les notes de l’été

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Au moment où la météo se met au beau et à la chaleur (sans parler du réchauffement décrit par les experts du GIEC et qui nous inquiètent tant) il est – comment dire ? – de bon ton que la musique « s’y mette aussi » !

Voici sans doute pourquoi les premiers enregistrements  évoqués aujourd’hui ont une source tropicale et donc exotique, vus de l’hexagone en tout cas.

Les rythmes et les couleurs venues du Capricorne ou du Cancer ont fait depuis longtemps bon ménage avec le jazz. Ils l’ont souvent nourri, lui qui ne sait jamais trop où il habite – c’est même ce qui le définit peut-on dire sans grand risque de se tromper et de faire soi-même fausse route.

 

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Tropical Jazz Trio

 

Sous ce nom qui dit bien ce qu’il veut dire – « Tropical Jazz Trio » – (CD French Paradox / L’Autre Distribution) il s’agit ici de la dernière production du contrebassiste Patrice Caratini associé au pianiste Alain Jean-Marie et au percussionniste Roger Raspail. Ces trois là se connaissent depuis longtemps, depuis une cinquantaine d’années à dire vrai. En tout cas, pas bien loin. Ils ont cheminé ensemble ou chacun de son côté au gré des époques du jazz comme le souligne avec une certaine nostalgie, une certaine émotion aussi, Patrice Caratini dans le texte de présentation. Ils sont de magnifiques musiciens et ils n’ont pas besoin de forcer le trait, de jouer des rythmes « endiablés » et de sonner si « tropicaliste » que cela, comme l’on dit parfois, pour nous faire goûter à la beauté d’une musique généreuse mais aussi toute de retenue et d’émotion plutôt que d’enthousiasme apparemment inextinguible. On entendra aussi deux thèmes qui n’ont pas grand chose à voir avec au moins ce que l’on pourrait appeler « la source » tropicale, le « Limelight » de Charles Chaplin et « Le temps des cerises » plus printanier qu’estival. Plus révolutionnaire peut-être aussi. Sauf le respect que l’on doit à l’histoire de Cuba, pays qui a tant donné au jazz.

 

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Akoda : Musik pou lo kèr

 

Valérie Chane Tef est Réunionnaise (rappelons au passage que l’île de La Réunion est située à l’ouest de l’océan Indien mais à l’est de la métropole, qu’elle est un joyau français dans l’hémisphère sud bien loin donc des Antilles). Valérie est la créatrice du groupe Akoda qui, outre la pianiste, compositrice, chanteuse, réunit Benjamin Pellier (basse, chœurs) et Franck Leymerégie (percussions, chœurs). Et si le titre de cet enregistrement s’écrit et se chante en créole réunionnais, si le groupe reprend « Batarsité », le thème emblématique du chanteur emblématique de La Réunion, l’immense et intense Danyel Waro, on ne peut cependant pas dire que le maloya, voire même le séga (musiques traditionnelles de La Réunion) soient des musiques très présentes dans ce bel album, extrêmement soigné, enthousiaste souvent, qu’est « Musik pou lo kèr » (Déclic Jazz / L’Autre distribution).

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On entend surtout l’influence qu’Alain Jean-Marie a sur Valérie Chane Tef. Comme Omar Sosa, Mario Canonge ou Tania Maria. On entend donc davantage de biguine ou d’ « afro » que la musique propre à La Réunion. Il est vrai que quelques grands anciens se sont un peu cassés les dents sur des versions jazz du maloya. on peut ainsi penser à François Jeanneau, il y a déjà bien longtemps, lui qui avait pourtant expérience et talent.

Mais chose que l’altiste Gaël Horellou a en revanche parfaitement réussi. Avec l’aide de quelques musiciens réunionnais de tout premier plan. Et ceci de façon assez récente
Faut-il regretter ce qui est peut-être une hésitation ?

Peut-être faut-il regretter aussi une grande sagesse (ou plutôt une grande retenue) dans l’écriture de quelques thèmes ? Il n’en reste pas moins qu’Akoda est une très belle découverte.

 

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Romano Pratesi : Frizione

 

Si les rythmes que l’on dit « tropicaux » ne sont pas ici de la partie, l’esprit « latino », lui est bien présent. Même si les musiciens qui entourent le saxophoniste ténor et clarinettiste (basse) Romano Patresi sont plus des aventuriers de tous bords que proprement des enfants de l’Italie. Ils se nomment, les « gaillards » de cette aventure fort dynamique, Glenn Ferris (tb), Hasse Poulsen (g, mandoline), Stéphan Oliva (p), Claude Tchamitchian b) et Christophe Marguet (dm).

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Il y a dans la musique de « Frizione » (Das Kapital Records / L’Autre distribution) à la fois l’intelligence créatrice dont chacun des protagonistes nous a depuis longtemps donné mille preuves et une espèce de joie dansante, au tour et détours de quelque envolée audacieuse. Cela constitue une sorte de somme d’une grande clarté, d’une envergure rare (encore que lorsqu’on connaît les exploits de ces musiciens on peut ne pas s’en étonner), et donc un moment musical enchanteur… qui, sans être de nature « tropicale », en a l’enthousiasme, la vitalité, et comme de surcroît la puissance de l’inventivité.

 

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Jean-René Mourot & Marc-Antoine Schmitt : Musiques de salon

 

C’est une autre histoire que celle que nous content le pianiste Jean-René Mourot et le contrebassiste Marc-Antoine Schmitt. Cela, comme le titre de cet enregistrement qui sortira sous forme digitale d’abord le 28 juin l’annonce, se présente comme une » musique de salon. » (Les productions du pavé / Absilone Technologies)

Peut-être en un double sens : elle a été enregistrée dans le salon de Jean-René. Mais ce serait là comme une sorte de plaisanterie s’il suffisait de s’en tenir à cette « vision » des choses. Car on est plus près, musicalement s’entend, du recueillement de chaque instant et donc de chaque note, comme de chaque silence, que peut évoquer l’intimité du lieu ou surtout de la musique. Intimité qui n’est pourtant que la conséquence assurément, bien plutôt que la cause, de cette musique dont chaque articulation est une sorte de don. En ce sens même qu’il n’y a pas une note qui ne semble réfléchie, non pas pensée comme une sorte d’abstraction d’abord, qu’il conviendrait de réaliser ensuite. Ou enfin. Mais plutôt comme un engagement de soi. Des deux protagonistes en l’occurrence. C’est dire que – même si l’un des titres est celui de « Bégaiements » – il n’y a rien de redondant, rien de trop, et que surtout rien ne manque à cette musique dans sa simplicité, dans sa beauté.

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Loïs Le Van : Vind

 

Il s’agit ici d’une sorte de tentative de créer une œuvre qui soit autant poésie que musique. Non pas une poésie mise en musique, ce qui serait banal. Mais une sorte de confusion, plutôt même que d’une fusion qui ferait courir le risque d’un mélange par trop indistinct. Le trio du chanteur Loïs Le Van (lui-même, la pianiste Sandrine Marchetti et l’excellent guitariste Paul Jarret) est en fait un quartet car il faut intégrer à ce groupe Laura Karst qui a composé les paroles.
« Vind » (Cristal Records / Sony Music Entertainement) est une suite de douze thèmes composés pour neuf d’entre eux par le chanteur, les trois autres l’étant par Paul Jarret. Toutes les paroles sont donc de la plume de Laura Karst. Et toutes nous parlent. Et réussissent à nous parler dans cette unité qu’elles forment avec la musique, sans que l’on distingue bien sûr la voix de Loïs Le Van de celle-ci (ni de la musique elle-même, ni des paroles, ni de « l’unité » ainsi constituée).
Sans doute est-on loin désormais des climats moites et tropicaux évoqués en introduction.

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(photographie Shelomo Sadak)

On est plus près de la lumière du nord de l’Europe quand celle-ci est claire, immobile et transparente. Parfois même lorsqu’elle est empreinte de brumes opaques et de pluie ou de neige et de glace. Ou lorsque le vent dérange l’espace.

« Vind » est assurément un « projet » poétique. Il est dans la ligne d’un travail antérieur entrepris par Loïs Le Van et Sandrine Marchetti autour de l’écriture de ‘l’un des plus grands auteurs de notre temps, le poète suisse Philippe Jaccottet. Il fait de cet enregistrement quelque chose de singulier, de rare. C’est ainsi que l’on doit l’entendre. Pour l’aimer pleinement.



Treize musiques du printemps

 

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Leïla Martial : Warm Canto

 

Leïla Martial nous poursuit ! La précédente chronique se terminait à peu de choses près sur un enregistrement où elle se retrouvait invitée, celui du Odil Quintet.

La voici aujourd’hui, pleinement elle-même. Pour une musique rare, brillante, scintillante, éclatante. Étonnante tellement elle est envoûtante.

Voici une musique hors de tous les chemins connus et souvent inconnus. Voici un monde d’inventions, de mystères, de secrets que nous pouvons soudain découvrir et partager, dont nous pouvons aimer les lueurs saisissantes, les images irréelles et vivantes.

Leïla Martial  a créé avec « Warm Canto » (Label Laborie/Socadisc) une œuvre d’une beauté intense. Comme aucune vocaliste n’a su le faire depuis longtemps.

Bien sûr on ne trouvera pas ici beaucoup de référence aux standards, au « jazz », ou à l’inverse presque, à la « pop music » comme dans trop d’autres cas où il peut y avoir tant de déceptions. On n’invente pas une telle musique en étant fidèle à d’autres. On le fait en l’étant d’abord et presque exclusivement à soi-même. En se découvrant, en s’exposant, en donnant tout ce qu’il est possible.

Avec ce troisième enregistrement depuis « Dance Floor » en 2012 (pour le label Out Note Records, à l’initiative de Jean-Jacques Pussiau dont on ne dira jamais assez – mais le dit-on souvent, parfois, encore ? – ce que ce producteur/inventeur/magicien a apporté au jazz) Leïla Martial, avec Éric Perez (dm, voice) et Pierre Tereygeol (g, voice) nous offre avec « Warm Canto » un monde admirable et inouï. Incomparable.

 

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Naima Girou : Sea Of Red

 

Naima Girou est une autre aventureuse musicale. Elle aussi, comme Leïla Martial, est une chanteuse. Et elle joue en même temps de la contrebasse.  Avec « Sea Of Red » le Naima Quartet (Inouïe distribution) fait une brillante arrivée dans la production discographique – c’est son premier disque. Après un premier prix et un prix du public au Crest Jazz Vocal 2017. Et cela n’est pas « volé ». Bien au-dessus de beaucoup d’autres « vedettes » dont on nous dit qu’elles sont toutes extraordinaires. Mais qui nous surprennent rarement. Ou même qui n’ont pas la moitié, ou le quart… ou moins encore (il ne s’agit pas de compter) du talent de Naima et de ces trois camarades.

Les créations sont colorées, avec d’intenses nuances, avec passion et c’est ainsi alors qu’elles passionnent l’écoute. En touchant au cœur. Les références (Burt Bacharach, Irving Berlin, Charles Mingus pour les compositeurs) ne sont pas des « revisitations », ni des « hommages » mais des créations à part entière. Et tout ceci est très souvent grisant, réalisé avec une attention extrême, un soin de chaque note, une passion vibrante.

Jules Le Risbé p), l’excellent guitariste John Owens et Thomas Doméné (dm) accompagnent une jeune chanteuse qui ose avec art, avec un très beau talent, une musique de haute valeur. Qui enchante sans cesse.

 

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Vincent Bourgeyx : « Cosmic Dream »

 

« Cosmic Dream » (Paris jazz Underground/L’Autre distribution), le titre de cet album du pianiste Vincent Bourgeyx, évoque peut-être cette idée qu’un rêve, « par nature », ou par définition si l’on préfère, relève de l’univers tout entier. C’est là une idée d’autant plus fertile qu’elle est correspond aussi sans doute à ce qu’est la musique : une façon de rencontrer le réel par le mystère et par l’invisible.

Dans ce disque se côtoient parmi quinze thèmes, quatre standards et donc onze compositions du pianiste. Cela, il faut le souligner, sans aucun dommage pour ces dernières qui sont toutes empruntes de très belles lumières.

Pourtant on peut regretter une absence de surprise, des couleurs vraiment inédites. Tout ici est impeccable, il faut le souligner, mais rien n’est non plus exceptionnel. Le saxophoniste David Prez qui dispose d’une belle sonorité avance sur des chemins bien tracés. Le bassiste Matt Penman, par ailleurs membre du groupe « James Farm » de Joshua Redman, comme l’excellent batteur Obed Calvaire qui accompagne souvent Dave Holland ou Chris Potter sont parfaits.

 

 

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Corentin Rio Orphéon : « Au milieu des choses »

 

Cela commence par un thème emprunté à Purcell et transformé par l’imagination du batteur Corentin Rio et de ses amis de « L’Orphéon ». Et « Au milieu des choses » (Absilone/Socadisc) se poursuit par une composition de la chanteuse « hors normes » Ellinoa, puis par cinq autres pièces qui sont toutes l’œuvre du leader. Elles portent toutes de beaux titres comme par exemple « Soudain, hier », « Les beautés moindres » (avec l’excellente violoniste Fiona Monbet) ou le mystérieux, intrigant et surtout magnifique « Dear Clara Freud » qui clôt trop tôt cet enregistrement.

