Onze musiques pour des temps nouveaux

La production de disques de jazz, au moins du point de vue artistique pour ne pas le dire du point de vue économique, ne semble pas particulièrement affectée par la situation actuelle. La création et la créativité sont toujours au rendez-vous et c’est bien sûr heureux ! Décidément le printemps est là avec aujourd’hui, dans un ordre d’apparition qui, (faut-il le préciser ?) n’a rien à voir avec un « classement » plus ou moins préférentiel. Il s’agit donc d’aller jusqu’au bout pour se faire peut-être une idée, en tout cas pour parcourir de façon pertinente ce qui nous a été offert à entendre. Bonne lecture (et bonnes écoutes). Et sans doute à bientôt dans les festivals, clubs et autres lieux et circonstances dédiés au jazz et à toutes les musiques…

On trouvera donc ci-dessous et dans le désordre (mais cités dans l’ordre ! – il faut suivre mais, parfois les partitons sont plus compliquées ou difficiles qu’il n’y paraît surtout dans le cas de musiques improvisées) : Hasse Poulsen & Thomas Fryland, Maurgo Gargano, David Tixier, Pierre Bertrand, Surnatural Orchestra, Daniel Gassin, Fabien Mary & The Vintage Orchestra, Sébastien Texier & Christophe Marguet, Dmitri Baevsky, Csaba Palotaï & Steve Argüelles et, pour finir Riviera.

 

 

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Hasse Poulsen : « Dream A World »

 

Avec Thomas Fryland (tp, bugle) le guitariste Hasse Poulsen signe un disque dont la musique est aussi claire et pleine de lumière que le message.
On sait depuis longtemps déjà le courage de ce musicien venu un jour de Copenhague et qui fait depuis longtemps déjà pleinement partie de notre univers. Le courage comme musicien mais aussi comme citoyen engagé. Engagé sans aucun doute, mais seulement pour la liberté. Et sans doute ne conçoit-il guère sa musique sans cette démarche. Et cette dernière sans être l’acte lui-même, celui de la musique, du chant, de l’improvisation. Avec son excellent compagnon Thomas Fryland il s’accorde pleinement. Et leurs musiques sont impeccables de clarté, portant en elles, à chaque instant un enthousiasme qui emporte.

 

« Dream A World » (label Das Kapital Records) commence avec les temps qui changent désormais, ceux de Dylan, ils se clôturent avec Louis Armstrong et Bob Thiele et un si beau monde. En passant par « El pueblo » de Sergio Ortega, Leonard Cohen et son « Hallelujah » (« Il y a une grâce de lumière dans chaque mot » dit le texte de ctte musique), l’Hymne à la joie de Schiller et Beethoven – rien de moins ! – Roger Waters, John Lennon, Boris Vian, Oscar Peterson…et quelques autres. Et des compositions signées Hasse Poulsen.

On peut se demander si cela fait un disque de jazz à proprement parler. Mais qu’est-ce donc qui serait propre au jazz ? (On pourrait d’ailleurs se souvenir ici que le mot « jazz », initialement, désigne plutôt quelque chose de « sale » – on se souviendra à ce sujet des lieux où sont les nés les premiers accords de cette musique, lieux qui n’étaient pas particulièrement « propres » aux yeux des bien-pensants ; mais bref…) Si ce qui fait le jazz c’est un « esprit » plutôt qu’une manière, qu’une façon déterminée une fois pour toutes de faire, de chanter, de composer, d’inventer, alors « Dream A World » est au contraire un enregistrement pleinement, entièrement, « jazz ». Et puis, qu’il le soit ou non, qu’en avons-nous à faire si cette musique est aussi belle que remplie d’espoir ?

 

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Mauro Gargano : « Feed »

 

La musique est sans doute une « nourriture ». Celle du bassiste Mauro Gargano et des autres membres du trio (le pianiste Alessandro Sgobbio et le batteur Christophe Marguet) est faite pour nous apporter bien plus qu’un instant de plaisir ou même d’évasion. Elle tend et tend ainsi à nous apporter quelque chose comme la force, le courage, l’énergie, les ressources qui font toute vie. C’est là une notion du partage qui mérite d’abord l’attention mais aussi, et au bout du compte, la reconnaissance. De la part des auditeurs que nous sommes. Entraînés ainsi cependant à être sans doute un peu plus : notre seule écoute devenant ainsi un échange. N’est-ce pas là tout ce que l’on peut attendre d’une invention, d’une création ? De la musique tout entière.

L’art du trio piano-basse-batterie est évidemment, dans l’univers du jazz, une référence. Comme telle pourtant, compte tenu de l’histoire qu’elle porte et emporte, l’assumer n’est pas si facile. Pour « Feed » (Diggin Music Prod/Absilone Socadisc) Mauro Gargano et ses amis sont allés chercher du côté de musiques aussi diverses et rares que celles de concertos pour piano de Prokofiev, de Craig Taborn, du rock de EL&P, de The Necks et Pat Metheny. Et aussi d’Ornette Coleman, Jim Black, The Bad Plus, Stefano Battaglia et bien d’autres. C’est hors des sentiers battus que se sont dessinées les voies de ce trio. Les emprunter avec lui, à ses côtés, c’est se nourrir d’une expérience nouvelle, souvent étonnante. Assurément passionnante. Elle se conclut sur un thème intitulé « Secret Garden » qui est, il faut le souligner, une improvisation dont les images variées ne cessent plus de surgir.

 

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David Tixier : « Because I Care »

 

Voici un autre trio piano-basse-batterie et l’on ne s’en plaindra pas tant cette « formule » est à la source des plus belles créations du jazz. Les trois protagonistes de « Because I Care » (Cristal Records/Believe – le tout en version digitale) sont couronnés de multitudes de prix prestigieux. Leurs techniques mais aussi leurs forces d’invention à eux trois sont époustouflantes. Le pianiste David Tixier est d’une habileté étourdissante. Jérémy Bruyère le bassiste hors normes que l’on connaît bien. Quant à Lada Obradovic que l’on avait vu dans « The Eddy », une série Netflix, il y a quelques mois, en batteuse de jazz au look punk et au caractère bien trempé – elle traversait l’écran – se révèle ici aussi fascinante, à la fois par sa « présence » et son originalité mais aussi par sa « discrétion » ce que d’autres « drummers » ignorent parfois un peu.

Restent les trois interventions du chanteur David Linx, lui aussi titulaire de nombreux et prestigieux prix. Comme, à titre personnel, je n’ai eu que peu d’occasions de l’apprécier véritablement, je suis obligé de souligner que cet enregistrement, sauf sur le plan de la notoriété peut-être, n’a pas vraiment gagné à inclure du jazz vocal dans son programme. D’autant plus qu’il semble que ces trois pièces ne soient pas parfaitement en harmonie avec l’esthétique du groupe.

Dont il faut dire en revanche qu’elle mérite le détour, je veux dire l’attention, toute l’attention. Car il y a ici une aventure qui s’annonce : complexe, multiple, d’une richesse magnifique.

 

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Pierre Bertrand : « Colors »

 

Le flûtiste et saxophoniste Pierre Bertrand a raison ! Les couleurs et les notes ont à voir ensemble. Pareillement ou presque. Lorsqu’on veut faire partager par les mots, par la langue parlée ou écrite, un tableau ou une musique on sait bien – les « critiques » ne font que ça ! – que l’on utilise les termes de la musique pour parler de peinture et réciproquement. Quand, évidemment, les deux vocabulaires ne se mêlent pas presqu’à chaque instant.

Pierre Bertrand (flûte, sax) a ainsi conçu une musique dont chaque thème s’appuie sur un tableau de l’un de ses amis, le peintre Jean-Antoine Hierro. Il nous offre ces huit pièces avec un groupe composé de André Bergcrantz (tp), Pierre-Alain Goualch (p, Fender Rhodes), Christophe Wallemme (b) et Laurent Robin (dm).

Après un premier thème parfaitement réussi, on peut se poser la question de savoir si la formule du quintet était la meilleure pour atteindre ce but. Question, il est vrai audacieuse lorsqu’on n’est pas musicien soi-même.

Pierre Bertrand a eu une intuition tout à fait passionnante : la musique et les couleurs ou peut-être plutôt la peinture, sont voisines, sœurs et peut-être même encore plus proches que cela – comment le dire ? – car c’est l’émotion qu’elles suscitent toutes deux qui en fait la richesse et la raison tout entière.

« Colors » (Cristal Records/Sony Music Entertainement) est plus qu’une leçon d’esthétique, tout simplement un beau moment de musique, pleins de rêves en couleurs multiples.

 

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Surnatural Orchestra : « Tall Man Was Here »

 

Voici un drôle de qualificatif pour un orchestre, celui qui consisterait à le considérer comme « surnaturel ». La musique (ou bien une certaine musique) ne serait pas « naturelle », de l’ordre de la nature. Ce sont les écologistes qui ne vont pas être contents. Ils devront peut-être surtaxer la musique et les musiciens et tous ceux qui en vivent. C’est-à-dire chacun de nous. Alors « surnaturel » ou peut-être comme « au bon vieux temps » « surréaliste » l’orchestre ? En fait, ce qui est bien c’est que l’on s’en moque. Parce que franchement, la musique elle nous transperce, elle nous fait vivre, elle est comme notre vie comme on disait plus haut, elle est la vie. Et s’il y a bien un orchestre qui nous le montre avec une énergie et une inventivité un peu provocatrice et donc, précisément, vivifiante, c’est le « Surnatural ». Un peu, comme en son temps, en d’autres temps, lointains, il y a plus de quarante ans, un demi-siècle même peut-être, le déjanté, rigolard, mais si inventif, si « bouleversant » « Wilhem Breuker Orchestra ». « Bouleversant » et donc « Surnatural » avant la lettre en quelque sorte. En préfiguration. Même si ici « Tall Man Was Here » (Collectif Surnatural) est bien de son temps, d’aujourd’hui s’il faut le dire pour que l’on comprenne bien qu’il ne s’agit pas d’un quelconque « revival » d’une musique d’une époque révolue. D’ailleurs – et c’est un autre point commun avec Wilhem Breuker » – il y a ici une dimension théâtrale, voire même littéraire. Qui est bien plus structurée que chez ce prédécesseur (il y en eut d’autres). Il y a chez « Surnatural » du drame, de la tragédie et donc, de la « comédie ». Dans la musique comme dans sa mise en scène, en œuvre, en joie, en vie.
Il est à noter que « jouer collectif » développe l’imagination et la création. Ainsi, ce n’est peut-être pas essentiel, mais c’est néanmoins quelque chose de très heureux et qu’il faut souligner : le Cd est présenté dans une belle boîte en bois, toute noire. A l’intérieur, outre le livret et le disque, on pour utiliser la craie blanche pour écrire sur la boîte comme au tableau des écoles d’autrefois et apporter ainsi sa propre pierre à cet édifice où l’enthousiasme domine.
Pour connaître le nom des musiciennes et des musiciens, toutes et tous « surnaturel.l.es », il faudra aller sur le site www.surnaturalorchestra.com

 

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Daniel Gassin : « Change Of Heart »

 

Le pianiste Daniel Gassin est un personnage multiple. S’il est à la fois américain par sa mère il est français par son père. Mais il a grandi en Australie. Il est musicien mais il est aussi avocat et s’il est aujourd’hui en France il a débuté sa carrière à Melbourne. Pour autant sa musique, celle que l’on découvre ici dans « Change Of Heart » (Jazz Family/Socadisc) n’a rien de véritable étrange, étrangère encore moins. Même si elle est mêlée d’influences multiples, ce qui n’a rien d’étonnant, on en conviendra aisément avec un tel parcours. Daniel Gassin a surtout réussi cet enregistrement avec la présence de l’étonnante chanteuse new yorkaise Alicia Moses qui apporte ici des couleurs singulières soulignées souvent par l’excellent guitariste Josiah Woodson. Damien Françon et Fabricio Nicolas-Garcia tiennent respectivement la batterie et la basse et complètent ainsi une formation très homogène et structurée. Brillante souvent, notamment, il faut le redire, du fait de la guitare et du charme maîtrisé, mesuré des parties chantées. Comme de la belle articulation du piano de Daniel Gassin. Une version délicate du « Naima » de Coltrane répond à merveille aux belles compositions du leader.

 

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Fabien Mary and The Vintage Orchestra : « Too Short »

 

Un big band comme on n’en fait plus ! C’est à peu près ainsi que l’on pourrait définir ce « Too Short » de Fabien Mary. Lequel ? De Buddy Rich, de Gil Evans ou de Thad Jones & Mel Lewis par exemple. Mais sans doute que des spécialistes pourraient contredire ces références. Il faudrait demander à Fabien Mary (tp, compositions, arrangements) et peut-être à ses acolytes du Vintage Orchestra (dirigé par Dominique Mandin), Michael Ballue, Jerry Edwards, Florent Gac, Michael Joussein, Malo Mazurié, Andrea Michelutti, David Sauzay, Thomas Savy, Olivier Zanot et Yoni Zelnik. Qui sonnent comme s’ils étaient deux fois plus nombreux.

« Too Short » (Jazz &People/Pias) nous offre une musique faite d’enthousiasme et qui est effectivement « vintage », qui sonne comme « au bon vieux temps » des grands orchestres que la crise économique avait contribué à faire plus ou moins disparaître, ouvrant ainsi une brèche que les »combos » et autres duos, trios et autres quartets ont alors comblé.

En tout état de cause Fabien Mary, le Vintage Orchestra et ce « Too Short » suscitent ou ressuscitent des émotions jamais éteintes.

 

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Sébastien Texier & Christophe Marguet : « We Celebrate Freedom Fighters »

 

On aura compris que le titre de cet album, « We Celebrate Freedom Fighters » (Cristal Records/distribution digitale Believe) recouvre une musique-programme. Dont le but est de rendre hommage en l’occurence à dix personnalités qui ont combattu toute leur vie et sans relâche à la liberté.

Un tel « projet » a ceci de risqué c’est qu’il veuille trop en dire. Qu’il prétende décrire quelque chose, que la musique ait comme l’ambition de parler avec des mots, de raconter quelque chose, de « dire ». Ceci ou cela.
Mais on peut être assuré qu’il n’est rien de cela ici. Chacun des onze thèmes (dix sont dédiés aux héros de la liberté choisis par Sébastien Texier et ses amis, le onzième est, disons, « collectif », s’adressant à eux tous.

On comprendra donc que la musique qui nous est offerte ici est une musique de liberté, qui chante la liberté et peut-être encore davantage la libération. Qui n’est sans doute rien d’autre que le fondement de la liberté elle-même.
On ne peut pas ne pas citer les dix « figures » qui ont été retenues par les musiciens. Ce sont Claudia Anjar, Aimé Césaire, « l’inconnu de Tian’anmen », James Baldwin, Louis Coquillet, Gisèle Halimi, Rosa Parks, Sitting Bull, Olympe de Gouges et Simone Weill. Il n’y a aucun intérêt à analyser ce choix. Ce qui importe c’est de l’avoir accompli avec la même certitude – on peut sans doute employer ce terme – que Sébastien Texier (as, cl), Christophe Marguet (dm), Manu Codja (el g) et François Thuillier (tuba) s’impliquent dans leur musique, dans la musique.

 

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Dmitry Baevsky : « Soundtrack »

 

Quel est dans l’univers du jazz l’instrument qui peut être le plus élégant, le plus fin, le plus subtil et permettre aussi toutes les inventions ? Je répondrais qu’il s’agit du saxophone alto. Regardons son histoire et on devrait en être convaincu. Bien sûr on pourrait répondre autrement et peut-être même par le ténor. Tout dépend des références que l’on prendra. Peut-être aussi de la façon dont nous écoutons, dont nous entendons, de notre histoire personnelle et pas seulement musicale.
Et, s’il y a bien aujourd’hui un altiste qui peut nous enchanter c’est Dmitry Baevsky. Sans doute n’a-t-il pas à ce jour inscrit encore son nom dans la grande histoire du jazz. Mais est-ce même bien nécessaire ? Au cas où il n’aurait ni la volonté de le faire, ni l’occasion, ni même, disons la dimension, franchement il me semble que l’on peut bien se moquer de tout ça. Et même peut-être est-ce dans une certaine mesure nécessaire pour apprécier sa musique comme il se doit, c’est-à-dire tout simplement telle qu’elle s’offre à nous. Dans sa simplicité, sa clarté, sa beauté spontanée, elle est là tout simplement. Et c’est cela qui est important. Souvenons-nous de Paul Desmond ? Avec ou sans Dave Brubeck. Dont on a dit et écrit beaucoup de mal. Parfois avec quelques raisons. Mais nul n’est parafait. Sauf qu’une certaine légèreté est un don rare. Et que la musique de « Soundtrack » (Fresh Sound Records/Socadisc) est de celles-ci. Légère sans doute, non pas comme une petite chose en passant, comme quelque chose sans importance, qui n’aurait pas de sens, mais comme un nuage dans un ciel clair, dessinant un paysage qui apparaît et puis s’efface bientôt, comme une fleur qui bientôt disparaîtra, toutes choses qui sont les bonheurs du monde.
Dmitry Baevsky a déjà derrière lui un long et très beau parcours. Parce que jouer avec Benny Green ou Jeremy Pelt ou Cedar Walton n’est pas donné à tout le monde. Et ceux qui l’accompagnent ici sont de la même « trempe » : Jeb Patton (p) qui, lui, a joué avec les Heath Brothers, David Wong (b) et Pete Van Nostrand (dm). Un si beau moment de musique. Faite pour rêver ou pour vivre. Ce qui est sans doute la même chose.

 

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Csaba Palotaï & Steve Argüelles : « Cabane Perchée »

 

Voici un enregistrement extraordinaire. Cette musique qui nous est ici offerte ne ressemble, à dire vrai, à rien. Ou à pas grand chose. Ou à peu de choses…

Il s’agit pourtant ‘une « adaptation », « transformation », « transcription », « recomposition » d’une partie des œuvres de Bela Bartok connues sous le nom de « Mikrokosmos » qui sont des études destinées aux pianistes. Pour autant les voici bouleversées, revisitées au point d’être chamboulées, renouvelées, réinventées. Et, comme elles-mêmes étaient déjà une sorte de synthèse, venues d’horizons divers, d’Europe centrale ou d’Amérique, de la musique de Bach ou du jazz on peut comprendre que cette « Cabane perchée » (BMC Records/Socadisc)a quelques portes et fenêtres qui, au travers des frondaisons, s’ouvrent sur plusieurs clairières.
Et, oui cette musique est souvent étrange. Mais voilà, elle n’est jamais « étrangère » – je veux dire « lointaine », inatteignable, comme si elle ne nous concernait pas. C’est tout le contraire. Chaque fois que le guitariste Csaba Palotaï, d’orignie hongroise (comme quelques autre bien connus, notamment en France, tels Elek Baksik, Gabor Szabo ou Gabor Gado aussi qui fut l’une des influences de Palotaï) – d’où sans doute la référence à Bartok – chaque fois qu’il développe un accord, une ligne mélodique, il nous envoie ad patres, à l’autre bout du monde. Quant à Steve Argüelles, lui aussi jouant ici de la guitare (et bien sûr de ses percussions ici toujours acoustiques, comme toutes les guitares de cet enregistrement), il n’est pas en reste, on s’en doute.
C’est ainsi que cette « Cabane perchée » nous offre une musique qui, non seulement ne provient pas de contrées lointaines, lointaines dans l’espace ou dans le temps, dans la culture ou les habitudes, mais au contraire du plus profond d’entre-nous.

 

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Riviera

 

Un seul titre ou un seul nom : le même et un seul pour désigner un quartet et son enregistrement de treize titres originaux. Aux influences venues de la musique tzigane, des Balkans, de la Sicile (sur un thème d’Ennio Morricone), du ska, du jazz, du blues et, au final, de tous les horizons. Et, tout cela, avec une esthétique épurée, toujours séduisante, parlant au cœur, et disant de la beauté qu’elle est toujours là si l’on y prête attention. Attention, précaution, comme le font les quatre protagonistes de ce disque qui est bien plus que quelques pièces qui ne seraient que douées d’une beauté, d’une forme pourrait-on dire, mais qui ont ce mérite de nous parler, de nous faire partager les émotions qui les ont fait naître. Le tout étant entre les mains de musiciens qui maîtrisent assurément leurs techniques, qui s’écoutent parfaitement, juste ce qu’il faut pour créer un ensemble, c’est-à-dire un groupe dont chaque membre soit assuré de l’autre mais pas parce qu’ils ne se seraient rendus sourds à ce qui les entoure. C’est tout l’inverse : parce qu’ils veulent s’adresser à nous et parce qu’ils nous parlent.
Il faut ici souligner la qualité, l’originalité et les couleurs multiples qui jaillissent avec bonheur des compositions du contrebassiste Stéphane Bularz et du violoniste alto (et aussi joueur de mandoline ou organiste) Olivier Samouillan (un ancien de la Berklee School Of Music de Boston, passé aussi par New York et plus extraordinairement par l’orchestre philharmonique de Macédoine). Le groupe Riviera (ici pour le label Art Mélodies/Absilone) est aussi composé de deux autres excellents interprètes, le guitariste (acoustique et électrique) Jérémie Schacre et du batteur Guillaume Chevillard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Festivals et musiques en temps de pandémie

Pour ouvrir cette chronique, toujours en temps de pandémie, il faut se précipiter sur les bonnes nouvelles.
Des « bonnes nouvelles » nous en avons souvent avec les enregistrements que nous choisissons de partager ici.

Afin de ne pas nous disperser nous avons été jusqu’alors peu diserts concernant les festivals pourtant habituellement (lorsque la Covid-19 n’est pas présente) nombreux.
Mais aujourd’hui nous sommes en quelque sorte rattrapés par l’enthousiasme d’une équipe d’organisateurs qui lance son premier festival de jazz ! Qui plus est, à coup sûr, à un moment où nous ne serons pas encore sortis d’affaire sur le plan sanitaire : au début du mois d’avril qui arrive.

Cela se passera à Noyon, charmante cité du département de l’Oise, d’environ 15 000 habitants, au nord de Compiègne et Soissons, pas très loin d’Amiens, Saint-Quentin et Laon. (Comme nous avons des lecteurs, que je salue au passage, qui habitent non seulement « aux quatre coins de l’hexagone » ! mais même au sud soit à 1000 km de Noyon au moins, il vaut mieux préciser.

