Pour (re)commencer

Noé Huchard : « Song For »

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Voici une bonne nouvelle, une heureuse nouvelle ! Comme l’on dit « Bonne année » ou bien « Heureuse année pour vous ».

Voici le jeune pianiste Noé Huchard qui signe son premier disque sous le beau titre, lui aussi, de « Song For » (Soupir Music / Socadisc).
Sans doute, se laisser aller à ses émotions, à ce que l’on ressent, à ce que l’on éprouve est-il la meilleure des choses pour la musique. Tant pour l’interprétation que pour la composition. Pour le musicien comme pour l’auditeur.

Ici se trouve peut-être ce que l’on pourrait appeler « le secret de Noé ».

C’est à peu près ce qu’il dit lui-même dans une interview que l’on découvre dans le livret du CD et qu’il a donné à Joël Perrot. (Celui-ci a assuré la prise de son dans des conditions qui ne sont pas vraiment celles habituelles du studio, mais plutôt celles du direct, ainsi que la direction artistique aux côtés de Pierre de Bethmann.)

Noé Huchard explique qu’il est né dans une famille de musiciens – son père est le batteur Stéphane Huchard – et combien il a travaillé, réfléchi et sans fin élaboré sa musique, claire, lumineuse, vibrante. Aussi bien quand il joue un standard (il y en a trois dans « Song For ») que dans ses compositions qui ont l’insigne mérite de ne pas prétendre à chaque instant se démarquer, être à tout prix et, il faut le dire, parfois trop souvent, « originales ». Pourtant leurs climats, leurs couleurs, sont propres et c’est cela sans doute qui leur donne cette sorte de beauté évidente que l’on attend d’un piano et qui plus est, dans l’univers du jazz, d’un trio. Noé Huchard est accompagné de deux jeunes musiciens aussi talentueux que lui, le contrebassiste Clément Daldosso et le batteur Elie Martin-Charrière. Ils forment ici une belle équipe, un véritable trio – ce qui n’est pas si simple et donc si courant.

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Julie Campiche : « Onkalo »

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On verra en suivant que la harpe n’est pas un instrument si étranger au monde du jazz, même s’il n’est pas si courant et comme réservé à des musiciennes plutôt qu’à des musiciens.

Julie Campiche n’est pas une inconnue mais il est certain que son dernier enregistrement est à coup sûr le plus abouti, le plus beau. Car il y a dans « Onkalo » (Meta records) une grande richesse et une singularité, une esthétique très personnelle. Il y a ici de grands espaces, des transparences étranges et pourtant comme familières. L’utilisation de l’électronique pour chaque instrument est aussi, peut-être, celle qui a été la mieux pensée et le plus justement réalisé, favorisant ainsi la spécificité de l’univers de Julie Campiche et de ses compagnons (Léo Fumagali au saxophone, Manu Hagmann à la contrebasse et Clemens Kuratle à la batterie.)

Voici un groupe d’une grande cohérence, voici une musique qui nous fait ressentir avec intensité et douceur à la fois, avec une sensibilité de chaque instant, ce qui nous habite et fait ainsi notre propre vie. En partage, grâce à la magie de la musique et l’intelligence de créateurs qui donnent sans compter.

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Isabelle Olivier : « Oasis »

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Isabelle Olivier est, elle aussi, harpiste. Depuis déjà quelques années sur la scène internationale, elle est reconnue dans le monde entier. Sans doute parce que, depuis le début, elle a surpris avec une détermination constante par l’intensité de son jeu, de ses conceptions esthétiques, par tous ses parti-pris.
Avec « Oasis » (Enja / Yellow Bird) elle ouvre comme un nouveau chapitre de son parcours. Elle a réuni autour d’elle le guitariste Rez Abassi, le joueur de tabla et de kanjira Prabhu Edouard ainsi que le batteur David Paycha. On comprend ainsi que c’est bien une nouvelle perspective qui s’annonce ici, de nouveaux horizons qui nous sont proposés. Et cela nous enchante sans cesse.

« Oasis » s’ouvre sur « My Favorite Things », un standard qui est le seul de cet enregistrement, Rez Abassi et Isabelle Olivier se partageant la composition des neuf autres plages, Prabhu Edouard s’associant à la harpiste sur le très beau « Coeur qui bat ».

La multiplicité des inventions de chaque instrument est en quelque sorte faite de superpositions qui sont aussi évidentes que la fraîcheur d’une oasis (pour reprendre la métaphore), offrant ainsi une musique que l’on pourrait écouter sans fin.

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Rhoda Scott : « Movin’ Blues »

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A priori, la musique de Rhoda Scott n’est pas une surprise. Elle, qui est en France depuis plus d’un demi-siècle, s’est imposée très vite comme une superbe interprète de l’orgue Hammond. Et elle n’a pas varié depuis. « Movin’ Blues » (Sunset Records /L’autre distribution) n’est, en ce sens, pas une révélation. Rhoda Scott, comme elle en a fait sa marque de fabrique, ne se fait accompagner que d’un batteur. C’est ici Thomas Derouineau qui s’en charge. Il le fait avec méticulosité, précision et même avec une certaine discrétion, comme s’il devait laisser à l’orgue non pas la première place, mais plus encore, toute l’espace que lui voue Rhoda Scott. Et cela sonne bien. Avec groove, swing quand il le faut, avec des tempi parfois attendus ; mais chaque plage aboutit à une certaine plénitude. Qui ravit toujours autant.

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Xavier Thollard : « (Re)compositions »

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Voici un autre trio qui réjouit, celui du pianiste Xavier Thollard avec Matyas Szandai à la contrebasse et Simon Bernier à la batterie. Comme son titre l’indique cet enregistrement est une sorte de relecture – on dira d’interprétation/improvisation toute personnelle de quelques chefs d’oeuvre du jazz (« Body And Soul », « Lush Life », « The Way You Look Tonight » ou « Take The A Train » entre autres) mais aussi de la musique d’Alexandre Scriabine avec le Prélude Op.11 n°3 en Sol Majeur.

Ces « (Re)compositions » (Parallel Records / Absilone Socadisc) sont toutes, chacune à sa manière, même si tout ceci est d’une grande cohérence, sans aucune défaillance, passionnantes. En ce sens qu’elles éclairent notre mémoire, notre sensibilité et offrent un éclat singulier à des pièces dont on croyait – abusivement de toute façon – tout savoir ou presque.
Il y a dans le travail de Xavier Thollard une sorte d’enthousiasme qui donne à chaque pièce de nouvelles couleurs et à chaque auditeur un intense sentiment de partage.

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Olivier Ker Ourio : « Singular Insularity »

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Si l’on aime la musique traditionnelle de l’île de La Réunion – le maloya et ses plus grands interprètes comme Danyel Waro, Christine Salem, Zan Mari Baré, le regretté Granmoun Lélé et quelques autres – on est heureux à l’idée que l’excellent Olivier Ker Ourio, lui-même Réunionnais, ait eu l’ambition avec « Singular Insularity » (Bonsaï music : L’autre distribution) de créer sa propre interprétation de cette musique souvent étrange, mais non pas étrangère, lointaine en aucune manière : au contraire si proche de ce que nous pouvons ressentir de souffrance ou d’amour de la vie, deux faces peut-être d’un unique sentiment.

Olivier Ker Ourio est incontestablement le grand harmoniciste du jazz d’aujourd’hui. Il a déjà établi une discographie remarquable (y compris avec Danyel Waro). On ne peut parler de lui qu’avec le plus grand respect.
Mais voilà, l’alliance du jazz et du maloya (si toutefois le « projet » se trouvait là) n’est pas chose facile tant on saisit la proximité de leurs origines (l’Afrique, l’esclavage, et sans doute beaucoup d’autres choses encore). Beaucoup s’y sont frottés. François Jeanneau le premier il y a longtemps. Peu ont réussi. Et, c’est avec quelque regret que, force est – à mon sens – de constater qu’iici aussi il semble manquer ici quelque chose.

Et, si je continue de donner mon avis, il doit s’agir de quelque chose, comme ce que je disais plus haut, qui proviendrait de la souffrance inhérente il me semble, au maloya et, finalement, à ce pan tout entier de la culture réunionnaise. Cela même qui en fait la beauté, qui en constitue ce par quoi on ne peut pas ne pas s’y attacher : c’est ici, qu’elle est proprement « singulière ».
Il faudrait dire aussi ce qui ne va pas tout à fait dans cet enregistrement.

A coup sûr rien dans l’interprétation. Ker Ourio est un excellent musicien, on l’a dit. Ceux qui l’accompagnent ne sont pas en cause (Grégory Privat piano, Gino Chantoiseau basse, Arnaud Dolmen batterie, Inor Sotolongo percussions, ou Christophe Zoogonès flûte – je serais plus réservé sur le chanteur Bastien Picot qui intervient sur trois thèmes dont il me semble que l’articulation n’est pas vraiment celle qui convient. Cependant, sur des textes en créole tels que ceux qui sont ici, c’est au moins « l’esprit » de cette musique qui s’impose. Et là, il me semble trop lointain.)
On doit enfin remercier Olivier Ker Ourio de quelques-unes de ses dédicaces : par exemple à Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature qui a lui-même cité Danyel Waro dans son discours de réception. Mais encore davantage à un « inconnu » du grand public, l’Audois – Réunionnais, le regretté Pierre Macquart. Qui a tant fait pour la musique réunionnaise et pour les musiciens eux-mêmes tout autant.
Signalons enfin le beau graphisme de la pochette réalisée par Hippolyte dont on connait par ailleurs le travail de B.D.

 

Gaël Horellou : « Tous les peuples »

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Dans un projet que l’on peut imaginer voisin l’altiste Gaël Horellou, pour la deuxième fois au moins après « Identité » en 2017 réussit un tour de force avec « Tous les peuples » (Breakz).
On l’a dit plus haut, nombreux sont les musiciens de jazz qui ayant rencontré la musique de l’île de La Réunion ont tenté l’expérience d’une sorte de « fusion ». Gaël Horellou a beau être natif de Normandie (mais les Réunionnais qui ont des ascendants de cette région sont nombreux) il est sans doute celui qui a le mieux et le plus possible réussi cette « réunion » (!) du jazz et du maloya qui semble évidente et qui, pourtant est pleine de pièges.
« Tous les peuples » est une réussite de vitalité : à la fois la joie de chanter, celle de le musique, à la fois l’expression la plus profonde des sentiments, fussent-ils les plus douloureux.
On retrouve ici l’esprit du jazz et celui du maloya, de ces deux âmes qui sont proches, voire similaires, voire même identiques, mais qui ont emprunté des chemins, disons « techniques », différents. D’où les difficultés sans doute à les rassembler sans s’éloigner, ni de l’un ni de l’autre.

Gaël Horellou est accompagné par des musiciens de La Réunion ou de métropole. Au premier chef par l’excellent guitariste insulaire Nicolas Beaulieu, par Florent Gac (orgue), Maxence Emprin (saxophone ténor), Teddy Doris (trombone), par les percussionnistes réunionnais Vincent Philéas, Fredo Ilata, Emilie Maillot et Vincent Aly Béril et par le vocaliste Pascal Bret.

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Ozma : « Hyperlapse »

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Ozma, le groupe du batteur Stéphane Scharlé, en est avec Hyperlapse (Cristal Records) à son septième album.

Peut-être plus que jamais il fait appel à tous les mélanges sonores et visuels (sauf qu’évidemment, sur ce dernier point, l’enregistrement sonore ne vaut pas la scène!). Et, surtout, il n’hésite devant aucune audace. Toutes sont fondées sur des expériences vécues par ce groupe voyageur (56 concerts dans 13 pays d’Europe, d’Afrique ou d’Asie) qui provoquent ici dix titres inspirés chacun par une ville où les musiciens se sont arrêtés. Et ce sont ces « moments de vie » qui permettent à Ozma d’être l’une des formations les plus intéressantes dans cet horizon musical que ses membres explorent sans limites. Toujours avec beaucoup d’à propos, d’intelligence et de talent.

C’est donc la superposition jamais définie de styles musicaux, de références esthétiques parfois opposées, que l’on pourrait même penser contradictoires, et avec tout cela le recours à la vidéo ou à toute forme d’image qui peut définir l’indéfinissable Ozma. Réussir cette expérience sur le plan sonore, c’est en quelque sorte le tour de force d’Ozma. Aux côtés de Stéphane Charlé on trouve edouard Séro Guillaume (basse), Tam de Villiers (guitare), Julien Soro (saxophone, claviers) et Guillaume Nuss (trombone).


Notons enfin que « l’hyperlapse » se caractérise de la façon suivante :

« L’hyperlapse tout comme le timelapse classique permet de donner une impression d’accélération temporelle de la scène. Toutefois, l’ajout du déplacement de la caméra pour l’hyperlapse provoque en plus un sentiment d’omniscience chez le spectateur, dans le sens où son déplacement ne s’effectue pas à la même vitesse que le déplacement des éléments de la scène (foule, nuages, trafic,…), ce qui lui donne le sentiment de voir la scène depuis une autre dimension temporelle et spatiale. Cette technique permet par conséquent de mieux impliquer le spectateur dans la vidéo et de donner un certain côté surréaliste à la scène. » (source Wikipédia)

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« La légende de Naclia »

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Difficile d’attribuer cette « Légende de Naclia » (Jazz Family) à un groupe (qui se serait nommé en tant que tel) et donc à l’une ou à l’autre des musiciennes ou des musiciens qui ont conçu et interprété ce projet. Seule ce « titre » apparaît sur la pochette de cet enregistrement.

On entend tout au long du déroulement de cette « légende », la chanteuse et percussionniste Sabrina Romero, la contrebasse de Leila Soldevila, les guitares de Cédric Baud et les flûtes et autres instruments à vent de Frédéric Couderc.

C’est donc à eux tous que l’on doit cette idée d’abord (ce « concept » pourrait-on dire) et cette réalisation envoûtante enfin.
Là aussi, il n’est pas si facile d’en parler, tellement le texte du dossier qui accompagne le CD est parfaitement écrit et dit tout, si bien que l’on aura forcément, soit l’impression, à coup sûr fondée – et c’est là le pire – de mal faire, ou de répéter, voire de copier, ce qui n’est guère plus rassurant !
Bref, en quelques mots seulement, la légende en question c’est un peu celle de l’Atlantide, si les Atlantes avaient été chanteurs et musiciens. Nous sommes donc conviés à nous souvenir (le thème introductif chanté par Sabrina Romero se nomme « Recuerdo »), à comprendre que la musique est une espèce de mémoire, fut-elle une sorte radicale d’invention ou d’improvisation. Un « souvenir », une « légende » aussi bien, parce qu’elle vient toujours du fond des temps ou plutôt de ce qu’il y a avant le temps, avant la chronologie elle-même. C’est pourquoi, comme ici, la musique peut être sans peine une sorte de mélange des genres, comme la mémoire qui ne s’embarrasse pas de faire le tri (ou qui, alors, le fait sans nous demander très précisément notre avis). Entre les musiciens de jazz comme Frédéric Couderc, admirateur de Roland Kirk (qui ne le serait pas, sauf les grincheux irréductibles?), ou Cédric Baud plus habitué des musiques et rythmes d’Afrique, entre une chanteuse et une contrebassiste qui joue aussi de la musique classique, il n’y a pas de différence, irréductible en tout cas. « La légende » en est la démonstration la plus attachante qui soit.

