Les couloirs du temps: Michael Alizon et Jean-René Mourot

 

LA MUSIQUE DESORMAIS

 

 

C’était il y a longtemps. Avant même que quiconque ait pu dévoiler le mystère de la musique. C’était à une époque si lointaine qu’il n’y avait alors que le silence.

 

Peut-être est-ce aujourd’hui ! Peut-être est-ce maintenant !

Lorsque le piano de Jean-René Mourot et le saxophone de Michael Alizon nous convient à leur festin nous voici hors champ, habitant pour toujours un autre monde. Nous voici en aparté, comme enchantés par ce monde des ondes, sans aucun autre besoin désormais que celui des notes qui ponctuent le silence. Et qui ne s’en distinguent pas. Sauf pour ceux qui ne savent que compter, décompter, séparer, défaire.

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Les heures alors se font oublier. Tant la musique met le temps hors de lui et l’abolit. Et nous, soudain, nous sommes comme un retour incessant, un retour à nous-mêmes. A l’un de ces instants où rien ne manque.

 

Voici une musique nouvelle, surprenante, déroutante, inclassable mais qui est celle d’une sorte d’origine, celle de l’origine de la musique elle-même, alors qu’il a fallu bien des inventions, bien des imaginations et bien des audaces, tant de peurs vaincues, tant de courage, pour qu’elle surgisse ici.

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Jena-René Mourot, et Michael Alizon ont uni leurs énergies, leurs cœurs et leurs émotions, leurs sagesses et leurs rébellions aussi. Sans rien dire, sans prévenir, avec la discrétion de ceux qui donnent sans rien demander en retour.

 

On peut bien courir tout au long des couloirs du temps. Dans tous les sens. Sans cesse. On n’en revient jamais. Parce qu’enfin, enfin, on a trouvé la part essentielle de soi-même.

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C’est une musique venue de loin qui nous est offerte, familière pourtant, elle qui est juste ce qu’elle est, une musique faite de rêves inouïs, une musique pour qui la vie est une suite d’espoirs sans fins.

 

Michel Arcens

 

PS: ce texte n’est autre que celui qui figure sur la pochette de l’album « Les couloirs du temps » (label Momentanea ») (sortie le 8 avril 2016)



Michel Marre Ethnic Héritage: sans limites.

Michel Marre est un explorateur incessant. Pas celui des pays lointains. Pas celui qui fait de si longs voyages qu’évidemment il finirait bien, un jour ou l’autre, à être l’inventeur d’un trésor que tout le monde alors désirerait, que le monde entier lui envierait.

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Michel Marre, depuis toujours, depuis les années de son groupe Cossi Anatz, depuis son ancrage occitan-paysan du Larzac des années 70 – un ou deux siècles pour certains qui se trompent lorsque cela leur semble si lointain, car l’actualité de cette musique vivante demeure absolument, si l’on veut bien lui prêter encore l’oreille ; comme toutes les musiques imaginaires, inventives sur lesquelles le temps n’a de prise que pour ceux qui se contentent de l’éphémère, depuis toujours donc Michel Marre est un homme de racines, un musicien pour qui le sol et la terre elle-même ont un sens. Et, non seulement un sens parmi d’autres, mais une sorte de signification primordiale.

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Il le prouve encore avec Ethnic Héritage (52° Rue Est   distribution Modulor) en réunissant Eric Séva l’un des plus brillants saxophonistes français, Frédéric Monino (b), Patrice Héral (dm), Guy Giuliano (accordéon) et Dominique Regef (vielle à roue) et en imaginant avec eux des paysages inouïs. Inouïs, car dessinés par des imaginations sans limites. Et c’est beau, sans aucun doute, des pays sans fins, sans bornes, en toute liberté, où l’on est chez soi, que l’on soit né dans des contrées où les vielles à roue sont encore en activité ou que l’on soit plus familier des villes du XXI° siècle.

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Ethnic Héritage est une musique ouverte aux quatre vents et qui pourtant serait née quelque part, au fin fond d’un coin perdu.

Mais elle serait universelle, précisément, parce que née quelque part (et sans doute peu importe où – Marre a fait des tours et détours vers la Catalogne, la Roumanie, le Rajasthan, Haïti ou la Sibérie) elle nous emporte où elle veut et sans doute là-même où nous voulons aller, au fin fond de nos désirs, de nos rêves.



