A partager

 

 

En ce début d’étrange année tout se passe ici comme si les difficultés, les douleurs, les empêchements et les entraves, les incertitudes suscitaient une sorte d’acharnement. A inventer, à découvrir et à se réjouir. Ce n’est assurément pas une raison pour se dire que « tout va bien ».
Mais c’est amplement suffisant pour accueillir et recueillir de bons et heureux moments. A partager.

 

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Denis Badault & Antoinette Trio : « Rhizomes »

 

C’est assurément ici la rencontre de musiciens enracinés. Non pas qu’il soient d’un clocher quelconque, d’une musique et d’une seule, mais parce qu’ils vivent tous, et chacun avec les autres, en symbiose toujours, dans leurs créations et dans leur art, dans leurs inventions, parce que celles-ci se nourrissent de la réalité, de la terre, de l’humus fertile dont elle est faite.

Le pianiste Denis Badault, chef d’orchestre, compositeur, inventeur, transmetteur, a rencontré les membres de l’Antoinette Trio (Julie Audoin, fl – Arnaud Rouanet, cl, voix et Tony Leite, g, voix). Ensemble ils ont rencontré eux-mêmes un autre musicien, pianiste, guitariste, compositeur, le Brésilien Egberto Gismonti et avec « Rhizomes » (Compagnie 3×2+1), nourris des compositions de ce dernier, ils ont alors inventé comme un nouveau souffle.

Souvenons-nous qu’Egberto Gismonti qui fut l’un des musiciens phares du label ECM dans les années 80 est avant tout un compositeur, formé à l’école de Nadia Boulanger et de la musique française du XX° siècle en même temps qu’il fut un inlassable briseur de frontières.

C’est dire que la tâche de « Rhizomes » est importante quand il s’agit de remettre ce grand artiste au premier plan et ardue sans doute, non pour la restituer, mais pour la faire vivre dans toutes ses dimensions souvent complexes, une complexité qui en fait précisément toute la beauté.
C’est un thème intitulé « Frevo » qui ouvre cet enregistrement (impeccablement réalisé) et nous place avec la flûte de Julie Audoin en introduction, immédiatement, au cœur, non pas d’une musique parmi d’autres, mais de ce que l’on pourrait appeler sans prétention aucune, « une grande musique ».

Denis Badault y déploie de bout en bout, non seulement son art du clavier, ses articulations de lumière, la densité de ses propos, mais aussi la puissance de ses inventions. La guitare de Tony Leite ne cherche pas à dupliquer celle de Gismonti mais elle est, tour à tour prépondérante, explicite, parfois plus discrète. Julie Audoin marque ici le point décisif de la musique de ce disque : la flûte accorde des clartés inouïes et trouve une place, explicitement centrale parfois, mais toujours essentielle. Rare exploit pour cet instrument, surtout quand la conception du projet musical n’est pas fondée sur elle. Quant à Arnaud Rouanet, il ne manque pas de souffle : on pourrait presque dire qu’il est partout. Certes pas pour occuper l’espace, ce n’est pas son genre. Mais il est toujours là, soit comme bassiste, soit comme celui qui « orchestre », autour duquel donc les autres planètes tournent un instant. Et comme il est sans doute l’initiateur premier de ces « Rhizomes » cela signe de sa propre invention, de sa propre signature, cette belle réussite. Collective assurément.

 

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Naïssam Jalal & Rhythms Of Resistance : « Un autre monde »

 

La musique de Naïssam Jalal est, en son origine-même, faite de d’horizons et de mondes différents. Avec ce double CD on se trouve sans doute à l’acmé de ce travail, non seulement par ce que l’on pourrait distinguer comme des juxtapositions, plus souvent parce que les fils de toutes les couleurs musicales, de toutes les cultures parmi lesquelles Naïssam Jalal trouve son inspiration, sont entrelacés et qu’il serait inutile de vouloir tous les identifier. Là se trouve la richesse, inépuisable alors, de cette musicienne et de son travail.
« Un autre monde » (Les couleurs du son/L’autre distribution) c’est ce que Naïssam Jalal espère, ce qu’elle veut, ce qu’elle contribue à inventer et à bâtir en récusant tous les excès, tous les travers, sans parler des souffrances et des horreurs, du monde contemporain. D’où ce grand projet de réunir toutes sortes de musiques. Et ici, notamment, des musiques de l’Orient, diverses, multiples, avec celles qui conviennent – au moins dans leurs structures – à un orchestre symphonique. Parce que c’est en rassemblant que cet autre monde, ce nouveau monde, peut advenir, pas en en définissant un comme idéal et en essayant de le réaliser, conforme à celui-ci.

