c’est le réel qui a besoin de lui. Alain Gerber qui a tant écrit que « le jazz est un roman », nous l’a assez démontré. 

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Le jazz fait voir la réalité en ce sens qu’il nous fait éprouver en nous-mêmes ce que nous sommes nous-mêmes et qui, comme par hasard, constitue le fondement originaire et primordial de toute réalité. Il nous fait voir cette réalité parce qu’étant créé lui-même à partir du cœur le plus intense de cette épreuve de soi, de ce pathos consubstantiel à toute existence, il le dit, ne s’en cache pas, ne dissimule décidément rien, même dans ses formes ou ses expressions les plus pudiques, qu’elles relèvent de la joie, du bonheur, de la souffrance ou du malheur et de tous les avatars d’une vie. Nous disant le « plus près », le jazz nous apprend à voir « l’impossible ». Le jazz ne ment jamais. Sauf le marketing…cela de soi ; mais alors le jazz, son âme, a depuis longtemps disparu. Le jazz ne se marchande pas.

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Le jazz n’est pas non plus une « idée » : il n’y a jamais eu quelqu’un qui aurait dit : je vais imaginer quelque chose, quelque chose de possible parmi tout ce qui est possible, que personne n’a encore imaginé, quelque chose d’impossible aux yeux de tous, et que je vais appeler « le jazz ». Personne n’a inventé le jazz. Le jazz s’invente tout seul en quelque sorte. Il a comme sa propre vie. Sa propre vie ce sont toutes les vies que les musiciens « lui font subir » et lui donnent. Et les dieux du jazz savent qu’il en a subi et qu’il en subira encore de drôles et de pas toujours mûres, ce « bon vieux jazz ». Et que c’est à cause de cela qu’il vit toujours et, n’en déplaise aux grincheux ou aux jaloux, qu’il est immortel. 

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les « django d’or » 2010: les nouveaux talents et les plus anciens

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Les récompenses des « Django d’or » qui sont un peu les prix Nobel du jazz à moins qu’il ne s’agisse du prix Goncourt et du Renaudot associés, à moins encore que ça ne soit tout cela à la fois, et peut-être mieux encore (?!!!!!!!!!), bref ces récompenses ont été décernées le 27 novembre dernier.

C’était au théâtre Marigny. Et outre qu’il y avait beaucoup de monde il y eut un hommage au cinéma, au cinéma quand il joue du jazz, quand il s’inspire du jazz, quand il respire le jazz.

Dans la catégorie Nouveau Talent a été récompensé Thomas Enhco Trio pour son album

« Someday my prince will come ».

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Dans la catégorie DjangodOr Musicien Confirmé a été récompensé Andy Emler MegaOctet pourson album « Crouch, touch, engage »

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Dans la catégorie DjangodOr Spectacle Vivant a été récompensé Rhoda Scott Ladies Quartet.

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Dans la catégorie DjangodOr SACEM de la création a été récompensé  Jean-Loup Longnon

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Dans la catégorie DjangodOr Prix Frank Hagège a été récompensé  Eddy Louis.

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« Dernières nouvelles du jazz » par Jacques Aboucaya: l’actualité imaginaire

Il n’est jamais trop tard non seulement pour bien faire mais il n’est jamais trop tard pour s’informer des « Dernières nouvelles du jazz ».

C’est sous ce titre que Jacques Aboucaya que l’on connaît comme l’un des meilleurs commentateurs de l’actualité du jazz dans « Jazz Magazine », que l’on connaît aussi comme l’un des meilleurs connaisseurs ( « des meilleurs » et surtout « des plus compétents ») des différentes et nombreuses facettes de cette musique (il écrit dans les excellents « Cahiers du jazz » de Lucien Malson), Jacques Aboucaya a publié en 2005 son dernier livre aux éditions de L’âge d’homme.

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Il faut avec avidité s’engouffrer dans ces différentes nouvelles qui sont d’une actualité brûlante, c’est-à-dire toute imaginaire. Les « nouvelles », on l’aura compris, ont ici deux sens. Celui de la forme littéraire, celui de l’information.

Ce qui nous montre, ici aussi, que l’invention – parfois la plus insolite, la plus « débridée » – peut nous en apprendre autant qu’une dépêche « urgente » de la plus réactive des agences de presse.

