A Saint Génis des Fontaines (Jazz dans les Albères chap I)

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Il y a quelques années maintenant que le jazz a conquis les Albères.

Les Albères ce sont ces Pyrénées qui jaillissent de la Méditerranée, là où elles commencent donc à séparer la péninsule ibérique du continent. On peut dire commencer puisque selon le mythe c’est lorsqu’il était dans la région (vers l’actuel ville d’Elne) qu’Hercule créa d’un cri de douleur les Pyrénées tout entières apprenant la mort de sa bien-aimée, la bergère Pyrène.

Bref, dans ces montagnes, de plusieurs façons « d’un autre temps », le jazz a pris ses quartiers depuis longtemps.

Outre que les paysages sont éblouissants sous le soleil catalan (les Albères qui sont presque en Catalogne espagnole se trouvent donc à portée de vue de Perpignan), le jazz vient éclairer quelques nuits de l’été pour le bonheur de beaucoup.

Dans ce premier chapitre (le second suivra dans un petite semaine) nous communiquons le programme de cette année construit par le trompettiste Alain Brunet.

Ce petit festival se déroule dans un merveilleux cloître dans la petite ville de Saint-Génis-des-Fontaines.

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Mercredi 29 juillet  21h : Duo de guitares  Pedro Soler/Philippe Mouratoglou  pièces d’Albéniz et improvisations     En partenariat avec le festival des Abbayes Languedoc Roussillon

Jeudi 30 juillet 21h : le sextet du clarinettiste espagnol Chema Penalver

Paul Evans, trompette; Jeff Jerolamon, batterie; Paco Soler, trombone; Eo Simón, piano; Julio Fuster, contrebasse; Chema Peñalver, clarinette et direction musicale.

Vendredi 31 juillet 21h : le sextet de la chanteuse Lou Tavano

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Lou Tavano chant, compositions; Alexey Asantcheeff – piano, compositions, arrangements; Arno de Casanove trompette, bugle; Maxime Berton – saxophones, clarinette basse; Alexandre Perrot – contrebasse; Ariel Tessier – batterie

Samedi 1er août 21h : le quintet du trompettiste Ronald Baker (Celebrating Nat King Cole)

Ronald Baker trompette, voix; Jean-Jacques Taïb saxophones; David Salesse contrebasse; Alain Mayeras piano; Philippe Soirat batterie

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renseignements pratiques ici: http://www.saint-genis-des-fontaines.fr/



Dernières nouvelles du jazz

 

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Parmi les disques qui sont publiés chaque mois, inexorablement, comme si ce que l’on appelle « la crise » n’existait pas et celle du CD en particulier écoutons avec attention ce qui se fait sans esbroufe, sans volonté de plaire particulièrement en tout cas par aucun « effet » qui serait comme une réponse aux attentes supposées d’un auditeur que l’on ne nommerait pas « le marché » mais qui pourtant n’aurait d’autre nom.

Ils sont nombreux certes à être ainsi. Mais comme la presse – celle du jazz n’échappant évidemment pas à cela – a elle aussi besoin de séduire, c’est plus souvent sur « ce qui est censé faire vendre » que les « projecteurs » sont braqués que sur les productions de musiciens qui n’ont de cesse d’être eux-mêmes et rien de plus, tentant – et réussissant donc souvent – de nous donner d’heureuses musiques de toutes sortes.

 

Parmi « les dernières nouvelles du jazz » (pour reprendre le titre d’un excellent livre de Jacques Aboucaya paru aux éditions L’âge d’homme » dans une version désormais « augmentée) on ira avec bonheur vers trois enregistrements qui ne feront peut-être pas la « Une » mais qui méritent le détour.

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  • André Jaume n’a rien perdu de sa liberté, ni de sa vitalité. Le saxophoniste, avec SMTGH Close To SMTGH (Label Durance) répond au fameux Something enregistré en 1991. Non pas comme un point final mais aussi bien comme un nouveau parcours, tout aussi imaginatif et créatif. Avec l’excellent guitariste Alain Soler qui se révèle un compagnon essentiel pour André Jaume et aussi Pierre Fénichel à la contrebasse et Anthony Soler à la batterie. André Jaume a toujours parcouru des chemins étranges et c’est ainsi qu’on l’aime, inventif, courageux, explorateur infini…