Le jazz en chanson: Hasse Poulsen et Hélène Labarrière

Il y a longtemps que le jazz a réussi quelques-uns de ses plus admirables chefs-d’œuvre en s’engouffrant dans les chansons populaires, celles des  « musicals » de Broadway, des films de Disney de « la belle époque » ou de Prévert et Kosma. Et de bien d’autres encore. Et cela continue et continuera encore. Car le jazz n’est pas un genre musical en lui-même mais une façon d’aborder la musique, une manière qui n’est que celle des musiciens eux-mêmes, dans leur singularité radicale, lorsqu’ils veulent dire leur émotion et peut-être la faire partager. Que celle-ci soit joyeuse ou nostalgique, qu’elle se souvienne d’une vieille rengaine, d’une berceuse ou d’un thème de Bach ou de Schubert.

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Aujourd’hui, c’est le guitariste Hasse Poulsen et la contrebassiste Hélène Labarrière qui nous réjouissent et nous enchantent avec des chansonnettes – sans que ce terme ait ici quoi que ce soit de péjoratif, de méprisant, de négatif, bien au contraire, puisqu’il désigne d’une certaine façon ce que nous avons, nous tous, chacune et chacun d’entre nous, au fond de nous, de musicalité et de musique, en quelque sorte « sans le savoir », ce qui fait que nous chantons sous la pluie ou sous la douche ce qui est plus prosaïque mais tout aussi bien le même signe de la vie qui nous porte.

Cela s’appelle « Busking » (Inacor records/L’autre distribution) et cela porte bien son nom : « en jouant dans la rue », comme ça, l’air de rien, parce que ce n’est rien, parce que c’est tout bonnement ainsi que viennent les plus belles choses que la musique peut donner à une femme, à un homme, à nous tous.

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Hasse Poulsen et Hélène Labarrière jouent Leonard Cohen (« Take This Waltz »), Paul Williams (« Special To Me »), Stromae (« Formidable »), « Feist (« Let It Die »), Lennon et McCartney (l’inusable « Lucy In The Sky With Diamonds »), Michel Berger et Luc Plamondon (« Les uns contre les autres ») et quelques autres encore comme Bob Dylan (« Farewell »).

Mais ce qu’ils font, ce qu’ils jouent, comment ils le jouent, comment ils l’inventent, l’imaginent, le rêvent, n’appartient qu’à eux. Et, par conséquent, n’appartient soudain qu’à nous. Parce qu’ils créent un monde, des univers, parce qu’ils sont là où on ne les attend pas, non pas qu’ils cherchent à surprendre à tout prix, encore moins à n’importe lequel, mais parce que la musique est ainsi, familière parce qu’étrange, extraordinaire parce que nous la connaissons déjà.

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Et, tous deux, comme deux amis, deux vrais amis, des amis qui s’aiment sans avoir besoin d’autre chose que d’être ensemble, qui sont ensemble où qu’ils soient, la contrebasse vibrant comme la guitare, la guitare la plus inventive du moment, celle de Hasse Poulsen, avec la basse la plus vivante et la plus heureuse, la plus intelligente qui soit, celle d’Hélène Labarrière, et nous voici, nous aussi, entraînés sur les chemins de la chanson, sur ceux de la musique, sur ceux du jazz, sur les routes de la liberté qui nous habite.

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Shakespeare et le jazz

Et si le théâtre et la poésie de Shakespeare étaient du jazz ?

Cette question est bien sûr historiquement stupide. Et, par ailleurs, tenter de le démontrer, de dire en quoi dans l’œuvre de l’un des plus grands écrivains de tous les temps (pour ne pas dire le plus grand), il y aurait quelque chose que l’on pourrait apparenter au jazz serait d’une prétention et sans doute d’une absurdité sans noms.

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Alors oublions tout cela et louons sans fin le destin, ou l’intelligence de quelques-uns, ou le hasard qui fait parfois mieux que beaucoup d’autres « mécanismes » les choses, de nous permettre aujourd’hui de savourer les « Shakespeare Songs » que nous donnent Guillaume de Chassy (p), Andy Sheppard (saxophones), Christophe Marguet (dm) accompagnés ou accompagnant (comment faut-il l’entendre ? comment faut-il le dire ?) la merveilleuse Kristin Scott-Thomas lisant le grand William (CD Abalone/L’autre distribution).

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Tout cela peut sembler étrange : une association quelque peu abracadabrante entre la musique et Shakespeare. Même si tant et tant de musiciens se sont inspirés de lui, au moins jusqu’à Duke Ellington (« Such Sweet Thunder »  en 1957) pour ce qui concerne le jazz.