Ce sont les rapprochements qui conditionnent la possibilité-même de cet « autre monde ». La musique est ainsi conçue comme ayant le pouvoir de rapprocher et par là d’inventer et de réaliser de nouvelles conditions de vie.
C’est là une grande ambition. Mais si l’on écoute bien toutes les sonorités, toues les couleurs de cet « autre monde » comment n’aurait-on pas envie de l’habiter ?

Autour de Naïssam Jalal (composition, fl, nay, voix), on trouve l’excellent saxophoniste (ts, ss, perc) Mehdi Chaïb, Karsten Hochapfel (g, violoncelle), Damien Varaillon (b) et Arnaud Dolmen (dm). Ce « Rhythm Of Resistance » est ici associé à l’orchestre national de Bretagne placé sous la direction de Zahia Ziouani.

 

130251412_3041849082711148_2878013849430067323_o-300x269 Antoinette Trio

Sandro Zerafa : « Last Night When We Were Young »

 

Il faut écouter cette musique telle qu’elle est : ce qui veut dire la recueillir, l’attendre pour l’entendre, la ressentir, la vivre en soi. Il y a des musiques qui sont ainsi. Quoi qu’elles fassent, quoi que certains puissent en penser, elles portent en elles un peu plus que ce que l’on pourrait croire. Elles ne sont ni des thèmes standards (ce qu’elles peuvent être, comme c’est le cas ici, de Cole Porter à Gerswhin en passant par Jerome Kern entre autres), ni des nouveautés éclatantes. Elles portent toutes une part, parfois infime, de secrets. C’est là que gît leur richesse. Et cette part, si minime soit-elle, est leur richesse. Elle est de l’ordre du sentiment, de ce que nous pouvons éprouver au fond de nous, de la sensibilité qui n’a besoin de rien d’autre que soi pour ressentir et apercevoir la beauté, la lumière, pour dire l’amitié, l’amour, la liberté. Allez donc du côté de « Young At Heart » (ce n’est qu’un exemple dans les onze thèmes de ce beau disque) de Johnny Richards et Carolyn Leigh et vous entendrez certainement quelque chose comme ça.
Sandro Zerafa qui nous offre ce beau voyage avec cette « Last Night When We Where Young » (soit en duo avec le piano de Vincent Bourgeix, soit en trio avec le contrebassiste Yoni Zelnik et le batteur Antoine Paganotti – Label PJU) s’affirme comme un guitariste de premier plan. Parce qu’il est un très bel instrumentiste mais bien plus encore parce que c’est ce qu’il nous offre, avec des musiques toutes très belles, auxquelles il apporte plus qu’une couleur qui lui serait propre, une sorte de poésie intérieure qui fait de chacune un instant inoubliable.

 

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Vincent Touchard & Stephen Binet : « Happy Hours »

 

Voici un autre disque composé de standards et qui ne prétend à rien d’autre que de leur redonner vie et vitalité. Sinon aussi, et peut-être avant tout, à nous donner envie de partager des « Happy Hours », à être heureux avec la musique, comme avec tous ceux avec qui nous la partageons et avec qui elle se partage et s’offre elle-même.

Il y a donc ici – faut-il le préciser – de beaux et clairs moments pour qui aime le jazz. Et certainement pour bien d’autres !
Aux côtés des leaders de cet enregistrement, on trouve aussi dans « Happy Hours » (Jazz Family/Socadisc) quelques invités : Sylvain Beuf, Mathieu Boré, José Fallot, Baptiste Herbin, Baptiste Morel, Duylinh Nguyen, Sidney Rodrigues, Claire Vernay.

 

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Blazin’ Quartet : « Sleeping Beauty »

 

La beauté est-elle endormie ? Ou bien ne serait-ce pas plutôt que ce soit dans ce que l’on pourrait appeler le sommeil qu’il faille voir, découvrir, aimer, ce qui fait la beauté elle-même ? Davantage que dans le mouvement incessant qui se trouve en lui-même plutôt en train de brouiller les cartes, de nous tromper, sur nous-mêmes peut-être.

Peu importe sans doute. Chacun choisira, si toutefois c’est utile ou nécessaire, sa conception de la beauté, faite de clair-obscur ou bien seulement de l’éclair de la lumière.

Sans doute le batteur Srdjan Ivanovic, leader du Blazin’ quartet, compositeur, claviériste a-t-il fait son choix. La démonstration est ici éclatante. « Sleeping Beauty » est une réussite singulière (Le Coolabel/Absilone/Socadisc/avec le soutien de MoonJune Records).