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Il vaut mieux aussi rappeler que le département de l’Oise est actuellement « confiné » (à moins que Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement ne nous dise autrement ce que personne ne veut dire. A moins aussi que le ministère de l’Intérieur n’édite une nouvelle attestation permettant de se rendre à Jazz à Noyon ou même qu’il s’agisse désormais d’un motif impérieux, sinon même impératif ce qui serait mieux pour tout le monde.)
En tout cas, et de façon très sérieuse, joyeuse cependant, ce qui n’est pas toujours contradictoire, il faut saluer cette initiative.
« Jazz in Noyon » se déroulera sur deux week-ends (les 9-10 et 11 avril et les 16-17 et 18 du même mois). Il y aura cinquante-neuf artistes (parmi lesquels Jacky Terrassson, Leïla Martial, et quels noms très connus et tout aussi talentueux) plein de concerts donc, des jam-sessions, des master-class, des apéros. Bref, une fête ! Tout ça, au cas où cela serait nécessaire, sera sur le net (et sans doute quelques soient les circonstances.)
On saura tout en allant ici : https://jazzinnoyon.fr/programmation-globale/

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Si l’on est un peu plus patient (ça se passera du 9 au 12 juin), si l’on est un peu plus sudiste que nordiste on pourra se réjouir de la programmation du vingtième anniversaire du festival « Jazz en Pic Saint-Loup (cette fois, je précise aussi pour nos honorables lecteurs qui n’auraient pas gravi encore ce sommet qui culmine fièrement à 658m d’altitude et qui domine la campagne autour de Montpellier (pour les habitants de Noyon, précisons que Montpellier se situe dans le département de l’Hérault à quelques kilomètres à peine de la Méditerranée qui, si elle est bonne fille, peut être déjà accueillante aux baigneuses et baigneurs en ces jours du mois de juin – ainsi on pourrait le même jour se baigner dans les flots bleus, se laisser envoûter par Richard Galliano, Paolo Fresu, Vincent Peiriani, Jan Lundgren, Michel Marre ou encore Emile Parisien, puis retourner à minuit (ou plus tard) retrouver les eaux douces de mare nostrum.

On saura tout en allant cette fois ici : https://www.jazzajunas.fr/festival-jazz-en-pic-saint-loup/

 

Et maintenant treize enregistrements à découvrir. Et qu’on ne dise pas que ce chiffre ne porte pas bonheur : allez jusqu’au bout de cette chronique…personne ne sera déçu ! Au moins par la musique.

Pour ce qu’il en est des « papiers », c’est bien sûr une autre histoire.

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Edward Perraud : « Hors Temps »

C’est avec Arnault Cuisinier (b) et Bruno Angelini (p) mais aussi avec Erik Truffaz (tp) pour deux thèmes que le compositeur et batteur Edward Perraud signe « Hors Temps » (Label Bleu/L’autre distribution).

Edward Perraud est avant tout un chercheur, un inventeur, un musicien imaginaire, ou plutôt de l’imaginaire. Sans doute est-il même un musicien-penseur, ce qui n’est pas si rare si l’on s’en tient toutefois aux plus immenses d’entre-eux, à quelque moment de l’histoire de la musique on puisse se référer.
« Hors Temps » nous emporte dès les premières mesures « hors sol », « hors piste », « hors la loi », comme il le dit lui-même, puisque ce sont-là des titres qu’il a retenu aux côtés de « Chien lune » ou de « Firmament ».

Edward Perraud a ce pouvoir de nous faire nous dépasser nous-mêmes, à nous extraire du monde qui est le nôtre, du monde qui est là devant nous, où nous nous trouvons et qui nous désespère en ce sens que nous en sommes coupés, tout en en faisant partie. Comme s’il s’agissait d’un monde perdu. Et alors que, ni l’espace qui nous entoure, ni la temporalité qui s’écoule ne peuvent nous parler totalement. C’est seulement sans doute l’instant qui pourrait le faire, parce que personne ne peut en savoir la durée si infime soit-elle, puisqu’il est une éternité qui ne se mesure pas davantage et que tous deux ont ce pouvoir de nous ramener à nous-mêmes.

C’est ce que fait, ou ce que semble dire cette musique. Souvent. Peut-être pas aussi bien à chaque fois. Comment pourrait-il en être autrement ? Nous sommes nécessairement, fatalement si l’on peut dire, sensibles à ceci plutôt qu’à cela. Et puis le temps qui s’écoule aussi, dont nous portons le rythme en nous, ce temps change et nous avec lui. Mais Edward Perraud est un musicien hors normes, cela est certain. Il est l’un de ceux qui ne se laissent pas prendre aux modes, mais de ceux qui construisent leur musique comme une pensée. A l’inverse ou à rebours de tout intellectualisme. En faisant en sorte que la vie, soudain, vibre comme le rythme et la musique tout entière.

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Shijin : « Theory Of Everything »

Le quartet Shijin revient avec un deuxième album après un premier opus en 2018. Il est composé autour du bassiste Laurent David, de Malcom Braff (p, Rodhes, CP70), Stéphane Galland (dm) et Stéphane Guillaume (sax, fl) et se présente comme « quartet européen ». Mais peut-être est-il bien plus que cela.

Sans doute cette musique est-elle le fruit d’un travail préparatoire considérable mais voici qu’elle se présente à nous comme si elle était spontanée et même à l’image d’une certaine familiarité. Ce qui, pour quelque chose dont on a du mal à dire à quoi cela pourrait bien ressembler, est un comble.

Les couleurs sont infinies, non seulement dans leur palette, mais aussi dans ce que l’on pourrait appeler leur durée, se superposant les unes aux autres, s’entremêlant, se révélant au même moment.
Souvent « Shijin » nous comble avec sa « Theory Of Everything » (Bandcamp/Socadisc distribution).

 

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Stéphanie Lemoine : « Love Leaves Traces »

C’est avec une sorte d’audace, d’énergie, d’enthousiasme que se livre la chanteuse Stéphanie Lemoine dans ce « Love Leaves Traces » (Mix Up Jazz/Inouïe Distribution). Chanteuse mais aussi compositrice et auteure de neuf des treize plages de son deuxième enregistrement (après « Sweet Talk » en 2013.)

Certes, Stéphanie Lemoine passe parfois d’un style ou plutôt d’une registre ou d’un genre à l’autre. Mais c’est toujours comme par magie : on retrouve ici et là, à tout instant, le même monde. Celui précisément qu’elle nous dit par cette force que l’on ressent dès les premières notes et qui emporte tout. Alors, au fil de ce courant, souvent rapide, presque comme un torrent toujours transparent on prend appui avec autant d’aisance et de bonheur sur quelques standards (« Body And Soul » ou « My Romance » par exemple) ou bien alors dans l’un des thèmes quelle signe elle-même comme « Morning », « Sunset Town » ou encore le titre éponyme.)

Il y a beaucoup de musiciens autour de la chanteuse. Et même un quatuor à cordes. Cet ensemble convient bien à la dynamique évoquée ici. Mais comme il serait intéressant d’entendre Stéphanie Lemoine en quartet ou même dialoguant avec un piano. Souhaitons surtout que nous n’attendions pas aussi longtemps que les sept ou huit ans qui nous ont séparé de « Sweet Talk », son précédent opus.

 

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Ismaïl Sentissi trio : « Genoma »

C’est une fort belle découverte que cette musique du pianiste et compositeur Ismaïl Sentissi qu’il offre avec une sorte de générosité, d’abandon presque, du sens du bonheur qui ne peut que se partager. « Genoma » (Jazz Family/Socadisc) réunit autour du pianiste deux musiciens de grand talent : Maurizio Congru à la contrebasse et le très élégant Cédric Bec à la batterie. Les plus exigeants des auditeurs et amoureux de l’art du trio (auquel les « Notes de jazz » vouent une passion) peuvent être assurés qu’ils ne seront pas déçus par l’harmonie qui règne entre les trois comparses, par leur manière de jouer, leur façon aussi parfois de faire comme s’ils y avait entre eux une sorte d’émulation. Mais ils n’ont pas à se chercher (quel que soit le sens que l’on pourrait attribuer à cette formule) car leur unité est sans doute l’une de leurs forces les plus sûres.
L’autre point d’équilibre du trio c’est sans doute l’art du pianiste et en particulier ses compositions dont on ne peut dire à quoi elles ressemblent vraiment, sauf qu’elles parlent, qu’elles nous disent mille choses, qu’elles murmurent parfois, qu’elles pourraient aussi nous entraîner dans une danse. Ismaïl Sentissi nous dit ici que le monde qui nous entoure, que nous parcourons, si l’on y prend garde est de la même nature que celui qui vit au fond de nous et qui n’est rien d’autre que nous. Il y a dans cette musique une recherche poétique qui en fait un moment rare. A partager sans doute.

 

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Tristan Melia : « Mistake Romance »

Voici un bel exercice que celui du piano solo de Tristan Melia. Mais bien mieux qu’un exercice, c’est une réussite car c’est tout simplement plus qu’un ouvrage, c’est d’une œuvre tout entière qu’il s’agit.

Et ce n’est pas parce qu’il va à la rencontre de quelques standards (« Soul Eyes » de Mal Waldron, « Someday My Prince Will Come » de F. Churchill ou encore le magique « The Nearness Of You » de Carmichael) qu’il n’est pas un compositeur remarquable. Bien au contraire, ce grand instrumentiste qu’est Tristan Melia est aussi un « écrivain » au point que l’on aimerait bien que quelques-uns de ses titres deviennent eux aussi des références (« Only My Heart », « Enfance »…)
Tristan Melia n’a pas trente ans et si sa reconnaissance publique n’est peut-être pas encore à la hauteur de son talent souhaitons lui là aussi le meilleur.
Avec ce très limpide, très lumineux « Mistake Romance » (Jazz Family/Socadisc) il nous offre la plus touchante et heureuse des musiques.

 

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Laura Prince : « Peace Of Mine »

Peut-on douter que Laura Prince ne trouve pas sa place dans l’univers qui est le sien, celui d’une musique qui se donne à chaque instant ? « Peace Of Mine » est son premier enregistrement (CQFD/L’autre distribution) réalisé avec enthousiasme, un enthousiasme communicatif. Mais aussi avec une grande sensibilité dont toute la musique originale est parcourue incessamment. Il faut dire que Laura Prince s’est fort pertinemment entourée de Grégory Privat et de David Sonder pour les musiques, arrangements et paroles.
On notera comme chez Stéphanie Lemoine la présence d’un quatuor à cordes, outre le piano de Grégory Privat déjà nommé, de la contrebasse de Zacharie Abraham, de la batterie de Tito Bertholo et des percussions de Inor Sotolongo.

 

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Matthieu Chazarenc : « Canto II »

On trouve dans ce premier enregistrement sous son nom du batteur Matthieu Chazarenc tant d’échos qui sont proches du jazz ou du moins de tout ce qu’il peut être dans son parcours sans fins et presque sans obstacles qu’il est difficile de ne pas lui faire écho. Tout d’abord « Canto II » (Cristal Records) est l’oeuvre de ce que l’on pourrait appeler une formation de jazz : Sylvain Gontard au bugle, Christophe Wallemme à la contrebasse et Laurent Derache à l’accordéon. Sans oublier l’excellent Sylvain Luc à la guitare.

Il y a dans cette musique composée pour l’essentiel par Matthieu Chazarenc un lyrisme constant, de très belles couleurs, que ce soit celles de l’accordéon, du bugle ou de la guitare. Et cela est un grand plaisir, la rythmique étant elle aussi d’une belle subtilité.
On devra cependant avouer que « Garona », la dernière pièce de cet enregistrement n’a rien à voir avec le jazz et qu’elle plaira davantage à nos amis toulousains, occitans qu’aux inconditionnels du Texas.

 

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Fred Escoffier & Palm Unit : « Figures »

Voici un autre enregistrement dont on pourrait parfois se demander ce qu’il vient faire ici. Mais ce ne serait somme toute qu’une bonne question. Qui remettrait peut-être en cause ce qu’est le jazz. Puisqu’il n’est pas un genre musical mais qu’il n’est pas non plus absolument « passe-partout ». Toutefois, il ne faut pas regretter, quand on aime le « jazz », de laisser ses oreilles ou plutôt ses neurones explorer des territoires étrangers. Si quelques-uns , un jour, ne l’avaient pas fait, le jazz n’existerait pas. Et puis, quand dans un enregistrement il y a le saxophoniste Lionel Martin on sait que l’on peut s’attendre à tout. C’est-à-dire surtout au meilleur. Et, comme il y a aussi Philippe Pipon Garcia à la batterie et Jean Joly à la contrebasse pour accompagner le piano et la voix de Fred Escoffier, eh bien il est comme normal que l’on découvre un monde étrange, suffisamment inexploré jusqu’alors pour ressentir de nouvelles et enthousiasmantes émotions.

Il paraît que « Figures » (Cristal Records/Inouïe Distribution/Believe) s’inspire du rock, d’Elvis lui-même et du maître David Bowie en personne. Et alors ? C’est ainsi que la musique est heureuse quand elle naît sur des terres fertiles et que des musiciens qui ont, si j’ose dire, l’esprit d’entreprise (pardon ! « L’esprit entreprenant », c’est mieux ainsi!) s’en emparent.

 

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Avishai Cohen : « Two Roses »

Dans son dernier enregistrement le contrebassiste Avishai Cohen et ses ami Elchin Shirinov (p) et Mark Giuliana (dm) nous envoient à leur manière, souvent magistrale, le plus souvent, loin du jazz. Dans la plupart des thèmes de « Two Roses  » (Naïve/Believe) on se sentira plus près d’une musique « classique » en sachant que le Gotheburg Symphony Orchestra dirigé par Alexander Hanson est ici très présent. Mais c’est aussi pour d’autres raisons sans doute.
Si Avishai Cohen présente « Two Roses » comme « le projet d’une vie » on entend bien qu’il mêle ici tout ce qui fait son univers et que celui-ci est multiple. Musicalement s’entend. La Méditerranée est elle aussi très présente et si le jazz l’est aussi (mais finalement peut-être moins, même si ceux qui l’aiment avant tout reconnaîtront des thèmes comme « Nature Boy » popularisé initialement par Nat King Cole ou  » A Child Is Born » de Thad Jones) l’orchestration dissipe un peu toutes les composantes de l’âme du contrebassiste dans une sorte de synthèse que quelques grands jazzmen du passé ayant tenté l’aventure « symphonique » n’avaient pas su éviter davantage (pas plus Bill Evans que Wes Montgomery…et pourtant.) Il sera donc beaucoup pardonné. Car « magistrale » toutefois est cette tentative. Avec le risque que l’on courre toujours dans de telles situations.

 

Marco Vezzoso & Alessandro Colina : « Italian Spirit »

Cet enregistrement a plusieurs mérites. Mais tout d’abord il faut souligner le travail du label Art In Live qui s’est lancé dans des conditions difficiles et qui semble se trouver sur une heureuse trajectoire au moment où cependant les concerts et festivals sont devenus les oubliés de notre monde. (voir plus haut la contradiction la plus radicale – encore que ! – à ce propos.)
La réussite d’un beau disque comme celui-ci c’est d’abord bien sûr la musique elle-même et donc les musiciens mais ce n’est pas une révélation si l’on y ajoute tout le travail éditorial, toue la technicité, le métier pourrait-on dire, la capacité créative aussi de tout un univers professionnel.
Quant au trompettiste Marco Vezzoso et au pianiste Alessandro Colina ils nous livrent ici des versions très personnelles de musiques italiennes populaires, des chansons, disons-le tout net, que certaines nous connaissons, d’autres sans doute moins. Dire que tout cela est spécifiquement jazz, ce serait mentir. Mais la liberté, l’imagination, l’audace parfois, avec lesquelles ces deux musiciens se sont lancés pour explorer et surtout pour nous offrir cet « Italian Spirit » (Art In Live/Inouïe distribution) vaut mieux de notre part qu’un simple détour, un long moment d’attention. Et accordons une mention spéciale à la chanteuse Marie Foessel ainsi qu’au chanteur Andrea Balducci.

 

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Hubert Dupont : « Trio Kosmos »

C’est une « riche idée » que ces trois-là se soient réunis pour ce disque hors les chemins balisés sous le seul titre de « Trio Kosmos » (Ultrabolic/Musea). Ils sont faits pour s’entendre et donc pour être écoutés et entendus, compris, devrais-je dire.
Le bassiste Hubert Dupont, le trompettiste Antoine Berjeaut et le batteur et percussionniste Steve Argüelles ont certainement des conceptions très proches de la musique qu’ils veulent inventer, jouer et délivrer.

C’est dire qu’il y a dans ce « Kosmos » des mondes nouveaux, souvent fascinants, toujours remplis de merveilles, d’audaces. Mais sans provocations, sans pour autant que beaucoup de bruit soit nécessaire (ce qui est parfois pour rien). On voyage ici d’univers en univers avec bonheur et jamais on ne se lasserait un seul instant.

 

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Julien Brunetaud trio : « Feels Like Home »

Voici un retour à un jazz, disons-le sottement, « plus jazz » sans doute. Certainement plus traditionnel que la plupart des découvertes de cette chronique. Qu’y a-t-il donc alors qui fasse que tout d’un coup on se dise aussi que cette musique nous fait du bien ?
Très certainement le groove, les échos du blues que le pianiste Julien Brunetaud connaît fort bien, le swing, mêlés ensemble par une place vivante et vivifiante laissée à l’improvisation. Le tout empreint de belles sonorités, d’un enthousiasme que l’on entend et qui, du coup, comme il faut dire aujourd’hui, arrive jusqu’à nous.
Il y a trois ans après multiples périples entre la France et les États-Unis, l’Agenais Brunetaud est arrivé à Marseille. C’est là qu’il a fondé son trio avec le bassiste Sam Favreau et le batteur Cedric Bec.
Après avoir côtoyé BB King, Chuck Berry, Pinetop Perkins, joué au Chicago Blues Festival, avoir exploré cette musique avec succès (en 2007 il est « musicien de l’année » pour le Hot-Club de France après avoir été « meilleur pianiste blues européen » en 2005) il joue à New York avec George Cables, Aaron Goldberg et Junior Mance.
Et puis, voici la dernière étape de Julien Brunetaud. Il l’a façonnée de bout en bout. Il ne chante plus comme il le faisait sur tous ses enregistrements antérieurs. Mais il nous enchante. « Fells Like Home » (Fresh Sound Records/Socadisc) son cinquième disque peut revigorer tous celles et tous ceux qui par ses temps printaniers en auraient besoin. Allez savoir pourquoi ?

 

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Thierry Peala & Verioca Lherm : « A Tania Maria Journey »

Une autre source d’énergie – inépuisable – on la trouve ici dans ce voyage avec la musique de Tania Maria. Ce sont deux admirateurs de toujours de la grande pianiste et chanteuse brésilienne, Thierry Peala (voix, percussion vocale, « one finger piano » + « whistle) et Verioca Lherm (guitare, voix, percussions vocales, pandeiro, apito) qui, associés au percussionniste Edmundo Carneiro, qui nous entraînent dans un univers de musique tropicale si l’on pouvait le dire ainsi « envahissant » – ôtant à ce terme absolument toute connotation négative ou péjorative. Et même, bien au contraire ! C’est justement cette espèce de bonheur profond qui nous font vibrer avec délice dans un univers profondément chaleureux – et il ne s’agit pas que de la chaleur de l’air ambiant propre aux joyeux tropiques – mais bien plus de celle du partage, de l’union, de la communion vivifiante qui anime chacune et chacun d’entre-nous.

« A Tania Maria Journey » (Edyson Production/Inouïe distribution) devrait nous accompagner tous les jours, nous tous : le monde s’en porterait mieux…peut-être…mais nous, en tout cas, assurément !

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A partager

 

 

En ce début d’étrange année tout se passe ici comme si les difficultés, les douleurs, les empêchements et les entraves, les incertitudes suscitaient une sorte d’acharnement. A inventer, à découvrir et à se réjouir. Ce n’est assurément pas une raison pour se dire que « tout va bien ».
Mais c’est amplement suffisant pour accueillir et recueillir de bons et heureux moments. A partager.

 

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Denis Badault & Antoinette Trio : « Rhizomes »

 

C’est assurément ici la rencontre de musiciens enracinés. Non pas qu’il soient d’un clocher quelconque, d’une musique et d’une seule, mais parce qu’ils vivent tous, et chacun avec les autres, en symbiose toujours, dans leurs créations et dans leur art, dans leurs inventions, parce que celles-ci se nourrissent de la réalité, de la terre, de l’humus fertile dont elle est faite.

Le pianiste Denis Badault, chef d’orchestre, compositeur, inventeur, transmetteur, a rencontré les membres de l’Antoinette Trio (Julie Audoin, fl – Arnaud Rouanet, cl, voix et Tony Leite, g, voix). Ensemble ils ont rencontré eux-mêmes un autre musicien, pianiste, guitariste, compositeur, le Brésilien Egberto Gismonti et avec « Rhizomes » (Compagnie 3×2+1), nourris des compositions de ce dernier, ils ont alors inventé comme un nouveau souffle.

Souvenons-nous qu’Egberto Gismonti qui fut l’un des musiciens phares du label ECM dans les années 80 est avant tout un compositeur, formé à l’école de Nadia Boulanger et de la musique française du XX° siècle en même temps qu’il fut un inlassable briseur de frontières.

C’est dire que la tâche de « Rhizomes » est importante quand il s’agit de remettre ce grand artiste au premier plan et ardue sans doute, non pour la restituer, mais pour la faire vivre dans toutes ses dimensions souvent complexes, une complexité qui en fait précisément toute la beauté.
C’est un thème intitulé « Frevo » qui ouvre cet enregistrement (impeccablement réalisé) et nous place avec la flûte de Julie Audoin en introduction, immédiatement, au cœur, non pas d’une musique parmi d’autres, mais de ce que l’on pourrait appeler sans prétention aucune, « une grande musique ».

Denis Badault y déploie de bout en bout, non seulement son art du clavier, ses articulations de lumière, la densité de ses propos, mais aussi la puissance de ses inventions. La guitare de Tony Leite ne cherche pas à dupliquer celle de Gismonti mais elle est, tour à tour prépondérante, explicite, parfois plus discrète. Julie Audoin marque ici le point décisif de la musique de ce disque : la flûte accorde des clartés inouïes et trouve une place, explicitement centrale parfois, mais toujours essentielle. Rare exploit pour cet instrument, surtout quand la conception du projet musical n’est pas fondée sur elle. Quant à Arnaud Rouanet, il ne manque pas de souffle : on pourrait presque dire qu’il est partout. Certes pas pour occuper l’espace, ce n’est pas son genre. Mais il est toujours là, soit comme bassiste, soit comme celui qui « orchestre », autour duquel donc les autres planètes tournent un instant. Et comme il est sans doute l’initiateur premier de ces « Rhizomes » cela signe de sa propre invention, de sa propre signature, cette belle réussite. Collective assurément.

 

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Naïssam Jalal & Rhythms Of Resistance : « Un autre monde »

 

La musique de Naïssam Jalal est, en son origine-même, faite de d’horizons et de mondes différents. Avec ce double CD on se trouve sans doute à l’acmé de ce travail, non seulement par ce que l’on pourrait distinguer comme des juxtapositions, plus souvent parce que les fils de toutes les couleurs musicales, de toutes les cultures parmi lesquelles Naïssam Jalal trouve son inspiration, sont entrelacés et qu’il serait inutile de vouloir tous les identifier. Là se trouve la richesse, inépuisable alors, de cette musicienne et de son travail.
« Un autre monde » (Les couleurs du son/L’autre distribution) c’est ce que Naïssam Jalal espère, ce qu’elle veut, ce qu’elle contribue à inventer et à bâtir en récusant tous les excès, tous les travers, sans parler des souffrances et des horreurs, du monde contemporain. D’où ce grand projet de réunir toutes sortes de musiques. Et ici, notamment, des musiques de l’Orient, diverses, multiples, avec celles qui conviennent – au moins dans leurs structures – à un orchestre symphonique. Parce que c’est en rassemblant que cet autre monde, ce nouveau monde, peut advenir, pas en en définissant un comme idéal et en essayant de le réaliser, conforme à celui-ci.