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Didier Ithursarry : « Atea »

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Il faudra bien l’avouer : on est ici, somme toute, dans la même situation qui est celle du mélange des genres pour le dire de façon brutale. C’est là sans doute la marque d’une époque qui abat les frontières. En tout cas sur le plan esthétique ! Si ce « principe » est vertueux en lui-même ce n’est pas qu’il n’éviterait systématiquement pour autant les errements.

Mais rien de tout cela avec ce disque très passionnant de l’accordéoniste Didier Ithursarry qui sous le titre d’ « Atea » (LagunArte Productions / L’autre distribution) nous emmène hors de tous les sentiers et pas seulement loin de ceux déjà parcourus par les uns ou les autres.

En langue basque Atea désigne la porte, celle que l’on ouvre donc, celle que l’on passe, que l’on abat ou que l’on ferme parfois quand il faut se protéger, précisément, de l’immobilisme qui voudrait vous confiner chez vous, vous emprisonner en vous-même. C’est ainsi que Didier Ithurssary a placé sa musique sous le signe des « Illuminations » d’Arthur Rimbaud et plus précisément peut-être de ce vers du poète : « Départ dans l’affection et le bruit neufs ! » Où l’on peut comprendre – on peut le souligner au passage – que l’affection et le « bruit » ont à voir ensemble.

 

La musique d’ « Atea » est souvent une « grande musique ». Cela peut apparaître comme un qualificatif inadapté quand on parle d’accordéon tant cet instrument souffre de l’image des bals musette, même si quelques musiciens de jazz ont su le placer aussi haut que n’importe quel autre. Et, à l’accordéon, rien n’est impossible, pas même la musique « contemporaine » : il suffit de demander à la talentueuse Fanny Vicens http://ensembleregards.com/ensemble/musiciens/fanny-vicens/ .
Les accompagnateurs de Didier Ithusarry sont deux formidables musiciens eux aussi : le guitariste Pierre Durand et le flûtiste Joce Mienniel. Et, dans les six plages qui composent « Forro Suite » le Cuareim Quartet vient renforcer l’équipe (Rodrigo Bauza et Federico Nathan aux violons, Eva Longo à l’alto et Guillaume Latil au violoncelle.) Pour des musiques, plurielles donc, et toujours, à chaque fois, réjouissantes.

 

 

Vero Hermann Sambin : « Sky Loom »

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Il y a chez cette chanteuse, compositrice et auteure, Vero Hermann Sambin, une espèce de poésie qui surgit, vous atteint à chaque instant. Dans ce « Sky Loom » (Jazz Family Cristal Records / CDZ Music) sa langue est souvent celle de son pays natal la Guadeloupe, et donc le créole des Antilles françaises (parfois le français ou l’anglais, mais pour peu de temps). Cela donne de toute évidence des couleurs singulières à cette musique dont une partie échappe parfois un peu lorsqu’on n’est pas familier de ce beau langage. Et c’est, pour une part ce qui manque, précisément, qui ajoute une sorte de désir qui soudain nous habite. Non pas celui de comprendre tout comme si cela était un texte à connaître, à apprendre peut-être. Par contre, on voit ici que c’est bien dans l’interstice, dans l’indicible que se dit ce qui fait œuvre, ou plutôt un véritable langage.

Vero Hermann Sambin nous offre ainsi une part d’elle-même, la part dont on ne sait si elle est la plus évidente, ou parfois la plus secrète. Ce que l’on sait en revanche comme absolument, c’est que cela chante et surtout nous enchante. On est loin de musiques de recherche, d’expérimentations dont on a vu plus haut la valeur, la richesse. Ici on a plutôt envie de danser, de chanter soi-même. Car à chaque plage de cet enregistrement on ne peut que se réjouir intensément. Leedyah Barlagne soutient Vero au chant, Arnaud Dolmen est à la batterie, Ralph Lavital joue de belles guitares scintillantes, Grégory Privat est au piano, Xavier Richardeau s’est emparé d’un saxophone ou d’une clarinette et Régis Thérèse conclu à la contrebasse la liste de ce brillant orchestre.

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Jon Boutellier : « On Both Sides Of The Atlantic »

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S’il vous prend l’envie d’un peu de jazz plongeant dans ses racines, à la fois dans les thèmes écrits par les plus grands musiciens et dans une sorte de tradition vivante et toujours actuelle, ouvrant même des horizons toujours renouvelés, alors il faut absolument vous réserver un (très bon moment) pour la découverte de cet enregistrement, le second aujourd’hui du saxophoniste ténor Jon Boutellier intitulé « On Both Sides Of The Atlantic » (Gaya Music / L’autre distribution).

Cela sonne magnifiquement bien, c’est plein de couleurs, d’enthousiasme à partager. On y retrouve des thèmes de Cedar Walton, de Duke Ellington ou de Thad Jones, le leader n’assurant qu’un thème qui lui est propre et qui est d’ailleurs tout à fait réussi.
Il est accompagné, outre l’excellent pianiste Kirk Lightsey (pour trois thèmes), par Alexander Claffy à la basse et Kyle Poole à la batterie, deux jeunes musiciens d’outre-atlantique. Il y a aussi le trompettiste belge Jean-Paul Estievenart pour quatre thèmes, et la chanteuse Célia Kaméni sur « Save That Time ».

 

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Clap de fin … et au-delà

 

« Clap de fin » : c’est une façon de parler. Il s’agit bien sûr de la fin de l’année 2019. Nous pouvons encore espérer que l’année 2020 aura bien lieu !
Mais il s’agit bien de la dernière chronique des « Notes de Jazz » d’ici le mois de janvier prochain (nées en 1974, elles ont donc quelques quarante-cinq ans d’existence).
On notera cependant que l’un des enregistrements – celui de Xavier Desandre-Navarre -, dont il est plus loin question ne paraîtra qu’au mois de janvier de l’année prochaine, si donc la Terre tourne encore, si les Notes de Jazz se survivent ! Comme tout un chacun elles l’espèrent vivement et souhaitent le bonheur de leurs quelques lectrices et lecteurs, celui des musiciennes et musiciens, du jazz, des jazz, de la musique, des musiques tout entières et tout autant.

 

 

Yvan Robilliard : « BiG RoCK »

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On s’étonne, même si Yvan Robilliard a, depuis déjà plus de dix ans, fait parler de lui obtenant notamment, mais pas seulement bien sûr, un premier prix de soliste et de composition au concours de La Défense, mais l’on s’étonne quand même.
On est saisi par l’ampleur de cette musique – au total, faite de peu, d’une sorte d’économie de moyens et même parfois de notes – par ce qu’elle nous dit, ce qu’elle provoque, ce qu’elle invente.
Il y a ici trois musiciens, (outre le pianiste Yvan Robilliard, il s’agit de Laurent David, elc b, et de Eric Champard (dm) – qui créent peut-être un peu moins qu’un monde à eux, mais sans doute et surtout un peu plus : un imaginaire d’une intensité lumineuse.

« BiG RoCk » (on essaye de respecter la graphie du disque) (Label Klarthe Records / PIAS) nous montre quelque chose d’autre que notre monde quotidien, quelque chose où l’on pourrait s’échapper mais qui tout en étant une présence constante en nous, nous semble souvent si lointain. Qui tous les jours ou presque nous échappe.

Yvan Robilliard nous en rapproche avec un art, empreint de tradition mais encore davantage de rêves sans fin. Là est la musique. Tout entière.
La citation que fait à ce propos Franck Médioni dans un texte introductif à cet enregistrement, citation de Baudelaire, dit tout cela mieux que quiconque pourrait le faire. Il me pardonnera de la reprendre ici dans toute sa simplicité, lorsque le poète écrit : « La musique ouvre le ciel. »

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Xavier Roumagnac : « 78 Tours »

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Cela commence par une pochette qui aurait pu être l’une des réussites des plus nobles années du label Blue Note. Ou quelque chose comme ça. On est donc ravi. On est séduit avant même d’avoir entendu la première mesure. On l’est tout autant par la musique de l’Eklectik Band du batteur et surtout compositeur Xavier Roumagnac et de son « 78 Tours » (cdz / jazz family). Et c’est heureux ainsi.

Il y a ici beaucoup de brio et de brillances, et beaucoup d’enthousiasme, auquel on est associé d’entrée. Il y a pour réussir tout cela huit musiciens dont Xavier Roumagnac. Et, parmi eux, on note la présence de Robby Marshall (ts, b cl), de Julien Alour (tp, bugle) ou encore de William Hountondji (as). Il y a peut-être aussi quelque chose des voyages dans l’Océan Indien que fit autrefois le leader.

« Duetto », le quatrième titre parmi les cinq que compte ce EP, est, pourrait-on dire, emprunté à Mozart et, plus précisément, à « La clémence de Titus ». C’est peut-être en ce sens une sorte de curiosité (même si, on le verra un peu plus loin dans cette « Note de Jazz », il n’y a pas que Wolfang pour inspirer les musiciens de jazz). Ce n’est pas la pièce la moins vivante que nous propose l’Eklectik Band de Xavier Roumagnac.

 

Guillaume Nouaux : « The Clarinet Kings »

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C’est en écho aux deux enregistrements portant le même titre, réalisés par le batteur Zutty Singleton (1898-1975), accompagnateur de Louis Armstrong, Fats Waller, Jimmie Noone ou encore Jerry Roll Morton et sans doute en raison de l’admiration qu’il lui porte que Guillaume Nouaux, lui aussi batteur, signe ce double « Clarinet Kings » (www.guillaumenouaux.com) tout à fait remarquable.
Enfin, disons tout de suite que si l’on s’en tient à ce qualificatif, on ne sera peut-être pas très intéressé. Et l’on aurait tort. Il faut alors rappeler que le talent de Guillaume Nouaux n’est plus à souligner (le nombre de prix, de récompenses qu’il a obtenu peut en témoigner – révélation 2007 Jazz Magazine, prix classique de l’Académie du Jazz en 2011, prix spécial du jury du Hot Club de France en 2014 – et l’un de ses enregistrements les plus récents, en 2016, a été signalé par tous la presse jazz en France par ses plus hautes distinctions).

Mais il est bien possible encore que certains parmi les lecteurs de cette chronique plus familière avec le jazz « en train de se faire » qu’avec sa version « classique » pourraient encore avoir une sorte d’appréhension ou seulement d’hésitation. Ils auraient grand tort. Parce qu’à écouter cette musique toujours réjouissante on peut découvrir un plaisir nouveau ou , pour d’autres, plus anciens, ressusciter quelques vieux et si magnifiques souvenirs.

Parce qu’à vibrer au son de ce jazz que l’on dit « classique » on comprend peut-être mieux l’essence même de cette musique. Quelle qu’en soit la version stylistique, très « contemporaine » ou « revival » comme il arriva qu’on le dise.
La clarinette que les « modernes » jouent souvent dans sa version basse est ici l’affaire de onze interprètes (pour vingt-quatre « pièces ») : Evan Christopher, Antti Sarpita, Engelbert Wrobel, Eiji Hanaoka, Aurélie Tropez, Lars Frank, David Lukacs, Jerôme Gatius, Esaie Cid, FranK Roberscheuten et Jean-François Bonnel. Ils sont accompagnés en trio par le batteur et par un pianiste. Ils sont quatre à se partager cette tâche : Luca Filastro, Alain Barrabès, Harry Kanters et Jacques Schneck.

Tous nous disent, Guillaume Nouaux le premier, que le jazz, dans tous ses styles, est au cœur de la vie même de toute musique.

 

Dimitri Naïditich : « Bach Up »

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Bien évidemment on pense tout de suite au « Play Bach » de Jacques Loussier lorsqu’on découvre ce disque. Dans les années soixante et soixante-dix et encore bien plus tard le trio du pianiste avec Christian Garros (dm) et Pierre Michelot (b) a vendu des millions de disques en France et dans le monde entier en adaptant en quelque sorte la musique de Bach au jazz. A moins que ce ne fut l’inverse. Il a eu le mérite « d’ouvrir le paysage musical » mais il n’est pas certain qu’il ait ouvert au jazz celles et ceux qui, alors, n’y étaient pas prêts et qui pouvaient écouter cependant cette musique sans broncher.
D’autres se sont depuis essayé à cet exercice.

Il faut dire tout de suite que ce que Dimitri Naïtich nous propose avec le concours de Gilles Naturel (b) et d’Arthur Alard (dm) est d’une autre nature. Le travail réalisé ici est bien plus fondamental. Et, finalement c’est quelque chose comme la proximité de tout genre musical avec tous les autres qui se manifeste dans cette musique.

On peut aimer le jazz. On peut adorer Jean-Sébastien. On doit reconnaître dans « Bach Up » (Dinaï Records / L’autre distribution) une musique à part entière, non pas une sorte « d’exercice » aussi brillant soit-il, mais au contraire un ouvrage complet, ayant en quelque sorte sa raison en lui-même. Il y a ici des beautés merveilleuses. Souvent, sinon incessamment. Il y a là le fait d’une grande intelligence musicale, d’une culture profonde et d’un désir de partage.
Dimitri Naïditch est un grand interprète assurément. Mais il est aussi un inventeur. Bientôt il nous donnera (c’est lui-même qui l’affirme) Mozart, Liszt, Tchaïkovski et sans doute quelques autres dans une version « jazz » telle celle-ci. Il les joue en public depuis longtemps mais ne les a pas encore enregistrés. Mais « une version jazz » ne dit rien, tout au plus pas grand chose, de cette musique, de sa beauté constante. On aura compris que le mélange des genres, le plus justifié et le plus habile qui soit, ne saurait parvenir à un tel résultat sans bien plus : une capacité de création, d’invention, un art singulier.

 

Thomas Mayeras : « Don’t Mention It »

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Puisque « classique » il y a ,on doit signaler le disque du pianiste Thomas Mayeras « Don’t Mention It » (Cristal Records / Sony Music Entertainement). Le terme (« classique ») prend cependant ici un tout autre sens. Les compositions sont toutes signées par le leader( sauf « La mer » de Trenet) et elles ont chacune, non pas « un air de déjà entendu » mais, bien plutôt, d’un univers familier, au point qu’il s’agirait de standards et donc de thèmes du répertoire qu’on ne s’en étonnerait pas. Cela ne signifie en rien qu’il s’agirait de banalités. C’est plutôt l’inverse qu’il faut comprendre. Il y a chez le compositeur Thomas Mayeras une habileté peut-être trop rare chez bien d’autres à inventer des musiques auxquelles on se trouve spontanément attaché. L’interprétation est brillante, soutenue par le bassiste Nicola Sabato et le batteur Germain Colet avec, comme l’on dit trop souvent « efficacité » mais aussi davantage, avec une grande intelligence.

La seule chose que l’on pourrait regretter, on pourrait peut-être la qualifier « d’emballement ». Parfois, cela donne l’impression, passagère heureusement, d’être brillant par effet plutôt que par choix alors que ces éclairs même pourraient nous aveugler.

Mais il faut, sans conteste, souligner et saluer l’exploit ! Car c’en est un… dans son genre, somme toute… « classique. »

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Xavier Desandre-Navarre : « In-Pulse 2 »

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Voici une musique – celle de Xavier Desandre-Navarre – qui est bien différente de celle de Thomas Mayeras.