 

La réussite merveilleuse de cet enregistrement provient sans doute d’une alchimie toute particulière. Une alchimie qui a évité les pièges de l’illustration, du « redoublement » ou de la redite (évités dans un tout autre contexte musical par le « Romeo et Juliette » de Berlioz mais pas par Prokofiev s’inspirant de la même tragédie.) Une alchimie qui provient sans doute de l’absence de tout calcul, de toute préméditation et presque de toute « intention ».

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Grâce soit donc rendue à cette musique, à ce trio venu de nulle part, à cette voix si présente : ils ont su se laisser emporter par la poésie, par la littérature, par la vérité des mots lorsqu’ils sont aussi réels que rêvés, empreints de l’émotion qui les invente comme de la vie qu’ils disent. Grâce soit rendue à un ouvrage, à une œuvre faite de liberté, par la liberté elle-même, à une musique qui donne de l’espoir, l’envie de poursuivre encore et encore les chemins qui s’ouvrent devant nous aussi difficiles soient-ils.



Des inventions à inventer: le piano d’Hans Lüdemann

Il y a des musiques plus réelles que d’autres, plus réelles en ce sens qu’elles contiennent plus de vérité que d’autres, ces musiques sont en quelque sorte, à leur façon, plus vraies que d’autres. Parce que le musicien qui en est à l’origine (compositeur, interprète ou les deux à la fois) sans doute s’y donne tout entier, laisse venir à lui et en lui ce qui est à l’origine même de ce qu’il dit, sans que cela provienne d’ailleurs, d’un monde extérieur ou de quelque autre source.

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C’est ce que fait avec un sens souvent inouï, jamais entendu, entendu si rarement avec une telle intensité, le pianiste Hans Lüdemann dans un disque intitulé « Das real Klavier » (BMC).

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Hans Lüdemann a étudié le jazz avec Joachim Kühn – et cela s’entend – il a étudié la musique classique au conservatoire de Hambourg où il est né en 1961. Il a joué avec Jan Garbarek, Eberhardt Weber, Paul Bley, Marc Ducret et cela aussi s’entend.
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Mais les influences sont avant tout des expériences pour qui sait faire advenir la musique elle-même. Ce ne sont pas des sources que l’on exposerait à nouveau, ce sont des sources de création, d’invention. Il n’y a dans la musique que nous donne ici Hans Lüdemann que des instants de vitalité qui nous donnent sinon de l’espoir, du moins de la force. Parce que nous pouvons nous reconnaître en eux, parce que lorsque nous les écoutons, non seulement ils nous saisissent mais plus encore c’est comme si nous les inventions.

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Il y a ici des paysages à parcourir, des inventions à inventer, des souvenirs à retrouver, une musique, des musiques à ne pas manquer.

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Schubert, le jazz, et la musique tout entière

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Est-il paradoxal et pourquoi pas impossible de rendre hommage à Schubert lorsque l’on joue du jazz ?

 

Yves Rousseau démontre avec son « Wanderer septet » que, bien au contraire, c’est non seulement la musique que l’on célèbre, la musique tout entière mais surtout, bien plus encore : ce qui fait que cette musique, que toute musique est possible.

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L’invention, la surprise, l’émotion sont présentes à tout instant dans cet enregistrement où l’on retrouve autour du contrebassiste, Xavier Desandre-Navarre (percussions), Edouard Ferlet (p), Régis Huby (v), Jean-Marc Larché (ss), Thierry Péala (chant, textes), Pierre-François Roussillon (cl b).

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Le jazz a ceci de singulier c’est qu’il s’invente toujours et toujours, qu’il est une musique qui échappe à la raison, à la conscience. Le jazz vient du tréfonds, de bien avant toute représentation, bien avant tout concept. Mais c’est toute la musique qui est ainsi si l’on veut bien y prêter attention. La musique est l’art primordial, ce qu’il y a de primordial dans l’art. En ce domaine, Schubert était un maître. Il fallait juste un peu d’audace, malgré tout, pour tenter ce pari. Il est plus que réussi.

On aime désormais  Schubert davantage encore et cette musique du Wanderer septet aussi, avec passion.

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A un an: déjà le jazz !

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Le jazz à partir de un an ! Non seulement c’est possible, non seulement c’est fait, mais c’est une véritable petite réussite.

 

Cela porte le nom charmant, s’adressant aux tout-petits (et aussi à leurs parents et même à leurs grands-parents) de « Nanan ! »

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C’est un album livre/CD écrit et composé par la batteuse Lydie Dupuy avec Rémi Ploton (p), Vincent Périer (sax, cl), Mélina Tobiana (vocal) et Julien Sarazin (b). Les illustrations – délicieuses- sont de Perrine Arnaud. (Zproduction et PAG éditions).