Ici, rien ne ressemble à rien ! Tout est nouveau, tout est hors de l’ordre. Mais rien ne jure quand tout affirme. Mais tout, cependant, y est familier car tout est pesé, tout est le fruit d’une réflexion, d’émotions, d’attentions parfois infimes et alors si précieuses. Il y a, si l’on peut dire ainsi, « au milieu des choses » tant et tant de reflets, d’éclairs, de délicatesses, de caresses, d’affirmations, de volontés ! Et c’est une joie alors de voyager avec Corentin Rio que l’on avait déjà connu aux côtés du pianiste Armel Dupas pour un très réussi « WaterBabies ». C’est une chance de découvrir des musiciens aussi remarquables que ceux qui l’accompagnent ici : David Fettmann (as, ss), Roman Cuoq (ts), Federico Casagrande (g) et Leonardo Montana (p, Fender Rhodes).

 

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« … Et autres chants d’oiseaux »

 

Ce sont des compositions de Pascal Berne (b), Michel Mandel (cl) et François Raulin (p). Mais ce sont peut-être, comme leur nom l’indique, des chants d’oiseaux, des « musiques naturelles »… ou bien c’est la nature elle-même qui chante. Et qui nous enchante. Bien sûr.

Il y avait eu « El cant dels ocells » le chant traditionnel catalan joué par Pau Casals devant l’Assemblée des Nations Unies, et bien d’autres musiques d’un passé plus lointain ou alors contemporaines comme celle de Messiaen, il y a maintenant, dans une autre perspective sans doute, cet ouvrage que l’on pourrait dire « impensable » qui répond au nom lui-même très étrange de « … Et autres chants d’oiseaux » (Label Forge/Inouïe distribution).

On y entendra, il faut le souligner, Jean-Philippe Rameau, Dave Holland, Duke Ellington et Billy Strayhorn ou encore Lennie Tristano.  Mais la plupart des compositions sont l’œuvre des musiciens de ce groupe dont on ne peut dire qu’il se soit baptisé puisque seul le titre de l’enregistrement lui-même apparaît. On peut imaginer pourquoi et c’est peut-être là qu’il y a une sorte de manque ou de défaut, quelque chose qui fait défaut si l’on peut dire : parce qu’il s’agit d’une « expérience » qui a sa propre limite n’étant sans doute pas destinée à être poursuivie. C’est peut-être là le paradoxe d’une musique qui trouve sa racine fondamentale dans le chant des oiseaux de la nature, c’est qu’il y a là quelque chose que l’on pourrait dire « artificiel ». Il n’empêche qu’il y a dans ce moment musical beaucoup de très belles choses. Alors on aimerait bien que le plaisir que nous ressentons à son écoute se renouvelle un jour.

Avec Pascal Berne(b), Bernard Fort (électroacousticien), Michel Mandel (cl), Jean-Marc Quillet (perc, accordéon), François Raulin (p, m’bira) et Guillaume  Roy (alto).

 

 

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Tristan Mélia : « No Problem »

 

Le problème, précisément, avec la formule du trio piano/contrebasse/batterie c’est le trio ! Il n’est pas si facile de constituer un vrai trio, c’est-à-dire de trouver trois musiciens qui, à la fois, inventent une musique (fût-elle celle de standards) et soient en même temps une formation originale et dont l’entente, l’équilibre soit de tous les instants.

C’est un peu comme si Tristan Mélia s’était lancé un défi en débutant la partie par le thème de Duke Jordan « No Problem » (Jazz Family CDZ Music) et en en faisant le titre de son premier enregistrement.

De ce qu’il appelle son « premier pas » il faut dire tout de suite qu’il est très réussi. Mais cette formulation, il faut aussi en convenir, est bien inférieure à ce qu’il faut dire de la clarté qui jaillit, surgit ou simplement apparaît dans une sorte de pure sérénité de chaque instant de cet enregistrement.

On ne trouvera pas ici une invention musicale radicale, nouvelle, révolutionnaire. Mais on ressentira mille émotions, mille saveurs, mille parfums, mille sensations. On sera soi-même comme appelé par la beauté, la qualité du son, l’intelligence de la pensée qui anime de bout en bout la musique que nous offre Tristan Mélia avec Thomas Bramerie (b) et Cedrick Bec (dm).

 

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Joachim Cafonnette : « Vers l’azur noir »

 

Cela commence par un titre – « Vers l’azur noir » – (Neuklang Records) en référence poétique à Arthur Rimbaud. Et, cela continue ainsi de bout en bout. Tant la musique est à la fois mystérieuse et transparente, claire et légère, mais aussi chargée de tous les saisissements de la vie.

On pourrait faire ici la même remarque que pour le disque de Tristan Mélia puisque le trio piano, basse, batterie, composé (dans l’ordre) du Belge Joachim Caffonnette, d’Alex Gilson et de Jean-Baptiste Pinet est un modèle d’ordonnance, de stabilité, d’harmonie. Y compris lorsque l’intention musicale vise le drame des migrations à travers la Méditerranée parfois rageuse (« Tripoli’s Sorrow »). Autant lorsque « Inner Necessity » fait référence au peintre Kandinsky. Autant lorsque le trio reprend « Monk’s Dream ». A chaque pas il en est ainsi.

Joachim Caffonnette et ses amis offrent ici un travail d’une grande densité, d’une maîtrise remarquable et d’une force vitale lumineuse.

 

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Maher Beauroy : « Washa ! »

 

Sous l’égide de Jacques Schwarz-Bart qui fut son professeur au Breklee College Of Music, le pianiste martiniquais Maher Beauroy, avec « Washa ! » (Déclic Jazz, Aztec Music/Pias) nous propose des musiques souvent, au sens propre, extraordinaires. Là est tout l’intérêt de cet enregistrement presque toujours surprenant. Heureusement étonnant, inattendu. Parfois de façon tout à fait stupéfiante et il en est ainsi à l’ouverture qui répond au titre de « Divin Mirage ». Les orchestrations renforcent l’intérêt et multiplient les côtés étranges qui apparaissent maintes fois dans la plupart des titres. Il y a aussi des phrases plus convenues. Et lorsque Maher Beauroy chante, il convainc moins que lorsqu’il « dirige » son groupe composé de Lucy Clifford (b), Jessie Cox (dm), Antoine Beux (v), Julian Velasco (vib, bongos), Adriano DD Tenorio (perc).

 

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Magic Malik : « Jazz Association »

 

Quand on a la chance de découvrir un disque comme celui-ci, cela rassure. Cette remarque n’est pourtant sans doute valable que pour les « anciens » ou pour celles et ceux, plus jeunes, qui auraient une affection particulière pour les musiciens de la deuxième moitié du XX° siècle…voire au-delà !

Il est en effet réjouissant de voir les musiques de Clifford Brown, Sonny Rollins, Wayne Shorter, John Coltrane, Kurt Weill, Thelonious Monk, Rogers & Hart (cités par ordre d’apparition) visitée par le flûtiste Magic Malik dans « Jazz Association » (jazz&people/Pias).

Magic Malik a souvent varié sa voie et c’est là l’une des sources de sa réussite car il a su chaque fois faire preuve d’un grand élan, d’une véritable force d’inventivité.

Ici, la surprise c’est surtout de le voir intervenir sur ce répertoire, ce qu’il fait avec sagesse, avec juste ce qu’il faut pour lui donner de nouvelles lumières, de nouveaux éclats. C’est ainsi que le plaisir ne nous quitte pas d’une phrase à l’autre, d’un thème à l’autre. Et que celui qu’il signe sous le titre de « Lelola » s’intègre avec perfection dans l’ensemble.

Le groupe est constitué, outre le flûtiste (et parfois vocaliste), d’Olivier Laisney (tp), Maxime Sanchez (p), Damien Varaillon (b) et Stefano Lucchini (dm).

Sans évoquer quelque autre groupe du passé, ce retour à des standards et à des compositeurs qui ont marqué leur époque de façon si considérable est comme une nouvelle vie, différente, qui se présente à nous et qui nous montre que lorsque la musique est juste elle le demeure quels que soient les épisodes de sa vie, quel que soit son avenir.

 

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Mario Stantchev : « Musica sin fin »

 

Est-ce le titre de cet enregistrement solo du pianiste Mario Stantchev, « Musica sin fin » (Ouch Records) mais c’est précisément toute sa musique qui ne se finit jamais. Peut-être est-ce le destin de la musique tout entière ? Celui d’échapper au temps qui passe ! Cela est bien possible. Mais ce n’est pas le cas de toutes les musiques et peut-être est-ce mieux ainsi.

La musique de Mario Stantchev se joue ici sur peu de temps. On est assez loin du « format » habituel avec ces pourtant douze pistes. Mais le premier titre annonce en quelque sorte la couleur puisqu’il s’intitule « Epilogue ».

Mais Mario Stantchev a cependant beaucoup à dire. Il le fait cependant en peu de « mots » ou de « notes », c’est comme on voudra. Parce qu’il n’est pas besoin d’être disert pour ce qui est essentiel. Car oui, Mario Stantchev est un musicien qui cisèle son langage, qui ne met ici ou là une note, un accord, que parce que c’est cette note ou cet accord qu’il veut, ou plutôt qu’il doit faire entendre.

On ne parle pas souvent de lui, mais c’est ici l’occasion d’écouter avec toute l’attention (avec recueillement, faudrait-il dire) la musique de ce pianiste un peu secret. Mais dont l’humanité transparaît, ce qui se voit au premier regard si on a la chance de le rencontrer – l’auteur de ces lignes a eu cette surprise lors de la présentation d’un livre sur John Coltrane il y a de ça quelques années, c’était à Lyon dans la merveilleuse librairie Musicalame.

Et c’est ainsi, dans une sorte de silence, dans les vibrations de l’âme, dans les battements du cœur, qu’il faut écouter la si belle musique de Mario Stantchev.

 

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Lionel Martin & Sangoma Everett : « Revisiting Afrique of Count Basie & Oliver Nelson »

 

Le hasard est ainsi ! Lors de la rencontre évoquée avec Mario Stantchev, celui-ci était accompagné de son ami et partenaire saxophoniste Lionel Martin. Et c’est le même Lionel Martin qui publie un disque  qui s’intitule « Revisiting Afrique of Count Basie & Oliver Nelson » sur le même label (Ouch Records) et qui sort au même moment.

Lionel Martin est un saxophoniste généreux, au souffle inépuisable, ample et toujours très justement posé.

Il revisite ici, avec le batteur Sangoma Everett, le grand disque que Count Basie avait signé en 1971 avec son big band dirigé par Oliver Nelson (avec Eddie Lockjaw Davis au saxophone ténor) et qui s’appelait « Afrique ».

Les deux musiciens reprennent dans l’ordre les titres du disque de Count et, seulement armés de leur enthousiasme, ils nous font partager celui de cette énorme formation. Il est évident que ce n’est pas la musique de Basie (et d’Oliver Nelson) que nous entendons ici mais quelque chose comme une version autre, qui pourtant aurait les mêmes vertus explosives.

Ce disque donne envie de danser, de chanter, d’aimer tout simplement.

 

 

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Soul Jazz Rebels

 

Je ne sais pas, moi non plus (voir infra le lien vers un autre article), quel est l’objet, la cause, la finalité de cette rébellion. La thèse de l’article de Jacques Aboucaya pour « Le Salon littéraire » est sans doute la seule pertinente, faute d’une explicitation par les musiciens eux-mêmes.

C’est donc ici :

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/arts/content/1948839-jazz-quand-la-rebellion-s-affiche

 

Le parti pris musical de ce disque est celui d’un swing constant, joué avec délicatesse et intelligence. Et donc, tout cela est fort agréable. Certes pas « révolutionnaire » (peut-être même est-ce bien le contraire, à moins que ce soit l’inverse – mais je ne pense pas; les mathématiciens ou pythagoriciens s’il en reste de part le monde mondialisé jugeront). Mais enfin ceci prouve que l’on peut s’affirmer « rebelle » tout en n’étant pas « révolutionnaire ». Mais alors que deviennent les « contre-révolutionnaires » ? On peut craindre qu’une tentative de réponse nous conduise trop loin.
On s’en tiendra à dire que les protagonistes manifestent ici un beau talent, que l’on prend un vrai plaisir à leur écoute. Saluons donc le toujours excellent batteur qu’est Christian « Ton Ton » Salut, le saxophoniste ténor Jean Vernhères, le méticuleux et talentueux guitariste Cyril Amourette et tout autant l’organiste Hervé Saint-Guirons pour ce disque qui porte sur sa couverture la seule mention « Soul Jazz Rebels ». Elle doit désigner, n’en doutons pas le groupe autant que sa musique ! (Black Stamp Music)

 

 

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Sylvain Cathala Septet : « Cullina »

 

La musique du saxophoniste Sylvain Cathala est tout autre, on peut s’en douter. « Cullina » (CR 006) est une œuvre foisonnante, ample, d’une densité extrême. A chaque instant ou presque inattendue. Sa beauté n’est pas à chercher : elle nous est donné sans détours. On peut ainsi comprendre quelle difficulté il pourrait cependant y avoir là : entre l’étonnement, la découverte de nouveaux paysages, de nouvelles perceptions, et leur surgissement. Il semble pourtant qu’il soit plus facile de comprendre cela si l’on dit que le « choc » qu’il pourrait y avoir ici fait lui-même partie du plaisir que nous pouvons retirer de cette écoute.