Ce sont les rapprochements qui conditionnent la possibilité-même de cet « autre monde ». La musique est ainsi conçue comme ayant le pouvoir de rapprocher et par là d’inventer et de réaliser de nouvelles conditions de vie.
C’est là une grande ambition. Mais si l’on écoute bien toutes les sonorités, toues les couleurs de cet « autre monde » comment n’aurait-on pas envie de l’habiter ?

Autour de Naïssam Jalal (composition, fl, nay, voix), on trouve l’excellent saxophoniste (ts, ss, perc) Mehdi Chaïb, Karsten Hochapfel (g, violoncelle), Damien Varaillon (b) et Arnaud Dolmen (dm). Ce « Rhythm Of Resistance » est ici associé à l’orchestre national de Bretagne placé sous la direction de Zahia Ziouani.

 

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Sandro Zerafa : « Last Night When We Were Young »

 

Il faut écouter cette musique telle qu’elle est : ce qui veut dire la recueillir, l’attendre pour l’entendre, la ressentir, la vivre en soi. Il y a des musiques qui sont ainsi. Quoi qu’elles fassent, quoi que certains puissent en penser, elles portent en elles un peu plus que ce que l’on pourrait croire. Elles ne sont ni des thèmes standards (ce qu’elles peuvent être, comme c’est le cas ici, de Cole Porter à Gerswhin en passant par Jerome Kern entre autres), ni des nouveautés éclatantes. Elles portent toutes une part, parfois infime, de secrets. C’est là que gît leur richesse. Et cette part, si minime soit-elle, est leur richesse. Elle est de l’ordre du sentiment, de ce que nous pouvons éprouver au fond de nous, de la sensibilité qui n’a besoin de rien d’autre que soi pour ressentir et apercevoir la beauté, la lumière, pour dire l’amitié, l’amour, la liberté. Allez donc du côté de « Young At Heart » (ce n’est qu’un exemple dans les onze thèmes de ce beau disque) de Johnny Richards et Carolyn Leigh et vous entendrez certainement quelque chose comme ça.
Sandro Zerafa qui nous offre ce beau voyage avec cette « Last Night When We Where Young » (soit en duo avec le piano de Vincent Bourgeix, soit en trio avec le contrebassiste Yoni Zelnik et le batteur Antoine Paganotti – Label PJU) s’affirme comme un guitariste de premier plan. Parce qu’il est un très bel instrumentiste mais bien plus encore parce que c’est ce qu’il nous offre, avec des musiques toutes très belles, auxquelles il apporte plus qu’une couleur qui lui serait propre, une sorte de poésie intérieure qui fait de chacune un instant inoubliable.

 

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Vincent Touchard & Stephen Binet : « Happy Hours »

 

Voici un autre disque composé de standards et qui ne prétend à rien d’autre que de leur redonner vie et vitalité. Sinon aussi, et peut-être avant tout, à nous donner envie de partager des « Happy Hours », à être heureux avec la musique, comme avec tous ceux avec qui nous la partageons et avec qui elle se partage et s’offre elle-même.

Il y a donc ici – faut-il le préciser – de beaux et clairs moments pour qui aime le jazz. Et certainement pour bien d’autres !
Aux côtés des leaders de cet enregistrement, on trouve aussi dans « Happy Hours » (Jazz Family/Socadisc) quelques invités : Sylvain Beuf, Mathieu Boré, José Fallot, Baptiste Herbin, Baptiste Morel, Duylinh Nguyen, Sidney Rodrigues, Claire Vernay.

 

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Blazin’ Quartet : « Sleeping Beauty »

 

La beauté est-elle endormie ? Ou bien ne serait-ce pas plutôt que ce soit dans ce que l’on pourrait appeler le sommeil qu’il faille voir, découvrir, aimer, ce qui fait la beauté elle-même ? Davantage que dans le mouvement incessant qui se trouve en lui-même plutôt en train de brouiller les cartes, de nous tromper, sur nous-mêmes peut-être.

Peu importe sans doute. Chacun choisira, si toutefois c’est utile ou nécessaire, sa conception de la beauté, faite de clair-obscur ou bien seulement de l’éclair de la lumière.

Sans doute le batteur Srdjan Ivanovic, leader du Blazin’ quartet, compositeur, claviériste a-t-il fait son choix. La démonstration est ici éclatante. « Sleeping Beauty » est une réussite singulière (Le Coolabel/Absilone/Socadisc/avec le soutien de MoonJune Records).

Singulière parce qu’on ne peut guère lui trouver de définition univoque. Srdjan Ivanovic dit bien que sa musique est enracinée dans les Balkans, lui qui est né à Sarajevo. Mais comme il y a ici tant de chatoiements divers, multiples (y compris deux thèmes empruntés à Ennio Morricone), jamais contradictoires certes, mais toujours nouveaux, et surtout tant d’inventions, c’est d’abord pour cette raison que le voyage en « Sleeping Beauty » est aussi réussi.

Le quartet est également composé d’Andreas Plyzogopoulos (tp), Federico Casagrande (g), Mihail Ivanov (b). Magic Malik (fl) est également invité à participer au voyage. Comme chacun d’entre-nous.

 

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Olivier Laisnay & Yantras : « Monks Of Nothingness »

 

Il y a dans le travail du trompettiste Olivier Laisnay une originalité et une puissance remarquables. Voici une musique qui, comme d’autres, peut bien faire penser à ceci ou à cela (assez souvent à Steve Coleman, il est vrai), mais qui, presque au même moment déroute, nous fait précisément changer de chemin, de trajectoire. Il faut dire que ce musicien est nourri de bien des choses si différentes qu’on y découvre aussi bien Olivier Messiaen que le rap ou le free jazz, les musiques électroniques et contemporaines qui sont, comme on le sait, de toutes sortes. Mais cela ne rendrait pas compte non plus de l’originalité du propos de « Monks Of Nothingness » (Onze Heures Onze). Originalité qui n’est pas plus facile à exprimer pour autant. Car les échos d’une musique, ses sources – si tant est qu’elle en ait – ne disent que si peu de ce qu’il faudrait dire. Mais comme elle, échapper au langage, surtout à celui qui prétend concevoir ou même seulement décrire, on dira une nouvelle fois qu’il serait bien dommage de passer à côté de cette nouvelle création sonore où l’on retrouve ici aussi Magic Malik (fl, voix), aux côtés de Romain Clerc-Renaud (p), Franck Vaillant (dm), Damien Varaillon (b) ainsi que le rappeur Mike Ladd sur deux morceaux.

 

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Chris Hopinks Meets The Jazz Kangaroos : « Live ! »

 

Il y a une manière encore, ici avec le pianiste américain qui vit en Allemagne, Chris Hopkins. C’est à un jazz que l’on pourrait dire « classique » qu’il nous invite avec ses camarades « Jazz Kangaroos » : George Washingmachine (violon, voix), David Blenkhorn (g) et Mark Elton (b).

Cela swingue avec bonheur toujours et c’est très bien ainsi. On est emporté sans autre façon par cet enregistrement « Live ! » (Echœs Of Swing Productions). C’est exactement ce qu’il faut pour rappeler si besoin est que la vie peut nous être difficile mais qu’elle, elle est toujours heureuse. Tout ceci est très bien fait et c’est l’un de ces petits bonheurs que l’on aime réentendre.

 

something-joyful-pochette_page-0001-copie-295x300 Christophe Monniot

Jonathan Orland : « Something Joyful »

 

On pourrait rétorquer que la transition est facile et que, par conséquent, « l’art est aisé ».

C’est bien de joie dont il est question ici. Même si cette joie prend des formes diverses, sachant que toute joie n’est pas exubérante.

C’est en tout cas ce qu’affirme lui-même l’altiste Jonathan Orland : « C’est la joie que j’ai voulu mettre en avant dans ce troisième album en tant que leader. La joie de jouer…de ressentir…de m’exprimer librement à travers mon instrument, et par-dessus tout, la joie d’être récemment devenu père ! »

Pour ce faire il s’est entouré de trois musiciens talentueux : Olivier Hutman (p), Yoni Zelnik (b) et Ariel Tessier (dm). Et ce quartet sonne en effet, non seulement à la hauteur de leur réputation mais aussi d’une façon spontanée, naturelle, simple. C’est une chance d’entendre une musique nouvelle et qui ose se réjouir de façon aussi évidente que ce beau « Something Joyful » (Steeple Chase).

 

 

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Christophe Monniot & Didier Ithursarry : « Hymnes à l’amour »

 

Duo comme sans fin. Alors faudrait-il dire « duos » ? Peu importe car il est certain qu’ils s’entendent à merveille, Christophe Monniot (as et sopranino) et Didier Ithursarry (accordéon). Tout autant que leurs musiques sont empreintes d’une vivacité constante, d’une fougue irrépressible très souvent, d’une maîtrise intense toujours. Elles nous traversent irrésistiblement et c’est une autre façon de dire à la fois ce que l’on pourrait appeler notre plaisir et aussi leur propre dynamique, leur pertinence, surtout lorsqu’elles s’avèrent assez impertinentes pour cela, n’hésitant jamais ni devant la difficulté ni devant les audaces (nous sommes à l’évidence loin du bal musette, on s’en serait douté.)
Il est en outre remarquable que le titre de ces « Hymnes à l’amour (Emouvance/ Absilone-Socadisc) proclame ce sentiment intime, non parce qu’il s’agirait d’une indiscrétion mais au contraire parce que cette musique en provient et qu’elle ne se cache pas, qu’elle nous y entraîne. Et que c’est ici que jaillit le bonheur de toute musique. L’audace est toujours un hommage (ou un hymne) à l’amour. Surtout lorsqu’elle est portée par la musique.

 

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Louise Jallu : « Piazzolla 2021″

 

Le premier enregistrement de Louise Jallu était remarquable. Celui-ci est une grande et remarquable réussite.

Si les compositions ne sont pas originales puisqu’il s’agit ici de revisiter l’art d’Astor Piazzolla, les orchestrations et interprétations le sont, l’ensemble ici constitué étant d’une remarquable cohérence et d’une parfaite maîtrise. Mais surtout, ce qui fait la force de « Piazzolla 2021″ (Klarthe Records/Pias) c’est sans aucun doute que Louise Jallu sait réunir autour d’elle tous les talents qui permettent d’atteindre un tel sommet. Et peut-être plus encore son intelligence à elle lorsqu’elle apporte à Piazzolla une dimension nouvelle, des couleurs et des émotions que l’on ne pouvait attendre.


Autour du bandonéon de Louise Jallu, il faut citer tous ceux qui ont contribué à ce travail : Mathias Lévy (vl, elec g), Marc Benham (p, fender rhodes), Alexandre Perrot (b), les « invités » Gustavo Beytelmann (p) et Médéric Collignon (bugle). Mais il faut souligner aussi que si Louise Jallu signe la direction artistique (c’est donc bien elle qui est l’âme de « Piazzolla 2021″ – hommage à l’occasion du centenaire de la naissance du musicien), elle a également écrit les arrangements et les compositions, tandis que c’est Ginon Favotti qui a créé les « sons additionnels ».

 

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Guilhem Flouzat : « Turn The Sun To Green »

 

C’est à New York City que le batteur Guilhem Flouzat a composé et écrit les sept chansons qui composent ce « Turn The Sun To Green » (Shed Music/Inouïe distribution). Pour les faire interpréter par la belle, lumineuse et transparente voix d’Isabelle Sorling. Les autres musiciens qui participent à cette création sont le guitariste Ralph Lavital, le pianiste Laurent Coq et le bassiste Des White.

On peut dire « chansons » sans dire véritablement de quoi il s’agit. On pourrait en effet se tromper et ne pas attendre un style aussi propre et, finalement, plus de musique que de chanson au sens habituel. Si les paroles ont leur sens ce qui prime de toute évidence c’est la musique elle-même, la musicalité et ce qui en est à l’origine, une sensibilité et des émotions. Et pour le compositeur comme pour les interprètes une façon d’offrir leurs inventions et une part d’eux-mêmes. Ce qui fait la richesse de cet enregistrement.

 

 

 

 

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Les temps heureux de la musique

 

Cette fois c’est quatorze enregistrements que les « Notes de jazz » ont retenus pour cette parution de fin d’année. Pour leur fertilité, pour leur enthousiasme. Souvent pour l’espèce de joie dont ils sont porteurs.

Par les temps qui courent (courent-ils vraiment?) cela est d’autant plus passionnant. La musique, en tout cas, reste vivante. Et heureuse – même si elle peut être nostalgique, voire mélancolique. Sans doute parce que dans toute création il y a une vitalité qui s’exprime.

Que nos lecteurs, avec nous se réjouissent.

C’est notre meilleur souhait. Pour eux.

Pour le monde. Comme il va.

 

A toutes fins utiles, précisons que, dans ces « chroniques », l’ordre de parution est totalement aléatoire et ne constitue pas un classement qui, de fait et par principe, serait évidemment stupide.

 

 

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Mico Nissim : Traces

 

Cela fait plus de quarante ans que Mico Nissim est apparu comme un pianiste talentueux, à la fois solitaire comme sur « Darlinghetta » (Cobalt), l’un de ses premiers enregistrements en 1980, mais aussi tellement entouré : avec une foule d’artistes, pour autant de projets de toutes sortes musicales, dans l’univers du jazz, mais pas seulement, loin de là, mais avant tout pour celui-ci qui fut toujours, sa patrie – pensons ainsi à ce qu’il donna à l’ONJ de Claude Barthélémy !

Il revient aujourd’hui avec « Traces » (Label Trois Quatre / Absalone -Socadisc), en solo une nouvelle fois. Un solo solitaire pourrait-on dire puisque les compositions sont aussi les siennes. Et qu’il s’agit ici de l’univers de Mico Nissim et de personne d’autre.

Ce qui fait sa singularité c’est l’espèce de douceur, parfois mélancolique, nostalgique, mais surtout venue toujours des profondeurs les plus intimes. Parfois aussi plus enjouée. Mais toujours vraie, absolument authentique, comme la musique que Mico Nissim nous a toujours offert. Et s’il nous offre deux détours, l’un avec Ravel et « La Pavane » et l’autre avec Nougaro et « L’île de Ré », c’est avant tout, toujours lui que l’on entend. Et peut-être, là encore, comme les traces, à la fois persistantes, mais aussi éphémères, de ce qui l’anime sans cesse.

 

cover_essais-volume-4_360-300x300 Alain Jean-Marie

 

Pierre de Bethmann : Essais/volume 4

 

Il n’y a pas besoin de surprise pour être séduit. « Pas de surprise » puisqu’il s’agit ici d’un quatrième volume d’une œuvre conduite par le pianiste Pierre de Bethmann avec le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur Tony Rabeson dont on connaissait évidemment les trois précédents. Ils étaient enchanteurs. Comme l’est celui-ci. Qui n’est d’ailleurs que le produit de séances antérieures et, principalement, de celle qui avait abouti au « volume 3 ».
Ce qui est ici remarquable, c’est que ce travail, qui fait penser à celui de quelques grands trios antérieurs (Bill Evans, Keith Jarrett, Bill Charlap et quelques autres et non des moindres) est à la fois constant, obstiné presque, plongeant souvent dans les racines de l’histoire du jazz, tout en produisant une musique unique, propre, c’est-à-dire spécifique, ayant sa pleine identité. On trouve ainsi dans ce quatrième volume des compositions de Wayne Shorter, de Charlie Parker et Dizzy Gillespie, Carla Bley, Kenny Wheeler, Sonny Rollins ou Thelonious Monk. Mais aussi l’improbable « Think Of One » de Paul McCartney ou « Moreira » de Guillermon Klein.

Sans doute est-ce là que se trouve la notion d’ « essais » que nous annonce le titre de cet enregistrement : commentaires personnels d’œuvres ou de compositeurs remarquables, non pour s’en servir mais au contraire dans le seul but de les mettre en lumière, de les faire entendre dans une autre dimension que celle originale, afin de leur donner, non pas autre chose, mais davantage encore leur pleine force.

 

0-1-300x270 Billie Holiday

 

Celia Forestier : Go

 

La chanteuse Celia Forestier ne fait pas dans la facilité. Avec son groupe Komorebi elle fait preuve d’une exigence de tout instant. Pour autant, on voyage dans « Go » (Label A part la Zic/Inouïe distribution) avec plaisir, ou plutôt comme fasciné, envoûté, partageant ce qui s’apparente à une transe, heureuse, ciselée d’émotions, douces ou violentes, apaisantes et heureuses souvent. Il y a ici beaucoup de beauté, d’étrangetés, de mystères qui sont au même moment et comme à l’inverse l’occasion de dévoilements, d’apparitions, de clartés sombres, de voyages erratiques, sans but mais remplis de découvertes toujours vivifiantes.
La voix claire et saisissante de Celia Forestier nous guide dans cet univers qu’il faut habiter puisqu’il nous invite au partage, à l’exigence joyeuse d’être ensemble. Le violoncelle de Bruno Ducret, allié à la contrebasse inventive de Vincent Girard, à la batterie discrète et pour cela d’une justesse totale de Rémy Kaprelian, ainsi qu’à la guitare parfaite de François Forestier, soutient tout le groupe ou plutôt permet à la chanteuse de voler au-dessus d’instruments qui ne lui sont pas soumis mais qui cependant font absolument corps avec la voix, comme dans une sorte d’unité primordiale. Et c’est cela qui nous enchante.

 

twins-300x269 Celia Forestier

 

La Boutique, Fabrice Martinez & Vincent Peirani : « Twins »

 

Voici une musique qui vient de loin. D’un lointain très proche dans le temps, il faut bien le dire (quitte à se contredire, au moins en apparence) mais de sources profondes et généreuses. De celles qui ont marqué les années quatre-vingt et quatre-vingt dix ou même du début du siècle en cours, du jazz en France et en Europe. A tout le moins. Et là il ne s’agit pas de n’importe quoi et de n’importe qui.

Si le trompettiste Fabrice Martinez qui est au cœur du collectif La Boutique est une sorte de descendant du regretté Jean-François Canape, il a aussi été marqué par le Méga Octet (Andy Emler) ou le Supersonic (Thomas de Pourquery) où il a joué, comme par le Sacre du Tympan (Fred Pallem). A la tête d’une formation comme celle-ci il s’agit d’expériences que l’on pourrait dire décisives, qualificatif que l’on doit entendre ici comme en-deçà (ou au-delà) de l’originalité même du propos.
Celle-ci est aussi (et tout particulièrement) le fait du compositeur Jean-Rémy Guédon. Lui, a fait ses armes avec Michel Goldberg, Jean-Louis Chautemps, Steve Lacy ou encore Dave Liebman. Puis il a joué avec Claude Barthélémy, Laurent Cugny, Sophia Domancich, Antoine Hervé, Bernard Lubat, Albert Mangelsdorf, l’ONJ de Didier Levallet tandis qu’il réunissait chaque fois qu’il le pouvait musiciens de jazz et musiciens « classiques ».

C’est cette dernière direction qui l’a conduit à « Twins »…comme son nom sans doute l’indique. On trouve en effet dans cet octuor, outre Fabrice Martinez, le hautbois et le cor anglais de Vincent Arnoult, la clarinette basse d’Emmanuelle Brunat, les saxophones de Clément Dubois, la clarinette de David Pouradier Duteil, la basse d’Yves Rousseau et l’accordéon de l’invité Vincent Peiriani.
L’infinité des couleurs, des climats en même temps que leur cohérence font de cette œuvre un ensemble d’une somptueuse architecture.

 

le-bex-tet-round-rock-300x300 Christofer Bujrström

Emmanuel Bex/le Bex’tet : « ’ Round Rock »

 

Un autre qui a trouvé une partie de son énergie naissante aux côtés de Bernard Lubat c’est Emmanuel Bex.

Et voici qu’il s’est à nouveau enflammé, ce musicien dont l’art est fait d’audace, toujours. Avec ce talent à l’extrême, celui de nous embarquer irrésistiblement.

Avec son fils Tristan à la batterie et au cajon et son pote Antonin Fresson aux guitares (électrique ou acoustique), l’orgue hammond ou son accordéon, tous ici empreints de blues (« Sometimes I Feel Like A Motherless Child » en est assurément un bel exemple), Emmanuel Bex réussit un enregistrement que personne d’autre n’aurait jamais pu imaginer. Cela s’ouvre par une version 2.0 de « La Marseillaise » et se clôt par la version du même hymne national sous le titre de «3.0 ».

Mais au-delà ce ça, il faut entendre « Jacques Brel Always » ou « Charlie Of Course » (Parker on l’aura sans doute imaginé) ou « J’irai revoir ma Normandie » (« ce pays qui m’a donné le blues ») et « Station Saint-Denis-Basilique » pour saisir ce qu’Emmanuel Bex est capable, souvent l’air de rien – et là est le tour de force – de nous proposer, remarquablement épaulé, il faut le souligner, par ses deux jeunes compères.

S’il y a à se réjouir, on trouvera dans ce fameux « ’Round Rock » (Le Triton/L’autre distribution) toutes les raisons de le faire mille fois.

 

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Hot Sugar Band & Nicolle Rochelle : « Eleanora »

 

C’était un temps avant le temps lui-même : c’était alors un temps où Billie Holiday s’appelait encore Eleanora, Eleanora Fagan. Avant d’être « Lady Day » et la chanteuse la plus étourdissante sans doute de toute l’histoire du jazz.
C’est à cette époque-là, réputée heureuse, de sa vie (la seule ? Mais peut-être qu’elle ne l’était pas davantage que les autres, celle d’avant et celles d’après) que ce disque rend hommage.

Il faut bien dire qu’il y a ici une ambition difficile à réaliser pleinement. Quel parti prendre ? Celui d’un « revival » est-il le meilleur, s’il est le plus évident ?

C’est à peu près ce qui est fait ici. Il faut le dire : au mieux assurément de ce que l’on peut faire en la matière. C’est-à-dire s’approcher de l’original sans le détourner, sans pouvoir non plus l’atteindre vraiment. Puisque, quoi qu’il en soit, celui-ci vibre et vit dans nos cœurs depuis trop longtemps pour qu’il en soit ainsi.
L’intérêt que suscite le plus « Eleanora » (CQFD/L’autre distribution) c’est la lumière qu’il porte sur les débuts de Billie Holiday, sur sa beauté essentielle, sur le don qu’elle fit toujours d’elle-même quitte à devenir le propre éclair qui la foudroyait chaque jour.
Il faut dire que le Hot Sugar Band et Nicolle Rochelle y mettent, eux aussi, à leur façon, tout leur cœur assurément.

Le Hot Sugar Band est composé de Bastien Brison (p), Julien Didier (b, chant), Jonathan Gomis (dm,arrangements), Julien Ecrepont (tp), Jean-Philippe Scali (as, arrangements), Corentin Giniaux (cl, arrangements) et Vincent Simonelli (g).

 

cover-switch-trio-300x300 Diego Imbert

Fred Nardin Switch Trio : « In Town »

 

Le Switch Trio, composé par le pianiste Fred Nardin, le guitariste Maxime Fougères et le bassiste Samuel Hubert offre avec « In Town » (Jazz Family) une musique rare, captivante, là-même où elle suscite toute notre écoute, toute notre attention. Par sa singularité comme par ce qu’elle décrit, ce qu’elle dit, avec une grande discrétion, c’est-à-dire une ultime précision, méticuleuse et par conséquent généreuse. Si l’on veut bien considérer que la générosité ne ressort jamais de l’abondance mais seulement de la manière dont ce qui est offert est proposé. Alors on trouvera de grands bonheurs à l’écoute des échanges de ces trois musiciens. Parce que, ce qu’ils jouent, ils le jouent comme si cela était simple et naturel – on n’offre pas, en effet, à ses auditeurs, ni même à soi-même, quoi que ce soit en compliquant la réalité mais précisément et seulement en faisant ce qui peut et doit être fait comme si cela allait de soi.