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  • Jean-Paul Daroux lui, est un pianiste qui vient du rock et de quelques autres musiques avant de s’être consacré pleinement au jazz. Il a été l’élève de Michel Sardaby. Il a travaillé avec Franck Avitabile et Bojan Z. Pour Déambulations (ACM jazz label), il a réuni ses camarades Benjamin Moine à la contrebass et et Gilles Le Rest à la batterie. Mais c’est le saxophone de Samy Thiébault qui donne aux compositions de Jean-Paul Daroux toutes leurs couleurs, elles qui portent des titres prêtant à toutes les fantaisies comme « Vent d’est dans les vignes » ou « La véritable histoire d’Ernesto Guevara ». C’est ainsi que son piano résonne pleinement et nous entraîne dans de séduisants paysages.

 

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  • Jean-Loup Longnon mêle dans Just In Time (distribution UVM) ses compositions et huit standards. Il nous annonce son quintet mais l’homme est amoureux des grandes formations et ils et elles sont nombreuses à le rejoindre. On s’amusera à les dénombrer y compris celles et ceux qui se dissimulent plus ou moins sous des anagrammes.  Longnon est en verve assurément. Les « ombres » de ses maîtres de toujours, Dizzy ou Clark Terry pour ne citez que ceux-là, ne sont pas loin. Il sait avec un immense brio,  et avec ses compagnes et compagnons, leur donner de nouvelles clartés, toutes réjouissantes. Il y a chez Jean-Loup Longnon une force, une puissance, une énergie à nulle autre pareille. Il entraîne son « band » (on pourrait dire « sa bande », ce serait sans doute mieux, plus « français » et finalement beaucoup plus approprié) avec lui. Comment pourrions-nous résister?


Alex Terrier et Kenny Barron: la musique de l’enchantement

 

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Il est des musiques qui vous emportent parce qu’elles vous bouleversent. Parce qu’elles vous chamboulent. Parce qu’elles changent la perception ou la vision que vous avez du monde, à moins que ce soit de vous-même.

 

Il en est d’autres qui vous enchantent, parce qu’elles s’adressent à ce qu’il y a de plus intime, de plus caché, de plus secret mais aussi de plus intense, de plus vivant en vous. La musique du saxophoniste Alex Terrier est de celles-ci. Elle est une sorte de langage qui serait le vôtre avant même d’être, avant qu’il soit en quelque sorte « prononcé », comme si le musicien et ses trois compagnons savaient non seulement vous parler, mais plus encore, mieux sans doute, parler comme vous auriez aimé parler. Non pas si vous aviez été musicien, mais tout simplement parler, parce qu’ils trouvent les mots, par l’entremise de leur musique bien sûr, pour dire ou en tout cas pour exprimer, ce que vous ressentez : ce que chacun ressent et qui est unique et qui pourtant est partagé par tout. Par presque tous.

Alex Terrier, Peter Slovov, Rodrigo Recabarren, Kenny Barron

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Une technique sans faille, une faculté remarquable à articuler toujours avec beauté un « discours », un propos, à survoler son propre univers par des mélodies singulièrement choisies (cinq sont signées Alex Terrier : plages 2, 3, 4, 6, 7) qui sont empruntées à Sonny Rollins, Charles Mingus, Wayne Shorter ou encore Roberto Fonseca mais aussi à l’invité de marque de ce disque, le magnifique Kenny Barron, c’est ainsi qu’est le monde d’Alex Terrier, accompagné aussi par Peter Slavov (b) et Rodrigo Recabarren (dm sur les plages 3, 8, 9, 11 et 12) ou Tommy Campell (dm sur 1, 4 et 6).

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Né à Paris en 1980, Alex Terrier est passé par l’inévitable Berklee College of Music de Boston avant de s’installer à New York City. Pourquoi donc à ce jour ne trouve-t-on guère de référence le concernant dans les gazettes du jazz de ce côté-ci de l’océan ?

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PS: ce troisième album d’Alex Terrier en tant que leader est publié sur le label Barking Cat Records.



Ainara: la vie est plus belle

 

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Il y a des musiques qui vous enchantent, d’autres qui vous étourdissent. Il y a celles qui sont insupportables, idiotes, marketisées à outrance (pardon pour le pléonasme), agaçantes. Il y a aussi celles qui vous surprennent, celles qui vous dérangent mais qui vous attirent, et finalement vous emportent.