« Cullina » manifeste une grandeur. Mais une grandeur qui est un partage, bien plus qu’une sorte d’imposition qui nous serait faite. Il s’agit d’ailleurs d’un enregistrement public réalisé au Triton (Les Lilas) en juin 2016 et, à en entendre, les applaudissements, rien n’est plus simple en effet que de se laisser emporter par la musique de Sylvain Cathala et de son septet. (Marc Ducret g, Benjamin Moussay fender rhodes, Guillaume Orti as, Bo Van der Werf (bs), Sarah Murcia (b) et Christophe Lavergne dm)

Il y a ici une sorte de joie, souvent débordante, fertile donc, heureuse qui fait toute la richesse de ce disque.

 



Onze découvertes

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Etienne Manchon : « Elastic Borders »

 

Il n’a que vingt-trois ans Etienne Manchon. Mais quelle inventivité ! Quelle énergie ! Quelle imagination. Et combien de beautés ! Diverses mais toutes magnifiques. Voici un disque auquel il était impossible de s’attendre (sauf à connaître déjà Etienne Manchon) et auquel il est impossible de résister.
Etienne Manchon s’intéresse à tout : au jazz comme aux musiques les plus actuelles (devrait-on dire « contemporaines » ?), au rock ou au maloya, cette musique envoûtante de La Réunion (on entendra même ici un kayamb, un instrument de même origine). C’est sans doute pour cela – si l’on peut le dire ainsi ! – qu’il joue aussi parfois de la musique baroque.

Lorsqu’on écoute ici la musique d’Etienne Manchon on est, dès la première mesure, pour ne pas dire dès la première note, emporté par un courant irrésistible. Et, à aucun moment, celui-ci ne vous abandonne. On navigue de paysages en paysages. Plus fantastiques, plus inouïs les uns que les autres.

Toutefois, décrire cette musique serait voué à l’échec. Les références que l’on pourrait faire seraient sans doute trop diverses (au moins en apparence) pour suggérer par des mots quoi que ce soit de juste à propos de la musique. C’est ici que l’on peut, précisément, se rendre compte que l’écriture, surtout si elle se veut « descriptive », si elle prend la musique pour un objet, ne peut nous en rapprocher. Elle risque à l’inverse de ne rien nous en dire. Rien de juste. Il vaut mieux, plus simplement, se réjouir.

Le pianiste Etienne Manchon, originaire de Nancy est aujourd’hui toulousain. Il a composé toutes les pièces de cet album à deux exceptions : « Because » des Beatles et « Windows » de Chick Corea. Il est entouré du contrebassiste Clément Daldosso et du batteur Théo Moutou. Viennent parfois les rejoindre Pierre de Bethmann (Fender Rhodes), Pierre Lapprand (ts) ou encore Ossian Macary (tb).

« Elastic Borders » (Label Troisième Face) est une découverte totale. Comme il est rare d’avoir l’occasion d’en faire.

 

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Shauli Einav : « Animi »

 

C’est toujours un moment de vraie réjouissance lorsqu’on découvre pour la première fois un nouveau saxophoniste qui, sur cet instrument qui est au cœur même du jazz, vous réjouit d’entrée.

Shauli Enav est parti de sa terre d’Israël a passé plusieurs années à New York où il a rencontré les meilleurs musiciens d’Outre-Atlantique. Mais, à trente-six ans, il s’est désormais installé à Paris et c’est tant mieux pour nous. Parce que nous pouvons imaginer que nous aurons l’occasion de l’entendre bientôt un peu partout ici.

Pour une certaine génération – celle qui a vécu l’effervescence du jazz des années soixante et soixante-dix – Shauli Einav est une sorte de miracle. Nous retrouvons en lui des accents qui nous rappellent, non pas les plus grands, les plus célèbres, mais quelques-uns de ceux qui ont fait la diversité de cette musique, qui ont apporté des couleurs singulières et, sans qui, cette période n’aurait pas été aussi riche et fertile de couleurs renouvelées, d’images impossibles, de vitalité partagée. Il y a chez Einav des choses (appelons-les ainsi faute de mieux, car les mots, encore une fois ont une certaine impuissance, une sorte d’incapacité à dire la musique, dès qu’on les prononce – ou qu’on les écrit – on a l’impression qu’ils dissimulent plus qu’ils n’éclairent) il y a donc des choses qui ont cette vertu étonnante d’être des références et, au même moment, de dévoiler des horizons jusqu’ici inconnus.
Il y a chez Shauli Einav des choses magnifiques qui viennent peut-être de Booker Ervin, d’Eric Dolphy, d’Andrew Hill, de Charlie Rouse le saxophoniste de Thelonious Monk, de Bobby Hutcherson. Et qui, cependant sont des mondes à part.

« Animi » (Berthold Records/Distribution Differ-Ant) est une très belle réussite, un enregistrement où l’on a, à chaque moment, l’occasion d’une authentique réjouissance. C’est aussi parce qu’aux côtés de Shauli Einav (ts, ss) se trouvent d’excellents musiciens : Tim Collins (vb), Andy Hunter (tb), Yoni Zelnik (b), Guilhem Flouzat (dm) et Fayçal Salhi (oud).

 

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Art Deco : « A Soul Message »

 

Il est difficile à plus d’un titre de parler de cet enregistrement.

Parce qu’il s’agit d’un hommage à l’un des musiciens que j’aime (je dois l’avouer plus que d’autres), le trompettiste Don Cherry. Aux côtés de John Coltrane, d’Ornette Coleman, de Dewey Redman, de Charlie Haden, de bien d’autres évidemment, il a été l’une des figures du jazz, alors si fertile pendant les années soixante, soixante-dix et au-delà. Ce qu’il y avait de particulier chez Don Cherry (1936-1995) c’est qu’il y avait en lui ce que l’on pourrait appeler « une humanité » exceptionnelle, alliée à une musicalité qui n’appartenait qu’à lui.

Parce qu’il s’agit d’un disque qui est à l’initiative de drôles de lascars que j’ai l’honneur de connaître depuis longtemps et pour lesquels j’ai une profonde amitié. Et envers lesquelles j’ai aussi une grande admiration. Musicale s’entend. Car ce sont tous des musiciens rares, exceptionnels, d’une intelligence remarquable et ce n’est pas parce qu’ils ne font pas partie de ceux que l’on voit ici et là et même un peu partout dans le monde du jazz qu’ils ne sont pas ainsi. A moins que ce soit, précisément, à cause de cela.

Vous ne voulez donc pas que je dise du mal d’eux. Ce sont mes amis. Ils jouent une musique si belle, si envoûtante, avec tant de cœur et de talent que c’est à vous, si vous me lisez, que je vais demander de me dire ce que vous en pensez. Et, gare à vous…

Il n’y a qu’un bémol ! Je me demande où ils étaient lorsque à la fin des années soixante-dix ou au tout début de la décennie suivante (ma mémoire désormais défaille) Don Cherry est venu jouer dans une salle interlope, rue de Verdun, à Montpellier (Je ne vous ai pas encore dit qu’il s’agit de musiciens qui ne sont pas de New York ou de Chicago, mais de Montpellier, plus précisément de la plaine qui entoure le pic Saint-Loup, dans la région que l’on dit aujourd’hui « Occitanie ». C’est pour ça qu’ils jouent parfois de la musique « folk » à la mode « free » et même des sardanes qui, elles, pour n’être pas occitanes, sont catalanes). Nous étions ce soir-là, pas plus de cinq à être heureux. Je ne me souviens pas d’y avoir croisé Michel Marre, ce trompettiste si généreux, qui est l’un des musiciens les plus courageux, déterminés dans sa musique et sans doute dans tout ce qu’il fait que je connaisse. Ni Doudou Gouiran, saxophoniste de son état, à la musique si transparente, si juste, à l’éternel sourire si amical – c’est grâce à lui que tous ceux qui ont réalisé « A Soul Message » ont pu, un jour ou une nuit l’autre, jouer avec Don Cherry. Ni Gérard Pansanel, un superbe guitariste qui a joué mieux que quiconque la musique des Beatles. A sa façon et à celle d’Antonello Sallis. Ni Denis Fournier, batteur hors normes. Le plus mélodieux, le plus « musical », le plus généreux de tous les batteurs. Ni le bassiste Jacques Bernard. Mais là, pardonnez-moi, il y a un doute ! Jacques Bernard, je ne le connais pas. Il ne manquera pas de le souligner et alors… l’honneur peut-être sera sauf. Je n’ai pas que des amis !

Mais tout cela n’est qu’anecdote. Sans grand intérêt il est vrai.

La seule chose qui importe c’est que « A Soul Message » (Vent du Sud/Les Allumés du Jazz) est un bien beau et même bien grand disque. A la hauteur, cela ne fait aucun doute, de celui qu’il entend honorer. A celle bien sûr de la dimension créative, créatrice de ces cinq protagonistes.

 

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Eric Plandé & Bruno Angelini : « Black Moon »

 

Voici un duo. Une authentique œuvre musicale qui n’est possible qu’ainsi. Non seulement avec un saxophoniste (ténor ou soprano) et un piano (ou autres claviers), mais plus encore, avec Éric Plandé et Bruno Angelini. Un duo c’est lorsque les deux musiciens jouent une musique que seuls eux peuvent jouer et surtout inventer.

A ce titre « Black Moon » est exemplaire. (Cristal Records/Believe Digital).

Certes, toutes les compositions sont écrites par le saxophoniste, sauf une qui est co-écrite par les deux protagonistes. Mais cela ne suffit pas tout à fait. Faut-il encore que les musiciens n’écrivent et ne jouent comme personne. Et s’il y a là quelques rares ressemblances (les rencontres entre le même Eric Plandé et Joachim Kühn sans doute), alors et précisément à cause de cela, on sera certain que ce duo est parfaitement singulier.

On est, avec « Black Moon » dans un univers inexploré. Ou mieux dans un univers que l’on pensait déjà connu, plus ou moins « cartographié » pour le dire évidemment de façon métaphorique, mais que l’on découvre à peu près comme si nous ne l’avions jamais rencontré.

Ici est le tour de force de « Black Moon ». Une certaine façon d’aborder le jazz avec la musique contemporaine, celle du XX° siècle tout en y ajoutant des idées de Zappa et surtout en imaginant ses propres voies. En mettant dans tout ça beaucoup de lyrisme, de passion, parfois de fougue. Mais aussi beaucoup de (re)tenue, de douceur même comme dans « Waste Land » par exemple.

Il faut écouter Éric Plandé et Bruno Angelini avec attention, en s’ouvrant à cet univers où ils nous invitent. Il y a beaucoup de richesses à découvrir ainsi.

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Émilie Calmé : « Flûte Poésie »

 

Il faut sans doute bien de la détermination en étant flûtiste pour jouer « Song For Delilah » de Lou Reed ou « Celia » de Bud Powell, ou la plupart des thèmes qu’a choisi Emilie Calmé. Cet instrument n’est d’ailleurs sans doute pas celui qui s’impose de toute évidence dans l’univers du jazz.

Mais le voici ici comme s’il était parfaitement naturel. Il y a toujours une beauté qui advient comme une évidence dans chacune des plages de « Flûte Poésie » (Continuo Jazz/UVM distribution) où l’on rencontre parmi quelques autres Randy Weston, Harold Land ou John Coltrane avec « Naima » qui clôt cet enregistrement.

Emilie Calmé (fl et bansuri), Laurent Maur (harmonica), Alain Jean-Marie (p), Gilles Naturel (b) et Lukmil Perez (dm) ont réussi une fort belle aventure, en dehors de routes davantage pratiquées, qui n’étaient à coup sûr pas sans risques. Mais qu’ils ont tous évités.

Il faut ainsi placer haut ce travail et reconnaître en cette flûtiste une sorte de révélation, au talent rare. Qui nous offre avec intelligence un moment de beauté transparente, scintillante, brillante.

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Thierry Eliez trio : « Improse Extended »

 

Étourdissante est la musique de Thierry Eliez, l’un des pianistes les plus imaginatifs, les plus virtuoses aussi, qu’il soit donné d’entendre. Voici une sorte de chance que nous ne devons pas laisser passer que celle d’entrer dans l’univers de ce trio dont c’est le deuxième enregistrement. Après « Improse » voici « Improse Extended (DoodMusic/L’autre distribution).