Les interprétations de thèmes de René Thomas (ce trop rare guitariste belge reste dans nos mémoires), Benny Golson, Steve Grossman, John Ellis, Mulgrew Muller ou Billy Strayhorn, ou celles de Fred Nardin ou Maxime Fougères sont toutes secrètes à l’instant même où, pourtant, elles nous sont dévoilées.

C’est là le secret de toute belle musique.

 

arton3478856 Eleanora

Roberto Negro : « Papier Ciseau »

 

Il y a bien des musiciens et des musiques inclassables mais, dans cette « catégorie » (qui, bien entendu, n’en est pas une), Roberto Negro et ses camarades de « Papier Ciseau » (Label Bleu/L’autre distribution), Emile Parisien (s), Valentin Ceccaldi (b) et Michele Rabbia (dm, electronics) se distinguent par leur originalité.

On pourrait donc dire, si cela ne semblait pas (à tort) péjoratif, que ça ne ressemble à rien et au moins à pas grand-chose. Et voici ce qui pourrait être aussi et par conséquent, le plus vibrant hommage.

Il y aurait alors dans « Papier Ciseau » une invention aussi radicale que possible (pas totale sans doute car on hérite toujours plus ou moins de quelque chose, même lorsqu’on s’en défend). Mais il est bien possible que si l’on posait la question au pianiste hors normes qu’est Roberto Negro qu’il nous réponde qu’il a maintes et maintes inspirations et qu’il se nourrit de quelques grands ancêtres de son instrument, du jazz et de toutes les musiques que le monde a déjà connu.

La difficulté ici n’est pas dans la musique mais dans le fait qu’elle est indescriptible : que l’on sent bien que les mots, les périphrases, les analogies, les « images » qui pourraient tenter d’en rendre compte, de dire quelque chose de plus ou moins juste à son propos seraient à peu près vaines. A moins qu’il se trouve quelqu’un qui en soit capable. Mais le premier venu de ces « Notes de jazz » a plutôt tendance (par respect et pas tout à fait par facilité) à refuser l’obstacle.
En effet, les créations de quartet, de ces trois individualités ici rassemblés par l’amour de l’invention, par goût de l’audace, par respect aussi – cela s’entend – de celles et ceux qui les entendent et par là s’imprègnent d’eux, sont telles qu’elles doivent être reçues, semble-t-il, sans commentaires, sans extrapolation.

Car c’est à chacun de ressentir, d’accepter ce jeu et cet enjeu, ou de le refuser, de découvrir et de se découvrir. Comme le font Roberto Negro et ses amis.

 

A-Place-That-Has-No-Memory-Of-You

Laurent Dehors & Matthew Bourne : « A Place That Has No Memory Of You »

 

« A Place That Has No Memory Of You » est à écouter, à recevoir plus précisément, avec de grandes précautions. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’il faille plus ou moins s’en défier.

Bien au contraire : parce qu’il faut recueillir les créations de Laurent Dehors (clarinette basse) et Matthew Bourne comme elles nous sont offertes : avec délicatesse, prudence, avec tout ce qui précède et préside à une offrande à celle ou à celui qu’on aime, à ceux avec qui l’on tient à partager, non pas un seul moment, mais au moins comme un instant lorsqu’il est une part de l’éternité ou même celle-ci tout entière et que le temps qui passe, alors, n’a plus de signification.

Il y a ici seize pièces, généralement brèves, qui sont comme seize poèmes actuels, en ce sens qu’ils sont dits, et pas seulement dans le silence d’une lecture intérieure, « silencieuse » dit-on, par ceux-là même qui les inventent, comme une part d’eux-mêmes et qui s’adressent à une autre part de chacun d’entre-nous. A moins qu’il ne s’agisse pas d’une partie mais plutôt de notre entièreté, de ce que nous sommes et ce que sont les musiciens eux-mêmes.


Il y a ici seize définitions, ou plutôt seize expressions et seize impressions aussi, de la beauté. Peut-être d’une seule beauté, d’une seule lumière qui adviendrait de manières différentes mais qui serait unique.


Il ne faut pas enfin, s’interdire de noter que la présentation graphique et matérielle (dans toutes ses composantes) de cet album CD, comme toutes celles du label Emouvance, est à la hauteur de la musique elle-même.

 

nuages-300x300 Emmanuel Bex

Mauro Gargano : « Nuages »

 

On pourrait se référer à l’un des textes les plus importants de toute l’histoire de la littérature, texte qui ouvre « Le spleen de Paris » de Charles Baudelaire pour évoquer « …les nuages qui passent…là-bas…là-bas…les merveilleux nuages ! ».

Dans le texte de présentation de « Nuages » (Digginmusic Prod/Absilone) le contrebassiste Mauro Gargano en appelle plutôt à Pasolini et à Shakespeare : « Ce sont les nuages. Et ce sont quoi les nuages ? Je ne sais pas… Ah déchirante, merveilleuse beauté du monde ».

Comment donc relire les « Nuages » de Django à la lumière de la poésie ? C’est ce que fait Mauro Gargano (la basse y a une place centrale) avec Matteo Pastorino (clarinettes), Giovanni Ceccarelli (p) et Patrick Goraguer (dm) de façon déchirante, renversant l’écoute que nous en avons, pour clore avec ce thème si souvent interprété, ici avec une intensité extrême, un enregistrement de haute tenue, de grande exigence et surtout d’une beauté souvent étrange et toujours sidérante.

Aussi captivante sans doute que les nuages « étrangers » de Baudelaire.

 

pochette-ecume_3000-1024x1024-300x300 Fabrice Martinez

Christofer Bjurström : « Ecume de mai »

 

« C’est tout ce que nous avons voulu faire et n’avons pas fait …

…Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait… »

C’est bien cette « Oublieuse mémoire » du poète Jules Supervielle qui est l’une des références littéraires du pianiste Christofer Bjurström pour cette « Ecume de mai » (MZ Records/Marmouzic).

Ici chacun des titres renvoie à un poème. Et l’on est donc, outre Supervielle, sous le signe d’Emily Dickinson, de Sylvia Plath, de Claude Roy, d’Abdellatif Laabi ou de Raymond Carver et de Bo Carpelan, les citations accompagnant le CD grâce à l’utile petit livret !
Et, ce qui est sans doute le plus remarquable dans la musique de Christofer Bjurström c’est ce que l’on pourrait appeler son « travail ». Peut-on dire qu’il joue du piano lorsqu’il fait entendre les sifflements du vent qui, balayant la mer, soulève l’écume pour l’amener jusque sur nos pas ?

Même si le jeu n’est qu’une manière de dire ce que le musicien arrache au silence avec son instrument, il y a ici une sorte de mise en œuvre, pas si nouvelle il est vrai puisqu’on a bien vu au moins depuis les années soixante du siècle précédent, de ces pianistes qui, de leurs seuls doigts ou bien armés d’instruments in-identifiables plongeaient soudain dans le corps du piano pour y faire on ne savait trop quoi mais que l’on entendait avec surprise, avec effroi parfois, avec plaisir et un intérêt nouveau souvent. Bjurström pratique sans doute dans cet esprit des techniques similaires mais, contrairement à ses prédécesseurs, ce qu’on appellera donc son « travail », n’a pas tout à fait la même place, désormais plus discrète, comme intériorisée alors qu’elle n’était que la cause ou le reflet peut-être d’une extériorisation qui, précisément se voulait telle et qui ici n’a pas vraiment sa place.
La musique de cette belle « écume de mai » est à écouter comme une suite de méditations, là où celles-ci ne sont pas un écart du monde, mais le chemin vers la juste place que chacun vaut, mérite, recherche, face à ce qui l’entoure.

 

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Diego Imbert & Alain Jean-Marie : « Interplay, The Music Of Bill Evans »

 

Voici deux musiciens dont le talent et l’intelligence sont assez connus et reconnus, s’il fallait encore le souligner, et on attend alors une si belle musique.

Surtout lorsque Bill Evans est l’une de vos « références » les plus intenses, toutes musiques, toutes formes artistiques confondues – votre « idole » quoi.
Et l’on trouve ici en effet, tout son bonheur car les quinze titres choisis par Diego Imbert (b) et Alain Jean-Marie (p) tirés du répertoire de Bill Evans sont joués comme on pouvait s’y attendre, avec fidélité, amour même sans doute, beaucoup d’habileté (comme le souligne Pascal Anquetil dans le texte d’accompagnement, l’art du duo piano-basse n’est pas aisé).

Cet « Interplay »(Trebim Music/L’autre distribution) nous fait redécouvrir, s’il en était besoin, le génie de Bill Evans.

Et, somme toute, on peut même dire qu’il y a ici un équilibre qui parfois dépasse celui des duos avec Eddie Gomez dont le talent était exceptionnel, mais tellement – si l’on peut dire – qu’il était parfois parvenu à faire oublier celui du pianiste, allant jusqu’à envahir « l’espace » musical.
Il faut singulièrement remercier aussi Diego Imbert et Alain Jean-Marie de nous rappeler Bill Evans, disparu il y a quarante ans déjà, mais dont la présence demeure pour tous ceux qui l’on connu. Ils ouvrent peut-être aussi une porte sur son univers à tous les autres.

Nous nous souviendrons enfin que « l’interplay » est peut-être une autre façon de désigner ce qui fait la singularité du jazz, des musiques que nous aimons.

Ces deux musiciens en offrent ici un singulier exemple !

 

disc-gn-stride-piano-kings-300x267 Fred Nardin

Guillaume Nouaux : « The Stride Piano Kings »

 

Guillaume Nouaux est à coup sûr l’un, sinon le meilleur, des batteurs de jazz traditionnel. Il y a quelques mois il avait réalisé un double album rendant hommage aux grands clarinettistes des origines. Il revient avec un autre hommage, rendu cette fois au style « stride ». Et donc aux pianistes qui ont transformé le ragtime pour en faire ce que l’on a appelé ainsi, pour se libérer peut-être d’un répertoire et surtout d’une façon de faire qui pouvait omettre la part de liberté que cette musique portait pourtant déjà en elle.

Guillaume Nouaux dialogue sur quinze titres, non seulement avec un pianiste (ils sont sept au total à se partager la tâche : Louis Mazetier, Bernd Lhotzky, Luca Filastro, Chris Hopkins, rossano Sportiello, Harry Kanters et Alain Barrabes.) On entend les musiques, notamment, de James P. Johnson, Fats Waller, Ray Noble, Duke Ellington ou Richard Rogers.
Et tout cela, qui est admirablement fait, est réjouissant, emballant. Joyeux, vivant, vivifiant.

On notera enfin que cet enregistrement est auto-produit (www.guillaumenouaux.com)

 

iic-cd-front-cover-300x277 Guillaume Nouaux

Kari Ikonen : « Impressions, Improvisations and Compositions »

 

Kari Ikonen est un pianiste finlandais qui aborde la musique par plusieurs chemins. Le jazz y a une place importante, mais aussi les musiques orientales, proches comme les musiques arabes ou plus lointaines comme celles venues du Japon. Il s’avère qu’il a aussi conçu un dispositif qui se place en cinq secondes et se retire en trois (je n’ai pas tenté la chose cependant !) et qui produit ainsi des micro-intervalles.

Tout cela permet à Kari Ikonen d’offrir une musique souvent très étonnante qu’il nous donne ici en solo, ce qui semble parfaitement s’accorder avec ses conceptions et ses objectifs qui requièrent une sorte de concentration, presque de transe et qui, ainsi peut-être, suscitent en nous des émotions particulièrement intenses.
L’autre chemin que semble emprunter ce pianiste singulier c’est aussi celui d’une référence au peintre Vassily Kandinsky auquel le titre « Impressions, Improvisations and Compositions » (Ozella Music/Inouïe distribution) fait directement écho.On sait que la peinture abstraite de Kandinsky était celle d’un monde intérieur et qu’elle avait pour but – ou plutôt faudrait-il dire pour être plus précis et surtout plus juste, comme origine ou comme source si l’on veut – quelque chose comme le sentiment intérieur. Kandinsky, ainsi, est ce peintre qui plus que quiconque a fait voir l’invisible. (On peut lire sur ce thème le livre du philosophe Michel Henry « Voir l’invisible » Quadrige/PUF)
Nul doute que les recherches, multiples, mais entrelacées et telles qu’elles sont désormais indissociables de Kari Ikonen, proviennent de la même source originaire.

 

 

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La reprise

Prologue :

Si le compte est bon, la reprise de cette chronique comporte aujourd’hui, dix-huit enregistrements dont on trouvera ici le compte-rendu d’écoute.
Pour faciliter la lecture voici la liste des musiciens (leaders) et titres des albums dans l’ordre « d’apparition »:

Lionel Martin « Solos » /  Eric Séva : « Mother Of Pearl »  / Aldo Romano : « Reborn » / Raphaël Pannier : « Faune » / Joël Rabesolo & Julien Marga : « Rahona » / Martin Joey Dine : « Both At Once » / Ferrucccio Spinetti & Giovanni Ceccarelli : « More Morricone » / Yves Rousseau : « Fragments » / Simon Moullier « Spirit Songs » / Le Deal (Yoann Loustalot) : « Jazz Traficantes » / Multiquarium Big Band (Charlier/Sourisse) feat. Biréli Lagrène : « Remembering Jaco » / Benjamin Faugloire : « L » / Dominique Fillon : « Awaiting Ship » / SPIME 2019 (Yoann Rossilio) : « Cosmic And Spontaneous Gestures / Sébastien Jarrousse : « Attraction » / We Are Birds : « No Return » / Camille Thouvenot : »Crésistance » / Marc Buronfosse : « Aegean Nights ».

Il ne faut bien sûr pas se fier au fait que l’on connaît ou non le (ou les) musicien(s), pas davantage qu’à un titre qui paraitrait incongru.
Il est étonnant que tous ces enregistrements, certes à des titres divers, à des degrés peut-être différents, pour toutes sortes de raisons, soient tous très réussis. (Précisons que cette appréciation ne résulte d’aucun conflit d’intérêt. Par les temps qui courent la prudence ne la matière est sans doute de mies)

 

Lionel Martin : « Solos »

La reprise cristal-records-lionel-m600x600-300x300

Cet enregistrement est l’une des choses les plus étonnantes que l’on puisse entendre aujourd’hui.

Sans doute même au point qu’il ne faille pas se hasarder à vouloir le décrire par les mots.
L’enthousiasme aidant on loue cependant le saxophoniste Lionel Martin, croisé avec l’excellent pianiste Mario Stantchev, il y a quelques années de cela à la librairie Musicalame à Lyon – librairie spécialisée dans les livres liés d’une façon ou d’une autre à la musique. Il nous avait offert un jeu impressionnant et généreux.
C’est ce qu’il fait ici avec une inventivité décuplée.

Sous une pochette signée du peintre Robert Combas (lui aussi lyonnais) on ne trouve que l’inattendu. Il y a des musiques qui prétendent faire ceci mais qui, souvent n’y parviennent pas, pour des raisons innombrables.

Il suffit ici d’une mesure ou deux pour être pris, emporté disons mieux, par le flux des saxophones de Lionel Martin et pour découvrir des mondes inconnus.

Les enregistrements ont été faits aussi bien en extérieur, sous une éolienne, que dans le métro, ou les pieds dans la Loire, en studio ou dans un grenier. Grâce au travail de Bertrand Larrieu qui est aussi le directeur artistique de ces « Solos » (Cristal Records / Believe) ce qui signifie sans doute qu’à lui aussi, nous devons beaucoup. Comme à l’incessant travail de Lionel Martin.

Depuis plus de trente ans.

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Eric Séva : « Mother Of Pearl »

eric-seva-mop-pochette-300x300-300x300 Aldo Romano

Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on connaît le talent d’Eric Séva. A-t-il ici franchi un nouveau degré ? Ce n’est pas ainsi que l’on mesure la musique. Celle d’Eric, est à la fois pensée, résultat sans doute d’une maturité, mais aussi d’une manière simple, presque naturelle, d’offrir ce qu’il porte en lui. Et cela ne peut que réjouir celles et ceux qui s’abandonneront à « Musique Of Pearl » (Les Z’arts de Garonne / L’autre distribution).
Il y a dans cet enregistement le souvenir de la rencontre entre Gerry Mulligan et Astor Piazzolla pour « Summit », un  disque qui est resté dans beaucoup de mémoires depuis qu’il apparut en 1974.

Ici, c’est Daniel Mille qui joue de l’accordéon, tandis qu’Eric Séva joue du baryton ou du soprano où il excelle aussi. Les trois autres musiciens de cet enregistrement sont le pianiste Alfio Origlio, le contrebassiste Christophe Wallemme et le batteur et percussionniste Zaza Deisderio.

Parmi tous ses thèmes qui nous font souvent voyager on notera avec bonheur l’hommage aux anciens cités plus haut avec une sorte de mix de deux thèmes sur la plage huit et sous le titre « Summit, Close Your Eyes And Listen ». A ne pas manquer assurément. Et enfin, quand un des titres s’intitule « Luz d’Eus » et que l’on habite tout près de ce village être celui qui, de toute la France, est le plus souvent dans la vigueur du soleil…

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Aldo Romano : « Reborn »

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Quel impeccable musicien, quel batteur à l’intelligence aigüe, à la lueur malicieuse, à la discrétion enchantée !

Aldo Romano, on devrait le porter aux nues, celles du monde du jazz, de la musique tout entière et on devrait lui assurer le triomphe d’un empereur du monde qui alors irait sans aucun doute bien mieux.                                                                       Même s’il ne tournerait peut-être pas toujours rond. Car tel n’est pas le but du monde des hommes…

Avec « Reborn » (Le Triton / L’autre distribution) Aldo revisite les musiques qu’il a joué et qui, souvent (six d’entre elles sur les dix qui composent cet album) ont marqué son itinéraire de musicien passionné. Il les revisite et nous les fait revivre magnifiquement. Avec, auprès de lui, des amis de longtemps.
Il y a ici Michel Bénita (b), Glenn Ferris (tb), Yoann Loustalot (tp), Géraldine Laurent (sax), Mauro Negr (cl), Henri Texier (b), Jasper Van’t Hof (p, claviers), Daryll Hall (b), Enrico Rava (tp) et Baptiste Trotignon (p). Un grand et bel équipage pour traverser le temps.

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Raphaël Pannier : « Faune »

71boblkda3l._sl1181_-300x300 Benjamin Faulgloire

Voici un autre enregistrement qui vaut plus que le détour, comme l’on dit trop facilement.

Il vaut, celui-ci, que l’on s’y attarde, qu’on l’écoute avec passion, qu’on ne s’en sépare plus ! « Faune » (French Paradox / L’autre distribution) commence par une magnifique version du « Lonely Woman » d’Ornette Coleman. « Magnifique » assurément. Mais surtout vivante,brutale et soyeuse, vibrante et immobile. Comme l’aurait aimé son inventeur. Quelle parenté y a-t-il alors avec le « faune » de Mallarmé et celui de Debussy ! Peut-être celui de Faulkner aussi ou de quel autre sans doute !

Raphaël Pannier est batteur et compositeur (sept des douze thèmes de cet enregistrement) et nous offre ici un moment de musique qu’on ne pourra oublier. Il y rencontre Maurice Ravel avec une pièce extraite du « Tombeau de Couperin ». Et aussi Olivier Messiaen (« Le baiser de l’enfant Jésus ») ou encore Wayne Shorter avec le fameux « ESP » revu et corrigé en trois parties dont seule celle, centrale, est créditée au saxophoniste, Pannier ne s’étant sans doute qu’inspiré de cette célèbre pièce pour l’introduction et pour ce qu’il ne faut sans doute pas considérer comme une conclusion, mais plutôt comme une ouverture sur un monde encore lointain…Là aussi se trouve l’intelligence de ce batteur hors normes.
Raphaël Pannier s’est entouré d’un « band » de haute valeur avec Miguel Zenon comme directeur musical et saxophoniste, Aaron Goldberg ou Giorgi Mikadzé (pour les thèmes de Messiaen et Ravel) ainsi que le très beau et surprenant « Monkey Puzzle Tree » signé du batteur lui-même, et enfin François Moutin à la basse.

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Joël Rabesolo & Julien Marga : « Rahona »

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C’est une sorte de mélange mais plus encore d’harmonie, d’entrelacements incessants créant une sorte de toile. Aussi bien c’est un monde fait de plusieurs mondes. Étrange mais en rien étranger. Fraternel au contraire. Ce sont les guitares du Malgache Joël Rabesolo (également percussionniste) et du Français Julien Marga qui font de « Rahona » ce paysage, à la fois présent, proche de chacun d’entre-nous mais aussi comme lointain et sans cesse en train, non pas de nous échapper mais de rester insaisissable et ainsi de susciter sans fin le désir.

Il y a ici du Ralph Towner autant que du Bill Frisell, quelque chose de John Scofield il y a longtemps. En tout cas, il n’y a dans « Rahona » (Homerecords.be / L’autre distribution) que de belles musiques, intérieures, mais comme « visuelles » pourtant : qui inventent les images que nous croyons voir, que nous voyons !
Les deux guitaristes s’entendent à la perfection et les musiciens qui les accompagnent sont à leur juste place : la contrebasse de Nicolas Puma et la batterie de Lucas Vanderputten assurent cette présence constante et solide, qui permet aux éclats et à la lenteur, aux brumes et au temps qui s’écoule, de nous apparaître à chaque instant. Il y a aussi le beau saxophone de Manuel Hermia sur trois titres.

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Martin Joey Dine : « Both At Once »

84231637_2568042093324912_3474206884049715200_n-300x297 Biréli Lagrène

Il a vingt-huit ans, il est français, il est pianiste, il a composé tous les titres de son quatrième album (sauf bien sûr « All The Things You Are », trop fameux pour passer inaperçu).

Et c’est une surprise. D’autant plus que, même si cela n’a rien à voir, il y a un tel « écart » entre ce que semble dire le graphisme de la pochette de « Both At Once » (Anagram) et la réalité de la musique qui nous est proposée.

Ne nous fions donc pas aux apparences et laissons nous emporter par l’enthousiasme d’un jazz, somme toute assez « classique ». Mais non pas sans surprise. Par un « groove » toujours présent, par des compositions d’aujourd’hui mais qui revivifient à chaque instant la tradition. Le tout impeccablement interprété par tous les musiciens et musiciennes ou chanteuses. Et, au bout du chemin, c’est un régal !

Autour du pianiste on entend Yen Ting Lo (chant), Lucas Martinez (ts), José Soarez (as), Lea Cieckelski (fl), Pierre Balda (contrebasse), Roope Kantonen (batterie)

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Ferruccio Spinetti & Giovanni Ceccarelli : « More Morricone »

more-morricone-copertina-300x270 Camille Thouvenot

C’est à un voyage au cœur de la musique d’Ennio Morricone que nous invite cet enregistrement. « Au cœur », parce que nous la connaissons surtout, cette musique, dans des versions « orchestrales » et surtout « cinématographiques » – illustrant en quelque sorte des images, à moins que ce ne soit le plus souvent celles-ci qui rendaient alors cette musique, sinon comme visible, du moins encore plus vivante.