Voici l’une de ces musiques étranges, étrange cette fois parce que toujours inattendue, souvent provocatrice (une façon de vous appeler à elle en vous retournant le cœur, les tripes, le corps tout entier et pendant qu’elle y est ce qui vous reste d’âme), débordant d’imagination et d’audace.

Ainara c’est le titre du nouveau disque du Trio d’en bas (après « Le trio d’en bas enlève le haut ») auquel s’est joint un autre trio le trio Kej. Ce qui fait, si l’on compte bien (mais tout le monde, même parmi les musiciens, ne sait pas compter), six oiseaux (Ainara signifie « hirondelle » en Basque – et tout le monde ne parle pas le Basque que je sache) pour deux trios.

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Ce n’est sans doute pas deux fois plus de folie (parce que la folie ne se multiplie ni ne se démultiplie) mais c’est comme une expérience osée, parfois drôle, souvent délirante, toujours joyeuse, toujours enthousiasmante. Il y a ici – toute proportion gardée, le temps ayant fait son œuvre – quelque chose d’Ellington, de Mingus, de l’Art Ensemble of Chicago et du Willem Breuker Kollectif dans ses meilleurs moments. On pourrait trouver bien d’autres références : elles seraient au moins aussi prestigieuses. Néanmoins, en les accumulant on ne parviendrait pas pour autant à donner par les mots une idée juste du vent qui souffle dans cet enregistrement. Chagrin, je dirais peut-être qu’une ou deux pièces n’égalent pas tout à fait les autres. Mais comme celles-ci sont tellement emballantes ce sont elles que l’on retient. Parce qu’elles vous saisissent et qu’elles vous renvoient à vous-même, à tout ce que vous aimez, non seulement sur le plan musical mais probablement dans la vie tout entière.

Et l’on se dit, en écoutant Ainara, qu’elle serait encore plus belle la vie, si chaque jour était le fait de ces six musiciens.

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Avec Samuel Bourille (saxophone soprano, piano)(TDB), Philippe Gloaguen (guitare)(KEJ), Arnaud Rouanet (saxophone ténor, clarinettes)(TDB), Yoann Scheidt (batterie, euphonium)(TDB), Pierrick Tardivel (contrebasse)(KEJ), Jean-Luc Thomas (flûtes traversières)(KEJ)

 

Références : http://compagnie3db.com

 



Le voyageur

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Bertrand Renaudin est un musicien voyageur. Il écrit des livres, il est aussi un peintre très remarquable jouant des noirs et des blancs, offrant des lumières fascinantes à qui désire être ébloui.

Bertrand Renaudin est un batteur singulier – sa manière si harmonique est là pour le prouver – et c’est, sans doute avant tout, un musicien voyageur.

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Il n’avait pas fallu « L’arbre voyage » publié en 2000 et réédité aujourd’hui (OP Music) pour comprendre que Bertrand Renaudin est un musicien errant, pour lequel, non pas tous les chemins sont bons, mais pour qui sans doute ceux qui mènent ici ou là par des voies inattendues, ceux-ci sont les plus beaux.

Et ce sont eux qu’il n’a de cesse de nous offrir avec une sorte de générosité qui est l’une de ses marques, l’une de ses spécificités. Aujourd’hui il nous propose aussi de retrouver un voyage inattendu, celui qu’il a fait avec le guitariste Olivier Cahours sous le titre de « Douö » (OP Music).

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Si l’on veut, si l’on aime découvrir ou redécouvrir des contrées nouvelles, des mondes clairs ou obscurs, parfois les deux ou même entre les deux, ces enregistrements, comme tous ceux de ce musicien aussi rare que familier, aussi proche qu’il nous emporte au plus loin de nous-mêmes, sont des chemins de traverse qu’il est heureux d’emprunter. La première fois comme aujourd’hui encore, comme demain.



Le sorcier « souffleur »: « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble », un livre d’Alain Gerber

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Certains disent qu’il est un magicien de l’écriture, une sorte d’écrivain comme on n’en fait si peu. D’autres pensent que c’est un musicien et que son instrument ce sont des mots, des syllabes ou davantage des images qui auraient pris la forme de phrases et de paragraphes, chacune ayant sa mélodie, son harmonie et son rythme.

Tout ceci est vrai, à n’en pas douter. Mais peut-être est-il aussi quelque chose d’autre, quelque chose de plus. A lire « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble » qu’il vient de publier aux éditions Alter Ego, Alain Gerber apparaît plus que jamais comme un « souffleur ».