Desandre-Navarre nous entraîne, une nouvelle fois, dans des contrées inattendues : c’est là sans doute son but. Le batteur et percussionniste n’aime pas vraiment les routes rectilignes et préfère nous dérouter. Il le fait avec un enthousiasme toujours surprenant. Ici même se trouve son talent.

Il est accompagné de trois musiciens qui partagent sans aucun doute cette « philosophie ». Il s’agit d’Emile Spanyi (p), Stéphane Guillaume (s, bcl) et Stéphane Kerecki (b).

Ils sont tous les inventeurs de mouvements ininterrompus, de courants irrésistibles, de mélodies heureuses et de grooves torrentueux.

« In-Pulse 2 », comme on peut l’imaginer fait suite à « In-Pulse », est c’est une réussite d’improvisation calculée ou peut-être d’écritures désarticulées. Ce qui revient à peu près au même, c’est probable. « In-Pulse 2 » (Cristal records / Sony Music Entertainement) nous emporte. Plus loin que nous l’imaginions sans doute.



Onze musiques pour le onzième mois

 

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« Migrations 2″ par Akpé Motion

 

C’est le deuxième enregistrement du groupe Akpé Motion qui porte le titre de « Migrations ».

Il est vrai que ce thème, outre qu’il est malheureusement d’actualité, est propice à l’invention, à la provocation d’émotions, et à évoquer quelque chose qui se trouve aussi à l’origine même du jazz.
Sorti il y a quelques mois, il était temps qu’il en soit rendu compte ici !

On dira d’emblée qu’il s’agit de l’un des meilleurs disques qu’il nous soit donné d’entendre (pour nous) ce mois-ci. Il y a en effet beaucoup de passion et comme une intensité vibrante tout au long de cette musique, diverse cependant, d’un thème à l’autre, et aussi tout au long de ces évocations, chantées, dites.
Il n’y a pas là de prétexte facile et c’est l’engagement de chacun qui transparaît dans cet second opus (Great Winds / Muséa Records).

Le trompettiste Alain Brunet a réuni une nouvelle fois sa bande habituelle : le guitariste toujours surprenant  Jean Gros,  et le batteur Pascal Bouterin, jamais en peine, lui non plus d’imagination (on notera ici la présence d’une « meditation drum »). A la basse c’est Luis Manresa qui est, lui aussi, toujours là. Mais il y a cette fois l’excellente vocaliste antillaise Cathy Renoir, le rappeur Houston, le trompettiste Paul Garrett , lui aussi tout à fait remarqauble (tous les deux sont Américains), et enfin Prince Lawsha pour un thème (« Marius et Mamie ») où il intervient vocalement. Ce groupe, dans ses différentes compositions, offre des angles différents d’une même musique, d’une sorte de narration, faite de textes et d’harmonies, parfois bien différentes, toujours envoûtantes.

 

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 cristal-records-michele-hendricks-another-side-600x600-300x300 Akpé Motion

« Another Side » par Michele Hendricks

 

Si l’on aime le jazz vocal – comment ne l’aimerait-on pas ? – on adorera le disque signé Michele Hendricks et intitulé « Another Side » (Cristal Records / Sony Music).
La fille de Jon Hendricks (du fameux trio, vocal lui aussi, Lambert, Hendricks & Ross qui fit tant et si bien les beaux jours des années 50 à 70) nous offre ici ses propres compositions qui sont toutes de belles réussites, toutes émouvantes, entrainantes ou drôles.
La chanteuse est entourée du pianiste Arnaud Mattei, du saxophoniste Olivier Temime, du bassiste Bruno Rousselet et du batteur Philippe Soirat.

Et, tout cela – la voix de Michele, le quartet qui l’accompagne, le feu qui habite cette musique – éclate d’enthousiasme et nous offre ainsi un magnifique moment de musique.

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born-now-300x300 Alain Brunet

 

« Born Now » par Hussam Aliwat

 

Voici un disque fantastique. Dans tous les sens du terme ! Il y a dans ce « Born Now » Goya music productions / l’autre distribution), premier enregistrement du joueur de oud Hussam Aliwat des images de fantasmagories, d’imagination ultimes, de découvertes inespérées, des flots qui emportent ou qui apaisent. Souvent au même instant.

Dire qu’il s’agit là de jazz serait sans doute abusif. Mais qu’est-ce que le jazz ? Question sans réponse. Au point que certains de ses plus remarquables créateurs on refusé le terme… Alors…
En tout cas il s’agit ici d’une magnifique musique. Qui vous pénètre à chaque seconde, chaque mesure, chaque note, chaque silence. Peut-être. Elle est celle du oud mais aussi celle de deux violoncelles – ceux de Sary Khalifé et Raphaël Jouan – et d’une batterie, celle de Nicolas Goussot. Et enfin, celle de deux pianos : celui de Ayad Khalifé en introduction et celui de Hussam Aliwat pour conclure.

« Born Now » est une musique de partage, de mélanges, à partager, à écouter et à ressentir sans retenue : elle franchit les barrières car, avec elle, il n’y en a pas. Et surtout entre elle et ceux qui ont la chance de la découvrir, à qui elle est offerte, à qui elle se donne tout entière.

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« The Nearness Of You » par Marie Carrié

 

Marie Carrié, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, offrira une très belle surprise. La chanteuse d’origine antillaise, avec ce premier enregistrement, accompli une sorte d’exploit, presque un « coup de maître ». Elle nous propose une musique souvent intimiste, touchante, et qui parfois aussi entraîne l’auditeur vers des climats chaleureux. L’interprétation de « Don’t Blame Me » est ainsi un modèle de sensibilité.

La chanteuse est accompagnée d’Alex Golino (ts), Yann Penichou (g), Nicholas Thomas (vib), Fabien Marcoz (b) et Mourad Benhamou (dm).

« The Nearness Of You » (Black & Blue) est très beau moment de jazz. Tout simplement !

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zimmermann01102019-300x293 Benoït Delbecq
« Dichotomie’s » par Daniel Zimmermann

 

Le trombone n’est pas l’instrument le plus facile pour un leader. Mais voilà, tout au long de « Dichotomie’s » (Label Bleu / l’autre distribution) Daniel Zimmermann a fait le pari de l’audace, du courage, de l’invention, du saut au-dessus du précipice, par delà le feu ! Et c’est, là aussi, une très belle réussite.

Daniel Zimmermann est le compositeur, inventeur, improvisateur des neuf plages de cet enregistrement. Elles sont souvent stupéfiantes, elles sont parfois au-delà de ce que l’on attend et c’est ainsi, précisément, que l’on est à chaque fois emporté, séduit – peut-être parce qu’il y a ici un art de l’entrain mêlé sans cesse ou presque à celui de l’imaginaire, voire de la provocation, au sens étymologique ou non du terme – et c’est ainsi que l’on trouvera sans doute que « Dichotomie’s » pourrait ne jamais se clore, ne pas se terminer : parce qu’il n’y a pas de conclusion (même si le dernier titre évoque « Le monde d’après », se terminant, selon les mots du tromboniste lui-même par « un solo de saxophone basse sauvage ».

Autour de Daniel Zimmermann on trouve des musiciens de tout premier plan : Benoît Delbecq (p), Rémi Sciutto (bs) et Franck Vaillant (dm).

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« Fly Fly » par Céline Bonacina

 

Il aurait été bon, tant Céline Bonacina est une merveilleuse musicienne, d’écrire sur la même tonalité, à propos de « Fly Fly » ( (Cristal Records / Sony Music). Tel n’est pas le cas et c’est un grand regret.

Il y a une musique ici trop attendue. C’est sans doute plutôt le fait de certaines compositions que des interprètes eux-mêmes ; cela semble en tout cas, aller de soi. Le contrebassiste Chris Jennings et la saxophoniste sont les auteurs des treize plages du disque. La première de celle-ci évoque sans doute le séjour de Céline Bonacina dans l’île de La Réunion sur les pas de l’un de ses illustres prédécesseurs au conservatoire de Saint Denis, un autre saxophoniste, François Jeanneau. Elle y joue, outre de son saxophone baryton, du kayamb, instrument à percussion, qui donne beaucoup de sa « couleur » au maloya, la musique issue de ceux qui furent esclaves de l’île Bourbon, ancien nom de La Réunion. Même là, pourtant, Céline manque son but comme François Jeanneau, il faut bien le dire, avant elle avec un « Jazz Maloya » (Label Bleu) qui n’avait guère les couleurs de l’âme tropicale. Si l’on peut le dire ainsi…
Notons que Pierre Durand (g) et Jean-Luc Di Fraya (perc, voix) complète le quartet. C’est avec impatience, redoublée donc, que l’on attend le prochain disque de Céline Bonacina. Avant de l’applaudir dans l’un de ses concerts où se manifeste chaque fois, son enthousiasme et son ingéniosité…

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« Le Jardin » par Julien Dubois

 

Voici une heureuse surprise. Le quartet du saxophoniste Julien Dubois a entrepris un projet audacieux (au moins sur le plan conceptuel), celui d’explorer le concept, à moins qu’il s’agisse du mythe, du « jardin », qui de l’Eden ou de l’Arcadie, peut devenir « ouvrier », ou expérimentation de la permaculture…

On y trouvera donc « La tectonique des plaques » mais aussi des références à Icare ou à Sisyphe : où l’on se dit que cela est peut-être dangereux de vouloir mêler ainsi de hautes références culturelles à une musique qui n’en demande peut-être pas tant. Mais voilà, encore une fois, ce « Jardin »  (Déluge / Absilone et Socadisc), est une belle réussite musicale. Et l’on ne perçoit pas de déséquilibre entre l’intention « conceptuelle » et sa mise en harmonie, ou si l’on préfère, plus simplement, la musique elle-même.

Il y a chez Julien Dubois, compositeur comme interprète, du Steve Coleman – c’est une référence avouée depuis 2016, date de la création de son groupe à Bordeaux – mais aussi des « choses » qui viennent du rock et aussi de toute autre musique qui pourrait être « libre » en tout instant, dont la liberté, en tout cas, ne saurait être mise en cause. Puisqu’elle-même l’imposerait en quelque sorte à ses musiciens et la provoquerait chez celles et ceux qui la partageraient en l’écoutant, en la chantant.
Car dans ce « Jardin » on cultive certainement l’ai pur de la liberté, les parfums surprenants et entremêlés des fleurs  de toutes saisons et tous pays, mais aussi on chante. Et c’est Elise Caron qui y est conviée. On y danse assurément. Sylvain Rifflet (ts), à sa manière, nous y invite. Avec Simon Chivallon (Rhodes et synthés), Ouriel Ellert (elec b) et Gaétan Diaz (dm).

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« Épris par cœur » par Laurent Damont

 

C’est un autre très beau moment musical auquel nous convie le pianiste Laurent Damont avec « Épris par cœur » (lb records / Inouïe distribution).

Après avoir « voyagé » du côté de la pop music et même du hip hop, du rap avec Gaël Faye et de bien d’autres univers, le pianiste Laurent Damont a choisi pour son deuxième enregistrement (le premier « Inside » était épris de groove et de funk) de former un quartet à la composition originale. Autour du pianiste et compositeur se trouve le violoncelliste Guillaume Latil, le saxophoniste soprano Maxime Berton (qui joue également de la clarinette basse) et la percussionniste et chanteuse Natascha Rogers.

Toute la musique de Laurent Damont est d’une grande délicatesse, d’une intense beauté et d’un équilibre parfait. Si l’on attend beaucoup, là aussi, d’une réelle ambition, il n’y a aucune raison de ne pas pénétrer dès l’introduction (« Délivrance ») jusqu’à la clôture (« Rêve oublié ») dans cet univers à la fois chaleureux et chatoyant, toujours discret, peut-être trop rarement audacieux à dire vrai, mais si rempli de générosité, car à chaque instant, il rempli ses promesses.

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68752572_2497925450251201_6323122299952168960_n-300x300 Daniel Zimmermann

« Romantic Sketches » par Frédéric Perreard

S’il a commencé à étudier le piano et la musique classique à l’âge de quatre ans, Frédéric Perreard a vite choisi le jazz. Ce fut après avoir entendu Ahmad Jamal alors qu’il avait seulement neuf ans.

Mais ce choix n’oublie guère la musique romantique. Non pas parce que le titre de ce disque nous y aurait fait penser ou qu’il conviendrait de le justifier, mais bien parce qu’elle est souvent le fonds, la fondation du projet de ce pianiste de vingt-cinq ans. Et que cela s’entend. Au plus loin en arrière-plan. Et parce que cela, qui ne ressort peut-être pas (mais peut-être aussi) d’une volonté ou d’un choix délibérés, est une belle réussite. Il y a ici, à la fois, les couleurs de l’audace (musicale, bien sûr) et aussi celles des émotions, des passions, des sentiments.

Autour du pianiste et compositeur se trouvent deux fidèles : le batteur Arthur Allard et le contrebassiste Samuel F’Hima. Se joignent à eux  pour ce « Romantic Sketches » (Jazz Family / Socadisc) Irving Acao (ts), Hermon Mehari (tp), Baptiste Hrbin (as), Camille Durand (voc), Marie Tournemouly (cello) et Balthazar Naturel (fl, voc).

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71174057_2116729285288666_8068683007176736768_n-300x300 David Bressat

« True Colors » par David Bressat

Il a raison David Bressat de souligner que la musique est faite de couleurs. Comme un tableau, comme un paysage, comme une abstraction.

Ici se trouve, non pas la seule ressemblance entre ces deux manières de créer, d’inventer, de montrer, de dire, de parler, de s’exprimer, de faire ressentir, de susciter l’émotion, la passion, le désir…, mais plutôt quelque chose comme leur identité, un surgissement non seulement commun mais unique. (Incidemment c’est sans doute la raison qui fait que le langage des mots pour décrire la musique emprunte très souvent à la peinture et celui de la peinture à la musique.)

« True Colors », cinquième enregistrement – cette fois en public – du pianiste David Bressat a cette vertu de dire à la fois les couleurs de la musique mais aussi, si l’on veut bien l’entendre, la vérité de celles-ci. Ce ne sont les couleurs choisies par le compositeur et par son orchestre qui sont vraies alors que d’autres ne le seraient pas. C’est que la vérité est la couleur elle-même et que la musique vit ainsi : par les vibrations essentielles qu’elle transmet et dont, en même temps, elle se nourrit.
« True Colors » (Obstinato / Inouïe Distribution) est fait d’une musique variée, chatoyante, qui nous offre mille entrées, mille parcours, mille paysages. David Bressat s’y révèle une nouvelle fois un délicat instrumentiste, un compositeur – on l’a dit – très inspiré et aussi le leader d’un groupe tout à fait convaincant. « True Colors », c’est avec Charles Clayette (dm), Florent Nisse (b), Eric Prost (ts) et Aurélien Joly (tp, bugle).

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cristal-records-stephane-tsapis-le-tsapis-volant-375x375-300x300 Hussam Aliwat

« Le piano oriental » et « Le Tsapis volant » par Stéphane Tsapis

 

Il n’est pas lieu de s’attarder sur ces deux parutions, la première étant en quelque sorte la BO d’une BD (Casterman) et aussi la musique d’un spectacle qui en est issue.