Et parce qu’ici, les deux musiciens et parfois (sur cinq thèmes) la voix de Chrystel Wautier, la dépouillent, la rendent presque nue et lui donnent ainsi sa lumière et toute sa force, sa beauté sans doute.

Il y a donc en effet, quelque chose de plus dans ce « More Morricone » (Bonsaï Music / L’autre distribution). Quelque chose de plus avec quelque chose en moins. (Il est vrai que Ferruccio Spinetti est l’inventeur avec Petra Magoni de « Musica Nuda » dont on a souvent apprécié l’inventivité hors toute norme alors même que ce duo nous réjouit toujours.)

On se promène ainsi de film en film, de souvenir d’images, de dialogues. On passe du « Clan des Siciliens » à « Cinéma paradiso » ou à « Il était une fois la révolution » ou bien encore au plus récent « Django Unchained ». Mais ces souvenirs n’estompent en rien la musique elle-même. Et c’est sa présence, son intensité, autant dire sa beauté qui nous frappent et nous font rêver encore davantage que le cinéma lui-même. Décidément Morricone était un géant.

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Yves Rousseau septet : « Fragments »

fragments_yves_rousseau-300x269 Charlier

Sans doute, comme il l’affirme, le compositeur et contrebassiste Yves Rousseau s’est-il inspiré de ses années d’adolescence et, plus précisément, de la musique qu’il découvrait alors : celle de King Crimson, Pink Floyd, Soft Machine ou Genesis. Sans doute ; mais alors son imagination est débordante. Car c’est une musique originale qu’il nous offre aujourd’hui avec « Fragments » (Yolk Records / L’autre distribution). Il y a ici un feu, des embrasements, des couleurs étranges, incandescentes, même s’il y a, en conclusion, un moment de nostalgie (c’est le titre d’une pièce en deux parties) qui est peut-être celle du passé. Bientôt emportée par le flux de la vie. Et alors c’est Yves Rousseau, sa musique, sa personnalité, ses rêves, son propos tout entier que nous entendons. Sans doute aussi celui de ses musiciennes et musiciens, même s’il y a probablement une bonne partie d’écriture dans le travail impeccable du leader.
Ces « Fragments » ici assemblés sont une œuvre impressionnante, somme toute très heureuse, souvent joyeuse et turbulente. Servie par des interprètes que l’on sent enthousiastes et heureux de jouer la musique enchantée d’Yves Rousseau.

Géraldine Laurent (as), Thomas Savy (bcl), Jean-Louis Pommier (tb), Csaba Palotaï (g), Etienne Manchon (Rhodes et autres claviers), Vincent Tortiller (dm) entourent la contrebasse d’Yves Rousseau avec l’engagement qui fait de ce disque une remarquable réussite.

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Simon Moullier : « Spirit Song »

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Voici un vibraphoniste comme on en a très rarement entendu.

Il est certain que la technique de Simon Moullier est irréprochable. Il est tout aussi assuré que la sonorité qu’il invente est tout aussi hors normes. Ce sont deux qualités exceptionnelles qu’il faut reconnaître. Il en est une troisième tout aussi essentielle, celle de compositions de hautes valeurs, à la fois inscrites dans une histoire, celle d’un jazz somme toute « classique », si l’on veut désigner ici la musique la plus inventive des années soixante-dix ou quatre-vingt (free-jazz et jazz-rock mis à part) et l’on comprend ainsi l’enthousiasme d’Herbie Hancock (« Sa musique est fraîche, elle parle à tout le monde. Je n’ai jamais entendu quelqu’un jouer du vibraphone comme ça » dit le pianiste) et la référence à Wayne Shorter que fait Simon Moullier.

Enfin, parmi ce qui doit être relevé plus que tout, outre l’excellence de la prise de son et sans doute de toute la technique qui entoure la production, il faut noter enfin l’excellence des accompagnateurs du vibraphoniste. Ce « Spirit Song » (Outside In Music) a été enregistré en deux parties, l’une en novembre 2017, l’autre en mai 2020. Le pianiste Simon Chivallon se trouve sur la première, le pianiste Isaac Wilson sur la deuxième tandis que Luca Alemanno est à la contrebasse et Jongkuk Kim à la batterie. Deux saxophonistes sont invités : Dayna Stephens et Morgan Guerin. Chacun pour deux des neufs thèmes enregistrés.
Tout cela est très réussi. Il y a ici de beaux voyages à faire. On aurait peut-être aimé cependant un peu plus de surprises.

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Le Deal : « Jazz Traficantes »

a2889629964_10-300x300 Dominique Fillon

« Le Deal » c’est le nom que ce sont attribués quatre excellents musiciens.

Il y a tout d’abord Yoann Loustalot et son « flugelhorn ». On peut dire et redire dès maintenant, la sonorité, l’intelligence, l’imagination sans fin, la créativité pour être complet, de ce musicien dont la générosité semble sans limites.

Il est accompagné par trois instrumentistes de haute valeur : Florent Pélissier (p, Rodhes), Théo Girard (contrebasse) et Malick Koly (d).

Bien que tout ceci semble se terminer – si l’on en croit les titres des sept thèmes qui composent ce « Jazz Traficantes «  (Favorite Records – enregistré au studio Van Gelder) – par au moins une nuit en prison (« Noche en la carcel » est le titre qui clôt ce disque), il souffle ici un esprit de liberté à chaque seconde plus respirable que l’air lui-même. On s’y amuse en effet beaucoup comme sur le très réussi « Mexican Jaunkanoo Part 3 ». Et tout ceci nous emporte bien loin de musiques plus convenues comme on en entend ailleurs.

Nous voici dans un univers qui n’est pas toujours le nôtre (nous n’avons encore jamais goûté les geôles mexicaines, caramba!) mais que nous découvrons avec joie et aussi avec enthousiasme. Et il semble bien que les quatre hommes, liés sans doute par un accord peut-être secret mais à coup sûr particulièrement étroit, partagent eux-mêmes ce bonheur.

Entre-eux et assurément pour nous.

 

Multiquarium Big Band feat. Biréli Lagrène : « Remembering Jaco »

cover-cd-multiquarium-300x297 Eric Séva

A l’évidence ce n’est pas pour donner offrir un disque parmi d’autres qu’autant d’étoiles se sont réunies. Car en effet, si Jaco Pastorius est une star, d’autant plus vénérée qu’elle a quitté tôt notre univers, Biréli Lagrène (fretless bass) qui est parmi nous depuis son plus jeune âge et qui, d’entrée lui aussi, fut une étoile, certes encore montante, mais très vite très haute, Peter Erskine qui nous parle sur quatre plages, André Charlier (dm) et Benoît Sourisse (p, org Hammond) qui à eux deux forment une constellation comme les Dioscures le firent depuis la nuit des temps, ne sont guère en reste, le mythe peut-être en moins. Ce qui, finalement, leur donne à la fois une responsabilité, une honorabilité concrète en quelque sorte, et aussi une responsabilité pourrait-on dire, celle de faire vivre toujours et encore la musique.

Il faut dire qu’ils y réussissent de façon impeccable. Le « Multiquarium Big Band » n’y étant pas pour rien !

Celui-ci, outre les deux « leaders » précédemment cités, comprend quand même quinze musiciens, ce qui constitue une taille rarement atteinte par les temps qui courent. Parmi eux il est difficile de tous les citer, Claude Egéa (tp), Stéphane Guillaume (as, cl), Fred Borey (ts), Denis Leloup (tb), Pierre Perchaud (g) et Nicolas Charlier (perc) sont bien sûr des noms que l’on retient. On ne doit pas oublier cependant l’intervention vocale de Yannick Boudruche sur « Fanny Mae ».

Sans aucun doute cet hommage, « Remembering Jaco » (Naïve / Believe), est-il parfaitement réussi. Même si le retour à la musique du bassiste de Weather Report lui-même demeure toujours la voie originale.

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Benjamin Faugloire Project : « L »

118388252_10158781652053713_7467449726954426975_n-296x300 Federico Spinetti

Cela fait au moins dix ans qu’existe le « Benjamin Faugloire Project » ce trio composé du dit Benjamin Faugloire au piano et toujours et chaque fois depuis sa création par Denis Frangulian (b) et Jérôme Mouriez (dm). Cela fait ainsi plus d’une décennie que ce groupe joue les compositions du pianiste et rien d’autre.

Ils se présentent comme un « groupe au sens pop-rock du terme mais qui joue du jazz ». Est-ce si juste que cela ? Il est aussi fait référence par eux-mêmes à la musique world si j’ai bien compris. On pourrait dire que tout cela est juste. Mais aussi l’inverse. Tant il y a ici de singularité. En tout cas, d’inclassabilité (si ce barbarisme peut s’entendre!)

Il faut ici entendre chaque note. C’est-à-dire écouter avec toute l’attention dont est capable. Car c’est cela qui distingue le BFP, la méticulosité, la discrétion, l’attention soutenue, discrète, subtile, infiniment attentive au moindre battement du temps, à la plus petite inflexion du propos. Aussi, tout ce qui nous est offert avec tant de délicatesse et d’attention, est-il à recevoir avec d’infinies précautions. Là réside la richesse de cette musique.

« L » (Jazz Family / Socadisc) est belle réussite qui ne peut se faire que sans tapage. Hors des courants du temps qui emporte trop de choses sur son passage et semble inexorable.

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Dominique Fillon : « Awaiting Ship »

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Il y a des musiques qui vous bouleversent, qui bouleversent l’ordre des choses ou même du monde. Il y en a d’autres qui, plus sages peut-être, ont en elles le bonheur d’être là. Qui contribuent à vous rendre heureux. Sans doute parce qu’elles le sont elles-mêmes. Moins inquiètes que d’autres (sinon pas du tout) elles passent parfois inaperçues. Ce n’est pas le plus mal qui puisse leur arriver. Parfois c’est la moquerie qu’elles affrontent. Elles ont souvent l’intelligence de ne pas même s’en offusquer. Elles poursuivent alors leur chemin.

Si l’on écoute Dominique Fillon et son « Awaiting Ship » (Klarthe Records / Banco Music), si on l’écoute d’une oreille un peu distraite on risque de manquer un beau paysage, de douces sensations. Et pas seulement : avec des inventions discrètes qui sont d’autant plus étonnantes que, précisément, elles ne proviennent d’aucun « effet ».

Le pianiste est ici entouré d’Alex Boneham (b) et de Dan Schnell (dm). Pour deux thèmes il est rejoint par Sylvain Gontard (tp, bgl) et pour deux autres par un beau quatuor à cordes avec Akemi Fillon au premier violon.

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SPIME 2019 : « Cosmic And Spontaneous Gestures »

spime-300x253 Giovanni Ceccarelli

C’est à peu près à l’opposé que se situe cet enregistrement, celui du free jazz le plus actuel. (Mais quel jazz n’est-il pas « free »?). En tout cas, il y a ici de quoi se réjouir de façon dionysiaque, c’est-à-dire absolument vivante, n’en déplaise sinon à qui que ce soit, mais bien plutôt encore à tous les obstacles possibles, imaginables, inimaginables tout autant. Que les académiciens s’en retournent chez eux, car dans cette musique se sont toutes les possibilités, même les plus impossibles qui s’offrent à nous.

Ces « Cosmic And Spontaneous Gestures » (qui pourraient renvoyer à un titre de Charles Mingus ?) (Le Fondeur de Son LFDS) nous proposent parmi d’autres titres, une « Tension », d’inénarrables « Structuralismes hétérogéniques » (qu’il faut recommander absolument) et même un « Tourbillon ». C’est dire que l’on peut s’y brûler. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une musique brûlante que l’un de ses principaux instigateurs, le contrebassiste Yoram Rossilio, va parfois chercher du côté du Maroc et de ses musiques traditionnelles. Mais pour « l’orientalisme » façon oud et autres instruments tous aussi chargés d’histoire les uns que les autres, on repassera.

Et, sauf à avoir l’esprit un peu abattu, le regard s’arrêtant bien avant la ligne d’horizon, on s’emportera ou plutôt on se laissera emporter par cette musique qui n’a peur de rien et qui, assurément, aime l’énergie de la vie.

 

Sébastien Jarrousse : « Attraction »

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Il y a bien des musiques inclassables (on vient de le voir) et l’on en rencontre beaucoup dans le monde du jazz. C’est le cas ici avec cette « Attraction » (A.MA records / Socadisc) que nous propose le saxophoniste Sébastien Jarrousse. Cette musique est complexe. C’est ainsi qu’elle est captivante, qu’elle retient l’attention – mais plus que cela – qu’elle nous emporte sans trop le laisser soupçonner. Comme la voix magique d’Ellinoa dont nous avons déjà eu le plaisir ici, de souligner la beauté, le ferait presqu’à elle seule. Mais il n’y a pas que cela.

Il y a toujours et sans jamais défaillir, une justesse de son, d’harmonie ou plutôt de langage, d’articulation, d’émotions soutenues. L’écriture de chaque thème est, semble-t-il pesée. L’art, à ce sujet de Sébastien Llado, plusieurs fois crédité, n’y est pas pour rien. Le tromboniste est d’ailleurs présent sur plusieurs thèmes. Comme le saxophone alto de Gaetano Partipilo venu lui aussi rejoindre le quartet de Sébastien Jarrousse avec Pierre-Alain Gouach (p), Mauro Gargano (b) et Antoine Banville (dm).

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We Are Birds : « No Return »

cover-bon-1200-300x300 Joël Rabesolo

Ils sont trois : le pianiste et claviériste finlandais Tuomas A.Turunen, le bassiste et contrebassiste Emmanuel Soulignac et le batteur et percussionniste Dimitri Reverchon. Mais ils ont de nombreux invités : Hannah Tolf, Arnold McCuller, Corinne Drai, Blick Bassy et Laurence Stevaux (voc), Fausto Beccalossi (accordéon), Stéphane Guéry (g), et Ulrich Yul Edorh (claviers, glokenspiels, sifflements, voc et aussi producteur).

On peut se demander si la musique de ce groupe est « classable » sous l’appellation de jazz. Mais comme classer est une chose que nous laissons aux taxinomistes de tout poil et que nous n’aimons guère, comme le jazz, en outre, est déclassifiant, encore plus qu’inclassable comme nous venons de le dire, eh bien, il est très difficile de répondre mais plus encore de décrire. Et, en outre, il n’y a pas ici une seule musique, mais bien plusieurs.

On entend même sur « No Return » la voix du capitaine Thomas Sankara, président du Burkina Fasso (ex Haute-Volta) jusqu’à ce qu’il soit assassiné en 1987 à trente-huit ans, devant l’assemblée Générale de l’ONU ! Et on fera bien d’écouter ce qu’il dit ! Et d’essayer aujourd’hui et demain, de s’en souvenir.

A cet instant d’ailleurs, la musique de We Are The Birds semble se modifier, prendre une intensité qu’elle n’avait pas toujours auparavant. Et qui, jusqu’à la fin de l’enregistrement, ne la quittera plus.

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Camille Thouvenot : « Crésistance »

c-thouvenot-300x264 Le Deal

C’est un propos de Stéphane Hessel qui, pour le pianiste lyonnais Camille Thouvenot, élève du magnifique Mario Stantchev, a permis d’imaginer, outre sa musique, le titre de ce disque. Ce mot du grand résistant que fut Hessel, grand amateur d’art également, n’est autre que « Créer c’est résister, résister c’est créer ».

Il faut en effet, écouter ça ! On découvrira sans doute ici un jeune pianiste, non seulement talentueux mais d’une inventivité étonnante. « Etonnante » car ce qui séduit dans ce « Crésistance » (Jinrikisha productions / Inouïe distribution) c’est précisément ce qui le différencie de ce que l’on entend souvent. Et de la voie choisie pour parvenir à nous surprendre : plutôt le respect de l’histoire du jazz que sa contestation, plutôt l’impeccable sonorité, plutôt l’imagination la plus claire et lumineuse, plutôt la pureté que l’étonnement de l’orage.

On retiendra ainsi tout autant que les belles compositions de Camille Touvenot, les reprises de thèmes infiniment entendus et comme saisies d’une nouvelle jeunesse : »Nardis », « On Green Dolphin Street », « Alone Together » ou « Caravan » et « Moment’s Notice ».

Le trio est sans faute, d’un équilibre de chaque mesure, de chaque note. Le batteur Andy Barron est, lui aussi, débordant d’imagination, d’inventivité. La chaleureuse contrebasse de Christophe Lincontang offre à la fois des couleurs somptueuses et chaleureuses et une cohésion qui ne se départit jamais.
Il faut accorder une place singulière au travail sans aucun doute méticuleux et précieux d’Audrey Podrini pour son « desing sonore » et ses « compositions électroacoustiques ».

Ici apparaissent de jeunes musiciens dont on ne peut espérer qu’une chose désormais, c’est que la « mécanique » du « système » leur permette de poursuivre un si clair chemin.

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Marc Buronfosse : « Aegean Nights »

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Le bassiste Marc Buronfosse a un sacré parcours derrière lui et c’est autour de la mer Egée qui lui est chère qu’il a conçu la musique qu’il nous offre aujourd’hui. Une musique envoûtante, qui nous enlace dans ses détours et ses atours comme si nous étions emportés sur une barque, sous une voile latine, dans les méandres imprévus de la côte ou peut-être plus loin au large, sous la lune et au profond de la nuit de ce côté oriental de la Méditerranée.

Cela sonne plus comme une musique de ce monde-là que de celui du jazz, même si le batteur et percussionniste Arnaud Biscay peut parfois nous faire oublier ces influences ou plutôt sans doute ce que recherche absolument le bassiste. Et c’est donc à une pluralité, une diversité de paysages que nous avons à faire ici, même si l’unité, au total, ne cesse d’être affirmée.

Pour inventer ces nuits de la mer Egée, pour réaliser ce bel enregistrement au titre évocateur, pour décrire ces « Aegean Nights » (Arts Culture Europe / Inouïe distribution) Marc Buronfosse, outre Aranud Biscay déjà nommé et qui joue un rôle majeur dans cet enregistrement, a fait appel à l’excellent vibraphoniste et claviériste Maxime Hoarau qui lui aussi est l’un des piliers de cette musique, à Rishab Prasanna (bansouri), Adrien Soleiman (ts), Andreas Polyzogopoulos (tp) et Jean-Philippe Carlot (poète).

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Des jours heureux…

 

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La Rue de Tanger : « Simone »

 

On peut faire un peu de taxinomie musicale et ne pas être en la matière grand clerc en classant cette musique sous les deux étoiles du musette et du jazz. On serait pourtant, à mon sens, bien restrictif dans le cas de ce groupe qui a pris avec une grande intelligence (me semble-t-il!) le nom d’une rue de Paris située dans le XIX° arrondissement, entre le boulevard de la Villette, la rue d’Aubervilliers, et l’avenue de Flandre.

Rue de Tanger, mélange tout : la musique d’Afrique du Nord, d’Afrique noire, l’accordéon de Laurent Derache, et le jazz (si l’on veut). Et tout ça fait une musique originale. En tout cas quelque chose de très passionnant, souvent rempli d’émotions, de passions, d’humanité, d’errances peut-être, de divagations aussi. Mais pourquoi pas ? Et faudrait-il que nous soyons des classificateurs scrupuleux alors même que toute musique, si l’on veut bien l’entendre, suppose que nous sachions ne plus être tout à fait nous-même (lorsqu’elle n’était pas encore présente autour de nous et en nous), pour être nous-même encore davantage.
Il y at ici, (Label Wopela / L’Autre Distribution) beaucoup de gaité, d’habileté : une sorte d’agilité telle que celle des trapézistes, des contorsionnistes, des poètes somme toute, de cela qui nous « souffle », qui nous donne envie de danser, de se laisser emporter, d’aimer son voisin, sa voisine, de partager l’air de la vie, ses tourbillons.
On le doit, outre à Lauret Drache déjà cité au maître d’oeuvre du projet Pierre-Yves Le Jeune, contrebassiste, compositeur, arrangeur, à Dogan Poyraz aux percussions et uassi en « invité » à la voix de Sofiane Saidi.

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Omer Avital Qantar : « New York Paradox »

 

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On ne s’arrêtera guère cette fois-ci – en matière de classification toujours – sur la qualification de « Jazz Messengers de la Méditerranée » pour identifier la musique du groupe du contrebassiste Omer Avital « Qantar ». Surtout qu’au même moment on parle de lui en référence à Charles Mingus. Il faut plutôt écouter « New York Paradox » (Zamzama Records/jazz&people / PIAS) comme une musique en elle-même. Non pas un genre musical, non pas une création nouvelle en ce sens qu’elle ouvrirait un champ jusque là inconnu, mais comme une belle et singulière (avec ses qualités propres, empruntées à personne ou alors à tout le monde du jazz et de la musique ne général, à tout le monde à la fois).
Qantar est peut-être davantage une « famille » qu’un groupe – en tout cas plus qu’un groupe – comme le dit Omer Avital. C’est surtout avec « New York Paradox » une musique captivante, qui parfois nous emmène vers les origines orientales de ses auteurs, tous israéliens en « exil » outre-atlantique. Ce sont sans doute tous d’excellents musiciens, mais il est vrai (pour aller dans le sens d’Omer Avital) que l’on perçoit à chaque instant non seulement leur unité, mais plus encore quelque chose comme un plaisir de jouer. D’être ensemble sans doute.

Avec Asaf Yuria (ts, ss), Alexander Levin (ts), Eden Ladin (p), Omer Avital (b) et Ofri Nehemya (dms)

 

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Mirtha Pozzi : « Tzimx »

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Qu’ici nul ne pénètre s’il a besoin d’assurer ses pas et d’être rassurer en pays étranger, d’y voir clair avant même d’avancer, de savoir toujours d’où il vient et où il va, d’avoir crainte de ce qui dérange ses habitudes et encore plus ses « convictions » ! Mais si vous souhaitez vous embarquer vers de nouveaux horizons pour y découvrir mille nouveaux bonheurs, n’hésitez pas une seconde. Ce « Tzimx » vous les offrira sans peine. Si vous savez que rien n’est plus vrai que ceci (même si cette affirmation peut sembler présomptueuse, en faire l’expérience devrait réjouir plus d’une fois) : soyez surpris.e vous serez heureux.se ! Et peut-être pas dans votre solitude, mais à deux ou à plusieurs, à dix ou à cent, à mille et cent.
Mirtha Pozzi nous offre des percussions comme nous n’en avons guère entendu. Même pas chez Xenakis en 1968 au festival d’Avignon (ce qui est peu dire pour celles et ceux qui s’en souviennent ou qui ont une idée de ce que cela pouvait être). Imaginez donc un disque entier de percussions, qu’il est encore plus impossible de décrire que toutes celles entendues jusqu’ici (et puis la description d’une musique, c’est déjà un petit exploit qu’il faut plutôt éviter que de s’y essayer et encore davantage de s’y acharner, alors une musique percussive, exclusivement percussive… ce serait courir en sautant de joie dans un abîme et surtout cela n’aurait aucun sens). Imaginez que vous vous laissez surprendre à chaque instant, que vous êtes à chaque seconde captivé, sinon captif heureux de l’imagination de Mirtha Pozzi. Vous n’aurez pas encore une idée de ce qu’est « Tzimx » (Nowlands / La muse en circuit).