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Serait-ce qu’il nous soufflerait à l’oreille des mots qui ne seraient qu’à lui, dont il nous ferait les destinataires électifs ? Sans aucun doute. Mais un authentique « souffleur » est beaucoup plus que cela. C’est quelqu’un de rare, l’un de ceux qui ont du ciel le don de vous donner à vous, à chaque instant lorsqu’il vous parle, le souffle qui pourrait vous manquer. Ou bien encore mieux, un nouveau souffle, un nouvel élan. Un « souffleur » digne de ce nom est quelqu’un qui vous enflamme, qui vous donne quelque chose comme sa propre vitalité, qui vous offre un peu plus de vie.

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A lire « Bu, Bud etc… », on sait qu’un de ces êtres étranges, de ceux que l’on ne découvre pas au coin de quelque rue du village littéraire, musical, artistique de toute sorte, un de ceux qui, tout en tombant du ciel et d’un ailleurs que l’on ne soupçonnait pas, vous offre tout d’eux-mêmes, étant ainsi plus familiers pour vous que vos meilleurs amis, on sait qu’Alain Gerber est l’un d’entre eux et que la chance, votre chance d’être son lecteur, est bel et bien avec vous.

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A rêver avec ces chroniques, ces portraits, ces poèmes en prose ou presque en rimes, on est plus riche à chaque phrase, non parce qu’on aurait pu en faire notre « profit », mais parce qu’on est plus heureux, emporté par une énergie qui nous fait faire quelques pas de plus,. Quelques-uns de ces pas qui, tout en nous laissant souvent immobiles, nous font voir des paysages inouïs, que nous découvrons soudain, les yeux, le cœur et l’âme aussi, tous, grands ouverts. Il nous semble alors avoir fait de merveilleux voyages dans des contrées jusqu’ici insoupçonnées.

 

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Jean-Jacques Pussiau avec Dave Liebman

Alain Gerber est un bien l’un de ces « sorciers souffleurs », lui aussi « fauteur de trouble », lui aussi engendrant en nous dans tous ses textes des étincelles, de ces lumières qui font vivre et aimer, sans lesquelles il n’y aurait pas de désir, pas d’amour non plus. Car c’est ainsi que nous aimons la musique, les musiciens et aussi la vie tout entière. Mais Alain Gerber est un « souffleur » bien différent de tous les autres. Parce que dans chaque regard qu’il porte ici sur les musiciens, parfois même sur une couleur (le « bleu », évidemment), un producteur (Jean-Jacques Pussiau), les amateurs de musique, les instruments, il est à l’évidence plus que d’autres un « souffleur » d’âmes et de corps enfiévrés, de passions, de douceurs, de peurs, d’effrois, de tempêtes et de cieux aussi clairs et paisibles que le sourire d’un enfant. Cela dépend de son humeur à lui. Et un peu de la nôtre aussi. Voici un « souffleur » dont on perçoit à peine qu’il nous dit quelque chose au creux de l’oreille, dont on entend pourtant la musique à chaque battement du cœur, le sien et le nôtre qui, tous les deux ensemble, vont de pair et ne se quittent plus. C’est un ami qui, dans son souffle et dans chacune de ses respirations, donne tout, tout de sa vie, de ses sentiments, de sa passion, que ce soit le jour éclatant de soleil ou bien que ce soit la nuit la  plus profonde, peu lui importe. Ce qui compte pour lui et alors ce qui devient vital pour nous, c’est que nous sommes emportés, transformés, métamorphosés et qu’au bout du compte, au bout de ce voyage pourtant sans fin, nous sommes encore davantage nous-mêmes. Et que donc cela ne s’arrête pas. Que cela ne peut s’arrêter. Jamais.

 

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Claire Michael, l’instant du bonheur

 

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Elle aurait pu, elle aurait pu ?… Mais qu’aurait-elle donc pu faire ?

Sans doute, s’est-elle posée la question si souvent.

Sans doute a-t-elle trouvé maintes fois la réponse.

A chaque fois pourtant, elle a hésité.

Et puis, peut-être a-t-elle oublié, oublié ce qui jusque-là paraissait primordial. Et qui finalement n’était pas l’essentiel.

Puis un jour elle s’est abandonnée. C’est ainsi qu’elle n’a pas abandonné. C’est ainsi qu’elle a retrouvé ce qui depuis toujours animait sa musique. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée elle-même, plus elle-même que jamais.