 

Lydie Dupuy parle ainsi de son projet et il faut reconnaître qu’elle décrit ici une expérience magnifique :

 

« En tant que maman j’ai emmené très tôt mon fils aux concerts auxquels je voulais assister, sans me demander si ça pouvait lui convenir. Tout nous semblait normal, à lui et à moi. Vers 1 an il était capable de rester à l’écoute durant un set de 45-50 minutes avec beaucoup d’attention et de curiosité : la musique l’éveillait, tous styles confondus. Mais je me suis aperçue que, pour beaucoup de personnes que je croisais, ce n’était pas si naturel d’emmener les enfants assister à des concerts ou à écouter de la musique dite « de grands ».

 

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Tout cela est étonnant et à coup sûr attachant : je veux dire qu’il n’est guère douteux (même pour une oreille qui en a entendu bien d’autres) que « Nanan ! » ne peut qu’attirer l’attention des enfants, jusqu’aux plus jeunes d’entre eux. Et que cela ne peut que contribuer à leur donner le sens de la liberté qu’ils portent pourtant déjà en eux, bien davantage que leurs adultes de parents.

Sans doute peut-on regretter précisément, comme un manque d’audace musicale parfois, comme s’il avait fallu prendre garde à ne pas heurter. Mais le jazz est là (en tout cas, la plupart du temps) et c’est déjà un grand mérite.

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Alors, en cette période où l’on célèbre les enfants plus que jamais, voici de quoi leur apporter une musique, des images, des rêves, voici une belle occasion de le faire avec à propos.



Le jazz sans fin: Motian avec Padovani

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Paul Motian fut non seulement l’un des batteurs les plus inventifs de l’histoire du jazz – n’oublions jamais qu’il fut l’un des protagonistes alors qu’il n’avait que  ans du trio de Bill Evans avec Scott LaFaro – mais aussi un compositeur tout aussi magnifique.

Curieusement sa disparition en novembre 2011 n’a suscité depuis que peu de réactions alors même que venait de nous quitter l’un des géants de la musique du XX° siècle, en tout cas du monde du jazz si tant est que celui-ci ait des limites et des frontières fussent-elles toujours repoussées. On se souviendra ainsi avec bonheur de la manière qu’avait Motian de réinventer sans fin le jazz, notamment avec ses arrangements (mais le mot est faible) des musiques de Broadway ou de celles de Thelonious Monk qui ont donné de si remarquables enregistrements sur les catalogue Winter & Winter et JMT.

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Il faut donc remercier Jean-Marc Padovani pour son très beau « Motian in Motian » (Naïve) – clin d’œil sans doute, précisément au fameux « Monk in Motian » évoqué à l’instant.

Non seulement parce qu’il rend ainsi hommage à travers huit compositions du batteur à un magnifique musicien, mais parce qu’il le fait sans révérence, avec une force d’invention qui permet, tout simplement, à la musique de Paul Motian de vivre, de revivre, d’être intensément présente.

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Il fallait pour réussir aussi magnifiquement ce projet se sentir proche de Motian lui-même, concevoir des arrangements – surtout avoir l’intelligence de réinventer la musique du batteur et pas seulement, en quelque sorte, de la reproduire. Il fallait aussi s’entourer de musiciens qui partagent ce «projet » et qui soient eux aussi, capables de la même imagination, de la même capacité créatrice. Il n’y a ici que des musiciens d’exception, de cette exception qui fait de chacun un individu à part, mais quelqu’un qui sache à tout instant partager : ici avec le saxophoniste mais aussi avec Motian lui-même. Didier Malherbe (doudouk), Paul Brousseau (piano, claviers), Claude Tchamitchian (contrebasse) et Ramon Lopez (batterie, tablas) sont tous formidables. Chaque note semble pesée, mesurée alors même que l’on peut l’imaginer, la penser survenue du tréfonds. Du tréfonds de l’art délicat, si original de Paul Motian, du tréfonds de chacun.

 

Il faut que Jean-Marc Padovani soit un catalyseur hors norme pour réussir, avec ses quatre compagnons, une telle réussite.

 

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« L’outre-monde » d’Antoinette trio

 

Il est des rencontres musicales qui vous surprennent, qui vous enchantent, qui vous transportent. Nous sommes heureusement (la plupart du temps) habitués à ce genre de surprises, en particulier depuis quelques décennies.

Et donc, pour parvenir aujourd’hui à nous étonner encore, à nous faire rêver à nouveau, à nous faire découvrir des mondes toujours nouveaux et étranges, il faut une imagination et une sorte d’audace extrêmement singulières. Il faut que cette musique soit le produit d’une intelligence extrême autant que de songes impossibles.