Il y a là toute la musique, toute l’imagination non seulement de Thierry Eliez mais peut-être toute l’inventivité qu’un musicien peut détenir dans son cœur, dans son âme, dans ses doigts. Il y a là le grand talent aussi de ses accompagnateurs, Ivan Gélugne (b) et André Ceccarelli (dm).

Toutes les compositions sont signées par Thierry Eliez sauf une « Rêverie » de Claude Debussy. Et puis, il y a une très belle page, presque nostalgique, presque rêveuse aussi, qui porte le titre de « Satie » dont on peut penser qu’elle est « inspirée ».

Voici une « grande » musique qu’il faut accueillir, recueillir aussi, avec toute l’attention qu’elle suscite.

 

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Colin, Cueco, Drappier, Omé : « Quiet Men »

 

Voici une musique étrange; Et donc inattendue. Encore que… Lorsqu’on connaît un peu les parcours de deux des protagonistes, Denis Colin et Pablo Cueco, on est déjà un peu moins étonné. Mais surpris malgré tout. Car ceux-là savent inventer, réinventer, se renouveler et vous bousculer. Juste comme il faut, pour que, si vous êtes un peu perdu, vous soyez très vite « emballés ». Pas n’importe comment mais au contraire à aucun prix. Il n’y a rien à payer, pas d’effort à faire. Il suffit de se laisser emporter.

Le hasard a fait que Denis Colin et Pablo Cueco, dont les chemins s’étaient plus ou moins écartés, se sont retrouvés grâce à la jeune génération représentée par Simon Drappier et Julien Omé. Et si l’on en juge par cet enregistrement, c’est une très heureuse et belle retrouvaille.

Il faut bien sûr aimer les « choses » un peu étranges, rares et mystérieuses, les chuchotements, les sonorités, les atmosphères secrètes, parfois dérangeantes, parfois absolument magiques et envoûtantes. Il faut aimer les clarinettes basse et contralto (Denis Colin) qui ne courent pas plus les rues que l’arpeggione (Simon Drappier) ou le zarb (Pablo Cueco). On est évidemment beaucoup plus familier avec la guitare (Julien Omé).

Avec tout cela cependant on devient très vite en harmonie avec l’ensemble et on savoure avec délices, nouveaux et inconnus jusqu’alors ,la musique de « Quiet Men » (Faubourg du Monde TAC/Socadisc)

 

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Zéphyr Quartet : « Vers le grand large »

 

« Vers le grand large », il faut le dire, est l’œuvre de musiciens peu connus. Sauf l’un d’entre eux, le flûtiste et saxophoniste Bobby Rangell, originaire de Chicago et qui vit en France depuis 1980. Mais le compositeur de neuf des dix plages de cet enregistrement (la dixième étant l’œuvre de son frère Michel), est Jean-Pierre Le Guen, qui est également le guitariste (électrique et classique du groupe), le contrebassiste Olivier Rivaux et le batteur David Pouradier Duteil en sont au moins ensemble à leur coup d’essai.

Certes, sauf erreur, le Zéphyr Quartet avait déjà enregistré un disque mais la composition du groupe, à l’exception de son leader, Jean-Pierre Le Guen n’était pas du tout la même. Sa musique était alors en référence à celle de Ralph Towner. Il s’agit certainement plus de celle de son leader que du groupe tout entier. En tout cas pour « Vers le grand large ». Mais cela importe peu.
Il y a ici une belle cohésion qui repose sans aucun doute sur une cohérence très travaillée, très élaborée. Et les compositions sont belles, très enchanteresses souvent, mises souvent en valeur par le lyrisme de Bobby Rangell.

Le Zéphyr Quartet mérite plus que l’attention, une vraie reconnaissance.

 

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Odil Quintet : « Réson »

 

« Raison » et « Résonner » comme l’écrivait le poète Francis Ponge c’est l’origine de ce quintet qui a ici – pour ce beau titre donc de « Réson (Label QFT) – invité la chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi.
Odil Quintet c’est autour du pianiste et compositeur suisse Camille-Alban Spreng, un autre pianiste Geoffrey Fiorese, Tom Bourgeois et Sam Comerford aux saxophones et Paul Berne à la batterie. Une formation dont la composition est déjà originale. Et qui joue une musique souvent très originale également, parfois tout à fait extraordinaire. Et qui, pourtant, n’échappe pas à quelques phrases qui peuvent sembler avoir été déjà entendues ici ou là. Mais peu importe : il faut ici retenir cette vigueur du geste, rare, précieuse, attentive à elle-même, attentionnée, certainement, à ses auditeurs. Et puis, les deux invités, chacune et chacun à sa place sont vraiment les bienvenus. Leïla Martial y est magnifique.

Elle inaugurera sans doute notre prochain bavardage avec son nouveau disque « Warm Canto » sur le label Laborie.

 

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Coda : Nicolas Folmer et Steeve Laffont

 

Pour terminer celui-ci (bavardage, s’entend) il faut citer deux très beaux enregistrements dont on comprendra qu’ils sont d’inspirations bien différentes. Mais c’est la richesse du jazz : lorsque vous aimez cette musique, par quelque bout que vous l’abordiez un jour, vous aimerez tous les jazz dès le lendemain. Et sans doute toutes les musiques. Pour peu qu’elles aient quelque chose de ce que l’on pourrait dire « la vérité ». Qui n’est rien d’autre que la beauté.

 

Le trompettiste Nicolas Folmer vient de publier un très beau « So Miles » (Cristal Records). Évidemment en hommage à Miles Davis qui ne cesse de hanter sans doute ses jours et ses nuits, lui qui est trompettiste et compositeur. Il est accompagné de Laurent Coulondre (claviers), Olivier Louvel (g), Julien Hermé (b) et Yoann Serra (dm, perc). Il a invité outre Rick Margitza (ts) qui, lui a joué avec Miles, Antoine Favennec (ss), Félix Roth (cor) et Michel Casabianca (perc).

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Le guitariste manouche de Perpignan Steeve Laffont a publié un vraiment très bel album sous le titre de « Night In Corsica » (Cristal Records). Il y rencontre le violoniste Costel Nitescu et il est accompagné de Rudy Rabuffetti (g) et Guillaume Bouthié (b). Steeve Laffont donne à cette musique une vie nouvelle. Par sa virtuosité, son énergie, sans doute mais plus encore parce qu’il invente des couleurs, des images, des paysages d’une rare subtilité. Parce qu’il est capable, avec beaucoup de nuances, de procurer de si intenses émotions.



Huit fêtes de l’hiver

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Christian Escoudé : Django inédit !

 

Qu’il y eut quelque part, dans une malle ou un vieux tiroir des partitions inédites jusqu’alors, secrètes même, signées de Django (il écrivait sa musique Django ? masi sans doute s’agit-il de transcriptions) on pouvait en rêver.
Christian Escoudé nous l’offre aujourd’hui. Et, avec son talent, son imagination personnelle, sa capacité à lui d’invention, c’est un bonheur, un grand bonheur. Auquel il a ajouté quelques compositions bien à lui sur lesquelles il a posé des paroles et invité une chanteuse franco-américaine du nom de Stephy Haik. Avec Christian il y a aussi un autre guitariste, Jean-Baptiste Layla, Antoine Hervier (orgue Hammond B3 et piano), et Guillaume Souriau (contrebasse).
Tout cela est magnifique, enthousiasmant même. A ceci près que l’orgue Hammond apporte dans certaines pièces, non seulement des sonorités mais presque parfois toute une orchestration, une « mise en scène musicale » en quelque sorte, qui gâche parfois un peu le plaisir. (Cristal Records/Sony Music Entertainement)

 

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Groundation : Reggae & Jazz associés

 

Harrison Stafford, chanteur et guitariste a fondé le groupe Groundation en 1998. En voici la nouvelle génération sous, précisément, le titre de « Next Generation » (Baco Records). On n’ira pas chercher ici le jazz le plus intense, mais celui qui influe ou peut-être aussi parfois celui qui se laisse influencer. Et cela est bien que le reggae et le jazz puissent s’associer. Cela nous donne de belles joies. Que certains grincheux diront peut-être simplistes, bâtardes, futiles. Mais un heureux moment, joyeux, gai, musicalement parlant si l’on peut dire, pourquoi faudrait-il l’éviter. Il faut s’en réjouir. Comme cette musique qui nous réjouit.

 

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La « Traversée » de Chrystelle Alour

 

Ici donc, puisque nous étions déjà avec Groundation comme aux limites, allons même un peu plus loin. Les limites n’en n’ont pas lorsqu’il s’agit du jazz, peut-être même de la musique tout entière.Parce que seule importe la beauté, inattendue, inespérée même peut-être, lorsqu’il y a des rêves qui prennent corps par la grâce de la musique, de l’intelligence et qu’il y a alors des éclairs.
Chrystelle Alour, pianiste et chanteuse, les amateurs de jazz comprennent par son seul patronyme qu’elle est la sœur de Sophie et de Julien. Et en effet, elle est l’aînée, mais la dernière dans l’ordre du temps, à paraître sous les projecteurs de la scène musicale.
Et elle n’a pas, à proprement parler embrassé, l’une ou l’autre des voies du jazz… d’où la remarque ici initiale. Elle a choisi un détour que peu de sa génération empruntent et qui, pourtant, est l’un des plus beaux qui soient.
Ainsi Chrystelle Alour nous étonne et nous emporte avec ses chansons qui voyagent entre le Brésil et la France et qui ont des airs de « Saravah » et des climats qui évoquent souvent ceux que le regretté Pierre Barouh avait inventé avec tant de passion et de bonheur. Ce sont un peu les échos incessants de cette musique et aussi de ces paroles qui résonnent dans cette « Traversée ». Qui, avec douceur, avec mélancolie, avec au même moment beaucoup de vitalité, de clins d’œil, de joie, tout cela mêlé, nous enchante totalement.
Chrystelle Alour s’est entourée de sa sœur Sophie (flûte traversière) et de son trompettiste de frère Julien et son orchestre a vraiment quelque chose qui vient du jazz : Sandro Zerafa (g), David Prez (ts), Manu Franchi (dm) et Simon Tailleu (b) le composent et apportent leur diversité et sans doute leur enthousiasme à ce long et beau voyage musical.

« Traversée » est, tout entière, une première œuvre qui résonne avec un grand bonheur.

Avec une si belle clarté. (Jazz Family/Socadisc)

 

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Françoise Toullec, « Le hibou sur la corde »

 

Pendant que nous nous égarons sur des chemins qui ne sont plus guère balisés, ou l’on pourrait discuter comme on le faisait à propos du jazz si absurdement, si radicalement, si méchamment autrefois du côté de Montauban ou d’ailleurs, nous pouvons dire tout le bien que nous savourons aussi grâce à l’enregistrement de la pianiste François Toullec intitulé « Un hibou sur la corde ». (Gazul Records/Muséa)
Si le jazz c’est sortir de la ligne droite, c’est inventer sans restriction, alors c’est du jazz. Mais il y a peut-être des limites à une définition sans fin extensive du terme. Peu importe.
Françoise Toullec a composé et interprété cette musique pour, à sa façon, explorer un instrument dont le nom est « Opus 102″. Il s’agit là d’un ouvrage de Stephen Paulello qui est un piano de 102 touches parallèles (augmentant ainsi à la fois, les basses et les aigus des 88 touches habituelles). Et ce piano « augmenté » a également été pourvu ici et là d’accessoires comme un e-bow », archet électronique, qui a donné son nom par homophonie au titre de cette musique, elle-même composée de dix-huit plages.

Les paysages incroyables, inimaginables d’une certaine façon, là-même où les quatorze sons des quatorze touches supplémentaires de l’Opus 102 ne sont pas dans nos mémoires, ces paysages sont parmi les plus beaux.

Parce qu’ils parlent tous, nous disent des choses qui sont en nous, ou qui, en tout cas, soudain, y apparaissent et nous rendent nous-mêmes plus amples, plus souples, plus clairs et plus mystérieux à la fois. On pourrait dire enfin que cette musique nous déploie nous fait plus grands. Elle nous étonne. Simplement.

 

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Naïssam Jalal : chercher l’invisible

 

La musique de la flûtiste Naïssam Jalal n’est pas non plus, à parler précisément, du jazz. Mais quelle musique !

« Quest Of The Invisble » (Les Couleurs du Son/L’autre distribution) est un double album d’une densité extrême, comme une vie qui apparaît, qui naît, qui s’écoule, vibrante, battante. A chaque instant.

Naïssam Jalal joue donc de la flûte mais elle chante aussi et elle est la compositrice de l’ensemble de cette œuvre qui réunit Leonardo Montana (p), Claude Tchamitchian (b) (dont il faut rappeler l’excellence de son dernier opus en solo à propos duquel on peut lire quelques lignes dans la livraison antérieure des « notes de jazz ») et Hamid Drake (daf – percussion d’origine iranienne).

Il y a bien sûr une influence orientale dans cette musique.