 

Maintenant c’est un peu comme si elle s’était entièrement dévoilée, sans retenue. Sans autre retenue que celle qu’il faut pour faire un don, pour être soi-même l’offrande, la retenue qui n’est autre que celle du respect de soi et ainsi de ceux envers qui vous vous mettez comme à nu.

Maintenant on peut l’imaginer heureuse, heureuse de ce bonheur lorsqu’il s’accomplit. A l’instant choisi d’un travail parfois difficile sans doute, après des épreuves dont certaines ont pu sembler épuisantes, après des chemins de traverse utiles, indispensables même, là-même pourtant où ils ont semblé ne mener qu’à des errances fatales. Fatales, non parce qu’il y aurait eu un mur au bout de la route mais parce que la route aurait sans fin poursuivi un parcours dépourvu de tout, comme un désert fascinant mais répétant sans cesse le même paysage.

…/…

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Maintenant, avec Trane Steps, on peut penser que la saxophoniste Claire Michael est en accord avec elle-même. C’est, tout au long de cet enregistrement, ce que l’on entend. Car ce que l’on entend, précisément, c’est la musicienne : ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit, ce qu’elle éprouve de la vie.

 

Plutôt que de proposer un quelconque « Tribute To John Coltrane », hommage qui aurait pu être totalement réussi (imaginons qu’il en aurait été ainsi, ce n’est sans doute pas trop difficile, pas si difficile à concevoir), avec des thèmes comme « Giant Steps » ou « Naima » encore plus qu’avec ses propres compositions – et ici se situe un autre tour de force – Claire Michael nous fait vivre sa musique. Pas seulement celle de Coltrane, mais sans doute comme il l’aurait lui-même aimé, sa musique à elle. Claire Michael peut ne pas jouer « si loin » de ce que jouait Coltrane c’est pourtant elle-même que l’on entend, ses propres sentiments, ses émotions à elle, qu’elle joue et qu’ainsi elle offre.

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Aimera-t-on toutes les pièces de Trane Steps ? Ce n’est pas certain. Il faudrait cependant être sourd pour ne pas se laisser emporter par la voix de la saxophoniste lorsqu’elle abandonne son instrument pour chanter en choisissant ainsi une autre manière d’être elle-même. Peut-être d’autres plages sembleront un peu plus convenues, moins intenses. Si c’est le cas, qu’importe ! Il y a ici assez de vitalité dans la musique pour que l’on ait acquis une part de bonheur.

 

* Trane Steps est un enregistrement Blue Touch (distribution Rue Stendhal) avec Claire Michael, Michel Vallet (piano, claviers), Patrick Chartol (basse) et Thierry Le Gall (batterie)



Quand le jazz est là, la radio…

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Ce n’est pas l’habitude de ce modeste blog que de reprendre les propos – même les plus remarquables – d’autres auteurs.

Seulement voilà: compte tenu de l’évolution (« involution » devrait-on dire, ce terme qualifiant le plus souvent, dans son usage médical principalement, la régression d’un organisme vivant) de la « politique » de Radio France vis à vis du jazz, compte tenu de la façon dont de nombreux « grands médias » (presque tous) considèrent le jazz et ainsi (qu’ils s’en défendent ou non) toute la musique il est apparu salutaire de renvoyer nos lecteurs vers un « papier » signé de Franck Bergerot, rédacteur en chef de Jazz Magazine qui dit tout ce qu’il faut dire sur ce sujet – sujet qui n’est malheureusement pas un « sujet parmi d’autres », non seulement pour les amoureux et amateurs de jazz (également et au premier chef pour les « professionnels » aussi) mais un sujet de fond.

Assurément, le jazz vivra et continuera longtemps de vivre. C’est une raison de plus, non pour le défendre, mais pour dénoncer la sottise où qu’elle se trouve.

L’article de Franck Bergerot se trouve ici: http://www.jazzmagazine.com/index.php/le-jazz-live/1-le-jazz-live/928-des-musiques-baisables-exclusivementn

Il est intitulé:

Des musiques baisables, exclusivement ?

Il n’est pas certain que ce titre soit, quant à lui, approprié.

Cela pour deux raisons (et uniquement pour celles-ci, cela va de soi). La première est qu’il fait appel (volontairement ou non) pour être lu à un « ressort » qui n’est rien d’autre que ce qu’il dénonce lui-même. La seconde est que le jazz est une musique « baisable ». C’est même ce que dit son nom!