Le pianiste Stéphane Tsapis est bourré de talent. Mais je n’arrive pas (je dois avouer ici mon incompétence à cela) à faire rentrer cette musique dans ces « Notes de jazz ». Il n’y a là aucune prétention et j’aurais peut-être dû être plus imaginatif et découvrir ce qu’il y avait dans ces deux enregistrements, celui-ci et « Le Tsapis volant » (Cristal Records / Sony Music) qui aurait pu retenir l’intérêt de celles et ceux qui sont habitués à cette chronique. On notera bien volontiers que Stéphane Tsapis, dans ce dernier opus, joue du piano mais aussi du piano oriental, du rhodes et du philicorda. Marc Buronfosse est à la contrebasse et Arnaud Biscay à la batterie, Neset Kutas joue les bendir, daf et darbouka. Ils accompagnent six chanteurs ou chanteuses.

 

 

 

 

 



Au programme! : duo, trio, quartet et deux big bands

 

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Stéphane Belmondo & Sylvain Luc : « 2.0″

Ils avaient déjà enregistré ensemble en duo à la toute fin des années quatre-vingt-dix. Vingt-ans plus tard (le titre de 2.0 serait-il ainsi explicité ?) les voici de retour. Il faut dire qu’ils s’entendent à merveille. Et sans doute encore mieux aujourd’hui qu’autrefois.

Ils ont composé, l’un ou l’autre ou tous les deux ensemble, douze des quatorze titres de cet album laissant la portion congrue à Stevie Wonder « Ribbon In The Sky ») et à Philippe Sarde (pour le thème du film de Georges Lautner « Mort d’un pourri » – 1977; avec Alain Delon et Ornella Muti, musique pour laquelle Stéphane Belmondo a repris l’accordéon de son passé !).

« 2.0″ est l’œuvre (naïve / believe), non seulement de deux musiciens qui s’entendent à merveille, mais qui aussi, avec une sérénité constante, une assurance de toutes les mesures, nous donnent à entendre et à partager des couleurs chatoyantes, des rythmes aussi vibrants que discrets, de très belles musiques toujours. Plus qu’avec habileté, avec intelligence et passion, avec le cœur comme avec la raison.

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Agora Quartet : « Secret de Polichinelle »

Afin qu’il n’y ait pas de malentendu, car ce n’est quand même pas un secret, de polichinelle ou non, l’Agora Quartet c’est sous la conduite du guitariste Yannick Robert, la réunion de Sébastien Charlier (harmonica diatonique), Diego Imbert (b) et Franck Agulhon (dm). A cela il faut rajouter la participation sur une plage de Jérôme Peyrelevade (harmonica).

En revanche, si ce n’est pas un secret c’est une injure ou même une insulte ! Que l’on se rassure toutefois, c’est pour rire. Et c’est le capitaine Haddock qui s’en charge alors que le premier thème de ce « Secret de polichinelle » (Alien Beats Records) s’intitule « Mille Sabords ». (En fait, ce n’est sans doute qu’une exclamation, un point ! c’est tout !)

Tous les thèmes sont écrits par les protagonistes et chacun d’entre eux portent des titres qui font rêver (« La reine des pluies », « Une semaine enfin », « A la bougie », « Nocturne Amalfi » en sont quelques exemples). Et c’est ainsi toute la musique d’Agora qui fait songer. Parce qu’elle est translucide, envoûtante, généreuse mais réservée et discrète. Juste, précise, délicate à chaque instant.

Il est plus facile de dévoiler un secret que l’on dit de polichinelle, mais enfin, il faut le dire, ce disque est un si heureux moment de musique qu’il faut le partager. On ne l’aimera que davantage.

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Yes ! Trio : « Groove du jour »

Ici aussi (voir Belmondo-Luc) nous sommes quelques longues années plus tard. Car ces musiciens hors pair se son connus et ont joué ensemble dès les années quatre-vingt dix. Ils ont maintenant une bonne quarantaine et font partie des plus talentueux de leur génération.
Yes!Trio est composé du pianiste Aaron Goldberg, du bassiste Omer Avital et du batteur Ali Jackson et tous trois nous offrent là un grand moment. Fait sans aucun doute d’un remarquable savoir-faire. Mais qui, sans le désir, sans la passion, sans les sentiments, les sensations, la joie de jouer, d’inventer la musique, ne serait pas grand-chose. A côté du bonheur communiqué, offert plutôt à chaque plage. Sauf l’excellent « Dr. Jackle » du bien trop méconnu aujourd’hui Jackie McLean qui fut le sideman de Miles Davis mais surtout un altiste exceptionnel.

Que ces trois musiciens aient des parcours de formation exceptionnels n’ajoute rien à ce que nous leur devons aujourd’hui. Il ne suffit pas d’une technique, il faut en soi une sorte de volonté de chaque seconde pour faire vibrer son instrument en offrant autant de passion que ce trio sait le faire. Si nous ne savons pas nous laisser emporter par ce « Groove du jour » (jazz & people) et, par exemple, par le titre éponyme ou par celui qui suit immédiatement qui s’intitule « Flow » c’est que personne ne peut plus rien pour nous ! Surtout que cet entrain n’a rien de prémédité, de calculé, de « racoleur ». Voici un superbe exemple du jazz dans sa vitalité essentielle.

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Abraham Inc. : « Together We Stand »

Il y a ici une énergie, un enthousiasme, une volonté tout à fait extraordinaires. Et c’est cela qui  emporte. La tension est toujours résolution mais que l’on passe par une porte, par un genre ou un style ou un autre, il n’y a jamais de quoi se lasser. Il y a des musiques qui sont ainsi. Qui privilégient en quelque sorte cette « philosophie musicale ». Même « Lullaby For Charlottesville » qui débute sur quelques mesures  que l’on pourrait dire nostalgiques est ainsi : il faut qu’il y ait, ici, un flux incessant, plus puissant que tout.
C’est la marque, l’identité de ce groupe qui est basé sur le trio du clarinettiste klezmer David Krakauer, du tromboniste funk Fred Wesley et de Socalled (Josh Dolgin) un maître des samples. Avec huit autres instrumentistes – basse, batterie, deux guitares, deux saxophones, une trompette et un autre trombone pour faire un bon compte; sans oublier trois voix pour trois plages de rap !

« Together We Stand » (Label Bleu Amiens / L’Autre distribution) se proclame comme un exemple, celui des cultures, des origines, des religions, des pensées comme des croyances, des couleurs aussi, toutes mélangées, toutes faites pour être ensemble et s’enrichir mutuellement.

Outre que la musique fait preuve d’une force d’entraînement, on se laisse de toute évidence emporter par un tel programme.

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Dal Sasso big band : « The Palmer Suite »

C’est une drôle d’histoire que celle de cet enregistrement. Dont on peut dire, pour la résumer, qu’il s’agit d’une commande d’un grand cru du bordelais – château Palmer – pour célébrer en 2014 son bicentenaire. Chaque thème fait ainsi référence à un épisode plus ou moins heureux (tous ne le sont pas) de la vie du domaine.
Peut-on considérer la musique en fonction de telle inspiration ? Sans doute pas. Le jazz peut-il être descriptif (car c’est bien de cela qu’il s’agit) ? C’est plus que douteux.

Mais ces interrogations ont-elles une véritable importance ? En écoutant le big band du flûtiste Christophe Dal Sasso on peut dire sans grand risque que non. L’orchestre est flamboyant et précis, méticuleux même. Comme les compositions qui sont toutes du leader. Comme chacun des musiciens. (On peut citer parmi tous ceux-ci Julien Alour (tp), Quentin Ghomari (tp), Denis Leloup (tb) Sophie Alour (ts, cl, fl), David El-Malek (ts), Thomas Savy (ts, bcl), Pierre de Bethman (p), Manuel Marchès (b).

Ainsi « The Palmer Suite  » (jazz&people / PIAS) est-elle est un très bel ouvrage. Les couleurs sont souvent chatoyantes, l’ensemble réellement chaleureux comme un bon vin (reprenons le thème, comme métaphore cette fois), et, ni la musique, ni l’orchestre n’auraient à rougir de comparaisons avec d’autres formations parmi les plus prestigieuses.

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Goran Kajfes Subtropic Arkestra : « The Reason Why Vol.3″

J’ai toujours des scrupules et ainsi j’aurais pu « oublier » de parler de cet enregistrement : contrairement aux apparences, peut-être, je n’aime pas tout ce que j’écoute. Et, si je ne peux pas et ne veux encore moins dire que ceci ou cela, ce n’est pas bien (de quel droit ?), peut-être vaut-il mieux se taire. Mais ici, pourquoi ? Non pas que cette musique, que ce disque (Cristal Records) soit sans intérêt. Il ne l’est pas. Et il y a quelques plages, ou quelques propos qui sont très réussis. Mais il arrive que l’on s’ennuie ou bien que l’on trouve que cela on l’a déjà entendu. Il y a parfois longtemps. On se réjouit de belles images, l’instant d’après. Mais cela ne suffit pas. Et puis, le principe de mélanger ceci avec cela ou bien encore avec autre chose n’a-t-il pas ses limites. La référence de l’Arkestra à Sun Ra ne change rien à l’affaire et même pourrait aggraver la chose, le roi soleil n’ayant pas toujours enchanté mes oreilles… chacun à ses faiblesses.



Quatre découvertes

Après la pause estivale en matière de discographie, c’est par quatre découvertes heureuses que nous pouvons reprendre ces chroniques.
Les suivantes s’avèrent, elles aussi, particulièrement passionnantes.
Et, si d’aventure, l’une ou l’autre ne l’était pas, peut-être préfèrerions-nous ne pas la signaler…
N’est-ce pas une heureuse façon d’être optimiste ?

 

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Voici trois jeunes femmes qui surprennent. Par leur talent. Par leur capacité à inventer des musiques, à créer souvent de nouveaux univers vocaux, accompagnées presque toujours par une seule contrebasse et une seule percussion.

On doit ainsi souligner que si l’introduction de « Dièse 1″ (CQFD / L’Autre distribution) avec « Don’t Cry For Louie » de Vaya con Dios ne nous égare pas, les compositions signées par l’une ou l’autre de ces vocalistes (cinq sur douze titres de l’album) sont particulièrement étonnantes et là réside sans doute leur plus remarquable travail. Mais qu’elles aillent du côté de Sting,, d’Abbey Lincoln, de Vinicius de Moraes ou de quelques autres, elles nous y conduisent chaque fois avec une sorte d’audace et d’inventivité rares.

Mélina Tobiana, Laurence Ilous et Léa Castro font preuve d’une intense imagination qu’elles traduisent, mettent en scène, nous font entendre si l’on veut le dire ainsi, à chaque mesure, à chaque note, sans mesure précisément et nous voici sous le charme d’une musique le plus souvent joyeuse et vibrante. Et l’on n’a pas envie que cela s’arrête.

A cette création viennent apporter plus qu’un support, un véritable équilibre, le contrebassiste Martin Guimbellot et le percussionniste Nils Wekstein. Et, pour ce qui constitue peut-être le point central de cet enregistrement, la pièce la plus remarquable car la plus surprenante, la plus originale, signée de Laurence Ilous, « Shadows And Fogs » il y a aussi Octavio Angarita (violoncelle) et Antoine Delprat (violon). Pour le très beau « Throw It Away » d’Abbey Lincoln il y a les couleurs discrètes du saxophone de Stéphan Moutot. Enfin le piano d’Édouard Monnin rejoint le quintet pour conclure superbement par « Ezuz », une pièce au climat si singulier, signée par Mélina Tobiana.

Il faut écouter Bloom pour s’ouvrir avec une sorte de bonheur serein, simple, mais fait de mille couleurs, à une musique si généreuse.

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Jean-Sébastien Simonoviez et Jakob Dinesen : Spirits Of The Waterfall

 

Jean-Sébastien Simonoviez est aussi habile comme trompettiste  que comme batteur ou comme pianiste. Mais c’est à coup sûr avec son clavier qu’il nous a donné et nous donne encore – cet opus en est bien la preuve – le meilleur de lui-même, toute sa richesse.

Pour ce très beau « Spirits Of The Waterfall » (IMusician / Hâtive) il a rencontré un saxophoniste qui partage, c’est certain, beaucoup de l’esprit qui l’habite, Jakob Dinesen. Ce dernier est sans doute l’un des jazzmen danois les plus réputés aujourd’hui. Il a joué avec Paul Motian, Kurt Rosenwinkel, Ben Street, Eddie Gomez, Steve Swallow et bien d’autres.

Mais ici, tout se passe comme si Simonoviez et lui étaient faits l’un pour l’autre. En tout cas, l’un avec l’autre, l’un et l’autre, et ils nous offrent ainsi une œuvre exceptionnelle. Faite de sérénité, de tranquillité, parfois d’une sorte d’inquiétude que l’on croit cependant apaisée, fluide. Et l’on entend sur ces sept plages qui composent « Spirts Of The Waterfall », toutes sauf une (« Here’s That Rainy Day ») signées par le pianiste ou par le saxophoniste à moins que ce soit par les deux à la fois, une sorte de volonté. Celle, sans doute, de donner la musique, de l’offrir à tout instant, non comme un bien à partager mais comme cela même qui est un cadeau, une « chose » qui n’existe qu’en tant qu’elle est offerte.

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1566471165_615kqwbyrql-300x300 Hugo Lippi

 

Hugo Lippi : « Comfort Zone »

« Comfort Zone » s’ouvre sur un « Manoir de mes rêves », le thème composé par Django Reinhardt, d’une beauté voilée, comme si une sorte de brume envahissait le monde. On pourrait se dire, pour servir la métaphore, que la zone de confort se situe en effet dans un pays calme, sans vent et sans outrages des météores. On pourrait se dire que ce qui se joue n’est rien d’autre qu’une sérénité, qu’une sorte « d’abstraction » du monde, une façon de se tenir en retrait. Mais n’est-ce pas le contraire qui nous est proposé ? Au-delà de cette apparence le confort n’est-ce pas ce qui est inatteignable ? Et le calme, la sérénité, la beauté tranquille ne sont-ce pas là que des illusions ?

« Comfort Zone » (Gaya music productions / L’Autre distribution) est sans cesse empreint de climats souvent différents mais qui ont en commun une clarté, une lumière qui, pour être différentes n’en sont pas moins certaines. La réussite de cette musique, mélange de pièces signées du leader, le magnifique guitariste britannique Hugo Lippi, et de standards (Chick Corea, Billie Holiday ou Eddie Harris, parmi d’autres) provient sans doute aucun de ces mélanges, souvent au bord du déséquilibre, toujours harmonieux cependant. Le confort est toujours un inconfort assurément…

Le concours de Fred Nardin au piano, de Ben Wolfe (b) et de Donald Edwards (dm) – ces deux derniers compagnons de Wynton Marsalis – assurent encore au décidément excellent Hugo Lippi, à défaut d’une « zone de confort » inamovible de nous offrir un jazz éclairé, scintillant et ainsi une nouvelle ouverture musicale sur le monde. Rien en effet de certain dans cela. Sinon le jazz serait-il lui-même ?