Il y a ici douze nouvelles qui sont autant de petits et grands bonheurs. Avec du rire, des larmes, de l’ironie, du suspense, des musiciens de jazz, des vrais et tous les autres qui sont presque aussi nombreux, sinon davantage, le mont Canigou, des critiques de jazz ou des critiques tout court, des hommes, des femmes, bref, avec tout ce qui fait le bric-à-brac de la vie quotidienne ou de la vie exceptionnelle qu’est celle des musiciens.

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(Johnny Hodges « The Rabbit »)

Ça commence par un grand éclat de rire. La « chute » de la première des dernières nouvelles du jazz – « chute » qui est comme le dénouement d’un film d’Hitchcock, qu’on ne peut, qu’on ne saurait dévoiler – ne fait pas sourire. Elle provoque un rire « à haute voix » irrépressible. Il y a là un oiseau qui s’appelle « Lapin » : ça promet. Et la promesse est tenue. Bien sûr il y a l’ombre du saxophoniste Johnny Hodges qui avait pour surnom « Rabbit ». Mais il y a surtout… NON : allez donc y voir !

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(Johnny Hodges toujours)

Ça continue par une autre nouvelle qui est à l’opposé de celle-ci tant elle est empreinte d’une émotion tragique, de destins irrémédiables. Elle est en quelque sorte dédiée à l’immense saxophoniste Albert Ayler disparu à l’âge de trente-quatre ans.

« Il sourit tristement. Jane voudrait le consoler, lui dire qu’elle a entendu, elle, le message. Que sa vie en a été changée, là, dans l’instant. Que tout a basculé de façon irrémédiable, et qu’importe si les autres… » 

Et, quelques lignes plus loin, à peine :

« …Quand, le 27 novembre au matin, le médecin légiste examina Jane qui venait juste d’être retirée du bassin, il fut frappé par la sérénité qui émanait de son visage aux traits enfantins. »

 

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(Albert Ayler)

Quand on est capable d’écrire cela, de façon aussi concise, aussi simple à la fois et aussi intense, c’est que l’on sait au plus profond de soi ce qu’est la douleur, ce qu’est l’intelligence du monde et du cœur, ce qu’est la vie quand elle bat vraiment à chaque instant.

Quand on est capable de dire cela, de cette façon, émouvante et juste, c’est que l’on écrit avec talent. « Avec talent », ce qui veut dire, non pas avec une sorte de savoir-faire qui permettrait plus ou moins de se défaire de tous les pièges soi-disant tendus par l’écriture, mais en étant capable de faire ressentir ce que l’on ressent soi-même et sans doute ce que l’on est soi-même.

Il reste donc dix autres « nouvelles » qui nous « embarquent » toutes avec bonheur. Elles sont sarcastiques, ironiques, drôles encore ou passionnées presque toujours. Ne tardons pas à les découvrir, même si elles sont intemporelles, au-dessus, au-delà du temps qui passe.

Pour finir, un peu de la musique de Johnny Hodges et de celle d’Albert Ayler:

http://www.musicme.com/Johnny-Hodges/albums/Everybody-Knows-0602465445220.html?play=01

http://www.musicme.com/Albert-Ayler/albums/Music-Is-The-Healing-Force-Of-The-Universe-0044006538327.html?play=01



Nikolas Anadolis ou l’avenir du jazz: le 5° concours « Martial Solal »

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 Les concours ne sont que des concours.

Comment « juger » que celui-ci (ou celle-ci) est meilleur que celui-là (ou celle-là, évidemment)?: l’un (ou l’une donc) devant l’autre, quest-ce que cela peut bien signifier? Comme si la musique était pareille à une course à pied.

Mais enfin le concours Martial Solal existe.

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Nikolas Anadolis

Le cinquième Concours de piano-jazz, auquel le célèbre pianiste Martial
Solal a donné son nom, a confirmé sa réputation internationale. La
compétition, qui s’est déroulée à Paris, du 16 au 23 octobre, a rassemblé
quarante-neuf candidats. A l’issue d’une série d’épreuves couvrant les
différents champs du jazz (composition, improvisation, solo, musique
concertante), cinq d’entre eux ont été retenus pour l’épreuve finale, à
laquelle ont participé François et Louis Moutin pour la section rythmique
ainsi que l’ensemble du Newdecaband.

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Vadim Neselovskyi

C’est Nikolas Anadolis, jeune pianiste
grec de dix-neuf ans, qui a remporté le Grand Prix de la Ville de Paris,
suivi par Vadim Neselovskyi (Ukraine-Allemagne, Prix de la Fondation
BNP-Paribas), le Français Thomas Enhco (3ème Prix, offert par le Fonds pour
la Création Musicale) et l’Allemand Sebastian Sternal.