C’est pourtant ce que, depuis quelques mois, Antoinette réussit à faire.

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Certes, personne n’a encore rencontré Antoinette. Antoinette n’est pas une musicienne mais un trio dont, si l’on dit quelques mots de chacun de ses membres, on pourrait se demander ce qu’ils font ensemble. On pourrait craindre le pire ou, dans le meilleur des cas, le « déjà-vu » ou pour mieux le dire peut-être, le « déjà-entendu ».

 

Antoinette trio réunit Julie Audouin (flûte), Arnaud Rouanet (clarinette basse) et le guitariste portugais Antoine Leite. La première est de formation classique, prix des conservatoires de Toulouse et de Paris. Le deuxième que l’on connaît déjà, notamment du côté du Trio d’en bas (ou 3dB) est un infatigable inventeur de jazz au sens le plus libre du terme, prix Jazz Migration 2010. Antoine Leite est un guitariste venu du Portugal (qui joue donc de la guitare portugaise, mais pas seulement) a participé à de nombreuses aventures du côté du théâtre et d’autres formes d’expressions où son art et sa connaissance de son pays d’origine et de ses traditions, ou bien celles du Brésil ou du Cap-Vert lui ont valu une reconnaissance unanime. Antoine Leite a aussi participé à quelques « séquences » inoubliables du Trio d’en bas évoqué plus haut.

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La rencontre de ces trois musiciens aurait pu nous conduire tout droit, une fois de plus, vers une sorte de « world music » plus ou moins conventionnelle.

Mais au lieu de nous amener vers un monde, voire vers un nouveau monde, ils ont plutôt choisi d’aller de travers et de nous conduire vers un « outre-monde », au-delà du monde. Et, nous étonnant toujours, nous faire rêver de l’impossible. Ils peuvent bien se référer à Egberto Gismonti, au fado de Carlos Paredes, à qui ils veulent…, cela n’a pas d’importance. On ne peut que les écouter comme si c’était la première fois que nous écoutions de la musique.

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C’est là, sans doute, un signe que la musique la plus vivante et vivace est une sorte de langue créole, comme si le créole était un langage jamais fixé, jamais définitif, toujours ouvert, immaitrisable. On peut croire qu’Antoinette trio ait mille choses à nous dire. Cela est certain. Mais seule Julie, seul Arnaud, seul Antoine savent ce qu’ils vont dire demain. Le savent-ils ? Là est la source de notre émerveillement.

 

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On peut découvrir ici Antoinette Trio (ou en copiant dans votre navigateur):

concert d’Antoinette à Montreal

http://antoinettetrio.wix.com/antoinette-trio

http://vimeo.com/103474131

https://www.facebook.com/antoinette.trio



Aujourd’hui et demain: Manu Carré « Go! »

Aujourd'hui et demain: Manu Carré

Manu Carré a d’abord joué du rock. Son premier concert, il l’a donné à treize ans. Les « musiques actuelles » ça le connaît depuis toujours.
Manu Carré n’a cessé d’évoluer : il est un enfant de son temps, un homme de son époque et cela s’entend dans sa musique. Peu importe l’âge qu’affichent les pièces officielles. Manu Carré est un saxophoniste d’aujourd’hui. Non qu’il découvrirait « la lune » chaque matin ou plutôt chaque soir, non qu’il n’aurait pas vécu maintes expériences – au contraire – mais voici que, chaque fois, chaque jour, c’était comme s’il les réinventait, les inventait.

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Son dernier disque, « Go ! » (ACM Jazz label/Socadsic) en est l’illustration. Ancrée dans son temps, électrique et éclectique[1], urbaine aux paysages pourtant si amples et si divers, la musique de ce quintet (avec Florian Verdier (claviers), Aurélien Miguel (g), Nicolas Luchi (b) et Max Miguel (dm) nous fait voyager dans une sorte de présent mobile, insaisissable, mouvant et constant tout à la fois. C’est ainsi qu’une musique ouvre devant elle, le faisant apparaître à tous ceux qui l’entendent et s’en enchantent, son propre futur et le leur aussi.

Fils de son temps, de son époque, Manu Carré nous transmet son désir de voyager plus loin. Le titre de cet album n’est sans doute pas étranger à cela et qui ne se laisserait pas entraîner à l’envie d’en savoir toujours et encore davantage, sur la vie, sur le monde ?

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[1]  On disait cela, il y a bien longtemps, du guitariste Elek Bacsik, les anciens s’en souviennent sans doute.



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