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Leïla Olivesi : « Suite Andamane »

 

Leïla Olivesi a déjà fait de longs voyages. Dans la musique (elle a débuté sur scène alors qu’elle n’avait que treize ans), sur les chemins qui vous conduisent de festival en festival, de salle en salle (ce ne sont pas ceux qui vous apprennent le moins), avec des compagnons d’aventure et des compagnes d’expériences. Elle a aussi fait un voyage dans la mer d’Andaman et sans doute dans les quatre îles du même nom. C’est du côté de la Thaïlande et de la Birmanie. L’écrivain Joseph Conrad aurait pu y passer au temps où il n’était encore qu’un marin parcourant l’Extrême-Orient.
Leïla, de ces petites îles comme perdues dans ce qui n’est que la partie indienne de l’Océan de notre planète, a ramené une « Suite Andamane », précisément en quatre mouvements, aux titres merveilleux et songeurs : « Jeu de vagues », « Le chemin du Levant », « Fleur Andamane » et « La course du ciel ».
Mais surtout elle ramené ou plutôt construit, puis réalisé un disque de haute valeur, qui, du début (le célèbre « Satin Doll ») jusqu’à la fin, est en tout point une réussite. Parce que la musique qu’elle a composé est faite de mille attentions, qu’elle ne craint à aucun moment l’ambition, la cohabitation de climats différents qui n’en demeurent pas moins harmonieux entre eux à chaque mesure. C’est ainsi qu’elle a à la perfection créé un univers multiple, varié, très singulier.

Elle est accompagnée pour cette « Suite Andamane » (Attention Fragile & ACEL / L’autre distribution) de la chanteuse Chloé Cailleton (mention spéciale !), de Quentin Ghomari (tp, bugle), Baptiste Herbin (as,fl), Adrien Sanchez (ts), Jean-Charles Richard (bs), Glenn Ferris (tb), Manu Codjia (g), Yoni Zelnik (b) et Donald Kontomanou (dm)

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Jazz en Tech : l’été au sud, la musique partagée, outre la frontière

 

Prats de Mollo

Prats de Mollo

Du 19 juillet à Saint Cyprien jusqu’au final le 1 août à Corsavy, le jazz emplira les cœurs dans la vallée du Tech.

Cette région, d’une grande beauté naturelle, se trouve dans les Pyrénées-Orientales et borde la Catalogne espagnole.
Cette année, le jazz se fera ainsi « transfrontalier » – si tant est que la frontière existe véritablement entre les habitants de cette région, de part et d’autre d’une ligne plus politique et imaginaire que réelle et vivante.
Mais, bref, il en est ainsi, et le jazz qui se joue comme toujours de ce qui semble fixe, de ce qui paraît comme une règle, a réussi le pari de se jouer des limites.

Il était attendu que cette nouvelle édition poursuive son chemin tout tracé dans la vallée du même nom mais il est allé voir « de l’autre côté » dans les vallée du Ter et de la Muga comment les partages pouvaient avoir lieu.

Maçanet de Cabrenys

Agullana

Ainsi, outre des concerts à Agullana (à 22h le 20/0è) avec Lisa Jazz Trio, à Camprodon (19h le 21/07) avec Rita Payes et Dmitry Bavesky et à Maçanet de Cabrenys ( à 22h le 28/07) avec le quartet de Cathy Heiting, il y aura une journée exceptionnelle le samedi 27 juillet.
Celle-ci débutera à 8h du matin à Mollo pour suivre l’un des itinéraires les plus tragiques de l’Histoire contemporaine, celui de la « Retirada » dont on honore cette année le quatre-vingtième anniversaire. Franchissant  à pied le col d’Ares depuis le village de Mollo les musiciens et les randonneurs arriveront (après plusieurs haltes !) Prats de Mollo vers 18h. Là aura lieu le concert d’Akpé Motion, le groupe du trompettiste Alain Brunet, dont la musique porte le titre si approprié de « Migrations ».

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Tout le programme du festival Jazz en Tech (et bien davantage) se trouve ici (on peut aussi réserver : il y a des concerts à Saint-Cyprien, Céret, Saint-Génis-des-Fontaines qui est depuis longtemps le cœur initial du festival, Le Perthus, Banyuls dels Aspres, Collioure et Corsavy comme il a été dit)
Tout pour un été en jazz, heureux et fertile.

https://www.jazzentech.com/

 

 

 



les notes de l’été

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Au moment où la météo se met au beau et à la chaleur (sans parler du réchauffement décrit par les experts du GIEC et qui nous inquiètent tant) il est – comment dire ? – de bon ton que la musique « s’y mette aussi » !

Voici sans doute pourquoi les premiers enregistrements  évoqués aujourd’hui ont une source tropicale et donc exotique, vus de l’hexagone en tout cas.

Les rythmes et les couleurs venues du Capricorne ou du Cancer ont fait depuis longtemps bon ménage avec le jazz. Ils l’ont souvent nourri, lui qui ne sait jamais trop où il habite – c’est même ce qui le définit peut-on dire sans grand risque de se tromper et de faire soi-même fausse route.

 

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Tropical Jazz Trio

 

Sous ce nom qui dit bien ce qu’il veut dire – « Tropical Jazz Trio » – (CD French Paradox / L’Autre Distribution) il s’agit ici de la dernière production du contrebassiste Patrice Caratini associé au pianiste Alain Jean-Marie et au percussionniste Roger Raspail. Ces trois là se connaissent depuis longtemps, depuis une cinquantaine d’années à dire vrai. En tout cas, pas bien loin. Ils ont cheminé ensemble ou chacun de son côté au gré des époques du jazz comme le souligne avec une certaine nostalgie, une certaine émotion aussi, Patrice Caratini dans le texte de présentation. Ils sont de magnifiques musiciens et ils n’ont pas besoin de forcer le trait, de jouer des rythmes « endiablés » et de sonner si « tropicaliste » que cela, comme l’on dit parfois, pour nous faire goûter à la beauté d’une musique généreuse mais aussi toute de retenue et d’émotion plutôt que d’enthousiasme apparemment inextinguible. On entendra aussi deux thèmes qui n’ont pas grand chose à voir avec au moins ce que l’on pourrait appeler « la source » tropicale, le « Limelight » de Charles Chaplin et « Le temps des cerises » plus printanier qu’estival. Plus révolutionnaire peut-être aussi. Sauf le respect que l’on doit à l’histoire de Cuba, pays qui a tant donné au jazz.

 

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Akoda : Musik pou lo kèr

 

Valérie Chane Tef est Réunionnaise (rappelons au passage que l’île de La Réunion est située à l’ouest de l’océan Indien mais à l’est de la métropole, qu’elle est un joyau français dans l’hémisphère sud bien loin donc des Antilles). Valérie est la créatrice du groupe Akoda qui, outre la pianiste, compositrice, chanteuse, réunit Benjamin Pellier (basse, chœurs) et Franck Leymerégie (percussions, chœurs). Et si le titre de cet enregistrement s’écrit et se chante en créole réunionnais, si le groupe reprend « Batarsité », le thème emblématique du chanteur emblématique de La Réunion, l’immense et intense Danyel Waro, on ne peut cependant pas dire que le maloya, voire même le séga (musiques traditionnelles de La Réunion) soient des musiques très présentes dans ce bel album, extrêmement soigné, enthousiaste souvent, qu’est « Musik pou lo kèr » (Déclic Jazz / L’Autre distribution).

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On entend surtout l’influence qu’Alain Jean-Marie a sur Valérie Chane Tef. Comme Omar Sosa, Mario Canonge ou Tania Maria. On entend donc davantage de biguine ou d’ « afro » que la musique propre à La Réunion. Il est vrai que quelques grands anciens se sont un peu cassés les dents sur des versions jazz du maloya. on peut ainsi penser à François Jeanneau, il y a déjà bien longtemps, lui qui avait pourtant expérience et talent.

Mais chose que l’altiste Gaël Horellou a en revanche parfaitement réussi. Avec l’aide de quelques musiciens réunionnais de tout premier plan. Et ceci de façon assez récente
Faut-il regretter ce qui est peut-être une hésitation ?

Peut-être faut-il regretter aussi une grande sagesse (ou plutôt une grande retenue) dans l’écriture de quelques thèmes ? Il n’en reste pas moins qu’Akoda est une très belle découverte.

 

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Romano Pratesi : Frizione

 

Si les rythmes que l’on dit « tropicaux » ne sont pas ici de la partie, l’esprit « latino », lui est bien présent. Même si les musiciens qui entourent le saxophoniste ténor et clarinettiste (basse) Romano Patresi sont plus des aventuriers de tous bords que proprement des enfants de l’Italie. Ils se nomment, les « gaillards » de cette aventure fort dynamique, Glenn Ferris (tb), Hasse Poulsen (g, mandoline), Stéphan Oliva (p), Claude Tchamitchian b) et Christophe Marguet (dm).

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Il y a dans la musique de « Frizione » (Das Kapital Records / L’Autre distribution) à la fois l’intelligence créatrice dont chacun des protagonistes nous a depuis longtemps donné mille preuves et une espèce de joie dansante, au tour et détours de quelque envolée audacieuse. Cela constitue une sorte de somme d’une grande clarté, d’une envergure rare (encore que lorsqu’on connaît les exploits de ces musiciens on peut ne pas s’en étonner), et donc un moment musical enchanteur… qui, sans être de nature « tropicale », en a l’enthousiasme, la vitalité, et comme de surcroît la puissance de l’inventivité.

 

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Jean-René Mourot & Marc-Antoine Schmitt : Musiques de salon

 

C’est une autre histoire que celle que nous content le pianiste Jean-René Mourot et le contrebassiste Marc-Antoine Schmitt. Cela, comme le titre de cet enregistrement qui sortira sous forme digitale d’abord le 28 juin l’annonce, se présente comme une » musique de salon. » (Les productions du pavé / Absilone Technologies)

Peut-être en un double sens : elle a été enregistrée dans le salon de Jean-René. Mais ce serait là comme une sorte de plaisanterie s’il suffisait de s’en tenir à cette « vision » des choses. Car on est plus près, musicalement s’entend, du recueillement de chaque instant et donc de chaque note, comme de chaque silence, que peut évoquer l’intimité du lieu ou surtout de la musique. Intimité qui n’est pourtant que la conséquence assurément, bien plutôt que la cause, de cette musique dont chaque articulation est une sorte de don. En ce sens même qu’il n’y a pas une note qui ne semble réfléchie, non pas pensée comme une sorte d’abstraction d’abord, qu’il conviendrait de réaliser ensuite. Ou enfin. Mais plutôt comme un engagement de soi. Des deux protagonistes en l’occurrence. C’est dire que – même si l’un des titres est celui de « Bégaiements » – il n’y a rien de redondant, rien de trop, et que surtout rien ne manque à cette musique dans sa simplicité, dans sa beauté.

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Loïs Le Van : Vind

 

Il s’agit ici d’une sorte de tentative de créer une œuvre qui soit autant poésie que musique. Non pas une poésie mise en musique, ce qui serait banal. Mais une sorte de confusion, plutôt même que d’une fusion qui ferait courir le risque d’un mélange par trop indistinct. Le trio du chanteur Loïs Le Van (lui-même, la pianiste Sandrine Marchetti et l’excellent guitariste Paul Jarret) est en fait un quartet car il faut intégrer à ce groupe Laura Karst qui a composé les paroles.
« Vind » (Cristal Records / Sony Music Entertainement) est une suite de douze thèmes composés pour neuf d’entre eux par le chanteur, les trois autres l’étant par Paul Jarret. Toutes les paroles sont donc de la plume de Laura Karst. Et toutes nous parlent. Et réussissent à nous parler dans cette unité qu’elles forment avec la musique, sans que l’on distingue bien sûr la voix de Loïs Le Van de celle-ci (ni de la musique elle-même, ni des paroles, ni de « l’unité » ainsi constituée).
Sans doute est-on loin désormais des climats moites et tropicaux évoqués en introduction.

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(photographie Shelomo Sadak)

On est plus près de la lumière du nord de l’Europe quand celle-ci est claire, immobile et transparente. Parfois même lorsqu’elle est empreinte de brumes opaques et de pluie ou de neige et de glace. Ou lorsque le vent dérange l’espace.

« Vind » est assurément un « projet » poétique. Il est dans la ligne d’un travail antérieur entrepris par Loïs Le Van et Sandrine Marchetti autour de l’écriture de ‘l’un des plus grands auteurs de notre temps, le poète suisse Philippe Jaccottet. Il fait de cet enregistrement quelque chose de singulier, de rare. C’est ainsi que l’on doit l’entendre. Pour l’aimer pleinement.



Treize musiques du printemps

 

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Leïla Martial : Warm Canto

 

Leïla Martial nous poursuit ! La précédente chronique se terminait à peu de choses près sur un enregistrement où elle se retrouvait invitée, celui du Odil Quintet.

La voici aujourd’hui, pleinement elle-même. Pour une musique rare, brillante, scintillante, éclatante. Étonnante tellement elle est envoûtante.

Voici une musique hors de tous les chemins connus et souvent inconnus. Voici un monde d’inventions, de mystères, de secrets que nous pouvons soudain découvrir et partager, dont nous pouvons aimer les lueurs saisissantes, les images irréelles et vivantes.

Leïla Martial  a créé avec « Warm Canto » (Label Laborie/Socadisc) une œuvre d’une beauté intense. Comme aucune vocaliste n’a su le faire depuis longtemps.

Bien sûr on ne trouvera pas ici beaucoup de référence aux standards, au « jazz », ou à l’inverse presque, à la « pop music » comme dans trop d’autres cas où il peut y avoir tant de déceptions. On n’invente pas une telle musique en étant fidèle à d’autres. On le fait en l’étant d’abord et presque exclusivement à soi-même. En se découvrant, en s’exposant, en donnant tout ce qu’il est possible.

Avec ce troisième enregistrement depuis « Dance Floor » en 2012 (pour le label Out Note Records, à l’initiative de Jean-Jacques Pussiau dont on ne dira jamais assez – mais le dit-on souvent, parfois, encore ? – ce que ce producteur/inventeur/magicien a apporté au jazz) Leïla Martial, avec Éric Perez (dm, voice) et Pierre Tereygeol (g, voice) nous offre avec « Warm Canto » un monde admirable et inouï. Incomparable.

 

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Naima Girou : Sea Of Red

 

Naima Girou est une autre aventureuse musicale. Elle aussi, comme Leïla Martial, est une chanteuse. Et elle joue en même temps de la contrebasse.  Avec « Sea Of Red » le Naima Quartet (Inouïe distribution) fait une brillante arrivée dans la production discographique – c’est son premier disque. Après un premier prix et un prix du public au Crest Jazz Vocal 2017. Et cela n’est pas « volé ». Bien au-dessus de beaucoup d’autres « vedettes » dont on nous dit qu’elles sont toutes extraordinaires. Mais qui nous surprennent rarement. Ou même qui n’ont pas la moitié, ou le quart… ou moins encore (il ne s’agit pas de compter) du talent de Naima et de ces trois camarades.

Les créations sont colorées, avec d’intenses nuances, avec passion et c’est ainsi alors qu’elles passionnent l’écoute. En touchant au cœur. Les références (Burt Bacharach, Irving Berlin, Charles Mingus pour les compositeurs) ne sont pas des « revisitations », ni des « hommages » mais des créations à part entière. Et tout ceci est très souvent grisant, réalisé avec une attention extrême, un soin de chaque note, une passion vibrante.

Jules Le Risbé p), l’excellent guitariste John Owens et Thomas Doméné (dm) accompagnent une jeune chanteuse qui ose avec art, avec un très beau talent, une musique de haute valeur. Qui enchante sans cesse.

 

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Vincent Bourgeyx : « Cosmic Dream »

 

« Cosmic Dream » (Paris jazz Underground/L’Autre distribution), le titre de cet album du pianiste Vincent Bourgeyx, évoque peut-être cette idée qu’un rêve, « par nature », ou par définition si l’on préfère, relève de l’univers tout entier. C’est là une idée d’autant plus fertile qu’elle est correspond aussi sans doute à ce qu’est la musique : une façon de rencontrer le réel par le mystère et par l’invisible.