Singulière parce qu’on ne peut guère lui trouver de définition univoque. Srdjan Ivanovic dit bien que sa musique est enracinée dans les Balkans, lui qui est né à Sarajevo. Mais comme il y a ici tant de chatoiements divers, multiples (y compris deux thèmes empruntés à Ennio Morricone), jamais contradictoires certes, mais toujours nouveaux, et surtout tant d’inventions, c’est d’abord pour cette raison que le voyage en « Sleeping Beauty » est aussi réussi.

Le quartet est également composé d’Andreas Plyzogopoulos (tp), Federico Casagrande (g), Mihail Ivanov (b). Magic Malik (fl) est également invité à participer au voyage. Comme chacun d’entre-nous.

 

nomartiste_cdz_laisney-300x300 Blazin' Quartet

Olivier Laisnay & Yantras : « Monks Of Nothingness »

 

Il y a dans le travail du trompettiste Olivier Laisnay une originalité et une puissance remarquables. Voici une musique qui, comme d’autres, peut bien faire penser à ceci ou à cela (assez souvent à Steve Coleman, il est vrai), mais qui, presque au même moment déroute, nous fait précisément changer de chemin, de trajectoire. Il faut dire que ce musicien est nourri de bien des choses si différentes qu’on y découvre aussi bien Olivier Messiaen que le rap ou le free jazz, les musiques électroniques et contemporaines qui sont, comme on le sait, de toutes sortes. Mais cela ne rendrait pas compte non plus de l’originalité du propos de « Monks Of Nothingness » (Onze Heures Onze). Originalité qui n’est pas plus facile à exprimer pour autant. Car les échos d’une musique, ses sources – si tant est qu’elle en ait – ne disent que si peu de ce qu’il faudrait dire. Mais comme elle, échapper au langage, surtout à celui qui prétend concevoir ou même seulement décrire, on dira une nouvelle fois qu’il serait bien dommage de passer à côté de cette nouvelle création sonore où l’on retrouve ici aussi Magic Malik (fl, voix), aux côtés de Romain Clerc-Renaud (p), Franck Vaillant (dm), Damien Varaillon (b) ainsi que le rappeur Mike Ladd sur deux morceaux.

 

cd-coverdrawingsmichelbossqueraud_chrishopkinsmeetsthejazzkangaroos_vol1withframe-300x300 Chris Hopkins

Chris Hopinks Meets The Jazz Kangaroos : « Live ! »

 

Il y a une manière encore, ici avec le pianiste américain qui vit en Allemagne, Chris Hopkins. C’est à un jazz que l’on pourrait dire « classique » qu’il nous invite avec ses camarades « Jazz Kangaroos » : George Washingmachine (violon, voix), David Blenkhorn (g) et Mark Elton (b).

Cela swingue avec bonheur toujours et c’est très bien ainsi. On est emporté sans autre façon par cet enregistrement « Live ! » (Echœs Of Swing Productions). C’est exactement ce qu’il faut pour rappeler si besoin est que la vie peut nous être difficile mais qu’elle, elle est toujours heureuse. Tout ceci est très bien fait et c’est l’un de ces petits bonheurs que l’on aime réentendre.

 

something-joyful-pochette_page-0001-copie-295x300 Christophe Monniot

Jonathan Orland : « Something Joyful »

 

On pourrait rétorquer que la transition est facile et que, par conséquent, « l’art est aisé ».

C’est bien de joie dont il est question ici. Même si cette joie prend des formes diverses, sachant que toute joie n’est pas exubérante.

C’est en tout cas ce qu’affirme lui-même l’altiste Jonathan Orland : « C’est la joie que j’ai voulu mettre en avant dans ce troisième album en tant que leader. La joie de jouer…de ressentir…de m’exprimer librement à travers mon instrument, et par-dessus tout, la joie d’être récemment devenu père ! »

Pour ce faire il s’est entouré de trois musiciens talentueux : Olivier Hutman (p), Yoni Zelnik (b) et Ariel Tessier (dm). Et ce quartet sonne en effet, non seulement à la hauteur de leur réputation mais aussi d’une façon spontanée, naturelle, simple. C’est une chance d’entendre une musique nouvelle et qui ose se réjouir de façon aussi évidente que ce beau « Something Joyful » (Steeple Chase).