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Léa Deman : « BlackRain »

C’est une étrange musique que celle de la chanteuse Léa Deman. Nous dirons ici « étrange » car elle est souvent fascinante et très belle. Mais si l’on voulait la catégoriser, le terme de « jazz » même dans une extension maximale ne serait pas toujours approprié (alors qu’il le serait parfois et même assez souvent… mais parfois il faudrait à coup sûr forcer le trait à l’excès). A moins que l’on parle de « jazz rock » ou de « rock jazz » non en raison d’une dominante plus rock que jazz mais parce que le jazz rock des années 80 est quand même bien loin de l’univers de Léa Deman.
Monsieur Claude Barthélémy est aux guitares et aux arrangements, avec à ses côtés (toujours guitaristiques) Stéphane Guéry, Jean-Luc Ponthieu est le contrebassiste (et aussi bassiste) et enfin Eric Groleau est à la batterie. Voici donc une formation qui est en elle-même très marquée « jazz » il est vrai. La direction artistique de « Black Rain » (3=Tomato / Urban Noisy) est due à Guesh Patti dont on se souvient peut-être du fameux « Etienne » (en 1987-88) ce qui nous éloigne un peu du jazz qu’on le veuille ou non.
Si l’on veut (et on le doit) en revenir à la musique hors toute classification il faut redire la belle étrangeté de beaucoup des thèmes. Et aussi, curieusement, une certaine convenance, de quelques autres.

Un détour vers Léa Deman et son « Black Rain » constitue cependant et sans aucun doute une sorte de nécessité, un « regard » curieux sur une esthétique particulière, parfois mystérieuse, parfois envoûtante, parfois déroutante. (sortie de l’album le 20 août)

 

 

Magic Malik : « Fanfare XP2 »

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« Magic Malik », autrement dit Malik Mezzadri, compositeur, flûtiste, percussionniste, chanteur et on en passe est un sacré lascar. Autrement dit (une nouvelle fois) un musicien qui se trouve souvent là où on ne l’attend pas. Et notamment avec sa fanfare XP dont le premier enregistrement « XP1 » date de janvier 2018. Et dont voici le deuxième…comme son titre l’indique « XP2 »(Onze heures onze).

Il y a là tout ce que l’on connaît de puissant, d’original, de vital pourrait-on dire, dans la musique de Magic Malik. Et puis il y a partout des surprises ; Ou plutôt : tout est étonnant avec cette Fanfare XP2. Les sons, les rythmes, les mélodies, les « effets »… et finalement on ne sait plus tout à fait de quoi il s’agit. Et c’est bien cela, ce voyage en quelque sorte en terre inconnue qui est enthousiasmant.

Autour du flûtiste on peut citer tous les comparses de cette musique hors normes : les deux saxophonistes Pascal Mabit et Maciek Lasserre, le tromboniste Johan Blanc, le trompettiste Olivier Laisney, la flûtiste et vocaliste Fanny Ménégoz, Alexandre Here aux claviers et Daniel Moreau au synthétiseur, Maïlys Maronne au mélodica, les guitaristes Jonathan Joubert et Kevin Lam, le bassiste Nicolas Bauer et le batteur Vincent Sauve. Cela fait un grand orchestre. Dans tous les sens du terme.

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Le retour des beaux jours

 

 

Paul Jarret : « Emma »

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La musique se suffit à elle-même. Art originaire, art de l’origine elle n’a pas besoin de décrire quoi que ce soit, pour être belle, c’est-à-dire pour être grande, pour être ce qu’elle est.

Mais parfois, la musique est narrative. Elle peut aussi être un récit, devenir descriptive ou constituer l’expression d’un drame ou d’une comédie. Il y a l’opéra, les chansons qui même parfois clament une idée plutôt qu’une ritournelle.
Pour être l’artisan, le créateur d’une musique qui évoque des faits historiques ou qui « porte un message », et pour l’être en ne dissimulant pas la création artistique proprement dite (la musique elle-même) sous « l’intention » il faut une haute maîtrise.
C’est ce que fait le guitariste franco-suédois Paul Jarret en évoquant avec le destin d’Emma, son arrière-grand-mère, celui du peuple suédois (un cinquième de la population) qui émigra aux Etats-Unis d’Amérique à la fin du XIX° siècle et au début du XX°. Et, il le fait avec un très grand talent.

La musique sui s’appuie à plusieurs reprises sur des thèmes traditionnels nous dit les adieux, les espérances mais aussi les larmes, la douleur et même la mort.

C’est la tragédie de l’exil que Paul Jarret nous fait partager avec émotion. Avec une musique simple, claire, parfois obsédante, toujours vivante, déchirée, déchirante et souvent sidérante.

« Emma » est un véritable ouvrage, un grand travail d’ivention (Neuklang / Harmonia Mundi) fait d’une sorte de chant déchiré mais constant, où l’on ne peut discerner le propos lui-même, la narration si l’on veut, de la musique en elle-même.

La voix translucide d’Hannah Tolf comme la « nyckelharpa » d’Eléonore Billy et la contrebasse d’Etienne Renard, sans oublier la guitare toujours aussi singulière de Paul Jarret nous appellent à partager l’épreuve d’ « Emma ». A en percevoir tous les instants.

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Christophe Marguet : « Happy Hours »

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Voici une musique qui rend heureux ! Comme le dit la présentation de « Happy Hours » (Mélodie en sous-sol / L’Autre Distribution) « Par ces temps troublés et fort perturbés, nous devons de véhiculer un peu d’espoir et de bonheur, de transmettre ce qui nous anime, nous donne à vivre. »

Mais, assurément la musique qui nous offerte ici n’est pas celle d’un espoir qui serait une attente, une attente qui serait ou non exaucée. Elle est bien mieux et bien plus que cela, elle est quelque chose comme le plaisir, qui ne s’invente pas, mais qui est là. Qui se reçoit, qui se donne, qui se partage. C’est dans sa présence, dans ce qu’elle provoque en nous, comme si nous pouvions, nous-mêmes, être en train de la jouer, c’est là que réside sa beauté. Pas dans un demain que nous imaginerions, que nous attendrions encore. Il faut à la musique le pouvoir de susciter le plaisir, l’enchantement, parfois la réflexion (mais alors, c’est plutôt dans un second temps). Ces heures joyeuses et heureuses en sont un superbe exemple.

Autour du batteur et compositeur Christophe Marguet qui a déjà tellement donné pour le jazz, en France et partout, à tous, se trouvent trois musiciennes et musiciens qui sont, tout autant, de celles et ceux qui ne comptent pas leurs offrandes. Il y a ici à la contrebasse l’extraordinaire Hélène Labarrière toujours aussi elle-même, à la fois si présente, si discrète, si inventive, Yoann Loustalot, fertile trompettiste (et ici parfois au bugle) s’il en est – il a une part primordiale dans ce quartet – et enfin le pianiste Julien Touéry que l’on a connu auprès d’Emile Parisien et aussi de Michel Benita, Louis Sclavis ou Michel Portal et qui a ici une place d’équilibre, là même où il intervient à chaque mesure avec une justesse et une précision remarquables.

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Quentin Dujardin & Didier Laloy : « Water & Fire »

thumbnail_cover_water_fire-300x300 Alexandre Herer

Quelle est cette musique ? Voici une bonne question ! Une vraie question. Qui doit demeurer une interrogation. Car il est bien possible que tout l’art du guitariste Quentin Dujardin et de son ami Didier Laloy, accordéoniste de son état, tienne dans cette interrogation. Qui serait comme l’origine et la finalité de leur travail, de leur création.

Ajoutons bien sûr que cette musique donc – ou plutôt ces musiques, même si elles savent être cohérentes et continuer à former un tout dans leurs différences qui ne sont pas si grandes… ce sont les questions qui se posent parfois différemment, pour des raisons qui paraissent parfois tout autres mais qui, peut-être, ne le sont pas : il ne faut pas fier aux apparences – est toujours très belle, très délicate, envoûtante même la plupart du temps. Ce qui ajoute à l’abîme de la question elle-même.

On pourrait se demander ce que « Water & Fire » (Agua Music / Sabam) vient faire ici dans ces « Notes de Jazz ». Ce serait une question de plus. A laquelle il serait stupide de répondre. Puisque c’est bien la question qui est au cœur de cet enregistrement qui en constitue l’essence.
Ajoutons que Quentin Dujardin est un guitariste à la technique surprenante. Que Didier Laloy est un accordéoniste de premier plan. Que le contrebassiste Didier Tyberghein est une recrue de l’Orchestre National de Paris. Mais qu’il faudra attendre le onzième et dernier thème « Soul Sister » pour entendre la voix transparente, magique de NoHo (Noémie Houbart pour l’état civil) qui, non pas se fond dans l’art la musique – dans celle de tout l’album, à dire vrai – mais plutôt qui lui donne une sorte de couleur nouvelle, une couleur infinie.

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Merakhaazan : « Veines »

veines-300x300 Baptiste Herbin

Cela ne s’invente pas : « Avec l’aide de l’ (auto)-échantillonnage en temps réel et l’utilisation de modes instrumentaux étendus – de la technique de l’archet classique aux effets de cordes préparées –, sa mixture sonore éclectique puise dans les styles et les cultures : avant-rock hypnotique, électro-orientalisme, pulsation ethniques, textures électroniques, bande-sons, ornementation baroque, composition orchestrale et transe bruitiste… » C’est la biographie de Jean-Christophe Bournine alias Merakhaazan qui le dit et, par conséquent, ce doit être vrai. D’ailleurs « avant-rock hypnotique » ou « transe bruitiste » ça ne s’invente pas ou plutôt…si !
Mais tout cela dit bien quelque chose, quelque chose d’extraordinaire : ce qu’il y a précisément de très singulier dans la musique que Jean-Christophe Bournine, contrebassiste de son état nous offre. Et qui est – disons-le sans frémir – tout à fait sidérante, saisissante, fascinante. Peut-être un peu comme le regard hypnotique d’un vampire puisque le quatrième thème se réfère au mythe de Nosferatu et que le titre de ce deuxième album de Merakhaazan lui-même – « Veines » (Imago Records & Production – semble l’évoquer.
Jean-Christophe Bournine est l’unique interprète de sa musique, avec sa contrebasse à cinq cordes mais aussi avec suffisamment d’ « effets » pour être un orchestre à lui tout seul.
Il y a beaucoup de charme, de beauté incarnée, vibrante, d’émotions dans cette musique qui n’a rien de mélanges improbables, mais plutôt d’une sorte de poésie constante, comme une sorte de recherche d’équilibre incessante et délicate.

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Pierre Marcus : « Following The Right Way »

pierre-300x300 Brussels Jazz Orchestra

Il ne faut se fier au sens apparent du titre de cet album. La musique du contrebassiste Pierre Marcus suit une ligne juste mais en tout cas, pas une ligne très droite comme notre imagination, sur le moment, pourrait nous le laisser penser. Cela commence (et se termine) en Bulgarie – c’est le pays dont son épouse est originaire) – et cela continue en Afrique (au Congo et au Cameroun), à Nice pour rendre hommage à François Chassagnite qui fut son professeur ainsi que pour dire son amitié à une certaine Marie qu’il qualifie de « baronne » en hommage explicite à l’amie de Monk, la célèbre Pannonica de Koenigswarter. Et, Monk est lui aussi une étape avec une « reprise » de son thème « Bemsha Swing ». Et aussi New York avec une « Nostalgia In Times Square » (qui a perdu sur la pochette de l’album le « s » de Times) ; est-ce volontaire ?

Pour autant « Following The Right Way » ((Jazz Family / Socadisc) semble hésiter entre les chemins de la sagesse et ceux des détours imprévus.

Il est vrai que le jazz n’est pas fait que de ces derniers. Qu’il peut aussi être fait d’une sorte de synthèse entre les deux. Ce qui est sans doute la voie qui a la préférence de Pierre Marcus. Mais, précisément, il n’est pas si facile de trouver cette sorte de synthèse.

Il y a ici, il faut le souligner vraiment, une ambition, de très belles interprétations – je veux dire de très bons interprètes – mais il semble parfois que l’on se trouve dans des régions un peu attendues.
Autour de Pierre Marcus on trouve Baptiste Herbin (as, ss), Irving Acao (ts), Simon Chivallon (p), Thomas Delor (dm) et des invités : Renaud Gensane (tp), Alexis Valet (vib), Jérémy Hinnekens (p) et Aleksandar Dzhigov (gaida).

 

 

Pierre Drevet, Claire Vaillant et le Brussels Jazz Orchestra : « Echange »

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Il y a chez Pierre Drevet une sorte d’enthousiasme qui jaillit de tout le Brussels Jazz Orchestra comme de la voix de Claire Vaillant, de toute leur musique.

La Belgique est le lieu depuis bien longtemps d’une vitalité et d’une passion pour le jazz qu’il ne faut pas ignorer et qu’au contraire il faut vraiment célébrer. Cet « Echange » (Lilananda / InOuïe distribution) en est le plus pur exemple.
Il n’y a pas beaucoup de « big bands » qui « soufflent comme celui-ci. Et Pierre Drevet est non seulement un sacré trompettiste mais il est aussi et peut-être plus encore (si cela toutefois se mesure) un formidable compositeur qui s’inspire de toute l’histoire du jazz mais aussi de Ravel, de Debussy ou de Brahms.

Ne nous y trompons pas cependant : il faut aimer les grandes formations pour apprécier « Echange » à la hauteur qui est la sienne. Il faut souligner cela parce que, qu’on le veuille ou non, cela sonne très différemment d’une petite formation comme nous en entendons plus habituellement dans l’univers du jazz. Mais, même pour ceux dont je fais partie qui préfèrent souvent un trio à un octet, un quartet à un « nonet », « Echange » peut nous combler de couleurs, de nuances, d’intelligences (de compréhensions partagées, pourrait-on dire aussi).

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Alexandre Herer : « Nunataq »

alexandre-herer-300x300 Christophe Marguet

Voici un enregistrement surprenant. Non tant par sa qualité musicale qui est remarquable mais (en tout cas de mon point de vue qui n’est pas celui d’un « fan » du Fender Rhodes) que par le fait d’arriver avec et instrument-là à de telles subtilités et de telles beautés.

Alexandre Herer a réalisé avec « Nunataq » (Onze Heures Onze) et ses deux accompagnateurs, Gaël Petrina (electric bass) et Pierre Mangeard (drums), une musique envoûtante, qui ne fait appel à aucun artifice mais seulement, semble-t-il, à une intense sensibilité qu’il dévoile ici le plus souvent comme sans pudeur (mais la pudeur est mal venue et même insultante quand il s’agit de la musique).

On a qualifié « Nunataq » de musique « volontairement froide » : on peut l’entendre ainsi. Mais on peut aussi bien dire qu’elle est transparente (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à voir, mais au contraire que, par sa présence, nous voyons mieux, nous voyons davantage…plus près de nous comme plus loin aussi sans doute), qu’elle est claire ou plutôt qu’elle est elle-même une sorte de clarté. Certes, il n’y a pas d’ « effets » au sens où le trio à aucun moment ne vient nous entraîner dans un rythme ou une mélodie qui serait là pour séduire, mais il nous répète à nous qui ovulons bien l’entendre, ce que dit la musique elle-même : Alexandre Herer va chercher la musique à sa source et c’est alors qu’il la délivre et nous l’offre.

 

 

Joël Hierrezuelo : « Asi de simple »

joel-hierrezuelo-asi-cover-new-1_1 Didier laloy

Nous sommes nombreux sans doute à l’avoir déjà entendu sur scène car Joël Hierrezuelo a joué avec Roberto Fonseca, Fatumata Diawara ou Amadou et Mariam. Et aussi avec Orlando Poleo, Omara Portundo, Alex Terrier, Mayra Andrade, Ibrahim Maalouf, Véronique Herman Sabin ou Manu Katché et bien d’autres encore. Mais sans doute nous ne le connaissions pas vraiment. Et peut-être pas même son nom. Voici ce qui devrait changer !
Joël Hierrezuelo, Cubain de naissance (La Havane, 1972) est Parisien depuis vingt-trois ans. Il chante, joue de la guitare et de diverses percussions. Il a également assuré la composition de onze des douze thèmes d’ « Asi de simple ». Et, pour le douzième il s’est fait aider par Djenaï et Elijah Hierrezuelo, histoire sans doute de rester « en famille ». Il est entouré pour cet enregistrement (Continuo Jazz / UnaVoltaMusic) de trois musiciens de choix : Pierre de Bethmann (piano et Rhodes), Felipe Cabrera (contrebasse) et Lkmil Pérez (batterie). Il y a aussi, parmi de nombreux invités, la flûtiste Naïssam Jalal dont il a été dit ici grand bien – ce qui justifie sans doute (! ) son intervention dans deux plages d’ « Asi de simple » –, et aussi Nicolas Folmer (trompette) dont nous n’avons pas dit plus de mal.

La musique de Joël Hierrezuelo est joyeuse et douce, colorée et solaire, lumineuse et prenante. Pas vraiment « tropicale », ni « tropicaliste ». Mais, si elle est faite d’influences diverses que l’on découvre à chaque détour, elle est d’abord et avant tout originale. Le compositeur est un guitariste très original qui fait résonner chaque note en les rendant luisantes, brillantes sans jamais abandonner la maîtrise ni de son talent, ni des sonorités multiples qui résonnent jusqu’à nous.

 

 

Gabriel Midon : « Imaginary Stories »

 Gio Rossi

Elle résonne si singulièrement la contrebasse de Gabriel Midon, si exceptionnellement. Tout au long de ces « Imaginary Stories » (Soprane : Absilone).

Il y a sans aucun doute une haute ambition, artistique s’entend, dans cette musique. Et, il faut bien le dire, le résultat ne doit pas décevoir, ni Gabriel Midon lui-même, ni les auditeurs curieux qui iront à sa rencontre, ni celles et ceux qui ici l’accompagnent. Car ces histoires imaginaires sont surprenantes, originales et passionnantes tant elles nous conduisent dans des endroits inattendus, résonnants d’échos familiers ou étranges. Aux multiples couleurs, parfois envoûtantes, parfois presque dérangeantes, mais à chaque mesure captivantes.

Il faut dire que Gabriel a fait appel à la chanteuse Ellinoa qui est l’une des toutes plus belles voix que l’on puisse entendre aujourd’hui. Pas seulement par son timbre, par la clarté apaisée qu’elle transmet avec une justesse de chaque instant mais aussi et sans doute plus profondément par l’intelligence singulière de sa voix, de sa façon tout entière de dire comme la musique elle-même. Et, si tous les musiciens réunis ici dévoilent de très beaux talents – Pierre Bernier (sax), Simon Martineau (guitare), le pianiste Edouard Monnin ou l’un ou l’autre des batteurs, Baptiste Castets ou Thomas Delor – le « coup de génie » de Gabriel Midon c’est peut-être d’avoir fait appel, comme de surcroît à un quatuor à cordes (Antoine Delprat (vl), Anne Darrieu (vl), Maria Zaharia (alto) et Louise Leverd (violoncelle). Précisément parce que les sonorités des cordes vont fort bien avec les compositions (ce qui est assez exceptionnel dans le jazz pour le souligner).

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Baptiste Herbin : « Vista Chinesa »

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« Vista Chinesa » (Space Time Records / Socadisc) est le quatrième album du saxophoniste et compositeur Baptiste Herbin. Il se distingue assez nettement des précédents en ceci qu’il est sous influence brésilienne (et enregistré à Rio de Janeiro il y a un an). Mais on y retrouve la fougue du saxophoniste, la justesse de son jeu, son savoir-faire musical tout entier et dans toutes les dimensions. On dira seulement que toutes les plages, peut-être ne sont pas égales. A chercher la diversité (peut-être) on peut plaire à certains et moins à d’autres. Mais la diversité ne peut quand même pas être un reproche !
Baptiste Herbin dont la sonorité est ici encore plus affirmée, plus belle souvent (« Meu Sonho ») qu’elle ne le fut jamais, s’est entouré d’Edouardo Farias (p), Jefferson Lescowich (b) et Xande Figueiredo (batterie), une formation impeccable de justesse. Il y a aussi de nombreux invités dont la très belle voix de Thais Motta, la trompette d’Aquiles Moraes qui résonne avec des éclats d’or, ou encore le ténor et l’alto d’Ademir Junior et d’Idriss Boudrioua.

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Marco Vezzoso: « 14/7 Du côté de l’art »

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Marco Vezzoso est un trompettiste que l’on devrait mieux connaître, que l’on devrait écouter avec attention. En tout cas il retient immédiatement l’attention par son jeu transparent, la clarté de sa sonorité, par ses choix musicaux, ses compositions. Par le choix de ses accompagnateurs.

Cet enregistrement, inspiré par l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice sur la Promenade des Anglais est composé de deux CD distincts. On me dira bien sûr que deux CD sont toujours distincts. Matériellement, je crois m’en être plus ou moins aperçu. Je veux dire que la différence ici est importante. Car le second est composé autour d’une narration du drame, texte dit tour à tour en français par Marc Duret, en italien par Chiara Buratti et une troisième fois en anglais à nouveau par Marc Duret.

Si rien n’est à mettre en cause dans ce « projet », ni l’intention, ni même la réalisation impeccable, il me faut dire que le premier CD entièrement instrumental est plus cohérent et plus « attrayant » à mon entendement. C’est que l’unité du texte, surtout lorsqu’il est, disons, « descriptif », et de la musique est une grande difficulté. Elle n’est pas manquée ici, bien au contraire, mais c’est le principe même que, de façon très « subjective », il m’est toujours apparu que l’un et l’autre avaient toujours, quoi qu’on y fasse, quoi qu’on fasse, tendance, sinon à s’annuler, à s’effacer plus ou moins et réciproquement s’entend.
Pourtant, redisons-le, ici tout est bien fait, parfaitement réalisé. Sincère et beau à la fois. Saisissant souvent. Mais le sens des mots a soit un peu de mal à se faire entendre avec la musique, soit la musique à tendance à le réduire quelque peu. C’est pour cela que, finalement, moins habitué à l’italien et à l’anglais qu’au français ce sont les deux premiers que j’ai préféré entendre.

Mais, pour être juste, il faut dire ceci : il ne s’agit là que d’un point de vue très critiquable, partiel et quelque peu partial. Il faut redire aussi qu’il n’y a rien à reprocher à la réalisation de ce «  14/7 Du côté de l’art » (Incipit Records / Spada Music). Il faut dire aussi que la musique est toujours très belle, très soyeuse, jamais violente (comme on aurait pu s’y attendre dans un tel contexte, non descriptive – c’est l’une des très hautes qualités de cet enregistrement – toujours remarquablement interprétée par Marco Vezzoso avec Alessandro Collina (piano, rhodes), Marc Peillon (contrebasse), Rodolfo Cervetto (batterie et percussions) et Khaled Ben Yahia (oud).