 

 



Jean-Baptiste et Clara Simonoviez: « Au plus près… »

 

 

Jean-Baptiste et Clara Simonoviez:

 

On ne connaît pas assez le pianiste Jean-Sébastien Simonoviez.

Peu importe la raison, mais ce musicien qui a enregistré des disques enthousiasmants comme « Translucide » avec le regretté et admirable Jean-Jacques Avenel (parlait-on assez, parlait-on comme il aurait convenu de Jean-Jacques Avenel ?) mérite une attention particulière. Parce que ce qu’il fait il le fait avec une sincérité, un engagement et un « métier » qui valent que l’on sorte des sentiers trop souvent empruntés.

Le parcours de Jean-Sébastien Simonoviez qui a croisé depuis le milieu des années quatre-vingt, André Jaume, François Méchali, Steve Swallow, Ari Hoenig, et comme il fut aussi un temps batteur, des pianistes comme Perrine Mansuy, Alain Jean-Marie, Michel Graillier, Siegfried Kessler, est un parcours d’une richesse étonnante. Mais un parcours discret.

Il serait donc bien triste (pour nous, encore plus que pour les musiciens avec qui il joue) de ne pas prêter une attention heureuse à son dernier opus intitulé « Multifaces » (Label Hâtive).

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« Multifaces » porte bien son nom car la musique qui s’y déploie a mille sources, plus imprévues que prévues, plus improvisées que calculées. Elle tourne autour du piano mais la voix de Clara Simonoviez en est souvent le centre, l’axe. Le saxophone de Jean-Paul Adam est comme une seconde voix – ou bien la première, c’est selon – , François-Régis Gallix joue d’une contrebasse profonde, essentielle comme cet instrument doit l’être (non pas seulement un « soutien » rythmique ou même mélodique), et un autre contrebassiste s’occupe avec intelligence et pertinence de la batterie, c’est Géraud Portal.

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On peut laisser la conclusion à Jean-Sébastien Simonoviez lorsqu’il affirme que : « cette session a fait l’objet de tout un tas d’expériences pour tenter d’obtenir un résultat au plus proche de nous à ce moment là.
Puis j’ai laissé passer cinq mois et ai mixé les morceaux enregistrés avec l’aide de Clara, puis ai masterisé le tout sans compresser quoi que ce soit et vous avez le résultat. Il est sans concessions ni artifices, c’est juste une tentative d’être au plus proche du moment présent. »

« Au plus proche de nous » et « au plus proche du moment présent », voici, tout simplement une magnifique définition de ce qu’est le jazz, de ce qu’est la musique.



Charlie Haden: la liberté à chaque instant

 

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Le contrebassiste Charlie Haden, disparu en ce début d’été 2014, outre qu’il nous a donné des moments de joie musicale inoubliable, nous a appris quelque chose d’essentiel.

Charlie Haden fut sans doute l’un des rares musiciens de jazz à être sans cesse en accord – on pourrait dire « en harmonie » – dans toutes les dimensions de son art et de sa vie. Pourtant il ne fait pas de doute que de nombreux malheurs, voire d’autres tentations, auraient pu le détourner de ce chemin.

Il s’est fait ainsi connaître comme l’un des « révolutionnaires » du free jazz. Il apporta à l’art de son instrument, en participant au tout premier plan de ce « courant », une dimension en grande partie nouvelle, novatrice. Même si quelques autres avant lui, avaient ouvert la route. Il participa au même moment à des mouvements civiques et politiques que l’on disait alors à juste titre, « radicaux ». Qui l’étaient autant que pouvait l’être le free jazz à cette époque.

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La liberté, dans toutes ses dimensions, était pour Haden l’essentiel. Dans tous les domaines. Parce qu’il savait qu’il n’y a de liberté que dans un combat sans fin. Mais aussi parce qu’il savait tout autant – car c’est bien de la même chose qu’il s’agit – qu’il n’y a pas d’un côté la liberté de la musique et de l’autre une liberté de la vie en société et une liberté de l’individu, et qu’il s’agirait de deux choses différentes.

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C’est parce qu’il était un homme libre et épris pour tous de cette liberté que Charlie Haden qui fut un immense musicien restera comme l’un de ceux qui ont toujours dit, dans toutes les situations d’une existence, toujours, à chaque instant, l’essentiel.



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