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Thomas  Enhco

Le jury a attribué le
« Prix du jeune soliste », offert par la Sacem, à l’italien Alessandro
Lanzoni, ainsi que deux mentions, au Bulgare Dimitar Bodurov et au pianiste
d’Afrique du Sud, André Joseph Petersen.

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Louis Moutin, Jean-Louis Chautemps, Ronnie-Lynn Patterson, Franco d’Andrea

Sans doute une partie de l’avenir du jazz est-il ici…et là…



Avec Eric Watson, les mémoires de Paris

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Le pianiste Eric Watson vient de signer un disque qui, après celui de Kenny Werner, chroniqué par « Notes de jazz » pour le site Citizen jazz (voir le lien dans la colonne de droite), vient compléter la « collection » intitulée « Jazz in the city » imaginée par Jean-Jacques Pussiau (disques Out Note records / Harmonia Mundi).

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Les « liner notes » qui accompagnent ce disque sont, pour leur version française, rédigées par les mêmes « Notes de jazz ». La version anglaise (il s’agit d’un texte original et non de la traduction de celles-ci) sont dues à Karl Lippegaus.

Dans le but de vous proposer l’écoute de la musique « inclassable » d’Eric Watson, on pourra lire ci-dessous ces « liner notes » en français (si tant est que le français n’y soit pas excessivement mis à mal). Elles se présentent comme une tentative de dire avec les mots quelque chose qui permette d’éclairer, au moins pour soi!, la musique elle-même.

Exercice « inatteignable » pourtant.

On trouve ce disque « Memories of Paris » par Eric Watson (Out Note records / Harmonia Mundi) dans toutes les boutiques à cette enseigne, chez les bons disquaires et en téléchargement sur le site de Out Note.

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Cet éclair qui ne s’éteint jamais. 

Au premier instant, il y a peu de choses.

Il y a du silence, il y a un chant, il y a quelques notes, sans doute primordiales. Puis, la musique traverse le temps et l’espace. Elle nous pénètre et vibre jusqu’en nous. Son but apparaît au plus escarpé des hauts sommets. C’est là qu’elle saisit, fascine, sidère, enchante.

Il y a des vibrations qui parlent. A l’instant où la percussion, impulsée par le pianiste, fait rythme. Comme elle conduit, au même moment, jusqu’à l’apaisement.

Ce qui s’entend ici, dans ces « Memories of Paris », dans toute la musique d’Eric Watson, c’est que, « corps et âme », c’est « tout un ». Qu’il n’y a là aucune différence, aucune limite. Quand le pianiste annonce un orage, quand la frappe des marteaux fait résonner les cordes tendues, c’est, de même, la sérénité qui approche et installe son royaume. Celui de l’évidence, de la pureté, de la vie qui vibre et du cœur qui bat.

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Avec « La rue des Martyrs », celle du « Beaujolais » ou encore celle des « Trois frères », on chemine dans un Paris imaginaire et rêvé tout autant. Même « Drop of gold »nous dit un quartier de Paris.

 Eric se joue de tout et joue avec les mots, il joue avec nous, avec l’histoire du jazz. Ecoutons « Smoking dog and sinner cat ». Il y a bien un « Chien qui fume ». Et aussi un « Chat qui pêche » (« a fishing cat »). Mais aucun chat (« a sinner cat ») a-t-il un jour commis un péché? Fut-il véniel, faute d’être mortel ou même capital ! Et tout cela nous renvoie au même moment à une autre « suite » intitulée par Charles Mingus (à qui, pour les titres de ses compositions, et pas seulement bien sûr, on pouvait faire confiance !) « The black saint and the sinner lady ». Mingus qui, lui aussi jouait parfois du piano. Lui aussi en solitaire.

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Le moins que l’on puisse avouer c’est que tout cela est inattendu. Et si l’on veut se reconnaître, se repérer sans coup férir, dans le monde sonore, imaginaire, d’Eric Watson, aucune boussole ne nous sera d’un bien grand secours. Il vaut mieux le savoir tout de suite : nous voici dans un monde perdu, éperdu. Perdu, parce qu’on n’est pas près de s’y retrouver ni demain, ni jamais chez un autre musicien. Eperdu, parce qu’on s’y abandonne avec bonheur comme dans un grand amour, une passion aussi fulgurante que soudaine. Et pourtant éternelle.