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Gio Rossi : « You Mad ! »

cover-album-300x272 Marco Vezzosio

On ne peut dire pas que cet enregistrement soit à proprement à ranger dans la catégorie « jazz ». Mais comme le jazz refuse d’être catégorisé ça tombe bien. Il est agréable en effet de sortir des sentiers battus (et celles et ceux qui écouteront « You Mad ! » saurons vite à quel point!) surtout lorsque nous nous sommes retrouvés pendant plusieurs semaines plus ou moins retrouvés assignés à résidence. Alors si vous voulez chanter des musiques joyeuses, si vous voulez danser en vous libérant de toute contrainte, si vous voulez vous retrouver vous-même, si vous voulez qu’on vous aime (je veux dire si vous voulez séduire quelqu’un) si vous aimez vous aussi de votre côté, si vous voulez être heureuse ou être heureux (ou les deux!) il faut que vous vous abandonniez. En tout cas à la musique du batteur transalpin Gio Rossi. Accompagné parfaitement par les guitares d’Andrea Rabuffetti, la basse de Marco Brambilla et surtout les voix d’Andy Hackbarth, Chandra Grayson, Jan Radolph, Chandra & jan, ou encore Tulia Blendez, il y a chez Gio une énergie et surtout des joies simples qui ne demandent qu’à être partagées.

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Dix étapes : de l’hiver aux beaux jours

 

Caravaggio : « Tempus Fugit »

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Est-on indemne après l’écoute de Caravaggio ? Est-on blessé ? Est-on heureux ?

On est vivant, « diablement » vivant en vibrant avec la musique de « Tempus Fugit » (Eole Records / Distrart).

C’est ici que naissent, dès la première note et sans cesse alors, l’étrange et le familier à la fois, unis et désunis, inventés, s’imaginant, se rêvant eux-mêmes.
Alors, on ne peut que se dire qu’il y a ici, non pas une « modernité », ce qui serait peu par rapport à ce que l’art, l’invention, peuvent apporter, mais l’impensable et l’inatteignable lorsqu’ils deviennent, on ne sait par quel mystère, avec quelle lumière, tout proches, présents. Définitivement. Le temps peut bien s’enfuir, il ne se décompte plus. Depuis toujours. Sans limites désormais.

Cette musique est une sorte de chemin qui ne commence ni ne finit.

 

Il faut écouter ou plutôt se donner soi-même à cette musique dont la description par des mots et somme toute par des « concepts » n’est guère possible. Elle conduirait plutôt à nous éloigner de celle-ci que de nous la faire apercevoir.

Bruno Chevillon (basse, contrebasse, électronique), Eric Champard (batterie, percussions, pad), Benjamin de la Fuente (violon, guitare électrique ténor, mandocaster, électronique) et Samuel Sighicelli (orgue Hammond, synthétiseurs, sampler) et, pour un titre le guitariste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay, auxquels il faut ajouter Sylvain Thévenard (prise de son mixage) et Marwan Danoun (mastering) ont réalisé, comme Caravaggio l’a fait depuis 2004, une œuvre qui a aussi cette vertu qui est de laisser à l’auditeur son constant pouvoir de rêver.

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Henri Texier : « Chance »

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Vous nous dites, cher Henri Texier, que vous avez eu et que vous avez encore de la chance. Sans doute. Mais il est encore plus certain que nous sommes très nombreux à avoir eu de la chance. Grâce à vous. Certes pas seulement. Mais nous avons eu et nous avons toujours de la chance d’avoir rencontré votre musique et de recevoir aujourd’hui votre si beau disque qui porte ce si beau nom de « Chance » (Label Bleu / L’autre distribution).
La première fois c’était en Avignon. Sans doute en 1969. Il n’y avait pas en ce temps-là de festival de jazz dans la cité des papes mais le festival d’alors qui nous faisait découvrir les ballets de Maurice Béjart, le théâtre du Chêne noir, la musique de Yannis Xenakis (en 1968 plutôt, il faudrait rechercher dans la mémoire plus avant ou bien peut-être dans les archives qui doivent désormais être sur internet), et le Living Theater, le festival programmait quelques concerts dont un où vous partagiez déjà la vedette avec Daniel Humair. Et puis, votre contrebasse, votre musique tout entière ne nous quittèrent plus.

Vous voici désormais entouré de jeunes musiciens dont le déjà fameux Sébastien Texier (alto, clarinettes). Mais aussi, pour moi qui écrit de là-bas, le Perpignanais Gautier Garrigue (batterie), remarqué déjà en 2006, un peu avant son départ pour Paris. Et il est vrai que vous avez de la chance d’être bien entouré avec aussi Vincent Lê Quang (ténor et soprano) et Manu Codjia (guitare). Tout cela constitue une belle bande, monsieur Texier. Un bel orchestre, coloré, enthousiaste, heureux comme sa musique – enfin, c’est ainsi que je l’entends.

Merci, cher Henri Texier, d’éclairer de votre savoir et de votre énergie, de votre invention, de vos musiques de courage et d’amitié, notre amour de la musique. Nous avons bien de la chance ! Grâce à vous aujourd’hui. Merci encore.

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Claude Tchamitchian : « Poetic Power »

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C’est un autre très grand contrebassiste que Claude Tchamitchian. Et son nouvel opus « Poetic Power » porte si bien, si bellement son nom ! (Label émouvance / Absilone).
Pour cette musique aérienne, lumineuse, incandescente aussi, Claude Tchamitchian s’est entouré de deux musiciens passionnants : le batteur Tom Rainey et l’altiste Christophe Monniot.

Il n’est certainement pas tout un hasard que la photographie de Christian Kirk-Jansen qui illustre cet album (remarquablement réalisé, de la prise de son, au livret, au graphisme, dont chaque détail est manifestement le fruit d’une attention méticuleuse) représente un paysage en quelque sorte inversé, se reflétant dans l’eau d’une large et profonde flaque sur un chemin que l’on peut imaginer tropical en raison de la végétation qui s’y présente. Les rêves, n’est-ce pas sont ainsi ? Des images bouleversantes, bouleversées, fascinantes, dérangeantes ou alors, au contraire si merveilleuses.

 

Faut-il lire le titre de cet album comme une sorte de message ? Sans doute. Celui alors que le pouvoir « poétique » est ici celui de la musique. A l’écoute de ce trio d’exception, dont le chant est à chaque instant l’épreuve d’une attention, d’une discrétion, d’une affirmation cependant, en même temps que d’une sorte d’ouverture permanente à l’auditeur, lui laissant comme une place, un espace, un temps pour lui, on ne peut qu’en être convaincu.

Et, s’il fallait commenter encore un instant on pourrait dire que la musique est là où la poésie nous conduit. Lorsque cette dernière abandonne les concepts et les mots qui désignent.
C’est la beauté de la musique elle-même qui, ici aussi, jaillit. Pleinement.

 

Les enfants d’Icare : « « Hum-Ma »

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Voici un enregistrement qui compte (Déluge : Socadisc-Absilone). Il s’agit d’un quatuor à cordes comme il en existe tant dans le domaine de la musique romantique, classique, contempor. Mais si peu dans le monde du jazz. « Les enfants d’Icare » ce sont donc deux violonistes (Antoine Delprat et Boris Lamérand qui a également assuré toutes les compositions), une altiste (Olive Perrusson) et un violoncelliste (Octavio Angarita). Ils se sont assuré cependant la présence de la pianiste Carine Bonnefoy pour deux thèmes et de la clarinette basse de Clément Caratini pour un autre.
Il faut découvrir cette musique qui est toujours passionnante, secrète, mystérieuse souvent, mais qui sait se dévoiler à chaque instant. Ou plutôt, qui fait surgir en nous quelque chose comme l’insoupçonné, des émotions que l’on connaissait sans doute, mais qui, ici se mêlant, ne cessent de surprendre et de créer des lumières qui semblent toujours nouvelles.

La technique n’est pas absente de ce « projet » : on y frotte les cordes avec une méthode qui n’est pas toujours celle d’un orchestre de chambre interprétant Schubert (encore qu’il y a quelques œuvres de Schubert qui nécessitent des attaques d’une rare violence). Mais ce n’est pas cela qui importe le plus. L’oeuvre des Enfants d’Icare, vient peut-être du ciel, d’une région proche du soleil, elle demeure familière.

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Pierre de Bethmann : « Essais / Volume 3 »

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Comme le titre de cet enregistrement l’indique, ce sont ici des « essais ». Un peu comme lorsqu’on classifie un livre comme « essai » plutôt que comme de la littérature de fiction ou une théorie au sens strict. L’essai étant ainsi un genre sinon indéfini précisément, du moins aux frontières floues.
Le pianiste Pierre de Bethmann avec Sylvain Romano à la contrebasse et Tony Rabeson à la batterie livre ici son troisième opus sous ce titre (Aleaa). En attendant le quatrième avant la fin de cette année.

Ce disque est en effet un « essai » en ce sens qu’il explore d’autres musiques, du jazz parfois (Sam Rivers, John Scofield, Cole Porter, Jean-Loup Longnon), mais aussi de la musique romantique (la sonate opus 105 de Robert Schumann) ou des thèmes que l’on pourrait dire « populaires » comme la fameuse « Cane de Jeanne » de Georges Brassens, « Que sera sera » ou, différemment il est vrai, « I Can’t Help It » de Stevie Wonder. Ces explorations sont ainsi comme des sortes d’études, de variations, de recherches, de décryptages aux couleurs variables, mobiles. C’est en cela que Pierre de Bethmann et ses amis retiennent notre attention, par les éclairages qu’ils apportent. Non pas qu’ils mettent ces musiques sous le feu de projecteurs mais au contraire parce que, précisément, ils savent leur apporter tantôt un éclat singulier, tantôt quelque noirceur, quelques zones d’ombres qui, au lieu de nous en éloigner, nous les rendent peut-être plus intenses, en tout cas plus proches.

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Sébastien Lovato : « For Virginia »

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Le pianiste et compositeur Sébastien Lovato a une passion pour la littérature. Il l’a déjà prouvé dans ses expériences enregistrées précédemment auxquelles il a donné le beau titre de « Music Boox » se référant à des auteurs comme Faulkner, Huysmans, Cervantes, Kafka, Yourcenar, De Luca ou Michon et quelques autres tout aussi remarquables.

Aujourd’hui il consacre son dernier enregistrement à la romancière Virginia Woolf.

On ne peut que comprendre ce choix qui est tout aussi musical que littéraire, l’oeuvre de Woolf étant peut-être plus poétique que romanesque (ce qu’on appelle ses « romans » étant souvent comme de longues poésies en prose) ce qui en fait son génie.

Si la personnalité de Virginia Woolf est attachante, ô combien, son « travail » littéraire, artistique faudrait-il peut-être mieux dire, est lui totalement bouleversant, admirable. (On peut se demander si on lit beaucoup Woolf aujourd’hui, mais si ce n’était pas le cas il faut le regretter et conseiller à toutes et à tous de se plonger sans même réfléchir dans « Les Vagues » ou dans « Vers le Phare » ou encore « Les années ». Mais on peut, sans le regretter un instant tout lire.)

Le choix de Sébastien Lovano est incontestable. D’autant plus qu’il y a chez Woolf une sorte de musicalité de l’écriture, quelque chose qui fait que l’on comprend que la musique et l’écriture, quand celle-ci est au plus haut et au plus intense de la vie, est une sorte de musique.
« For Virginia » (Acel / Quart de lune / UVM distribution) réunit Antoine Berjeaut à la trompette et au bugle, Yves Torchinsky à la contrebasse et Luc Isenmann à la batterie. A ce trio il faut ajouter la voix de Brunehilde Yvrande et la guitare électrique et toujours très belle de Manu Codja.

A sa façon cette musique nous parle, avec justesse, avec intelligence de l’écrivaine, de la femme. Elle nous dit leurs beautés (qui sans doute aucun n’était qu’une) et qui ainsi se font un peu plus présentes encore.

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Jean-Pierre Como : « My Little Italy »

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« My Little Italy » reflète la vision amoureuse de la vie et de la musique du pianiste Jean-Pierre Como » nous dit le dossier de presse de cet enregistrement (Bonsaï / l’autre distribution). C’est bien ce qu’évoque, avant la première note, la photographie de Claude Nori. Et, sans doute, toute la musique aussi.

Toutefois, il n’y a ici aucune véritable surprise. Et même, il n’est pas certain que cette esthétique ne manque parfois d’un peu d’allant, qu’elle devienne apparemment banale. Même si tout cela est remarquablement joué et interprété. Comment pourrait-il en être autrement avec le piano si clair de Jean-Pierre Como, Felipe Cabrera ou Rémi Vignolo à la contrebasse, André Ceccarelli à la batterie, Minino Garay aux percussions et Walter Ricci au chant. Sans oublier Louis Winsberg à la guitare (trois thèmes) et Christophe Lampidecchia à l’accordéon (deux thèmes).

 

Anne Ducros : « Something »

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La chanteuse Anne Ducros a choisi une voie simple, celle de standards parfois usés à la corde mais qu’elle sait raviver fort heureusement comme « Honeysuckle Rose », « April In Paris » ou « Tea For Two ». Et on lui sait gré d’avoir interprété la si belle « Samba Saravah » du regretté Pierre Barouh. Et les « Nuages » de Django qui ne sont pas si souvent accompagnés de leurs mots. Et aussi le « Something » des Beatles. On lui sait gré aussi de s’accompagner du guitariste Adrein Moignard et de la contrebasse de Diego Imbert. Tout cela (Sunset Records / l’autre distribution) constitue une musique agréable, discrète et même réjouissante.

 

 

Ludivine Issambourg : « Outlaws »

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Ludivine Issambourg que l’on connaît plutôt pour la musique électronique (Wax Taylor, par exemple) signe ici un disque dédié au grand flûtiste Hubert Laws (Heavenly Sweetness / l’autre distribution). Tout y est fort bien réalisé. Si bien que l’on se croirait dans un enregistrement du flûtiste américain enregistré dans les années soixante-dix ou quatre-vingt. Ce ne serait pas un problème si déjà, pour moi qui à cette époque là, n’était pas très « fan » de cette esthétique, cela faisait, certes « revival » ce qui peut avoir le charme de la nostalgie, mais redite sans grand intérêt donc… Sauf… sauf que Ludivine Issambourg s’y révèle une instrumentiste absolument impreccable. Que l’on aimerait donc entendre dans un autre répertoire. Il y a d’ailleurs tant à faire avec d’autres armes comme celles qu’elle possède déjà.

On doit toutefois, en rien lui reprocher, de nous rappeler le souvenir d’Hubert Laws qui a marqué, ô combien son époque, avec un talent expressif absolument hors normes.
Enfin, il faut souligner la perfection de la réalisation avec à la direction artistique (et au Fendre Rhodes, époque oblige!) Eric Legnini, Laurent Coulondre (orgue et clavinet), Julien Herne (basse), Stéphane Huchard (batterie). L’ingénieur du son est Mathieu Gibert et « l’invité spécial » Christophe Chassol.

 

 

Daniel Romeo : « The Black Days Session #1 »

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C’est une belle découverte que la musique du bassiste Daniel Romeo. Celle qu’il compose et interprète avec ses amis, parmi lesquels le guitariste Julien Tassin et le saxophoniste Christophe Panzani qui mettent dans « The Black Days Session #1 » (CQFD /cdz) tant de couleurs outre le noir… Il y a aussi de nombreux musiciens pour des formations à « géométries variables » parmi lesquels Arnaud Renaville (batterie) et Eric Legnini à nouveau (Fender Rhodes toujours). Une musique empreinte de funk, de groove, mais aussi très souvent pleine d’audace car dans laquelle l’improvisation a manifestement une place très importante. Peut-être même essentielle. Cela fait de cet enregistrement un vrai moment de plaisir. Des jours noirs peuvent ainsi apporter un enchantement. C’est là, sans doute, le miracle de la musique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pour (re)commencer

Noé Huchard : « Song For »

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Voici une bonne nouvelle, une heureuse nouvelle ! Comme l’on dit « Bonne année » ou bien « Heureuse année pour vous ».

Voici le jeune pianiste Noé Huchard qui signe son premier disque sous le beau titre, lui aussi, de « Song For » (Soupir Music / Socadisc).
Sans doute, se laisser aller à ses émotions, à ce que l’on ressent, à ce que l’on éprouve est-il la meilleure des choses pour la musique. Tant pour l’interprétation que pour la composition. Pour le musicien comme pour l’auditeur.

Ici se trouve peut-être ce que l’on pourrait appeler « le secret de Noé ».

C’est à peu près ce qu’il dit lui-même dans une interview que l’on découvre dans le livret du CD et qu’il a donné à Joël Perrot. (Celui-ci a assuré la prise de son dans des conditions qui ne sont pas vraiment celles habituelles du studio, mais plutôt celles du direct, ainsi que la direction artistique aux côtés de Pierre de Bethmann.)

Noé Huchard explique qu’il est né dans une famille de musiciens – son père est le batteur Stéphane Huchard – et combien il a travaillé, réfléchi et sans fin élaboré sa musique, claire, lumineuse, vibrante. Aussi bien quand il joue un standard (il y en a trois dans « Song For ») que dans ses compositions qui ont l’insigne mérite de ne pas prétendre à chaque instant se démarquer, être à tout prix et, il faut le dire, parfois trop souvent, « originales ». Pourtant leurs climats, leurs couleurs, sont propres et c’est cela sans doute qui leur donne cette sorte de beauté évidente que l’on attend d’un piano et qui plus est, dans l’univers du jazz, d’un trio. Noé Huchard est accompagné de deux jeunes musiciens aussi talentueux que lui, le contrebassiste Clément Daldosso et le batteur Elie Martin-Charrière. Ils forment ici une belle équipe, un véritable trio – ce qui n’est pas si simple et donc si courant.

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Julie Campiche : « Onkalo »

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On verra en suivant que la harpe n’est pas un instrument si étranger au monde du jazz, même s’il n’est pas si courant et comme réservé à des musiciennes plutôt qu’à des musiciens.

Julie Campiche n’est pas une inconnue mais il est certain que son dernier enregistrement est à coup sûr le plus abouti, le plus beau. Car il y a dans « Onkalo » (Meta records) une grande richesse et une singularité, une esthétique très personnelle. Il y a ici de grands espaces, des transparences étranges et pourtant comme familières. L’utilisation de l’électronique pour chaque instrument est aussi, peut-être, celle qui a été la mieux pensée et le plus justement réalisé, favorisant ainsi la spécificité de l’univers de Julie Campiche et de ses compagnons (Léo Fumagali au saxophone, Manu Hagmann à la contrebasse et Clemens Kuratle à la batterie.)

Voici un groupe d’une grande cohérence, voici une musique qui nous fait ressentir avec intensité et douceur à la fois, avec une sensibilité de chaque instant, ce qui nous habite et fait ainsi notre propre vie. En partage, grâce à la magie de la musique et l’intelligence de créateurs qui donnent sans compter.

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Isabelle Olivier : « Oasis »

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Isabelle Olivier est, elle aussi, harpiste. Depuis déjà quelques années sur la scène internationale, elle est reconnue dans le monde entier. Sans doute parce que, depuis le début, elle a surpris avec une détermination constante par l’intensité de son jeu, de ses conceptions esthétiques, par tous ses parti-pris.
Avec « Oasis » (Enja / Yellow Bird) elle ouvre comme un nouveau chapitre de son parcours. Elle a réuni autour d’elle le guitariste Rez Abassi, le joueur de tabla et de kanjira Prabhu Edouard ainsi que le batteur David Paycha. On comprend ainsi que c’est bien une nouvelle perspective qui s’annonce ici, de nouveaux horizons qui nous sont proposés. Et cela nous enchante sans cesse.

« Oasis » s’ouvre sur « My Favorite Things », un standard qui est le seul de cet enregistrement, Rez Abassi et Isabelle Olivier se partageant la composition des neuf autres plages, Prabhu Edouard s’associant à la harpiste sur le très beau « Coeur qui bat ».

La multiplicité des inventions de chaque instrument est en quelque sorte faite de superpositions qui sont aussi évidentes que la fraîcheur d’une oasis (pour reprendre la métaphore), offrant ainsi une musique que l’on pourrait écouter sans fin.

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Rhoda Scott : « Movin’ Blues »

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A priori, la musique de Rhoda Scott n’est pas une surprise. Elle, qui est en France depuis plus d’un demi-siècle, s’est imposée très vite comme une superbe interprète de l’orgue Hammond. Et elle n’a pas varié depuis. « Movin’ Blues » (Sunset Records /L’autre distribution) n’est, en ce sens, pas une révélation. Rhoda Scott, comme elle en a fait sa marque de fabrique, ne se fait accompagner que d’un batteur. C’est ici Thomas Derouineau qui s’en charge. Il le fait avec méticulosité, précision et même avec une certaine discrétion, comme s’il devait laisser à l’orgue non pas la première place, mais plus encore, toute l’espace que lui voue Rhoda Scott. Et cela sonne bien. Avec groove, swing quand il le faut, avec des tempi parfois attendus ; mais chaque plage aboutit à une certaine plénitude. Qui ravit toujours autant.

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Xavier Thollard : « (Re)compositions »

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Voici un autre trio qui réjouit, celui du pianiste Xavier Thollard avec Matyas Szandai à la contrebasse et Simon Bernier à la batterie. Comme son titre l’indique cet enregistrement est une sorte de relecture – on dira d’interprétation/improvisation toute personnelle de quelques chefs d’oeuvre du jazz (« Body And Soul », « Lush Life », « The Way You Look Tonight » ou « Take The A Train » entre autres) mais aussi de la musique d’Alexandre Scriabine avec le Prélude Op.11 n°3 en Sol Majeur.

Ces « (Re)compositions » (Parallel Records / Absilone Socadisc) sont toutes, chacune à sa manière, même si tout ceci est d’une grande cohérence, sans aucune défaillance, passionnantes. En ce sens qu’elles éclairent notre mémoire, notre sensibilité et offrent un éclat singulier à des pièces dont on croyait – abusivement de toute façon – tout savoir ou presque.
Il y a dans le travail de Xavier Thollard une sorte d’enthousiasme qui donne à chaque pièce de nouvelles couleurs et à chaque auditeur un intense sentiment de partage.

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Olivier Ker Ourio : « Singular Insularity »

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Si l’on aime la musique traditionnelle de l’île de La Réunion – le maloya et ses plus grands interprètes comme Danyel Waro, Christine Salem, Zan Mari Baré, le regretté Granmoun Lélé et quelques autres – on est heureux à l’idée que l’excellent Olivier Ker Ourio, lui-même Réunionnais, ait eu l’ambition avec « Singular Insularity » (Bonsaï music : L’autre distribution) de créer sa propre interprétation de cette musique souvent étrange, mais non pas étrangère, lointaine en aucune manière : au contraire si proche de ce que nous pouvons ressentir de souffrance ou d’amour de la vie, deux faces peut-être d’un unique sentiment.

Olivier Ker Ourio est incontestablement le grand harmoniciste du jazz d’aujourd’hui. Il a déjà établi une discographie remarquable (y compris avec Danyel Waro). On ne peut parler de lui qu’avec le plus grand respect.
Mais voilà, l’alliance du jazz et du maloya (si toutefois le « projet » se trouvait là) n’est pas chose facile tant on saisit la proximité de leurs origines (l’Afrique, l’esclavage, et sans doute beaucoup d’autres choses encore). Beaucoup s’y sont frottés. François Jeanneau le premier il y a longtemps. Peu ont réussi. Et, c’est avec quelque regret que, force est – à mon sens – de constater qu’iici aussi il semble manquer ici quelque chose.

Et, si je continue de donner mon avis, il doit s’agir de quelque chose, comme ce que je disais plus haut, qui proviendrait de la souffrance inhérente il me semble, au maloya et, finalement, à ce pan tout entier de la culture réunionnaise. Cela même qui en fait la beauté, qui en constitue ce par quoi on ne peut pas ne pas s’y attacher : c’est ici, qu’elle est proprement « singulière ».
Il faudrait dire aussi ce qui ne va pas tout à fait dans cet enregistrement.