Mais c’est surtout une musique qui vient du mystère et qui, comme son titre le dit à sa manière, le fait apparaître. Si la musique est invisible, si elle échappe à la constance, au temps qui s’écoule, si elle glisse en quelque sorte entre les doigts, si elle nous échappe, si la musique est elle-même une sorte d’énigme essentielle que la science musicale n’épuise pas et que, peut-être, à l’inverse elle peut masquer, nous savons bien pourtant que, lorsque nous l’écoutons, lorsque nous la jouons, lorsque parfois elle danse dans nos têtes, avant que ce ne soit sous nos yeux ou dans nos corps, elle provient d’un lieu qui n’est rien d’autre que nous.

La musique est comme ce qui nous fonde : le commencement ne serait-il alors qu’une sorte de fulgurance musicale, un son qui continue de se déployer sans cesse ? Ce qui est certain c’est que nous faisons, de la musique l’épreuve, comme nous sommes nous aussi l’épreuve de nous-mêmes.

« Quest Of  The Invisible » nous dit cela à chaque instant.

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Free Human Zoo : « No Wind Tonight

 https://youtu.be/jPMIdY2WmLI

Qui pourrait croire qu’il s’agit ici davantage de « jazz » que dans les « notes » qui précèdent? Celui-ci se tromperait assurément. A moins, à moins que l’on sache ce qu’il y a de « dérangé » dans le jazz depuis l’origine, même si beaucoup se sont bouché les oreilles et que d’autres ne les ont pas davantage entendues ces inventions tordues des cortèges funèbres de la Nouvelle-Orléans ou du vieux Louis. Et, si l’on parle d’un drôle d’oiseau, d’Albert, d’Ornette, de Sun, de Trane mais aussi d’autres, beaucoup d’autres, dont les inventions et l’audace ne s’entendent pas de la même manière, osera-t-on ériger des barrières, poser des définitions, défendre les chapelles ainsi érigées? Et continuer à « aimer le jazz »?
Avec Free Human Zoo dont les « notes – pourtant – de jazz » avaient déjà loué « Freedom, Now! » il y a deux ou trois ans on n’est jamais sûr de rien. Et ici pas davantage avec ce double album « No Wind Tonight » (Odusseia production/Extension-Seventh Records). C’est cela qui nous emballe : on s’attend plus ou moins à quelque chose et ce n’est pas du tout ça. Alors abandonnons : l’indescriptible est ainsi et doit le demeurer.
Mais enfin, pour en dire quand même un peu plus, on à affaire à une formation exceptionnelle. Parce qu’elle a quelque chose (si on peut oser une comparaison, en tout cas non pas une source d’inspiration sans doute, mais peut-être une analogie ou un parallèle) d’un groupe de Charles Mingus. En ceci que les formations du contrebassiste faite de quatre, cinq ou six musiciens sonnaient souvent comme des big bands en furie.

Samy Thiébault (ts), Max Guerrero (p, claviers), Matthieu Rosso (g), Nicola Feuger (b), Laurent Skoczeck (tb, arrangements, écriture), Gilles Le Rest (dm, perc, compositions) et leurs invités : Camille Fritsch (voc), Jocelyn Mienniel (fl traversière), Bruno Ortega (fl à bec basse) et Jonathan edo (perc) sonnent en effet comme un big band.

Et c’est ainsi qu’ils nous offrent des couleurs inimaginables sans eux, des rythmes entreprenants auxquels on ne peut échapper.

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Dreisam, l’équilibre incessant : « Upstream »

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Dreisam est un trio, lyonnais d’adoption, mais bien plutôt la réunion de deux musiciens et d’une musicienne, chacun venu d’horizons différents. La saxophoniste Nora Kamm est allemande, le pianiste Camille Thouvenot est français, et le batteur Zaza Desiderio est brésilien. Cela fait de beaux mélanges certes, mais surtout chacun est un extraordinaire inventeur.

Nora Kamm est sans doute l’une des plus passionnantes révélations du monde européen du saxophone de ces dernières années. Elle apporte à ce trio une multitude de couleurs, un lyrisme de chaque instant avec une sorte de présence assurée, de haute détermination, d’équilibre constant.

Mais il faut dire que chacun ici a une place égale (au point que les trois comparses ont signé chacun quatre des douze plages de l’album) car c’est sans doute cela le « secret » de Dreisam : une sorte d’équilibre assuré, peut-être fragile comme tout équilibre mais si maîtrisé qu’il apporte à l’auditeur une sorte de clarté sonore et visuelle aussi, qui fait de « Upstream » une sorte de « suite » précieuse, intense, riche d’émotions et d’horizons multiples. (Jinrikisha Production/Inouïe Distribution)

 

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Das Rainer Trio

 

Voici une autre musique ô combien réjouissante.

Réjouissante parce qu’elle résonne en vous, au plus profond, au plus intime. Réjouissante parce qu’elle est le fruit d’une maîtrise de la composition et des instruments qui est extrême. En d’autres termes, plus triviaux, mais qu’il faut parfois exprimer, tout simplement, tout cela ressort aussi d’une technique impeccable. Impeccable mais libre, toujours libre.
Voici donc un enregistrement exemplaire que celui du Das Rainer Trio de Rémi Dumoulin (ts, ss), Bruno Ruder (Fender Rhodes et « effects ») et Aranud Biscay (dm) (NeuKlang).

On trouvera ici (le titre de l’album est tout simplement celui du « Das Rainer Trio ») des sortes d’hommages à des musiciens, que ce soit avec l’admirable « A Single Melody From The 6th Symphony » de Prokovief, ou « Jack » (Jack DeJohnette) ou « Chelsea Bridge » de Billy Strayhorn. Toutes les autres compostions, dont certaines inspirées par le cinéma (comme »Rainer Werner Fassbinder » ou « Filature »), sont signées par Rémi Dumoulin. Exceptée toutefois « Will Someone Ever Look At Me That Way » de Michel Legrand (pour le film « Yentl » et l’actrice chanteuse Barbra Streisand.
Das Rainer Trio nous offre ainsi une musique d’une grande pureté et d’une grande intensité.

 

 



D’une année l’autre, quatorze découvertes

 

 

D’une année l’autre voici de belles musiques, de beaux moments à partager et même, peut-on, dire quelques beautés comme il ne s’en découvre pas tous les jours. L’invention du jazz, de la musique ouvre des jours heureux. Cela peut nous consoler, sans doute, de bien des choses. C’est ainsi qu’il faut se réjouir !

 

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« La belle vie » par Bex, Catherine et Romano…

 

Ces trois là s’entendent à merveille et font des merveilles, en effet. Comment imaginer plus d’élégance, de délicatesse, d’inventions et, finalement sans doute de bonheur, pour eux comme pour nous. La vie du jazz, celle de la musique est toute là. Et si le tempo du thème fameux d’Aldo Romano « Il piacere » est lent, lent, ce n’est pas que cette vie s’amenuiserait. C’est qu’elle est, au contraire, plus présente que jamais.  Sortie « dans les bacs le 1° février  2019 (Avec Emmanuel Bex, orgue Hammond, Philip Catherine, g, Aldo Romano, dm ; Sunset Records/L’autre distribution)

 

Das Kapital : l’audace et « Vive la France »

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Les lascars de Das Kapital sont sans aucun doute parmi les plus audacieux de leur époque. Non pas qu’ils fassent une nouvelle révolution mais parce que tout chez eux trouve un sens fondamental, authentique. Douze musiques empruntées à Ravel, à Lully , à Bizet ou à Satie, à Claude François, Brel ou Trenet, toutes « françaises ». Comme si Das Kapital avait reconnu dans la France le pays de la liberté et donc de la création. Et comme si les trois camarades s’étaient dit qu’il était peut-être temps de s’en souvenir, de le rappeler. Sortie le 25 janvier 2019 (Avec Daniel Erdmann s, Hasse Poulsen g, Edward Perraud dm; Label Bleu/L’autre distribution)

 

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La musique essentielle de Claude Tchamitchian

 

Cela commence par « presque rien », par le silence, par la présence cependant. C’est ainsi que nous sommes comme comblés. Claude Tchamitchian est seul, seul avec sa contrebasse. Mais ils ne sont pas deux, c’est évident. Voici, en hommage à un autre immense contrebassiste, Jean-François Jenny-Clarke, « In Spirit » et c’est un enregistrement qui ne défaille jamais, où il ne manque rien, admirable d’invention, où la parole est discrète mais toujours essentielle. Et lorsque cette musique danse – car elle danse aussi – elle nous envahit. Ici réside une beauté, la beauté.

Il faut signaler la qualité du « packaging » de cet enregistrement : admirables photographies, textes passionnants dont une interview par Anne Montaron, design  superbe. Sortie le 25 janvier 2019. (émouvance/Absilone)

 

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3Elements et le goût du risque

 

C’est peut-être au goût du risque que la musique de 3Elements du guitariste italo-américain Michael Felberbaum s’est construite. Un trio guitare, saxophone (ténor et soprano) – Frédéric Borey – et un piano ou un Fender Rhodes – Leonardo Montana – cela ne court pas les rues. Le risque sans doute, mais alors comme origine du monde, de celui de la musique, de celui qui nous entoure, et plus avant de celui qui est en chacun de nous. Ici tout art du trio est à son acmé : l’écoute qui est la nôtre est la même que celle des musiciens entre eux. Michael Felberbaum doit avoir comme principe de vie l’entente, souvent discrète, inventive (passant d’un climat à un autre, n’hésitant pas à puiser chez Janis Joplin quand il le faut, dans un genre ou un autre, plusieurs à la fois si nécessaire) et si cela lui réussit cela rend l’auditeur plus attentif. Plus attentionné aussi. (Fresh Sound New Talent)

 

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Les surprises de Laurent Dehors

 

Cela s’appelle « Moutons » mais cela n’a rien d’un troupeau qui, même réduit, à trois personnages, trois musiciens en l’occurrence, suivrait une voie tracée d’avance. Bien au contraire ! Laurent Dehors (ici avec toutes les clarinettes possibles, deux saxophones et une guimbarde) ne nous a certes pas habitué aux routes rectilignes et celles du trio qu’il forme avec le guitariste Gabriel Gosse qui joue sur sept cordes et du batteur Franck Vaillant aussi précis et juste qu’il éclaire cette musique de façon admirable, mais cette fois il ouvre encore de nouveaux horizons. Chaque fois – et là est l’extraordinaire de son talent – qu’il aborde un nouveau thème. Si l’on aime les surprises alors on se réjouira sans toutefois qu’il y ait ici ou là le moindre excès. Et au contraire une maîtrise constante, une retenue qui n’est qu’un semblant, celui de la tenue qui soutient chaque note. Sortie le 1° février 2019 (Tous Dehors/L’autre distribution)

 

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Philippe Soirat, une mise en lumière

 

Voici un excellent batteur qui revient sur le devant de la scène pour la deuxième fois, lui qui fut longtemps sideman. On savait donc déjà que Soirat pouvait créer son monde à lui, on sait désormais que celui-ci est parfaitement fait pour nous : parce qu’il est ouvert, qu’il est sans cesse une sorte de mise en lumière de nouvelles possibilités. Il faut dire que les musiciens qui l’entourent, le saxophoniste David Prez, le pianiste Vincent Bourgeyx et le contrebassiste Yoni Zelnik apportent tous une part que l’on pourrait dire essentielle à ce beau « Lines And Spaces » car chaque plage (venue de John Coltrane, Wayne Shorter, Joe Lovano, du trop méconnu Jeremy Pelt ou de David Prez) vaut toute notre attention. Sortie le 25 janvier 2019 (Paris Jazz Underground/Absilone/Socadisc)

 

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Créole Big Band, la musique des tropiques

 

Une petite diversion dans la longue liste de ces parutions du tournant de l’année nous la faisons avec le Créole Big Band du Martiniquais Tony Chassseur (également chanteur). On trouve ici beaucoup de musiciens venus des tropiques (surtout de celui du Cancer plutôt que du Capricorne – mais on notera la reprise de « Di Amwin » du Réunionnais Meddy Gerville). Il y a donc, parmi les plus connus, Jean-Philippe Fanfant (dm),, Alain Jean-Maire, Faby Médina, Jacques Schwarz-Bart, Franck Nicolas… Tout cela sonne bien. Beaucoup plus « jazz » que créole… surtout si l’on entend ce « MizikOpéyi » depuis l’Océan Indien et le maloya. Mais voici un air chaud et envoûtant qui dans les frimas de l’hiver fait vraiment du bien. Sortie le 25 janvier 2019 (AztecMusique/3M-Mizik Moun Matinik/Pias)

 

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Daniel Goyone, la musique irrésistible

 

« French Keys » le pianiste Daniel Goyone fait une entrée endiablée avec  une « Baba Rumba » irrésistible ». Mais il ne faut pas se laisser emporter par ce rythme…ou plutôt si, on le peu bien sûr, mais il ne faut pas pour autant oublier combien tous les titres que nous offre le pianiste, associé à Thierry Bonneaux, vibraphoniste et percussionniste exemplaire, sont de petits chefs d’œuvre, petits par la durée, pas par la beauté, scintillante, délicate. Que l’on ressent comme venue d’une profonde humanité. Sortie le 23 novembre 2018 (Music Box Publishing/InOuie distribution)

 