Dans ce disque se côtoient parmi quinze thèmes, quatre standards et donc onze compositions du pianiste. Cela, il faut le souligner, sans aucun dommage pour ces dernières qui sont toutes empruntes de très belles lumières.

Pourtant on peut regretter une absence de surprise, des couleurs vraiment inédites. Tout ici est impeccable, il faut le souligner, mais rien n’est non plus exceptionnel. Le saxophoniste David Prez qui dispose d’une belle sonorité avance sur des chemins bien tracés. Le bassiste Matt Penman, par ailleurs membre du groupe « James Farm » de Joshua Redman, comme l’excellent batteur Obed Calvaire qui accompagne souvent Dave Holland ou Chris Potter sont parfaits.

 

 

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Corentin Rio Orphéon : « Au milieu des choses »

 

Cela commence par un thème emprunté à Purcell et transformé par l’imagination du batteur Corentin Rio et de ses amis de « L’Orphéon ». Et « Au milieu des choses » (Absilone/Socadisc) se poursuit par une composition de la chanteuse « hors normes » Ellinoa, puis par cinq autres pièces qui sont toutes l’œuvre du leader. Elles portent toutes de beaux titres comme par exemple « Soudain, hier », « Les beautés moindres » (avec l’excellente violoniste Fiona Monbet) ou le mystérieux, intrigant et surtout magnifique « Dear Clara Freud » qui clôt trop tôt cet enregistrement.

Ici, rien ne ressemble à rien ! Tout est nouveau, tout est hors de l’ordre. Mais rien ne jure quand tout affirme. Mais tout, cependant, y est familier car tout est pesé, tout est le fruit d’une réflexion, d’émotions, d’attentions parfois infimes et alors si précieuses. Il y a, si l’on peut dire ainsi, « au milieu des choses » tant et tant de reflets, d’éclairs, de délicatesses, de caresses, d’affirmations, de volontés ! Et c’est une joie alors de voyager avec Corentin Rio que l’on avait déjà connu aux côtés du pianiste Armel Dupas pour un très réussi « WaterBabies ». C’est une chance de découvrir des musiciens aussi remarquables que ceux qui l’accompagnent ici : David Fettmann (as, ss), Roman Cuoq (ts), Federico Casagrande (g) et Leonardo Montana (p, Fender Rhodes).

 

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« … Et autres chants d’oiseaux »

 

Ce sont des compositions de Pascal Berne (b), Michel Mandel (cl) et François Raulin (p). Mais ce sont peut-être, comme leur nom l’indique, des chants d’oiseaux, des « musiques naturelles »… ou bien c’est la nature elle-même qui chante. Et qui nous enchante. Bien sûr.

Il y avait eu « El cant dels ocells » le chant traditionnel catalan joué par Pau Casals devant l’Assemblée des Nations Unies, et bien d’autres musiques d’un passé plus lointain ou alors contemporaines comme celle de Messiaen, il y a maintenant, dans une autre perspective sans doute, cet ouvrage que l’on pourrait dire « impensable » qui répond au nom lui-même très étrange de « … Et autres chants d’oiseaux » (Label Forge/Inouïe distribution).

On y entendra, il faut le souligner, Jean-Philippe Rameau, Dave Holland, Duke Ellington et Billy Strayhorn ou encore Lennie Tristano.  Mais la plupart des compositions sont l’œuvre des musiciens de ce groupe dont on ne peut dire qu’il se soit baptisé puisque seul le titre de l’enregistrement lui-même apparaît. On peut imaginer pourquoi et c’est peut-être là qu’il y a une sorte de manque ou de défaut, quelque chose qui fait défaut si l’on peut dire : parce qu’il s’agit d’une « expérience » qui a sa propre limite n’étant sans doute pas destinée à être poursuivie. C’est peut-être là le paradoxe d’une musique qui trouve sa racine fondamentale dans le chant des oiseaux de la nature, c’est qu’il y a là quelque chose que l’on pourrait dire « artificiel ». Il n’empêche qu’il y a dans ce moment musical beaucoup de très belles choses. Alors on aimerait bien que le plaisir que nous ressentons à son écoute se renouvelle un jour.

Avec Pascal Berne(b), Bernard Fort (électroacousticien), Michel Mandel (cl), Jean-Marc Quillet (perc, accordéon), François Raulin (p, m’bira) et Guillaume  Roy (alto).

 

 

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Tristan Mélia : « No Problem »

 

Le problème, précisément, avec la formule du trio piano/contrebasse/batterie c’est le trio ! Il n’est pas si facile de constituer un vrai trio, c’est-à-dire de trouver trois musiciens qui, à la fois, inventent une musique (fût-elle celle de standards) et soient en même temps une formation originale et dont l’entente, l’équilibre soit de tous les instants.

C’est un peu comme si Tristan Mélia s’était lancé un défi en débutant la partie par le thème de Duke Jordan « No Problem » (Jazz Family CDZ Music) et en en faisant le titre de son premier enregistrement.

De ce qu’il appelle son « premier pas » il faut dire tout de suite qu’il est très réussi. Mais cette formulation, il faut aussi en convenir, est bien inférieure à ce qu’il faut dire de la clarté qui jaillit, surgit ou simplement apparaît dans une sorte de pure sérénité de chaque instant de cet enregistrement.

On ne trouvera pas ici une invention musicale radicale, nouvelle, révolutionnaire. Mais on ressentira mille émotions, mille saveurs, mille parfums, mille sensations. On sera soi-même comme appelé par la beauté, la qualité du son, l’intelligence de la pensée qui anime de bout en bout la musique que nous offre Tristan Mélia avec Thomas Bramerie (b) et Cedrick Bec (dm).

 

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Joachim Cafonnette : « Vers l’azur noir »

 

Cela commence par un titre – « Vers l’azur noir » – (Neuklang Records) en référence poétique à Arthur Rimbaud. Et, cela continue ainsi de bout en bout. Tant la musique est à la fois mystérieuse et transparente, claire et légère, mais aussi chargée de tous les saisissements de la vie.

On pourrait faire ici la même remarque que pour le disque de Tristan Mélia puisque le trio piano, basse, batterie, composé (dans l’ordre) du Belge Joachim Caffonnette, d’Alex Gilson et de Jean-Baptiste Pinet est un modèle d’ordonnance, de stabilité, d’harmonie. Y compris lorsque l’intention musicale vise le drame des migrations à travers la Méditerranée parfois rageuse (« Tripoli’s Sorrow »). Autant lorsque « Inner Necessity » fait référence au peintre Kandinsky. Autant lorsque le trio reprend « Monk’s Dream ». A chaque pas il en est ainsi.

Joachim Caffonnette et ses amis offrent ici un travail d’une grande densité, d’une maîtrise remarquable et d’une force vitale lumineuse.

 

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Maher Beauroy : « Washa ! »

 

Sous l’égide de Jacques Schwarz-Bart qui fut son professeur au Breklee College Of Music, le pianiste martiniquais Maher Beauroy, avec « Washa ! » (Déclic Jazz, Aztec Music/Pias) nous propose des musiques souvent, au sens propre, extraordinaires. Là est tout l’intérêt de cet enregistrement presque toujours surprenant. Heureusement étonnant, inattendu. Parfois de façon tout à fait stupéfiante et il en est ainsi à l’ouverture qui répond au titre de « Divin Mirage ». Les orchestrations renforcent l’intérêt et multiplient les côtés étranges qui apparaissent maintes fois dans la plupart des titres. Il y a aussi des phrases plus convenues. Et lorsque Maher Beauroy chante, il convainc moins que lorsqu’il « dirige » son groupe composé de Lucy Clifford (b), Jessie Cox (dm), Antoine Beux (v), Julian Velasco (vib, bongos), Adriano DD Tenorio (perc).

 

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Magic Malik : « Jazz Association »

 

Quand on a la chance de découvrir un disque comme celui-ci, cela rassure. Cette remarque n’est pourtant sans doute valable que pour les « anciens » ou pour celles et ceux, plus jeunes, qui auraient une affection particulière pour les musiciens de la deuxième moitié du XX° siècle…voire au-delà !

Il est en effet réjouissant de voir les musiques de Clifford Brown, Sonny Rollins, Wayne Shorter, John Coltrane, Kurt Weill, Thelonious Monk, Rogers & Hart (cités par ordre d’apparition) visitée par le flûtiste Magic Malik dans « Jazz Association » (jazz&people/Pias).

Magic Malik a souvent varié sa voie et c’est là l’une des sources de sa réussite car il a su chaque fois faire preuve d’un grand élan, d’une véritable force d’inventivité.

Ici, la surprise c’est surtout de le voir intervenir sur ce répertoire, ce qu’il fait avec sagesse, avec juste ce qu’il faut pour lui donner de nouvelles lumières, de nouveaux éclats. C’est ainsi que le plaisir ne nous quitte pas d’une phrase à l’autre, d’un thème à l’autre. Et que celui qu’il signe sous le titre de « Lelola » s’intègre avec perfection dans l’ensemble.

Le groupe est constitué, outre le flûtiste (et parfois vocaliste), d’Olivier Laisney (tp), Maxime Sanchez (p), Damien Varaillon (b) et Stefano Lucchini (dm).

Sans évoquer quelque autre groupe du passé, ce retour à des standards et à des compositeurs qui ont marqué leur époque de façon si considérable est comme une nouvelle vie, différente, qui se présente à nous et qui nous montre que lorsque la musique est juste elle le demeure quels que soient les épisodes de sa vie, quel que soit son avenir.

 

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Mario Stantchev : « Musica sin fin »

 

Est-ce le titre de cet enregistrement solo du pianiste Mario Stantchev, « Musica sin fin » (Ouch Records) mais c’est précisément toute sa musique qui ne se finit jamais. Peut-être est-ce le destin de la musique tout entière ? Celui d’échapper au temps qui passe ! Cela est bien possible. Mais ce n’est pas le cas de toutes les musiques et peut-être est-ce mieux ainsi.

La musique de Mario Stantchev se joue ici sur peu de temps. On est assez loin du « format » habituel avec ces pourtant douze pistes. Mais le premier titre annonce en quelque sorte la couleur puisqu’il s’intitule « Epilogue ».

Mais Mario Stantchev a cependant beaucoup à dire. Il le fait cependant en peu de « mots » ou de « notes », c’est comme on voudra. Parce qu’il n’est pas besoin d’être disert pour ce qui est essentiel. Car oui, Mario Stantchev est un musicien qui cisèle son langage, qui ne met ici ou là une note, un accord, que parce que c’est cette note ou cet accord qu’il veut, ou plutôt qu’il doit faire entendre.

On ne parle pas souvent de lui, mais c’est ici l’occasion d’écouter avec toute l’attention (avec recueillement, faudrait-il dire) la musique de ce pianiste un peu secret. Mais dont l’humanité transparaît, ce qui se voit au premier regard si on a la chance de le rencontrer – l’auteur de ces lignes a eu cette surprise lors de la présentation d’un livre sur John Coltrane il y a de ça quelques années, c’était à Lyon dans la merveilleuse librairie Musicalame.

Et c’est ainsi, dans une sorte de silence, dans les vibrations de l’âme, dans les battements du cœur, qu’il faut écouter la si belle musique de Mario Stantchev.

 

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Lionel Martin & Sangoma Everett : « Revisiting Afrique of Count Basie & Oliver Nelson »

 

Le hasard est ainsi ! Lors de la rencontre évoquée avec Mario Stantchev, celui-ci était accompagné de son ami et partenaire saxophoniste Lionel Martin. Et c’est le même Lionel Martin qui publie un disque  qui s’intitule « Revisiting Afrique of Count Basie & Oliver Nelson » sur le même label (Ouch Records) et qui sort au même moment.

Lionel Martin est un saxophoniste généreux, au souffle inépuisable, ample et toujours très justement posé.

Il revisite ici, avec le batteur Sangoma Everett, le grand disque que Count Basie avait signé en 1971 avec son big band dirigé par Oliver Nelson (avec Eddie Lockjaw Davis au saxophone ténor) et qui s’appelait « Afrique ».

Les deux musiciens reprennent dans l’ordre les titres du disque de Count et, seulement armés de leur enthousiasme, ils nous font partager celui de cette énorme formation. Il est évident que ce n’est pas la musique de Basie (et d’Oliver Nelson) que nous entendons ici mais quelque chose comme une version autre, qui pourtant aurait les mêmes vertus explosives.

Ce disque donne envie de danser, de chanter, d’aimer tout simplement.

 

 

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Soul Jazz Rebels

 

Je ne sais pas, moi non plus (voir infra le lien vers un autre article), quel est l’objet, la cause, la finalité de cette rébellion. La thèse de l’article de Jacques Aboucaya pour « Le Salon littéraire » est sans doute la seule pertinente, faute d’une explicitation par les musiciens eux-mêmes.

C’est donc ici :

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/arts/content/1948839-jazz-quand-la-rebellion-s-affiche

 

Le parti pris musical de ce disque est celui d’un swing constant, joué avec délicatesse et intelligence. Et donc, tout cela est fort agréable. Certes pas « révolutionnaire » (peut-être même est-ce bien le contraire, à moins que ce soit l’inverse – mais je ne pense pas; les mathématiciens ou pythagoriciens s’il en reste de part le monde mondialisé jugeront). Mais enfin ceci prouve que l’on peut s’affirmer « rebelle » tout en n’étant pas « révolutionnaire ». Mais alors que deviennent les « contre-révolutionnaires » ? On peut craindre qu’une tentative de réponse nous conduise trop loin.
On s’en tiendra à dire que les protagonistes manifestent ici un beau talent, que l’on prend un vrai plaisir à leur écoute. Saluons donc le toujours excellent batteur qu’est Christian « Ton Ton » Salut, le saxophoniste ténor Jean Vernhères, le méticuleux et talentueux guitariste Cyril Amourette et tout autant l’organiste Hervé Saint-Guirons pour ce disque qui porte sur sa couverture la seule mention « Soul Jazz Rebels ». Elle doit désigner, n’en doutons pas le groupe autant que sa musique ! (Black Stamp Music)

 

 

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Sylvain Cathala Septet : « Cullina »

 

La musique du saxophoniste Sylvain Cathala est tout autre, on peut s’en douter. « Cullina » (CR 006) est une œuvre foisonnante, ample, d’une densité extrême. A chaque instant ou presque inattendue. Sa beauté n’est pas à chercher : elle nous est donné sans détours. On peut ainsi comprendre quelle difficulté il pourrait cependant y avoir là : entre l’étonnement, la découverte de nouveaux paysages, de nouvelles perceptions, et leur surgissement. Il semble pourtant qu’il soit plus facile de comprendre cela si l’on dit que le « choc » qu’il pourrait y avoir ici fait lui-même partie du plaisir que nous pouvons retirer de cette écoute.

« Cullina » manifeste une grandeur. Mais une grandeur qui est un partage, bien plus qu’une sorte d’imposition qui nous serait faite. Il s’agit d’ailleurs d’un enregistrement public réalisé au Triton (Les Lilas) en juin 2016 et, à en entendre, les applaudissements, rien n’est plus simple en effet que de se laisser emporter par la musique de Sylvain Cathala et de son septet. (Marc Ducret g, Benjamin Moussay fender rhodes, Guillaume Orti as, Bo Van der Werf (bs), Sarah Murcia (b) et Christophe Lavergne dm)

Il y a ici une sorte de joie, souvent débordante, fertile donc, heureuse qui fait toute la richesse de ce disque.