A coup sûr rien dans l’interprétation. Ker Ourio est un excellent musicien, on l’a dit. Ceux qui l’accompagnent ne sont pas en cause (Grégory Privat piano, Gino Chantoiseau basse, Arnaud Dolmen batterie, Inor Sotolongo percussions, ou Christophe Zoogonès flûte – je serais plus réservé sur le chanteur Bastien Picot qui intervient sur trois thèmes dont il me semble que l’articulation n’est pas vraiment celle qui convient. Cependant, sur des textes en créole tels que ceux qui sont ici, c’est au moins « l’esprit » de cette musique qui s’impose. Et là, il me semble trop lointain.)
On doit enfin remercier Olivier Ker Ourio de quelques-unes de ses dédicaces : par exemple à Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature qui a lui-même cité Danyel Waro dans son discours de réception. Mais encore davantage à un « inconnu » du grand public, l’Audois – Réunionnais, le regretté Pierre Macquart. Qui a tant fait pour la musique réunionnaise et pour les musiciens eux-mêmes tout autant.
Signalons enfin le beau graphisme de la pochette réalisée par Hippolyte dont on connait par ailleurs le travail de B.D.

 

Gaël Horellou : « Tous les peuples »

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Dans un projet que l’on peut imaginer voisin l’altiste Gaël Horellou, pour la deuxième fois au moins après « Identité » en 2017 réussit un tour de force avec « Tous les peuples » (Breakz).
On l’a dit plus haut, nombreux sont les musiciens de jazz qui ayant rencontré la musique de l’île de La Réunion ont tenté l’expérience d’une sorte de « fusion ». Gaël Horellou a beau être natif de Normandie (mais les Réunionnais qui ont des ascendants de cette région sont nombreux) il est sans doute celui qui a le mieux et le plus possible réussi cette « réunion » (!) du jazz et du maloya qui semble évidente et qui, pourtant est pleine de pièges.
« Tous les peuples » est une réussite de vitalité : à la fois la joie de chanter, celle de le musique, à la fois l’expression la plus profonde des sentiments, fussent-ils les plus douloureux.
On retrouve ici l’esprit du jazz et celui du maloya, de ces deux âmes qui sont proches, voire similaires, voire même identiques, mais qui ont emprunté des chemins, disons « techniques », différents. D’où les difficultés sans doute à les rassembler sans s’éloigner, ni de l’un ni de l’autre.

Gaël Horellou est accompagné par des musiciens de La Réunion ou de métropole. Au premier chef par l’excellent guitariste insulaire Nicolas Beaulieu, par Florent Gac (orgue), Maxence Emprin (saxophone ténor), Teddy Doris (trombone), par les percussionnistes réunionnais Vincent Philéas, Fredo Ilata, Emilie Maillot et Vincent Aly Béril et par le vocaliste Pascal Bret.

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Ozma : « Hyperlapse »

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Ozma, le groupe du batteur Stéphane Scharlé, en est avec Hyperlapse (Cristal Records) à son septième album.

Peut-être plus que jamais il fait appel à tous les mélanges sonores et visuels (sauf qu’évidemment, sur ce dernier point, l’enregistrement sonore ne vaut pas la scène!). Et, surtout, il n’hésite devant aucune audace. Toutes sont fondées sur des expériences vécues par ce groupe voyageur (56 concerts dans 13 pays d’Europe, d’Afrique ou d’Asie) qui provoquent ici dix titres inspirés chacun par une ville où les musiciens se sont arrêtés. Et ce sont ces « moments de vie » qui permettent à Ozma d’être l’une des formations les plus intéressantes dans cet horizon musical que ses membres explorent sans limites. Toujours avec beaucoup d’à propos, d’intelligence et de talent.

C’est donc la superposition jamais définie de styles musicaux, de références esthétiques parfois opposées, que l’on pourrait même penser contradictoires, et avec tout cela le recours à la vidéo ou à toute forme d’image qui peut définir l’indéfinissable Ozma. Réussir cette expérience sur le plan sonore, c’est en quelque sorte le tour de force d’Ozma. Aux côtés de Stéphane Charlé on trouve edouard Séro Guillaume (basse), Tam de Villiers (guitare), Julien Soro (saxophone, claviers) et Guillaume Nuss (trombone).


Notons enfin que « l’hyperlapse » se caractérise de la façon suivante :

« L’hyperlapse tout comme le timelapse classique permet de donner une impression d’accélération temporelle de la scène. Toutefois, l’ajout du déplacement de la caméra pour l’hyperlapse provoque en plus un sentiment d’omniscience chez le spectateur, dans le sens où son déplacement ne s’effectue pas à la même vitesse que le déplacement des éléments de la scène (foule, nuages, trafic,…), ce qui lui donne le sentiment de voir la scène depuis une autre dimension temporelle et spatiale. Cette technique permet par conséquent de mieux impliquer le spectateur dans la vidéo et de donner un certain côté surréaliste à la scène. » (source Wikipédia)

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« La légende de Naclia »

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Difficile d’attribuer cette « Légende de Naclia » (Jazz Family) à un groupe (qui se serait nommé en tant que tel) et donc à l’une ou à l’autre des musiciennes ou des musiciens qui ont conçu et interprété ce projet. Seule ce « titre » apparaît sur la pochette de cet enregistrement.

On entend tout au long du déroulement de cette « légende », la chanteuse et percussionniste Sabrina Romero, la contrebasse de Leila Soldevila, les guitares de Cédric Baud et les flûtes et autres instruments à vent de Frédéric Couderc.

C’est donc à eux tous que l’on doit cette idée d’abord (ce « concept » pourrait-on dire) et cette réalisation envoûtante enfin.
Là aussi, il n’est pas si facile d’en parler, tellement le texte du dossier qui accompagne le CD est parfaitement écrit et dit tout, si bien que l’on aura forcément, soit l’impression, à coup sûr fondée – et c’est là le pire – de mal faire, ou de répéter, voire de copier, ce qui n’est guère plus rassurant !
Bref, en quelques mots seulement, la légende en question c’est un peu celle de l’Atlantide, si les Atlantes avaient été chanteurs et musiciens. Nous sommes donc conviés à nous souvenir (le thème introductif chanté par Sabrina Romero se nomme « Recuerdo »), à comprendre que la musique est une espèce de mémoire, fut-elle une sorte radicale d’invention ou d’improvisation. Un « souvenir », une « légende » aussi bien, parce qu’elle vient toujours du fond des temps ou plutôt de ce qu’il y a avant le temps, avant la chronologie elle-même. C’est pourquoi, comme ici, la musique peut être sans peine une sorte de mélange des genres, comme la mémoire qui ne s’embarrasse pas de faire le tri (ou qui, alors, le fait sans nous demander très précisément notre avis). Entre les musiciens de jazz comme Frédéric Couderc, admirateur de Roland Kirk (qui ne le serait pas, sauf les grincheux irréductibles?), ou Cédric Baud plus habitué des musiques et rythmes d’Afrique, entre une chanteuse et une contrebassiste qui joue aussi de la musique classique, il n’y a pas de différence, irréductible en tout cas. « La légende » en est la démonstration la plus attachante qui soit.

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Didier Ithursarry : « Atea »

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Il faudra bien l’avouer : on est ici, somme toute, dans la même situation qui est celle du mélange des genres pour le dire de façon brutale. C’est là sans doute la marque d’une époque qui abat les frontières. En tout cas sur le plan esthétique ! Si ce « principe » est vertueux en lui-même ce n’est pas qu’il n’éviterait systématiquement pour autant les errements.

Mais rien de tout cela avec ce disque très passionnant de l’accordéoniste Didier Ithursarry qui sous le titre d’ « Atea » (LagunArte Productions / L’autre distribution) nous emmène hors de tous les sentiers et pas seulement loin de ceux déjà parcourus par les uns ou les autres.

En langue basque Atea désigne la porte, celle que l’on ouvre donc, celle que l’on passe, que l’on abat ou que l’on ferme parfois quand il faut se protéger, précisément, de l’immobilisme qui voudrait vous confiner chez vous, vous emprisonner en vous-même. C’est ainsi que Didier Ithurssary a placé sa musique sous le signe des « Illuminations » d’Arthur Rimbaud et plus précisément peut-être de ce vers du poète : « Départ dans l’affection et le bruit neufs ! » Où l’on peut comprendre – on peut le souligner au passage – que l’affection et le « bruit » ont à voir ensemble.

 

La musique d’ « Atea » est souvent une « grande musique ». Cela peut apparaître comme un qualificatif inadapté quand on parle d’accordéon tant cet instrument souffre de l’image des bals musette, même si quelques musiciens de jazz ont su le placer aussi haut que n’importe quel autre. Et, à l’accordéon, rien n’est impossible, pas même la musique « contemporaine » : il suffit de demander à la talentueuse Fanny Vicens http://ensembleregards.com/ensemble/musiciens/fanny-vicens/ .
Les accompagnateurs de Didier Ithusarry sont deux formidables musiciens eux aussi : le guitariste Pierre Durand et le flûtiste Joce Mienniel. Et, dans les six plages qui composent « Forro Suite » le Cuareim Quartet vient renforcer l’équipe (Rodrigo Bauza et Federico Nathan aux violons, Eva Longo à l’alto et Guillaume Latil au violoncelle.) Pour des musiques, plurielles donc, et toujours, à chaque fois, réjouissantes.

 

 

Vero Hermann Sambin : « Sky Loom »

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Il y a chez cette chanteuse, compositrice et auteure, Vero Hermann Sambin, une espèce de poésie qui surgit, vous atteint à chaque instant. Dans ce « Sky Loom » (Jazz Family Cristal Records / CDZ Music) sa langue est souvent celle de son pays natal la Guadeloupe, et donc le créole des Antilles françaises (parfois le français ou l’anglais, mais pour peu de temps). Cela donne de toute évidence des couleurs singulières à cette musique dont une partie échappe parfois un peu lorsqu’on n’est pas familier de ce beau langage. Et c’est, pour une part ce qui manque, précisément, qui ajoute une sorte de désir qui soudain nous habite. Non pas celui de comprendre tout comme si cela était un texte à connaître, à apprendre peut-être. Par contre, on voit ici que c’est bien dans l’interstice, dans l’indicible que se dit ce qui fait œuvre, ou plutôt un véritable langage.

Vero Hermann Sambin nous offre ainsi une part d’elle-même, la part dont on ne sait si elle est la plus évidente, ou parfois la plus secrète. Ce que l’on sait en revanche comme absolument, c’est que cela chante et surtout nous enchante. On est loin de musiques de recherche, d’expérimentations dont on a vu plus haut la valeur, la richesse. Ici on a plutôt envie de danser, de chanter soi-même. Car à chaque plage de cet enregistrement on ne peut que se réjouir intensément. Leedyah Barlagne soutient Vero au chant, Arnaud Dolmen est à la batterie, Ralph Lavital joue de belles guitares scintillantes, Grégory Privat est au piano, Xavier Richardeau s’est emparé d’un saxophone ou d’une clarinette et Régis Thérèse conclu à la contrebasse la liste de ce brillant orchestre.

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Jon Boutellier : « On Both Sides Of The Atlantic »

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S’il vous prend l’envie d’un peu de jazz plongeant dans ses racines, à la fois dans les thèmes écrits par les plus grands musiciens et dans une sorte de tradition vivante et toujours actuelle, ouvrant même des horizons toujours renouvelés, alors il faut absolument vous réserver un (très bon moment) pour la découverte de cet enregistrement, le second aujourd’hui du saxophoniste ténor Jon Boutellier intitulé « On Both Sides Of The Atlantic » (Gaya Music / L’autre distribution).

Cela sonne magnifiquement bien, c’est plein de couleurs, d’enthousiasme à partager. On y retrouve des thèmes de Cedar Walton, de Duke Ellington ou de Thad Jones, le leader n’assurant qu’un thème qui lui est propre et qui est d’ailleurs tout à fait réussi.
Il est accompagné, outre l’excellent pianiste Kirk Lightsey (pour trois thèmes), par Alexander Claffy à la basse et Kyle Poole à la batterie, deux jeunes musiciens d’outre-atlantique. Il y a aussi le trompettiste belge Jean-Paul Estievenart pour quatre thèmes, et la chanteuse Célia Kaméni sur « Save That Time ».

 

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Clap de fin … et au-delà

 

« Clap de fin » : c’est une façon de parler. Il s’agit bien sûr de la fin de l’année 2019. Nous pouvons encore espérer que l’année 2020 aura bien lieu !
Mais il s’agit bien de la dernière chronique des « Notes de Jazz » d’ici le mois de janvier prochain (nées en 1974, elles ont donc quelques quarante-cinq ans d’existence).
On notera cependant que l’un des enregistrements – celui de Xavier Desandre-Navarre -, dont il est plus loin question ne paraîtra qu’au mois de janvier de l’année prochaine, si donc la Terre tourne encore, si les Notes de Jazz se survivent ! Comme tout un chacun elles l’espèrent vivement et souhaitent le bonheur de leurs quelques lectrices et lecteurs, celui des musiciennes et musiciens, du jazz, des jazz, de la musique, des musiques tout entières et tout autant.

 

 

Yvan Robilliard : « BiG RoCK »

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On s’étonne, même si Yvan Robilliard a, depuis déjà plus de dix ans, fait parler de lui obtenant notamment, mais pas seulement bien sûr, un premier prix de soliste et de composition au concours de La Défense, mais l’on s’étonne quand même.
On est saisi par l’ampleur de cette musique – au total, faite de peu, d’une sorte d’économie de moyens et même parfois de notes – par ce qu’elle nous dit, ce qu’elle provoque, ce qu’elle invente.
Il y a ici trois musiciens, (outre le pianiste Yvan Robilliard, il s’agit de Laurent David, elc b, et de Eric Champard (dm) – qui créent peut-être un peu moins qu’un monde à eux, mais sans doute et surtout un peu plus : un imaginaire d’une intensité lumineuse.

« BiG RoCk » (on essaye de respecter la graphie du disque) (Label Klarthe Records / PIAS) nous montre quelque chose d’autre que notre monde quotidien, quelque chose où l’on pourrait s’échapper mais qui tout en étant une présence constante en nous, nous semble souvent si lointain. Qui tous les jours ou presque nous échappe.

Yvan Robilliard nous en rapproche avec un art, empreint de tradition mais encore davantage de rêves sans fin. Là est la musique. Tout entière.
La citation que fait à ce propos Franck Médioni dans un texte introductif à cet enregistrement, citation de Baudelaire, dit tout cela mieux que quiconque pourrait le faire. Il me pardonnera de la reprendre ici dans toute sa simplicité, lorsque le poète écrit : « La musique ouvre le ciel. »

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Xavier Roumagnac : « 78 Tours »

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Cela commence par une pochette qui aurait pu être l’une des réussites des plus nobles années du label Blue Note. Ou quelque chose comme ça. On est donc ravi. On est séduit avant même d’avoir entendu la première mesure. On l’est tout autant par la musique de l’Eklectik Band du batteur et surtout compositeur Xavier Roumagnac et de son « 78 Tours » (cdz / jazz family). Et c’est heureux ainsi.

Il y a ici beaucoup de brio et de brillances, et beaucoup d’enthousiasme, auquel on est associé d’entrée. Il y a pour réussir tout cela huit musiciens dont Xavier Roumagnac. Et, parmi eux, on note la présence de Robby Marshall (ts, b cl), de Julien Alour (tp, bugle) ou encore de William Hountondji (as). Il y a peut-être aussi quelque chose des voyages dans l’Océan Indien que fit autrefois le leader.

« Duetto », le quatrième titre parmi les cinq que compte ce EP, est, pourrait-on dire, emprunté à Mozart et, plus précisément, à « La clémence de Titus ». C’est peut-être en ce sens une sorte de curiosité (même si, on le verra un peu plus loin dans cette « Note de Jazz », il n’y a pas que Wolfang pour inspirer les musiciens de jazz). Ce n’est pas la pièce la moins vivante que nous propose l’Eklectik Band de Xavier Roumagnac.

 

Guillaume Nouaux : « The Clarinet Kings »

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C’est en écho aux deux enregistrements portant le même titre, réalisés par le batteur Zutty Singleton (1898-1975), accompagnateur de Louis Armstrong, Fats Waller, Jimmie Noone ou encore Jerry Roll Morton et sans doute en raison de l’admiration qu’il lui porte que Guillaume Nouaux, lui aussi batteur, signe ce double « Clarinet Kings » (www.guillaumenouaux.com) tout à fait remarquable.
Enfin, disons tout de suite que si l’on s’en tient à ce qualificatif, on ne sera peut-être pas très intéressé. Et l’on aurait tort. Il faut alors rappeler que le talent de Guillaume Nouaux n’est plus à souligner (le nombre de prix, de récompenses qu’il a obtenu peut en témoigner – révélation 2007 Jazz Magazine, prix classique de l’Académie du Jazz en 2011, prix spécial du jury du Hot Club de France en 2014 – et l’un de ses enregistrements les plus récents, en 2016, a été signalé par tous la presse jazz en France par ses plus hautes distinctions).

Mais il est bien possible encore que certains parmi les lecteurs de cette chronique plus familière avec le jazz « en train de se faire » qu’avec sa version « classique » pourraient encore avoir une sorte d’appréhension ou seulement d’hésitation. Ils auraient grand tort. Parce qu’à écouter cette musique toujours réjouissante on peut découvrir un plaisir nouveau ou , pour d’autres, plus anciens, ressusciter quelques vieux et si magnifiques souvenirs.

Parce qu’à vibrer au son de ce jazz que l’on dit « classique » on comprend peut-être mieux l’essence même de cette musique. Quelle qu’en soit la version stylistique, très « contemporaine » ou « revival » comme il arriva qu’on le dise.
La clarinette que les « modernes » jouent souvent dans sa version basse est ici l’affaire de onze interprètes (pour vingt-quatre « pièces ») : Evan Christopher, Antti Sarpita, Engelbert Wrobel, Eiji Hanaoka, Aurélie Tropez, Lars Frank, David Lukacs, Jerôme Gatius, Esaie Cid, FranK Roberscheuten et Jean-François Bonnel. Ils sont accompagnés en trio par le batteur et par un pianiste. Ils sont quatre à se partager cette tâche : Luca Filastro, Alain Barrabès, Harry Kanters et Jacques Schneck.

Tous nous disent, Guillaume Nouaux le premier, que le jazz, dans tous ses styles, est au cœur de la vie même de toute musique.

 

Dimitri Naïditich : « Bach Up »

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Bien évidemment on pense tout de suite au « Play Bach » de Jacques Loussier lorsqu’on découvre ce disque. Dans les années soixante et soixante-dix et encore bien plus tard le trio du pianiste avec Christian Garros (dm) et Pierre Michelot (b) a vendu des millions de disques en France et dans le monde entier en adaptant en quelque sorte la musique de Bach au jazz. A moins que ce ne fut l’inverse. Il a eu le mérite « d’ouvrir le paysage musical » mais il n’est pas certain qu’il ait ouvert au jazz celles et ceux qui, alors, n’y étaient pas prêts et qui pouvaient écouter cependant cette musique sans broncher.
D’autres se sont depuis essayé à cet exercice.

Il faut dire tout de suite que ce que Dimitri Naïtich nous propose avec le concours de Gilles Naturel (b) et d’Arthur Alard (dm) est d’une autre nature. Le travail réalisé ici est bien plus fondamental. Et, finalement c’est quelque chose comme la proximité de tout genre musical avec tous les autres qui se manifeste dans cette musique.

On peut aimer le jazz. On peut adorer Jean-Sébastien. On doit reconnaître dans « Bach Up » (Dinaï Records / L’autre distribution) une musique à part entière, non pas une sorte « d’exercice » aussi brillant soit-il, mais au contraire un ouvrage complet, ayant en quelque sorte sa raison en lui-même. Il y a ici des beautés merveilleuses. Souvent, sinon incessamment. Il y a là le fait d’une grande intelligence musicale, d’une culture profonde et d’un désir de partage.
Dimitri Naïditch est un grand interprète assurément. Mais il est aussi un inventeur. Bientôt il nous donnera (c’est lui-même qui l’affirme) Mozart, Liszt, Tchaïkovski et sans doute quelques autres dans une version « jazz » telle celle-ci. Il les joue en public depuis longtemps mais ne les a pas encore enregistrés. Mais « une version jazz » ne dit rien, tout au plus pas grand chose, de cette musique, de sa beauté constante. On aura compris que le mélange des genres, le plus justifié et le plus habile qui soit, ne saurait parvenir à un tel résultat sans bien plus : une capacité de création, d’invention, un art singulier.

 

Thomas Mayeras : « Don’t Mention It »

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Puisque « classique » il y a ,on doit signaler le disque du pianiste Thomas Mayeras « Don’t Mention It » (Cristal Records / Sony Music Entertainement). Le terme (« classique ») prend cependant ici un tout autre sens. Les compositions sont toutes signées par le leader( sauf « La mer » de Trenet) et elles ont chacune, non pas « un air de déjà entendu » mais, bien plutôt, d’un univers familier, au point qu’il s’agirait de standards et donc de thèmes du répertoire qu’on ne s’en étonnerait pas. Cela ne signifie en rien qu’il s’agirait de banalités. C’est plutôt l’inverse qu’il faut comprendre. Il y a chez le compositeur Thomas Mayeras une habileté peut-être trop rare chez bien d’autres à inventer des musiques auxquelles on se trouve spontanément attaché. L’interprétation est brillante, soutenue par le bassiste Nicola Sabato et le batteur Germain Colet avec, comme l’on dit trop souvent « efficacité » mais aussi davantage, avec une grande intelligence.

La seule chose que l’on pourrait regretter, on pourrait peut-être la qualifier « d’emballement ». Parfois, cela donne l’impression, passagère heureusement, d’être brillant par effet plutôt que par choix alors que ces éclairs même pourraient nous aveugler.

Mais il faut, sans conteste, souligner et saluer l’exploit ! Car c’en est un… dans son genre, somme toute… « classique. »

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Xavier Desandre-Navarre : « In-Pulse 2 »

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Voici une musique – celle de Xavier Desandre-Navarre – qui est bien différente de celle de Thomas Mayeras.

Desandre-Navarre nous entraîne, une nouvelle fois, dans des contrées inattendues : c’est là sans doute son but. Le batteur et percussionniste n’aime pas vraiment les routes rectilignes et préfère nous dérouter. Il le fait avec un enthousiasme toujours surprenant. Ici même se trouve son talent.

Il est accompagné de trois musiciens qui partagent sans aucun doute cette « philosophie ». Il s’agit d’Emile Spanyi (p), Stéphane Guillaume (s, bcl) et Stéphane Kerecki (b).

Ils sont tous les inventeurs de mouvements ininterrompus, de courants irrésistibles, de mélodies heureuses et de grooves torrentueux.

« In-Pulse 2 », comme on peut l’imaginer fait suite à « In-Pulse », est c’est une réussite d’improvisation calculée ou peut-être d’écritures désarticulées. Ce qui revient à peu près au même, c’est probable. « In-Pulse 2 » (Cristal records / Sony Music Entertainement) nous emporte. Plus loin que nous l’imaginions sans doute.



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