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Nefertiti Quartet, le jazz au présent

 

Cet enregistrement qui porte le titre un peu mystérieux de « Morse Code »vient ici un peu tard puisqu’il est paru en octobre dernier. Mais ne perdons pour attendre encore de l’écouter : il y a là de fort belles inventions, un jazz qui se réfère volontiers à celui de Wayne Shorter mais qui a, sans conteste, sa propre liberté. Et, ici ses propres courages aventureux. Qu’il n’est guère difficile d’apprécier hautement si l’on aime la musique, le jazz des années passées peut-être (lorsque l’on cherche des références) mais plus encore que celui de demain (ce qui n’a peut-être grand sens) celui du présent. La pianiste Delphine Deau qui signe toutes les compositions est une vraie personnalité. Aux audaces maîtrisées. Et ses compagnons, Camille Maussion (saxophones), Pedro Ivo Ferreira (b) et Pierre Demange (dm) constituent un beau quartet, fort homogène, aux couleurs souvent passionnantes. Sortie octobre 2018 (Chapeau l’artiste & Nefertiti/Absilone)

 

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Reggie Washington, hors du temps

 

Reggie Washington sait tout faire ! On le connaît comme l’un des sidemen les plus audacieux qui soit. Auprès de Steve Coleman, Brandford Marsalis, Roy Hargrove ou Cassandra Wilson pour ne citer que ceux-ci. Depuis une petite quinzaine d’années il est aussi leader de formations au « personnel » variable. Il vient de publier (lui aussi à la fin de l’année dernière) un très passionnant « Vintage New Acoustic ». Autour du contrebassiste on trouve les claviers de Bobby Sparks, le saxophone du belge Fabrice Alleman et le batteur E. J. Strickland. Il y a dans cet enregistrement tout ce que l’on peut entendre de meilleur d’une musique libre, libre de son passé, de son présent. Peut-être déjà hors du temps, le défiant, le dépassant. Sortie le 7 novembre 2018 (Jammin’scolorS)

 

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Le savoir-faire d’E.J. Strickland

 

Quel savoir-faire que celui du batteur E.J. Strickland, l’accompagnateur de Reggie Washington dans l’enregistrement dont il est question ci-dessus ! Quel savoir-faire de la part de tous ceux qui l’entourent, ici dans « Warriors For Peace » ! Et, si parfois, les sonorités peuvent sembler « entendues », il n’en reste pas moins que ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance de se laisser emporter par des musiques si diverses et pourtant si cohérentes. Sortie le 20 novembre 2018 (Avec Godwin Louis, as, Jure Pukl, ts, ss, Taber Gable, p, Johsh Ginsburg, b, Ulrich Edorh, voc plage 11; Jammin’colorS)

 

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Bob James, la justesse des choses

 

S’il va sur ses quatre-vingt ans le pianiste Bob James nous a proposé il y a déjà quelques mois un très bel enregistrement en trio. Lui qui a touché à toutes les musiques, ce qui a largement contribué à sa renommée en particulier outre-Atlantique, offre ici, avec « Espresso », accompagné par le jeune contrebassiste Michael Palazzolo et le batteur Billy Kilson, une œuvre d’une magnifique facture, toujours éclairante, ne disant à chaque instant que la justesse des choses et souvent la clarté du  monde. Sortie le 31 août 2018 (Evosound/Baco)

 

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Alexis Avakian : toutes les libertés

 

Il y a ici, non pas la volonté délibérée, fabriquée, mais sans doute comme le besoin, la nécessité primordiale d’une musique provenant de la culture, l’histoire de son créateur, mais vivant autant ses racines arméniennes que celles du jazz, de la liberté dans tous les cas. C’est ainsi que le saxophoniste Alexis Avakian réussit dans « Miasin » ce que l’on pourrait appeler une sorte de synthèse mais ce qui ne dirait rien de très juste d’autant plus que c’est souvent par la proximité et non par la fusion, que l’unité aboutit et advient. Et, en effet, c’est ici que repose la réussite d’Avakian, outre qu’il est un remarquable instrumentiste, dans une sorte de construction singulière, rare en tout état de cause, qui donne à cet enregistrement plusieurs couleurs qui, pourtant, n’en sont qu’une. Sortie le 25 janvier 2019 (Avec Ludovic Allainmat, p, Mauro Gargano, b, Fabrice Moreau, dm, Artyom Minasian, doudouk, Miqayel Voqkanyan, voc ; Diggin Music Prod/Absilone/Socadisc)

 

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Ligne Sud Trio, les musiques du cinéma

 

Pour conclure ce début d’année il faut se réjouir une nouvelle fois. Et maintenant avec le disque du pianiste Christian Gaubert avec Diego Imbert (b) et André Ceccarelli (dm). Mais aussi avec Julien Gaubert (g), Thomas Savy (bcl, sax), Christophe Leloil (tp, bugle) et la chanteuse Karine Michel. Le titre dit presque tout ce petit moment de bonheur : « Musiques de film et jazz ». De « L’affaire Thomas Crown » (Michel Legrand) à « E.T. » (John Williams) on passe par Vladimir Cosma (« Un éléphant ça trompe énormément »), Francis Lai (« Vivre pour vivre »), ou « Le passager de la pluie » (Sébastien Japrisot/Francis Lai encore), « La chanson d’Hélène » (Jean-Loup Dabadie/Philippe Sarde). En tout douze thèmes revisités avec intelligence et bonheur. Et souvent comme on ne s’y attend pas. Ce qui est encore mieux. Sortie le 18 janvier 2019 (Cristal Records/Sony Music)

 

 



Sept chemins

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Il y a des détours de chemins apparemment tracés à l’avance, des détours qui surprennent. Et qui sont de vrais bonheurs. C’est le cas de « Second Souffle » du trio du pianiste Jean-Pascal Moget (Chanteloup Musique).
Oui, bien sûr, ne sont pas si nombreux ceux qui connaissent Jean-Pascal Moget ni ses compagnons Philippe Monge (b) et Baptiste de Chabaneix (dm). Mais la découverte est telle que les « Notes de jazz » espèrent contribuer même modestement, à faire découvrir ce vrai trio.

Parce que sa musique est si translucide, joyeuse et inquiète parfois, si intense et claire, si « classique » et si maîtrisée, si nouvelle, revivifiante en tout cas, si heureuse ! Si belle, tout simplement !

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C’est un autre enregistrement qu’il ne faut pas manquer que « I Told The Little Bird » du groupe du guitariste Paul Jarret (Jazz&people/CCProduction). Ici la musique est celle d’une sorte de monde sensible, venu des profondeurs, fait d’immensités, de clartés éblouissantes. Elle est inventive, audacieuse, sans faille toujours incisive, parlante, émouvante, passionnante, inoubliable.

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Le groupe de cet inventeur incessant qu’est Paul Jarret, avec Maxence Ravelomanantsoa (ts), Léo Pellet (tb), Alexandre Perrot (b) et Ariel Tessier (dm) a invité pour son troisième enregistrement Jozef Dumoulin (Fender Rhodes) et la voix magicienne d’Isabel Sörling. Et c’est bien cet ensemble, le PJ5 associé à ces deux derniers excellents musiciens qui fait toute la lumière, si diverse à chaque instant, de ce disque.

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Avec « Urban » (Trebim Music/L’autre distribution) Diego Imbert (b, g) nous offre lui aussi, de très remarquables moments musicaux. Diego Imbert est un musicien qui s’entoure magnifiquement. Il est ici avec Pierrick Pédron (as), David El-Malek (ts), Quentin Ghomari (voir notre précédent chapitre, tp, bg), Bastien Ballaz (tb), Pierre-Alain Gouach (claviers) et Franck Agulhon (dm, perc.) ce qui constitue une équipe de haute valeur.

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Et, s’il y a dans les compositions, peut-être des choses plus attendues que dans les deux enregistrements précédents, il y a une énergie et une sorte d’enthousiasme dans cette musique qu’il faut absolument entendre et partager.

 

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Voici une nouvelle et aussi belle formation que celle qu’a réuni l’accordéoniste Marc Berthoumieux  pour une autre réussite qui porte le beau titre « Le bal des mojdes » (Sous la ville/Absalone/Socadisc). Il y a ici Giovanni Mirabassi (p), Louis Winsberg (g), Laurent Vernerey (b) et Stéphane Huchard (dm). Mais aussi une péiade d’invités : Majid Bekkas (chant), Jean-Luc Di Fraya (chant), Jean-Pierre Como (p), Jérôme Regard (b), Pierre Bertrand (ts), Sylvain Gontard (tp), Mino Cinélu (perc), André Charlier (perc), Claude Nougaro (en 2003 – chant) et un orchestre de dix-sept cordes arrangé et dirigé par Pierre Bertrand. On pourrait penser tout cela « excessif », sachant aussi l’histoire des orchestres à cordes dans le jazz qui n’a pas si souvent été heureuse.

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Tout se passe ici dans une sorte de retenue dont on peut dire peut-être qu’elle doit se trouver au fond de toute musique et que peut-être même elle est cette musique elle-même, que là où la musique est fondamentalement un don, ce don est en même temps un retrait et non pas un vulgaire abandon, une reprise peut-être, comme il y en a si souvent dans les compositions musicales, un échange certainement. Il est clair aussi que l’accordéon de Marc Berthoumieux est fait de toutes ces qualités, loin de l’image expressionniste de cet instrument. Un bal auquel se joint avec bonheur.

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Il avait été trompettiste. Il s’était fait connaître pendant plus de dix ans comme batteur aux côtés de Brad Mehldau. Puis il joua de son instrument auprès de Charlie Haden, Lee Konitz ou encore de Joshua Redman, Joe Lovano ou Wayne Shorter. Le Catalan Jorge Rossy revient comme vibraphoniste. Son « Beyond Sunday » (Jazz&People) est une autre réussite de cet automne.

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Tout y est, là aussi, délicat, attentionné, préservé de toute facilité, de toute facticité. Et si l’on n’est pas un fan du vibraphone (cela arrive parfois) on peut, on doit même écouter Jorge Rossy car, sans révolution, sans faire de bruit, avec une extrême intelligence, il enchante chaque instant. Il est entouré de quelques-uns des meilleurs instrumentistes que l’on puisse trouver : Mark Turner (ts), Jaume Llombart (g), Doug Weiss (b) et d’Al Foster (dm).

Où trouverons-nous bientôt le plus illustre des musiciens de jazz actuel en Catalogne? Le sait-il ? Nous savons, nous, que nous pouvons être heureux en entendant la musique qu’il nous offre ici.

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C’est une sorte d’ode magnifique adressée à la magnifique Nica ! Nica de Koenigswarter fut la muse, le mécène, l’amie toujours vigilante de Thelonious mais aussi de combien d’autres musiciens de jazz. Elle qui était de la famille Rothschild, on ne peut dire qu’elle était conformiste. Là sans doute était sa beauté.

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« Pannonica, A Tribute To Pannonica » (Cristal Records/Sony Music Entertainement) rassemble des enregistrements dédiés à cette déesse bienfaisante du jazz ou plutôt, si l’on veut bien y prêter attention, de ce qu’il y a d’humain dans la musique. Il est bien impossible (c’est tout même bonnement inutile !) les plus grands musiciens de cette époque des années cinquante, soixante…, on y entendra des merveilles. Uniques, si l’on peut dire.

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Pour le pianiste Julien Quériaud « la musique est un art de vivre ». Et il explique de façon très pertinente que cela n’est pas seulement un choix parmi d’autres manières d’exister mais que c’est la signification même de la vie. Et, comme par miracle peut-être, cela s’entend dans le très beau disque qu’il vient d’enregistrer en trio avec Xavier Garnier (b)  et Arnaud Perrin (dm) (Cristal records/Believe digital) sous le titre de « Rhapsodie ». Il y a en effet de la rhapsodie dans ces compositions (signées du pianiste et, pour deux d’entre elles du bassiste). Il y a en effet des chemins, des cheminements, sans contraintes, des parcours. Comme ceux de tous les jours, proches de nous, que nous pourrions reconnaître comme des parts de nous-mêmes.

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Ici, la musique et la vie, sont de beaux voyages. Ou peut-être nous disent-ils plus précisément que c’est la musique qui nous ouvre à la beauté de la vie et peut nous faire voir le monde, être en lui, autrement que les fracas de notre temps.

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Huit dernières nouvelles

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« Todo Mundo » par Antoinette trio et Téofilo Chantre

 

Sous le signe du poète et philosophe martiniquais Édouard Glissant et ce qu’il appela un jour si justement du beau vocable de « Tout-monde »voici une musique qui voyage dans notre propre imaginaire, qui emporte parfois comme un torrent, parfois comme une rivière apaisée. Jamais elle ne nous laisse calme. La voix du capverdien Téofilo Chantre n’y est pas pour rien. Mais tous les membres de ce groupe composé de Julie Audouin (flûtes, voix), Tony Leite (guitares, voix), Arnaud Rouanet (clarinettes, sanza, voix) autrement dit « Antoinette trio » ce groupe qui réside en Occitanie auquel s’est adjoint l’un des anciens compagnons de la grande Cesaria Evora prennent une part essentielle à la beauté de « Todo Mundo » (production compagnietroisfoisdeuxplusun). Le pianiste Denis Badault a signé les orchestrations qui sont toutes sans exception aucune tout à fait admirables.