 



Onze découvertes

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Etienne Manchon : « Elastic Borders »

 

Il n’a que vingt-trois ans Etienne Manchon. Mais quelle inventivité ! Quelle énergie ! Quelle imagination. Et combien de beautés ! Diverses mais toutes magnifiques. Voici un disque auquel il était impossible de s’attendre (sauf à connaître déjà Etienne Manchon) et auquel il est impossible de résister.
Etienne Manchon s’intéresse à tout : au jazz comme aux musiques les plus actuelles (devrait-on dire « contemporaines » ?), au rock ou au maloya, cette musique envoûtante de La Réunion (on entendra même ici un kayamb, un instrument de même origine). C’est sans doute pour cela – si l’on peut le dire ainsi ! – qu’il joue aussi parfois de la musique baroque.

Lorsqu’on écoute ici la musique d’Etienne Manchon on est, dès la première mesure, pour ne pas dire dès la première note, emporté par un courant irrésistible. Et, à aucun moment, celui-ci ne vous abandonne. On navigue de paysages en paysages. Plus fantastiques, plus inouïs les uns que les autres.

Toutefois, décrire cette musique serait voué à l’échec. Les références que l’on pourrait faire seraient sans doute trop diverses (au moins en apparence) pour suggérer par des mots quoi que ce soit de juste à propos de la musique. C’est ici que l’on peut, précisément, se rendre compte que l’écriture, surtout si elle se veut « descriptive », si elle prend la musique pour un objet, ne peut nous en rapprocher. Elle risque à l’inverse de ne rien nous en dire. Rien de juste. Il vaut mieux, plus simplement, se réjouir.

Le pianiste Etienne Manchon, originaire de Nancy est aujourd’hui toulousain. Il a composé toutes les pièces de cet album à deux exceptions : « Because » des Beatles et « Windows » de Chick Corea. Il est entouré du contrebassiste Clément Daldosso et du batteur Théo Moutou. Viennent parfois les rejoindre Pierre de Bethmann (Fender Rhodes), Pierre Lapprand (ts) ou encore Ossian Macary (tb).

« Elastic Borders » (Label Troisième Face) est une découverte totale. Comme il est rare d’avoir l’occasion d’en faire.

 

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Shauli Einav : « Animi »

 

C’est toujours un moment de vraie réjouissance lorsqu’on découvre pour la première fois un nouveau saxophoniste qui, sur cet instrument qui est au cœur même du jazz, vous réjouit d’entrée.

Shauli Enav est parti de sa terre d’Israël a passé plusieurs années à New York où il a rencontré les meilleurs musiciens d’Outre-Atlantique. Mais, à trente-six ans, il s’est désormais installé à Paris et c’est tant mieux pour nous. Parce que nous pouvons imaginer que nous aurons l’occasion de l’entendre bientôt un peu partout ici.

Pour une certaine génération – celle qui a vécu l’effervescence du jazz des années soixante et soixante-dix – Shauli Einav est une sorte de miracle. Nous retrouvons en lui des accents qui nous rappellent, non pas les plus grands, les plus célèbres, mais quelques-uns de ceux qui ont fait la diversité de cette musique, qui ont apporté des couleurs singulières et, sans qui, cette période n’aurait pas été aussi riche et fertile de couleurs renouvelées, d’images impossibles, de vitalité partagée. Il y a chez Einav des choses (appelons-les ainsi faute de mieux, car les mots, encore une fois ont une certaine impuissance, une sorte d’incapacité à dire la musique, dès qu’on les prononce – ou qu’on les écrit – on a l’impression qu’ils dissimulent plus qu’ils n’éclairent) il y a donc des choses qui ont cette vertu étonnante d’être des références et, au même moment, de dévoiler des horizons jusqu’ici inconnus.
Il y a chez Shauli Einav des choses magnifiques qui viennent peut-être de Booker Ervin, d’Eric Dolphy, d’Andrew Hill, de Charlie Rouse le saxophoniste de Thelonious Monk, de Bobby Hutcherson. Et qui, cependant sont des mondes à part.

« Animi » (Berthold Records/Distribution Differ-Ant) est une très belle réussite, un enregistrement où l’on a, à chaque moment, l’occasion d’une authentique réjouissance. C’est aussi parce qu’aux côtés de Shauli Einav (ts, ss) se trouvent d’excellents musiciens : Tim Collins (vb), Andy Hunter (tb), Yoni Zelnik (b), Guilhem Flouzat (dm) et Fayçal Salhi (oud).

 

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Art Deco : « A Soul Message »

 

Il est difficile à plus d’un titre de parler de cet enregistrement.

Parce qu’il s’agit d’un hommage à l’un des musiciens que j’aime (je dois l’avouer plus que d’autres), le trompettiste Don Cherry. Aux côtés de John Coltrane, d’Ornette Coleman, de Dewey Redman, de Charlie Haden, de bien d’autres évidemment, il a été l’une des figures du jazz, alors si fertile pendant les années soixante, soixante-dix et au-delà. Ce qu’il y avait de particulier chez Don Cherry (1936-1995) c’est qu’il y avait en lui ce que l’on pourrait appeler « une humanité » exceptionnelle, alliée à une musicalité qui n’appartenait qu’à lui.

Parce qu’il s’agit d’un disque qui est à l’initiative de drôles de lascars que j’ai l’honneur de connaître depuis longtemps et pour lesquels j’ai une profonde amitié. Et envers lesquelles j’ai aussi une grande admiration. Musicale s’entend. Car ce sont tous des musiciens rares, exceptionnels, d’une intelligence remarquable et ce n’est pas parce qu’ils ne font pas partie de ceux que l’on voit ici et là et même un peu partout dans le monde du jazz qu’ils ne sont pas ainsi. A moins que ce soit, précisément, à cause de cela.

Vous ne voulez donc pas que je dise du mal d’eux. Ce sont mes amis. Ils jouent une musique si belle, si envoûtante, avec tant de cœur et de talent que c’est à vous, si vous me lisez, que je vais demander de me dire ce que vous en pensez. Et, gare à vous…

Il n’y a qu’un bémol ! Je me demande où ils étaient lorsque à la fin des années soixante-dix ou au tout début de la décennie suivante (ma mémoire désormais défaille) Don Cherry est venu jouer dans une salle interlope, rue de Verdun, à Montpellier (Je ne vous ai pas encore dit qu’il s’agit de musiciens qui ne sont pas de New York ou de Chicago, mais de Montpellier, plus précisément de la plaine qui entoure le pic Saint-Loup, dans la région que l’on dit aujourd’hui « Occitanie ». C’est pour ça qu’ils jouent parfois de la musique « folk » à la mode « free » et même des sardanes qui, elles, pour n’être pas occitanes, sont catalanes). Nous étions ce soir-là, pas plus de cinq à être heureux. Je ne me souviens pas d’y avoir croisé Michel Marre, ce trompettiste si généreux, qui est l’un des musiciens les plus courageux, déterminés dans sa musique et sans doute dans tout ce qu’il fait que je connaisse. Ni Doudou Gouiran, saxophoniste de son état, à la musique si transparente, si juste, à l’éternel sourire si amical – c’est grâce à lui que tous ceux qui ont réalisé « A Soul Message » ont pu, un jour ou une nuit l’autre, jouer avec Don Cherry. Ni Gérard Pansanel, un superbe guitariste qui a joué mieux que quiconque la musique des Beatles. A sa façon et à celle d’Antonello Sallis. Ni Denis Fournier, batteur hors normes. Le plus mélodieux, le plus « musical », le plus généreux de tous les batteurs. Ni le bassiste Jacques Bernard. Mais là, pardonnez-moi, il y a un doute ! Jacques Bernard, je ne le connais pas. Il ne manquera pas de le souligner et alors… l’honneur peut-être sera sauf. Je n’ai pas que des amis !

Mais tout cela n’est qu’anecdote. Sans grand intérêt il est vrai.

La seule chose qui importe c’est que « A Soul Message » (Vent du Sud/Les Allumés du Jazz) est un bien beau et même bien grand disque. A la hauteur, cela ne fait aucun doute, de celui qu’il entend honorer. A celle bien sûr de la dimension créative, créatrice de ces cinq protagonistes.

 

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Eric Plandé & Bruno Angelini : « Black Moon »

 

Voici un duo. Une authentique œuvre musicale qui n’est possible qu’ainsi. Non seulement avec un saxophoniste (ténor ou soprano) et un piano (ou autres claviers), mais plus encore, avec Éric Plandé et Bruno Angelini. Un duo c’est lorsque les deux musiciens jouent une musique que seuls eux peuvent jouer et surtout inventer.

A ce titre « Black Moon » est exemplaire. (Cristal Records/Believe Digital).

Certes, toutes les compositions sont écrites par le saxophoniste, sauf une qui est co-écrite par les deux protagonistes. Mais cela ne suffit pas tout à fait. Faut-il encore que les musiciens n’écrivent et ne jouent comme personne. Et s’il y a là quelques rares ressemblances (les rencontres entre le même Eric Plandé et Joachim Kühn sans doute), alors et précisément à cause de cela, on sera certain que ce duo est parfaitement singulier.

On est, avec « Black Moon » dans un univers inexploré. Ou mieux dans un univers que l’on pensait déjà connu, plus ou moins « cartographié » pour le dire évidemment de façon métaphorique, mais que l’on découvre à peu près comme si nous ne l’avions jamais rencontré.

Ici est le tour de force de « Black Moon ». Une certaine façon d’aborder le jazz avec la musique contemporaine, celle du XX° siècle tout en y ajoutant des idées de Zappa et surtout en imaginant ses propres voies. En mettant dans tout ça beaucoup de lyrisme, de passion, parfois de fougue. Mais aussi beaucoup de (re)tenue, de douceur même comme dans « Waste Land » par exemple.

Il faut écouter Éric Plandé et Bruno Angelini avec attention, en s’ouvrant à cet univers où ils nous invitent. Il y a beaucoup de richesses à découvrir ainsi.

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Émilie Calmé : « Flûte Poésie »

 

Il faut sans doute bien de la détermination en étant flûtiste pour jouer « Song For Delilah » de Lou Reed ou « Celia » de Bud Powell, ou la plupart des thèmes qu’a choisi Emilie Calmé. Cet instrument n’est d’ailleurs sans doute pas celui qui s’impose de toute évidence dans l’univers du jazz.

Mais le voici ici comme s’il était parfaitement naturel. Il y a toujours une beauté qui advient comme une évidence dans chacune des plages de « Flûte Poésie » (Continuo Jazz/UVM distribution) où l’on rencontre parmi quelques autres Randy Weston, Harold Land ou John Coltrane avec « Naima » qui clôt cet enregistrement.

Emilie Calmé (fl et bansuri), Laurent Maur (harmonica), Alain Jean-Marie (p), Gilles Naturel (b) et Lukmil Perez (dm) ont réussi une fort belle aventure, en dehors de routes davantage pratiquées, qui n’étaient à coup sûr pas sans risques. Mais qu’ils ont tous évités.

Il faut ainsi placer haut ce travail et reconnaître en cette flûtiste une sorte de révélation, au talent rare. Qui nous offre avec intelligence un moment de beauté transparente, scintillante, brillante.

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Thierry Eliez trio : « Improse Extended »

 

Étourdissante est la musique de Thierry Eliez, l’un des pianistes les plus imaginatifs, les plus virtuoses aussi, qu’il soit donné d’entendre. Voici une sorte de chance que nous ne devons pas laisser passer que celle d’entrer dans l’univers de ce trio dont c’est le deuxième enregistrement. Après « Improse » voici « Improse Extended (DoodMusic/L’autre distribution).

Il y a là toute la musique, toute l’imagination non seulement de Thierry Eliez mais peut-être toute l’inventivité qu’un musicien peut détenir dans son cœur, dans son âme, dans ses doigts. Il y a là le grand talent aussi de ses accompagnateurs, Ivan Gélugne (b) et André Ceccarelli (dm).

Toutes les compositions sont signées par Thierry Eliez sauf une « Rêverie » de Claude Debussy. Et puis, il y a une très belle page, presque nostalgique, presque rêveuse aussi, qui porte le titre de « Satie » dont on peut penser qu’elle est « inspirée ».

Voici une « grande » musique qu’il faut accueillir, recueillir aussi, avec toute l’attention qu’elle suscite.

 

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Colin, Cueco, Drappier, Omé : « Quiet Men »

 

Voici une musique étrange; Et donc inattendue. Encore que… Lorsqu’on connaît un peu les parcours de deux des protagonistes, Denis Colin et Pablo Cueco, on est déjà un peu moins étonné. Mais surpris malgré tout. Car ceux-là savent inventer, réinventer, se renouveler et vous bousculer. Juste comme il faut, pour que, si vous êtes un peu perdu, vous soyez très vite « emballés ». Pas n’importe comment mais au contraire à aucun prix. Il n’y a rien à payer, pas d’effort à faire. Il suffit de se laisser emporter.

Le hasard a fait que Denis Colin et Pablo Cueco, dont les chemins s’étaient plus ou moins écartés, se sont retrouvés grâce à la jeune génération représentée par Simon Drappier et Julien Omé. Et si l’on en juge par cet enregistrement, c’est une très heureuse et belle retrouvaille.

Il faut bien sûr aimer les « choses » un peu étranges, rares et mystérieuses, les chuchotements, les sonorités, les atmosphères secrètes, parfois dérangeantes, parfois absolument magiques et envoûtantes. Il faut aimer les clarinettes basse et contralto (Denis Colin) qui ne courent pas plus les rues que l’arpeggione (Simon Drappier) ou le zarb (Pablo Cueco). On est évidemment beaucoup plus familier avec la guitare (Julien Omé).

Avec tout cela cependant on devient très vite en harmonie avec l’ensemble et on savoure avec délices, nouveaux et inconnus jusqu’alors ,la musique de « Quiet Men » (Faubourg du Monde TAC/Socadisc)

 

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Zéphyr Quartet : « Vers le grand large »

 

« Vers le grand large », il faut le dire, est l’œuvre de musiciens peu connus. Sauf l’un d’entre eux, le flûtiste et saxophoniste Bobby Rangell, originaire de Chicago et qui vit en France depuis 1980. Mais le compositeur de neuf des dix plages de cet enregistrement (la dixième étant l’œuvre de son frère Michel), est Jean-Pierre Le Guen, qui est également le guitariste (électrique et classique du groupe), le contrebassiste Olivier Rivaux et le batteur David Pouradier Duteil en sont au moins ensemble à leur coup d’essai.

Certes, sauf erreur, le Zéphyr Quartet avait déjà enregistré un disque mais la composition du groupe, à l’exception de son leader, Jean-Pierre Le Guen n’était pas du tout la même. Sa musique était alors en référence à celle de Ralph Towner. Il s’agit certainement plus de celle de son leader que du groupe tout entier. En tout cas pour « Vers le grand large ». Mais cela importe peu.
Il y a ici une belle cohésion qui repose sans aucun doute sur une cohérence très travaillée, très élaborée. Et les compositions sont belles, très enchanteresses souvent, mises souvent en valeur par le lyrisme de Bobby Rangell.