Le piano d’Eric Watson est souvent, sinon toujours, étrange. Si tout ici est « incroyable », si la musique d’Eric Watson est « inclassable », c’est qu’elle est avant tout, c’est qu’elle est en son tréfonds, une musique « impossible », une musique de l’impossible.

Ces musiques que l’on appelle « jazz » ont ceci d’extraordinaire qu’elles relèvent d’un monde toujours impossible. Elles ne sont pas la recherche d’un monde possible parmi des milliers d’autres. Elles ne nous permettent jamais de trouver « le meilleur des mondes possibles ».

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Ces musiques-là, celles que l’on appelle « jazz », elles sont « impensables », inimaginables. Impossibles donc ! Ces musiques-là, elles sont toujours d’un « ailleurs ». Elles proviennent de lieux que nous ignorons. Elles nous montrent des paysages que personne n’a jusqu’à ce jour aperçus. Elles disent ce que nous ne savions pas encore.

Eric Watson est l’un de ces musiciens, de ces artistes, de ces créateurs, de ces inventeurs, de ces poètes qui, au risque de leur propre vie, sont à l’extrême de cette imagination impossible, inclassable, inouïe, que nous reconnaissons en un instant comme le cœur battant de notre existence, de nos joies, de nos peines, de nous, au fond : comme nous sommes vraiment, sans fin.

C’est ce qui fait de ces « Memories of Paris » à entendre dans toute leur force, dans toute leur énergie, dans leur passion, dans le but qu’elles visent, comme une étape décisive.

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Décisive, comme quelques-uns de ces moments qui marquent irrémédiablement le parcours du jazz : avant Armstrong, avec lui, avec Duke, Charlie, Charles, Miles, John, Ornette, Cecil et combien d’autres ?

Et puisque nous devons savoir qu’aucune porte ne peut jamais se fermer tout à fait, sauf celles, bien sûr, qui semblent constamment ouvertes, seules celles empruntées trop souvent jusqu’à user notre entendement à jamais, alors tout est possible. Ou, plutôt – l’entendra-t-on ? – tout est « impossible ». Au sens où tout « impossible », encore jusqu’à ce jour, peut en un instant, arriver, ici, maintenant. Et pour toujours. « Memories of Paris » en est l’éclatante, la foudroyante preuve. Insigne marque au front d’un pianiste, d’un musicien inoubliable, d’un musicien qui n’oublie rien. Comme cet éclair qui ne s’éteint jamais.

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Car Paris n’est pas seulement une ville. Paris, ici, est un souvenir, un songe, quelques « mémoires » rassemblées, quelques rêves qu’on ne peut décrire ni même se représenter. Paris, pour ces « mémoires » là, ce sont des rêves impossibles.

« Je me levais et regardais les toits de Paris et pensais : « Ne t’en fais pas. Tu as toujours écrit jusqu’à présent, et tu continueras. Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses. » 

C’est ainsi que parle Ernest Hemingway dans « Paris est une fête ».

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« La phrase la plus vraie que tu connaisses » : il semble bien qu’Eric Watson nous en fasse le don dans ces neuf pièces qui sont comme une « suite », tant elles montrent de cohérence, d’équilibre, chacune étant en résonnance avec chacune. Il nous donne cette phrase dès la première note, dès la première mesure. Aussi étrange que cela paraisse, cette phrase « la plus vraie » est unique. Unique, mais multiple à la fois, s’égarant, changeant d’itinéraire, s’amusant d’un détour, se heurtant à un autre : elle est du début à la fin de ces « Memories of Paris ».

C’est ainsi que cette musique, quand elle est venue jusqu’à nous, ne nous quitte plus.

 Dans cet univers musical, autant que dans la géographie imaginaire, rêvée, faite de souvenirs que l’on imagine imprécis, irréels enfin, dans cet univers étrange, on est dès le premier instant, parfaitement, totalement, entièrement, chez soi.

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C’est là le mystère de tous ces jazz : une invention incessante, toujours au péril de tout et de soi-même d’abord,  en même temps qu’une émotion au plus intime de nous-mêmes.

 L’univers  d’Eric Watson, ses joies, ses peurs, ses déceptions, ses bonheurs, ses souvenirs, sont dans sa musique. Tout cela, tout cela que l’on peut appeler « Memories », tout cela c’est sa vie.

Et cette vie, cette musique, unique, irremplaçable, nous savons, dès qu’elle vient à nous, dès que nous écoutons la première note, qu’elle est en tout point cette « phrase la plus vraie ». Nous savons  qu’elle est comme une confluence immédiate avec les instants inoubliés de notre propre vie.

Michel Arcens

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