Dans les dédales et les détours de la musique, dans ceux où nous entraîne, comme notre destin, ce que l’on pourrait appeler « l’idée » de « tout-monde », on est emporté irrésistiblement.

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C’est ainsi que « Todo Mundo » est une pierre solidement ancrée pour, précisément, résister à tout ce qui aujourd’hui divise et tente d’élever des barrières. Et, si vous n’êtes pas certain de cela commencez-donc par la fin, par « Ploc et Plic », le dernier thème de cet enregistrement: on y retrouve quelque chose de la « folie » du Trio d’en bas d’Arnaud Rouanet il y a quelques années, en tout cas d’un monde qui semble désordonné mais qui est plus habitable que beaucoup d’autres, plus accueillant pour tous. Un « tout-monde » en quelque sorte.

 

 

« Kafé Groppi » par Khalil Chahine

 

Nous connaissons tous la musique de Khalil Chahine. Mais souvent ne le savons pas. Parce qu’il a composé pour le cinéma et pour la télévision.

Il n’est pas trop tard, mais il n’est que temps de le découvrir vraiment en écoutant son dernier enregistrement sous son nom (c’est le huitième) et sous le titre de « Kafé Groppi » (Turkhoise/Socadisc). Il n’est que temps parce qu’il y a là une si belle musique !

 

Il y a dans ce disque comme mille choses mêlées mais ce n’est peut-être pas de cela que surgit la magie fascinante de Chahine. C’est peut-être davantage d’une sorte de clarté qui semble l’animer et qui alors se propage jusqu’à nous et nous envahit. On pourrait ainsi évoquer la double origine culturelle de ce musicien (un père égyptien, une mère américaine) et si elle a quelque chose à voir avec « Kafé Groppi » il y a surtout une merveilleuse intelligence « des choses de la musique », de toute musique, qui préside assurément ici.
Ce n’est pas un hasard si l’on trouve sur ce disque André Ceccarelli (dm), Kevin Reveyrand (b), Christophe Cravero (p) et Eric Seva (s). Khalil Chahine est lui-même guitariste, jouer de mandoline et d’harmonica. Il a aussi invité Jasser Haj Youssef (viole d’amour et vl), Agnès Gutman (p), Jean-Pierre Arnaud (cor anglais) et Icheme Zouggart (b).

 

 

« Gonam City » par Quentin Ghomari et Marc Benham

 

Quentin Ghomari

Quentin Ghomari

Si vous cherchez de l’air nouveau, pur, vivifiant, surprenant, stimulant, joyeux, si vous cherchez l’aventure et le bonheur qui va avec, partez immédiatement vers « Gonam City ». On doit cette réussite (l’une des plus originales, intéressantes et passionnantes du « jazz made in France » depuis pas mal de temps – Neu Klang/PIAS) à deux musiciens qui osent avec intelligence et mesure. Là réside peut-être leur secret: en un déséquilibre parfait.

 

Quentin Ghomari est trompettiste. Marc Benham est pianiste et, ici, grâce au facteur Stephen Paulello, il joue d’un instrument qui comporte 102 notes. Mais gageons qu’à très peu de choses près le résultat fut le même avec 88 seulement.

On entendra sur cet enregistrement des versions étonnantes – étonnantes et superbes – de « Petite fleur », de « Misterioso », de « Willow Weep For Me », de « Pithecantropus Erectus ». On entendra à tout moment un vent d’invention tout à fait remarquable qui vaut à coup sûr de chercher ce disque au fond des bacs ou quelque part sur internet: il ne faut surtout pas laisser passer cette occasion de découvrir une telle clarté musicale.

 

 

« Moving People » par Riccardo del Fra

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Riccardo del Fra est un immense musicien et un homme de haute valeur. On est donc, avec lui, exigeant. Chaque fois que l’on a l’occasion de l’écouter on savoure par avance son plaisir, son bonheur. Il a réuni des musiciens venus de toute part et l’on entend ainsi dans « Moving People » l’excellent guitariste Kurt Rosenwinkel (g) ainsi que Jan Prax et Rémi Fox (s), Tomasz Dabrowski (tp), Carl-Henri Morisset (p) et Jason Brown (dm).

Disons-le cependant d’emblée, « Moving People » n’a pas remporté tous les suffrages de cette « note de jazz » (Cristal records).

Il y a ici des choses magnifiques. Mais il en est d’autres qui sont sans doute trop « entendues » pour emporter toute l’adhésion que l’on devrait assurément à un maître comme Riccardo del Fra. Il est probable que les orchestrations puissent (l’une ou l’autre: c’est-à-dire pas toutes) gâcher parfois le plaisir d’une musique lumineuse ? Que cet enregistrement fasse référence aux douloureuses migrations de notre époque – il n’est évidemment pas le seul à le faire en ce moment, tant cette réalité peut nous hanter – cela ne change malheureusement rien à l’affaire.

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Ce disque a déjà été couronné maintes fois. Cette petite « notule » fera-t-elle tache?
Quoi qu’il en soit, « les notes » ne sauront changer pour autant leur point de vue sur ce grand seigneur de la musique qu’est Riccardo del Fra !

 

 

« Shijin » par Jacques Schwarz-Bart …

 

« Shijin », ce nom pour nous mystérieux, désigne dans une symbolique de l’Extrême-Orient les « gardiens » des quatre points cardinaux. Le groupe qui a imaginé et réalisé cette musique (Alter-Nativ/Socadisc) réunit en effet quatre musiciens. Jacques Schwarz-Bart saxophoniste d’exception est ici entouré de Malcolm Braff (p), Laurent David (b) et Stéphane Galland (dm). Tous les quatre sont de remarquables techniciens et aussi des musiciens inventifs et généreux. Leur engagement, c’est-à-dire la façon dont on pourrait dire qu’ils offrent leur musique aux auditeurs, est de tout instant.
Mais c’est peut-être cette générosité, parfois transformée en abondance, parfois débordante de façon irrépressible qui, lorsqu’elle pourrait être la qualité essentielle de « Shijin » en devient le défaut. Et, un peu comme précédemment, des orchestrations parfois déjà souvent entendues masquent-elles trop l’inventivité elle-même ?

 

 

« Se souvenir des belles choses » par La&Ca

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On a envie de reprendre l’introduction du dossier de presse dans lequel en quelques mots tout est dit. Ou presque :

« Un petit orchestre de chambre de jazz, une machine à rêves bien vivante… »

 Ce très bel enregistrement est fait de sonorités claires et étranges, d’une délicatesse intense. C’est ainsi qu’il nous ouvre à des paysages inconnus et pourtant immédiatement familiers.

Il faut donc oser découvrir ces « belles choses » que nous offrent avec simplicité, avec générosité, avec cœur assurément Audrey Podrini (violoncelle), Camille Thouvenot (piano et moog), Vincent Perrier (clarinette) et Zaza Desiderio (batterie et…seau à champagne), aucun d’entre eux ne devant atteindre la trentaine d’années.

Nous aurons là (La&Ca/Inouïe distribution) l’occasion de beaux et limpides souvenirs. Pour longtemps.

 

 

« ForYouOwnGood ! » par Christophe Imbs

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Il y a ici des choses magnifiques. D’autres qui pâtissent d’un excès d’effets. Mais enfin, il y a au total un disque qui vaut le détour, mélange d’énergie et de paix, de retenue et d’envols. Le piano de Christophe Imbs a rencontré la batterie toujours si musicale d’Anne Paceo, comme réunis par la contrebasse généreuse de Matteo Bortone.
« ForYouOwnGood ! » (Label OH/Inouïe distribution) qui n’évite pas quelque écueils, notamment dans son introduction, est au total un ensemble de couleurs si multiples qu’on ne peut qu’applaudir et ainsi se réjouir.

 

 

« Espaces » par Edward Perraud

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« Espaces » est peut-être l’un des meilleurs enregistrements du jazz d’aujourd’hui publié en France ces derniers temps.
Il faut dire qu’autour du leader, le batteur et compositeur Edward Perraud on trouve deux des plus remarquables instrumentistes du moment, Bruno Chevillon à la contrebasse et Paul Lay au piano.
Alors qu’il fut l’un des trois membres de l’excellent Das Kapital, Edward Perraud a réussi à former un nouveau trio, un authentique trio. Rien n’est apparemment plus facile, rien n’est réellement plus délicat sinon difficile. Il y faut quelque chose comme une âme, comme une entente au sens le plus sonore et à la fois le plus humain du terme.

Est-ce par une sorte de magie personnelle, par son talent de compositeur (car seul un « répertoire » peut faire ce lien entre les membres du groupe) ?

 

Quoi qu’il en soit Edward Perraud, Bruno Chevillon et Paul Lay signent ici une musique parmi les plus belles.

 

 

 

 



Les résonnances heureuses : les quatre temps de la rentrée

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Dmitry Baevsky & Jeb Patton : « We two »

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Ce sont ces deux musiciens qu’illustre en quelque sorte le titre e cette chronique de « rentrée ».
Rien ne « résonne » davantage ensemble et tout autant en nous-mêmes que le saxophone de Dmitry Baevsky avec le piano de Jeb Patton pour ce très beau disque au très sobre et très beau titre. (« We Two » pour Jazz & People).

 

Avec une simplicité de tous les instants, une clarté constante, des délicatesses qui n’appartiennent qu’à chacun d’eux, mais à eux deux ensemble tout autant cette musique est d’une clarté, non pas éblouissante, mais rassurante, nous donnant l’impression que la sérénité du monde est revenue, au moins dans notre propre tréfonds. Ce qui suffit alors à notre bonheur. En tout cas le temps de l’écoute. Mais sans aucun doute au-delà. Et c’est cela qui fait non pas le talent de ces deux jeunes musiciens, le premier parti un jour de Saint-Pétersbourg pour gagner New-York et, un jour, y rencontrer Jeb Patton, mais le don, celui tellement évident que, précisément, il vient jusqu’à vous sans même que vous ayez le moindre effort à faire.

 

 

Jean-Pierre Como : « Infinite »

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Le pianiste Jean-Pierre Como vient de publier « Inifinite » (L’Âme Sœur / Socadisc) avec Christophe Panzani (ts, ss), Bruno Schorp (b) et Rémi Vignolo (dm). On trouverait sans peine une formation moins talentueuse réunie autour du fondateur de Sixun devenu depuis peu « artiste Steinway », ce qui range Jean-Pierre Como en excellentissime compagnie…même s’il n’avait pas vraiment besoin de ça pour faire partie des musiciens que l’on ne peut oublier.
La musique d’ »Infinite » doit beaucoup à l’improvisation, ce qui ne s’entend guère. Ce qu’il faut ici comprendre comme un compliment.
Cet enregistrement nous ravit sans peine et nous fait souvent découvrir des lieux, des sensations étranges et passionnantes. Avec la seule petite réserve car elle ne surgit qu’à certains et rares moments, d’avoir déjà entendu ça quelque part… ou plutôt des choses voisines. Ne sont-elles aussi bien des sortes de points d’ancrage qui assurent nos pas et nous rassurent ?

 

 

Jacques Vidal : « Hymn »

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Peut-être le titre de cet enregistrement pêche-t-il par une ambition extrême ? Mais Jacques Vidal, contrebassiste de très grande dimension, à la musique toujours intense et acharnée est capable du meilleur. En outre pour ce nouvel opus (Soupir éditions / Socadisc) s’est-il entouré de quelques remarquables compagnons. Au premier rang desquels l’altiste Pierrick Pedron. Mais Daniel Zimmermann (tb), Richard Turegano (p) et Philippe Soirat (dm) ne restent pas au bord du chemin. C’est le moins que l’on puisse dire. Et, tous ensemble ils nous conduisent dans cet univers que construit Jacques Vidal avec ses compositions dont on entend spontanément qu’elles sont aussi celles de ses associés, qu’il ne les a pas écrites que pour lui, mais aussi pour eux. Et par conséquent pour chacun et chacune d’entre nous. La musique de Jacques Vidal, on ne peut l’ignorer, est faite pour tous. Pour tous ceux qui ouvrent leur cœur et leur âme.

 

 

Stéphane Spira : « New Play Ground »

 

Nous sommes ici, non pas à l’opposé de la musique de Baevsky et Patton, mais dans une dimension le plus souvent très étrangère à celle-ci. Ce n’est en aucune façon qu’elle ne soit pas heureuse, qu’elle n’apporte pas de la joie et surtout de l’énergie et de l’enthousiasme. Mais sans aucun doute par d’autres chemins.
C’est précisément là que réside la spécificité des inventions musicales de Stéphane Spira, dans  l’audace et la résolution, dans le dynamisme et la vitalité.
Il lui en a fallu pour s’engouffrer un beau jour dans l’univers du jazz alors qu’il était ingénieur en Arabie Saoudite. Il a réussi son pari. Au point de faire partie aujourd’hui de la scène new yorkaise. C’est là que le saxophoniste soprano a déniché ses compagnons pour ce « New Play Ground » (JazzMax / L’Autre Distribution) : Joshua Richman (p), Steve Wood (b) et Jimmy MacBride (dm).