Le Zéphyr Quartet mérite plus que l’attention, une vraie reconnaissance.

 

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Odil Quintet : « Réson »

 

« Raison » et « Résonner » comme l’écrivait le poète Francis Ponge c’est l’origine de ce quintet qui a ici – pour ce beau titre donc de « Réson (Label QFT) – invité la chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi.
Odil Quintet c’est autour du pianiste et compositeur suisse Camille-Alban Spreng, un autre pianiste Geoffrey Fiorese, Tom Bourgeois et Sam Comerford aux saxophones et Paul Berne à la batterie. Une formation dont la composition est déjà originale. Et qui joue une musique souvent très originale également, parfois tout à fait extraordinaire. Et qui, pourtant, n’échappe pas à quelques phrases qui peuvent sembler avoir été déjà entendues ici ou là. Mais peu importe : il faut ici retenir cette vigueur du geste, rare, précieuse, attentive à elle-même, attentionnée, certainement, à ses auditeurs. Et puis, les deux invités, chacune et chacun à sa place sont vraiment les bienvenus. Leïla Martial y est magnifique.

Elle inaugurera sans doute notre prochain bavardage avec son nouveau disque « Warm Canto » sur le label Laborie.

 

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Coda : Nicolas Folmer et Steeve Laffont

 

Pour terminer celui-ci (bavardage, s’entend) il faut citer deux très beaux enregistrements dont on comprendra qu’ils sont d’inspirations bien différentes. Mais c’est la richesse du jazz : lorsque vous aimez cette musique, par quelque bout que vous l’abordiez un jour, vous aimerez tous les jazz dès le lendemain. Et sans doute toutes les musiques. Pour peu qu’elles aient quelque chose de ce que l’on pourrait dire « la vérité ». Qui n’est rien d’autre que la beauté.

 

Le trompettiste Nicolas Folmer vient de publier un très beau « So Miles » (Cristal Records). Évidemment en hommage à Miles Davis qui ne cesse de hanter sans doute ses jours et ses nuits, lui qui est trompettiste et compositeur. Il est accompagné de Laurent Coulondre (claviers), Olivier Louvel (g), Julien Hermé (b) et Yoann Serra (dm, perc). Il a invité outre Rick Margitza (ts) qui, lui a joué avec Miles, Antoine Favennec (ss), Félix Roth (cor) et Michel Casabianca (perc).

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Le guitariste manouche de Perpignan Steeve Laffont a publié un vraiment très bel album sous le titre de « Night In Corsica » (Cristal Records). Il y rencontre le violoniste Costel Nitescu et il est accompagné de Rudy Rabuffetti (g) et Guillaume Bouthié (b). Steeve Laffont donne à cette musique une vie nouvelle. Par sa virtuosité, son énergie, sans doute mais plus encore parce qu’il invente des couleurs, des images, des paysages d’une rare subtilité. Parce qu’il est capable, avec beaucoup de nuances, de procurer de si intenses émotions.



Huit fêtes de l’hiver

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Christian Escoudé : Django inédit !

 

Qu’il y eut quelque part, dans une malle ou un vieux tiroir des partitions inédites jusqu’alors, secrètes même, signées de Django (il écrivait sa musique Django ? masi sans doute s’agit-il de transcriptions) on pouvait en rêver.
Christian Escoudé nous l’offre aujourd’hui. Et, avec son talent, son imagination personnelle, sa capacité à lui d’invention, c’est un bonheur, un grand bonheur. Auquel il a ajouté quelques compositions bien à lui sur lesquelles il a posé des paroles et invité une chanteuse franco-américaine du nom de Stephy Haik. Avec Christian il y a aussi un autre guitariste, Jean-Baptiste Layla, Antoine Hervier (orgue Hammond B3 et piano), et Guillaume Souriau (contrebasse).
Tout cela est magnifique, enthousiasmant même. A ceci près que l’orgue Hammond apporte dans certaines pièces, non seulement des sonorités mais presque parfois toute une orchestration, une « mise en scène musicale » en quelque sorte, qui gâche parfois un peu le plaisir. (Cristal Records/Sony Music Entertainement)

 

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Groundation : Reggae & Jazz associés

 

Harrison Stafford, chanteur et guitariste a fondé le groupe Groundation en 1998. En voici la nouvelle génération sous, précisément, le titre de « Next Generation » (Baco Records). On n’ira pas chercher ici le jazz le plus intense, mais celui qui influe ou peut-être aussi parfois celui qui se laisse influencer. Et cela est bien que le reggae et le jazz puissent s’associer. Cela nous donne de belles joies. Que certains grincheux diront peut-être simplistes, bâtardes, futiles. Mais un heureux moment, joyeux, gai, musicalement parlant si l’on peut dire, pourquoi faudrait-il l’éviter. Il faut s’en réjouir. Comme cette musique qui nous réjouit.

 

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La « Traversée » de Chrystelle Alour

 

Ici donc, puisque nous étions déjà avec Groundation comme aux limites, allons même un peu plus loin. Les limites n’en n’ont pas lorsqu’il s’agit du jazz, peut-être même de la musique tout entière.Parce que seule importe la beauté, inattendue, inespérée même peut-être, lorsqu’il y a des rêves qui prennent corps par la grâce de la musique, de l’intelligence et qu’il y a alors des éclairs.
Chrystelle Alour, pianiste et chanteuse, les amateurs de jazz comprennent par son seul patronyme qu’elle est la sœur de Sophie et de Julien. Et en effet, elle est l’aînée, mais la dernière dans l’ordre du temps, à paraître sous les projecteurs de la scène musicale.
Et elle n’a pas, à proprement parler embrassé, l’une ou l’autre des voies du jazz… d’où la remarque ici initiale. Elle a choisi un détour que peu de sa génération empruntent et qui, pourtant, est l’un des plus beaux qui soient.
Ainsi Chrystelle Alour nous étonne et nous emporte avec ses chansons qui voyagent entre le Brésil et la France et qui ont des airs de « Saravah » et des climats qui évoquent souvent ceux que le regretté Pierre Barouh avait inventé avec tant de passion et de bonheur. Ce sont un peu les échos incessants de cette musique et aussi de ces paroles qui résonnent dans cette « Traversée ». Qui, avec douceur, avec mélancolie, avec au même moment beaucoup de vitalité, de clins d’œil, de joie, tout cela mêlé, nous enchante totalement.
Chrystelle Alour s’est entourée de sa sœur Sophie (flûte traversière) et de son trompettiste de frère Julien et son orchestre a vraiment quelque chose qui vient du jazz : Sandro Zerafa (g), David Prez (ts), Manu Franchi (dm) et Simon Tailleu (b) le composent et apportent leur diversité et sans doute leur enthousiasme à ce long et beau voyage musical.

« Traversée » est, tout entière, une première œuvre qui résonne avec un grand bonheur.

Avec une si belle clarté. (Jazz Family/Socadisc)

 

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Françoise Toullec, « Le hibou sur la corde »

 

Pendant que nous nous égarons sur des chemins qui ne sont plus guère balisés, ou l’on pourrait discuter comme on le faisait à propos du jazz si absurdement, si radicalement, si méchamment autrefois du côté de Montauban ou d’ailleurs, nous pouvons dire tout le bien que nous savourons aussi grâce à l’enregistrement de la pianiste François Toullec intitulé « Un hibou sur la corde ». (Gazul Records/Muséa)
Si le jazz c’est sortir de la ligne droite, c’est inventer sans restriction, alors c’est du jazz. Mais il y a peut-être des limites à une définition sans fin extensive du terme. Peu importe.
Françoise Toullec a composé et interprété cette musique pour, à sa façon, explorer un instrument dont le nom est « Opus 102″. Il s’agit là d’un ouvrage de Stephen Paulello qui est un piano de 102 touches parallèles (augmentant ainsi à la fois, les basses et les aigus des 88 touches habituelles). Et ce piano « augmenté » a également été pourvu ici et là d’accessoires comme un e-bow », archet électronique, qui a donné son nom par homophonie au titre de cette musique, elle-même composée de dix-huit plages.

Les paysages incroyables, inimaginables d’une certaine façon, là-même où les quatorze sons des quatorze touches supplémentaires de l’Opus 102 ne sont pas dans nos mémoires, ces paysages sont parmi les plus beaux.

Parce qu’ils parlent tous, nous disent des choses qui sont en nous, ou qui, en tout cas, soudain, y apparaissent et nous rendent nous-mêmes plus amples, plus souples, plus clairs et plus mystérieux à la fois. On pourrait dire enfin que cette musique nous déploie nous fait plus grands. Elle nous étonne. Simplement.

 

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Naïssam Jalal : chercher l’invisible

 

La musique de la flûtiste Naïssam Jalal n’est pas non plus, à parler précisément, du jazz. Mais quelle musique !

« Quest Of The Invisble » (Les Couleurs du Son/L’autre distribution) est un double album d’une densité extrême, comme une vie qui apparaît, qui naît, qui s’écoule, vibrante, battante. A chaque instant.

Naïssam Jalal joue donc de la flûte mais elle chante aussi et elle est la compositrice de l’ensemble de cette œuvre qui réunit Leonardo Montana (p), Claude Tchamitchian (b) (dont il faut rappeler l’excellence de son dernier opus en solo à propos duquel on peut lire quelques lignes dans la livraison antérieure des « notes de jazz ») et Hamid Drake (daf – percussion d’origine iranienne).

Il y a bien sûr une influence orientale dans cette musique.

Mais c’est surtout une musique qui vient du mystère et qui, comme son titre le dit à sa manière, le fait apparaître. Si la musique est invisible, si elle échappe à la constance, au temps qui s’écoule, si elle glisse en quelque sorte entre les doigts, si elle nous échappe, si la musique est elle-même une sorte d’énigme essentielle que la science musicale n’épuise pas et que, peut-être, à l’inverse elle peut masquer, nous savons bien pourtant que, lorsque nous l’écoutons, lorsque nous la jouons, lorsque parfois elle danse dans nos têtes, avant que ce ne soit sous nos yeux ou dans nos corps, elle provient d’un lieu qui n’est rien d’autre que nous.

La musique est comme ce qui nous fonde : le commencement ne serait-il alors qu’une sorte de fulgurance musicale, un son qui continue de se déployer sans cesse ? Ce qui est certain c’est que nous faisons, de la musique l’épreuve, comme nous sommes nous aussi l’épreuve de nous-mêmes.

« Quest Of  The Invisible » nous dit cela à chaque instant.

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Free Human Zoo : « No Wind Tonight

 https://youtu.be/jPMIdY2WmLI

Qui pourrait croire qu’il s’agit ici davantage de « jazz » que dans les « notes » qui précèdent? Celui-ci se tromperait assurément. A moins, à moins que l’on sache ce qu’il y a de « dérangé » dans le jazz depuis l’origine, même si beaucoup se sont bouché les oreilles et que d’autres ne les ont pas davantage entendues ces inventions tordues des cortèges funèbres de la Nouvelle-Orléans ou du vieux Louis. Et, si l’on parle d’un drôle d’oiseau, d’Albert, d’Ornette, de Sun, de Trane mais aussi d’autres, beaucoup d’autres, dont les inventions et l’audace ne s’entendent pas de la même manière, osera-t-on ériger des barrières, poser des définitions, défendre les chapelles ainsi érigées? Et continuer à « aimer le jazz »?
Avec Free Human Zoo dont les « notes – pourtant – de jazz » avaient déjà loué « Freedom, Now! » il y a deux ou trois ans on n’est jamais sûr de rien. Et ici pas davantage avec ce double album « No Wind Tonight » (Odusseia production/Extension-Seventh Records). C’est cela qui nous emballe : on s’attend plus ou moins à quelque chose et ce n’est pas du tout ça. Alors abandonnons : l’indescriptible est ainsi et doit le demeurer.
Mais enfin, pour en dire quand même un peu plus, on à affaire à une formation exceptionnelle. Parce qu’elle a quelque chose (si on peut oser une comparaison, en tout cas non pas une source d’inspiration sans doute, mais peut-être une analogie ou un parallèle) d’un groupe de Charles Mingus. En ceci que les formations du contrebassiste faite de quatre, cinq ou six musiciens sonnaient souvent comme des big bands en furie.

Samy Thiébault (ts), Max Guerrero (p, claviers), Matthieu Rosso (g), Nicola Feuger (b), Laurent Skoczeck (tb, arrangements, écriture), Gilles Le Rest (dm, perc, compositions) et leurs invités : Camille Fritsch (voc), Jocelyn Mienniel (fl traversière), Bruno Ortega (fl à bec basse) et Jonathan edo (perc) sonnent en effet comme un big band.

Et c’est ainsi qu’ils nous offrent des couleurs inimaginables sans eux, des rythmes entreprenants auxquels on ne peut échapper.

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Dreisam, l’équilibre incessant : « Upstream »

 https://youtu.be/sVvBrRb5iMc

Dreisam est un trio, lyonnais d’adoption, mais bien plutôt la réunion de deux musiciens et d’une musicienne, chacun venu d’horizons différents. La saxophoniste Nora Kamm est allemande, le pianiste Camille Thouvenot est français, et le batteur Zaza Desiderio est brésilien. Cela fait de beaux mélanges certes, mais surtout chacun est un extraordinaire inventeur.

Nora Kamm est sans doute l’une des plus passionnantes révélations du monde européen du saxophone de ces dernières années. Elle apporte à ce trio une multitude de couleurs, un lyrisme de chaque instant avec une sorte de présence assurée, de haute détermination, d’équilibre constant.

Mais il faut dire que chacun ici a une place égale (au point que les trois comparses ont signé chacun quatre des douze plages de l’album) car c’est sans doute cela le « secret » de Dreisam : une sorte d’équilibre assuré, peut-être fragile comme tout équilibre mais si maîtrisé qu’il apporte à l’auditeur une sorte de clarté sonore et visuelle aussi, qui fait de « Upstream » une sorte de « suite » précieuse, intense, riche d’émotions et d’horizons multiples. (Jinrikisha Production/Inouïe Distribution)

 

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Das Rainer Trio

 

Voici une autre musique ô combien réjouissante.

Réjouissante parce qu’elle résonne en vous, au plus profond, au plus intime. Réjouissante parce qu’elle est le fruit d’une maîtrise de la composition et des instruments qui est extrême. En d’autres termes, plus triviaux, mais qu’il faut parfois exprimer, tout simplement, tout cela ressort aussi d’une technique impeccable. Impeccable mais libre, toujours libre.
Voici donc un enregistrement exemplaire que celui du Das Rainer Trio de Rémi Dumoulin (ts, ss), Bruno Ruder (Fender Rhodes et « effects ») et Aranud Biscay (dm) (NeuKlang).

On trouvera ici (le titre de l’album est tout simplement celui du « Das Rainer Trio ») des sortes d’hommages à des musiciens, que ce soit avec l’admirable « A Single Melody From The 6th Symphony » de Prokovief, ou « Jack » (Jack DeJohnette) ou « Chelsea Bridge » de Billy Strayhorn. Toutes les autres compostions, dont certaines inspirées par le cinéma (comme »Rainer Werner Fassbinder » ou « Filature »), sont signées par Rémi Dumoulin. Exceptée toutefois « Will Someone Ever Look At Me That Way » de Michel Legrand (pour le film « Yentl » et l’actrice chanteuse Barbra Streisand.
Das Rainer Trio nous offre ainsi une musique d’une grande pureté et d’une grande intensité.

 

 



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