Tout cela s’emballe souvent et nous emporte tout autant.



Denis Fournier : la musique et l’inconnu

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Il y a des mots qui désignent des choses, des faits, qui expriment des opinions, des idées. Il y a des mots qui posent des questions, des questions essentielles, de celles qui se posent sans fin, des mots qui disent des chemins, qui nous conduisent vers l’éclaircie, vers nous-même.
Il en est de même avec la musique. Elle est ainsi, à même, par son silence paradoxal, du fait même qu’elle ne parle pas, ne bavarde pas, ne désigne rien du monde sinon de l’invisible sans doute, d’ouvrir ces voies seules qui sont au cœur de notre propre existence.
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Comme son nom l’indique la musique de « Intimations » constitue une sorte de convocation.

- « Intimations » est le titre d’un enregistrement  du percussionniste Denis Fournier et de ‘l’hyper-pianiste » américain Denman Maroney (il se désigne ainsi afin de dire qu’il explore son instrument avec toutes ses ressources, non seulement celles du clavier mais aussi celles de son propre corps et celle de nombreux outils sans limites de quelque sorte)(Label Vent du Sud/Les Allumés du Jazz) –  

Cette musique nous appelle à découvrir ce que nous sommes ou peut-être ce que nous devrions ou pourrions être.

« Intimations » nous provoque et nous fait rêver. Elle ne dit rien à propos de rien : elle ne dispose d’aucune science, d’aucun savoir particulier. Mais elle nous emporte vers l’inconnu. Qui le demeure à chaque mesure, à chaque note où tout est mystère. De ces mystères qui cependant nous sont aussi nécessaires que l’eau et le ciel.

« Initmations » est une musique essentielle. Qui en provient et nous y conduit.

 

Au même moment Denis Fournier publie « Escape Lane », un enregistrement « live » réalisé en 2017 à Port Louis avec Joachim Florent (b), Ben Lamar Gay (cornet, électronique, objets, voix) et Jeff Parker (el.g).

« Escape Lane » est le fruit d’un échange que pratique depuis longtemps Denis Fournier avec des musiciens de Chicago (projet « The Bridge »). Il faut dire que sa musique semble être faite pour eux, pour mieux les enflammer, comme eux sont faits pour elle.

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- Denis Fournier avait déjà enregistré sous ce titre avec les mêmes musiciens (c’est Marquis Hill qui jouait de la trompette remplacé ici par Ben Lamar Gay) en 2014. -

Ceux qui ont déjà fréquenté l’œuvre du percussionniste seront peut-être moins étonnés que par « Intimations ». Même si ce dernier ouvrage est plutôt à l’extrême logique de son travail alors qu’ « Escape Lane » le perpétue parfaitement (disons peut-être plus « habituellement »). « Escape Lane » est tout autant une magnifique réussite où tous les musiciens, ensemble, dans une sorte d’unité mystérieuse, atteignent au plus profond de nous.

Enfin, il faudrait dans doute dire, pour tenter d’être un peu plus près de la réalité, que ces deux musiques (« Intimations » et « Escape Lane ») sont de toute évidence les deux faces d’une seule œuvre en ajoutant que celle-ci, à travers toutes ses histoires (on peut ainsi penser par exemple à « Watershed » ou à « Paysage de Fantaisie ») est comme le fruit d’une grande générosité, celle d ‘un musicien si rare, qui sait pourvoir aux plus belles et pus grandes exigences.

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Les sacres du printemps

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Thomas Julienne et le secret de la mise en scène

 

C’est à se demander ce qui donne l’impression d’une telle précision, d’une telle méticulosité. En même temps que d’une si grande, d’uns si intense liberté !

Faut-il alors essayer de débusquer d’où provient ce mystère et de le dévoiler ainsi ?

Il faudrait s’assurer en premier lieu que cela serait en notre pouvoir.

Il vaut sans doute mieux se laisser emporter.
C’est sans doute là – faut-il le souligner ? – que se situe toute musique dont l’esprit est celui du jazz, où s’il ne fait que s’insinuer mais où il ne manque jamais de jouer son rôle, celui d’éclaircir le chemin de chaque thème, ou bien, s’il le faut, à l’inverse de dissimuler ce qui doit le demeurer encore.

Cela ne définit sans doute pas la musique signée par le contrebassiste Thomas Julienne sous le titre de « Theorem Of Joy » (Inouïe distribution) mais cela peut, peut-être donner envie de la découvrir. On pénétrera alors dans un monde clair et obscur, dans une sorte de forêt primaire d’une grande beauté. On percevra cependant, aussitôt, l’extrême travail qui a certainement saisi tous les musiciens qui participent à ce projet. La « sophistication » s’alliant ainsi à « l’originalité » de cette musique fascinante à chaque instant.

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Si Thomas Julienne s’avère ainsi pour son premier enregistrement un compositeur et un « metteur en scène » de premier plan, il faut aussi dire combien tous ceux qui, faisant bien plus que l’accompagner, participent pleinement de ce « Theorem Of Joy », apportant tous des couleurs, des paysages sidérants. Il serait vain et dénué de tout sens de dire que l’un ou l’autre aurait ici un rôle plus important que l’autre. Ellinoa (dont le récent « Wanderlust » a été loué ici même) a écrit tous les textes et elle les interprète avec un engagement, une sorte de don de soi qui fait tout son talent. Boris Lamerland (violon, alto) est  une magnifique découverte. Sa place est elle aussi capitale. Mais celle du guitariste Thomas Saint Laurent et du percussionniste Tom Peyron tout autant. C’est ainsi que naissent les plus grandes aventures musicales.

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On doit signaler aussi la présence de quelques invités: le quatuor à cordes qui porte le très beau nom « Les enfants d’Icare », Emilie Calmé (flûte, bansuri), Mohammed najem (clarinette) et Maxime Berton (sax soprano).

 

 

Fred Pasqua de Ravel à Coltrane

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Cela commence par un « Soupir »… signé Maurice Ravel, un soupir d’une minute et quarante-cinq secondes. Puis par « The Peacocks », le thème de Jimmy Rowles. Pour finir par « Louisiana Fairy Tale » en passant par des musiques de Miles Davis, d’Herbie Hancock, John Abercrombie, Joe Henderson, Milton Nascimiento, John Coltrane et d’autres tout aussi célèbres.
Mais rien n’est pareil. Tout, au contraire, est autrement. Non par trahison mais par respect. Non pas parce qu’on n’aurait pas le droit de s’approprier une œuvre telle qu’elle est mais parce que, à l’inverse, se l’approprier, chaque fois qu’elle devient vôtre, que vous l’ayez voulu, ou plus souvent parce que c’est elle qui s’est imposée à vous, quelque chose de nouveau, de neuf et pourtant il est vrai d’identique, s’est inventé. C’est ainsi que ceux qui écrivent les livres sont, pour peu qu’ils s’y donnent et s’y adonnent, les lecteurs davantage que les écrivains.

Fred Pasqua, un batteur d’une délicatesse, d’une musicalité comme on n’en fait peut-être trop peu, un musicien rare donc (mais que l’on entend de plus en plus souvent: cela va de paire et non l’inverse) a choisi quelques « pièces » qui l’ont enchanté pour en faire une œuvre (des œuvres) différentes réunies sous le titre de « Moon River » (il s’agit du thème de Mercer et Mancini qui fait partie de cette « sélection ») (Bruit Chic/L’Autre Distribution).

« Moon River » est ainsi une sorte de réinvention de musiques que beaucoup connaissent et dont nombreuses sont celles qui nous sont familières. Si cela peut sembler constituer un projet limité, ou trop ambitieux tout autant, eh bien, c’est sans doute alors que l’on ne s’est pas laissé emporter par Fred Pasqua et ceux qui l’entourent. Parce que ce « Moon River » est souvent étrange, presque toujours très surprenant, voire déroutant. Toujours envoûtant.

Ses trois principaux compagnons n’y sont pas pour rien. Yoann Loustalot, impeccable au bugle, avec des sonorités souvent « wheeleriennes », Nelson Veras le guitariste le plus imaginatif qui soit et la contrebasse d’une présence mesurée, donnant précisément la mesure (pas seulement celle du temps mais aussi celle de l’air de ce temps, du climat et du monde tout entier), celle de Yoni Zelnik.
Les invités du moment sont dans cette belle aventure, le pianiste Laurent Coq, Jean-Luc Di Fraya (chant), Adrien Sanchez (sax sur trois plages) et Robin Nicaise (sax sur deux plages).

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Yannick Robert, l’espace et le temps

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Brassens et Elvis convoqués il fallait oser. Le guitariste Yannick Robert l’a fait. Il l’a excellemment réussi.

Mais là sans doute n’est pas l’essentiel de son deuxième enregistrement avec son « Millenium Trio » (Alien Beats records/Inouïe distribution).

Ce qui fait vibrer c’est assurément le son de la guitare alliée à l’intelligence mélodique, aux grands espaces que Yannick Robert construit avec bonheur. Sans saturer ce que l’on pourrait appeler aussi bien « l’espace » que le « temps » comme le font trop souvent les guitaristes. En laissant souvent la place non seulement à ses deux partenaires Benoît Vanderstraten (b) et Franck Agulhon (dm), mais surtout en sachant à chaque instant que la multiplicité des sons et des notes n’apporte rien de plus (de plus que quoi ? faudrait-il dire) et qu’à l’inverse c’est ce qui semble être le peu qui est, non pas le « bon équilibre » mais plus encore la justesse même de la musique.

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Sur ce territoire Yannick Robert excelle. Le Millenium trio aussi. Ce qui fait de cette musique une éclaircie apaisante.

 

 

David Sevestre: l’ardeur du free jazz

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Cela commence par vingt-six secondes qui ressemblent à Ornette Coleman dans ses plus beaux jours. Et c’est, avec David Sevestre, tout le free jazz qui renaît dans toute son effervescence.

Ce jeune saxophoniste orléanais est un habile compositeur ce qui est, dans cet exercice, bien plus important que l’on pourrait l’imaginer en attribuant à l’improvisation toute la place (quand ce n’est pas pour certains auditeurs à l’approximation). Et, comme il est remarquablement entouré par ses amis Jérôme Damien (p), Nicolas Le Moullec (b) et Adrien Chennebault (dm) on assiste avec le bien nommé « Séisme » (c’est le nom du groupe) à un « Jishin » (c’est le titre de l’enregistrement) (Musique et équilibre/L’Autre distribution) assez enthousiasmant.

 

Il ne s’agit pas seulement ici d’une sorte « d’à la manière de » à propos d’une musique qui naquit il y a plus demi siècle (et qui reste pourtant toujours aussi stupéfiante) mais à une sorte d’évolution, de tentative d’ouvrir encore de nouveaux chemins égarés. Il y a dans « Jishin » des accents de musique contemporaine. Mais c’est qu’il y a dans la musique contemporaine des accents de free jazz. Ou plutôt, sans doute, s’agissant de directions qui ont été prises à peu de choses près à la même époque ou en tout cas dans des temps dont les caractéristiques de toutes sortes étaient similaires ou déjà de même nature à tout le moins, on peut imaginer qu’elles étaient faites pour se rencontrer, se ressembler et s’unir.
Il y a beaucoup de cela avec ce quartet. Avec ce qu’il faut de courage, d’audace, d’inventivité, d’imagination, de fertilité. Sans pour autant vouloir être « nouveau », « neuf », à tout prix. Il s’agit en effet bien plutôt d’être, disons, « juste ».

Et, dans cette direction, David Sevestre réussit fort bien.

Il faut souhaiter que cette aventure puisse se poursuivre sans jamais concéder aux « contraintes matérielles ».

 

 

Pierre Marcus: bien des bonheurs

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Pierre Marcus est un remarquable instrumentiste. Sa contrebasse est l’une des plus intéressantes que l’on puisse entendre chez un musicien français de sa génération. Il donne aujourd’hui un deuxième enregistrement qui s’intitule « Pyrodance » (Jazz Family/Socadisc).

Il y a de si belles choses dans ce disque (allons directement au but: le titre éponyme est, par exemple, c’est loin d’être le seul, une très remarquable réussite) que l’on a tendance à se reprocher de ne s’être pas laissé pleinement emporter par certaines plages ou plus précisément par certaines compositions peut-être, par certains passages seulement assurément.

Fred Perreard est un pianiste tout aussi remarquable que son leader l’est sur son instrument. Baptiste Herbin est un saxophoniste altiste dont la technique est sans faille. A la batterie Thomas Delor ne manque rien et invente une véritable musicalité.
Que tout cela nous enchante à chaque fois ce n’est pourtant pas certain.
Souhaitons à ce groupe de définir peut-être plus précisément sa voie, à choisir de façon plus assurée une direction.
Mais il y a ici déjà bien des bonheurs. Faut-il le redire ?



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