 

 

thumbnail_verso_monniot_ithursarry_hd-copie-300x271 Cole Porter

Christophe Monniot & Didier Ithursarry : « Hymnes à l’amour »

 

Duo comme sans fin. Alors faudrait-il dire « duos » ? Peu importe car il est certain qu’ils s’entendent à merveille, Christophe Monniot (as et sopranino) et Didier Ithursarry (accordéon). Tout autant que leurs musiques sont empreintes d’une vivacité constante, d’une fougue irrépressible très souvent, d’une maîtrise intense toujours. Elles nous traversent irrésistiblement et c’est une autre façon de dire à la fois ce que l’on pourrait appeler notre plaisir et aussi leur propre dynamique, leur pertinence, surtout lorsqu’elles s’avèrent assez impertinentes pour cela, n’hésitant jamais ni devant la difficulté ni devant les audaces (nous sommes à l’évidence loin du bal musette, on s’en serait douté.)
Il est en outre remarquable que le titre de ces « Hymnes à l’amour (Emouvance/ Absilone-Socadisc) proclame ce sentiment intime, non parce qu’il s’agirait d’une indiscrétion mais au contraire parce que cette musique en provient et qu’elle ne se cache pas, qu’elle nous y entraîne. Et que c’est ici que jaillit le bonheur de toute musique. L’audace est toujours un hommage (ou un hymne) à l’amour. Surtout lorsqu’elle est portée par la musique.

 

8587808_458312918-pochette-cd-louise-jallu-piazzolla-2021-300x267 Denis Badault

Louise Jallu : « Piazzolla 2021″

 

Le premier enregistrement de Louise Jallu était remarquable. Celui-ci est une grande et remarquable réussite.

Si les compositions ne sont pas originales puisqu’il s’agit ici de revisiter l’art d’Astor Piazzolla, les orchestrations et interprétations le sont, l’ensemble ici constitué étant d’une remarquable cohérence et d’une parfaite maîtrise. Mais surtout, ce qui fait la force de « Piazzolla 2021″ (Klarthe Records/Pias) c’est sans aucun doute que Louise Jallu sait réunir autour d’elle tous les talents qui permettent d’atteindre un tel sommet. Et peut-être plus encore son intelligence à elle lorsqu’elle apporte à Piazzolla une dimension nouvelle, des couleurs et des émotions que l’on ne pouvait attendre.


Autour du bandonéon de Louise Jallu, il faut citer tous ceux qui ont contribué à ce travail : Mathias Lévy (vl, elec g), Marc Benham (p, fender rhodes), Alexandre Perrot (b), les « invités » Gustavo Beytelmann (p) et Médéric Collignon (bugle). Mais il faut souligner aussi que si Louise Jallu signe la direction artistique (c’est donc bien elle qui est l’âme de « Piazzolla 2021″ – hommage à l’occasion du centenaire de la naissance du musicien), elle a également écrit les arrangements et les compositions, tandis que c’est Ginon Favotti qui a créé les « sons additionnels ».

 

rf9h_visuelcdbd-1-300x269 Didier Ithursarry

Guilhem Flouzat : « Turn The Sun To Green »

 

C’est à New York City que le batteur Guilhem Flouzat a composé et écrit les sept chansons qui composent ce « Turn The Sun To Green » (Shed Music/Inouïe distribution). Pour les faire interpréter par la belle, lumineuse et transparente voix d’Isabelle Sorling. Les autres musiciens qui participent à cette création sont le guitariste Ralph Lavital, le pianiste Laurent Coq et le bassiste Des White.

On peut dire « chansons » sans dire véritablement de quoi il s’agit. On pourrait en effet se tromper et ne pas attendre un style aussi propre et, finalement, plus de musique que de chanson au sens habituel. Si les paroles ont leur sens ce qui prime de toute évidence c’est la musique elle-même, la musicalité et ce qui en est à l’origine, une sensibilité et des émotions. Et pour le compositeur comme pour les interprètes une façon d’offrir leurs inventions et une part d’eux-mêmes. Ce qui fait la richesse de cet enregistrement.

 

 

 

 

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Les temps heureux de la musique

 

Cette fois c’est quatorze enregistrements que les « Notes de jazz » ont retenus pour cette parution de fin d’année. Pour leur fertilité, pour leur enthousiasme. Souvent pour l’espèce de joie dont ils sont porteurs.

Par les temps qui courent (courent-ils vraiment?) cela est d’autant plus passionnant. La musique, en tout cas, reste vivante. Et heureuse – même si elle peut être nostalgique, voire mélancolique. Sans doute parce que dans toute création il y a une vitalité qui s’exprime.

Que nos lecteurs, avec nous se réjouissent.

C’est notre meilleur souhait. Pour eux.

Pour le monde. Comme il va.

 

A toutes fins utiles, précisons que, dans ces « chroniques », l’ordre de parution est totalement aléatoire et ne constitue pas un classement qui, de fait et par principe, serait évidemment stupide.

 

 

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Mico Nissim : Traces

 

Cela fait plus de quarante ans que Mico Nissim est apparu comme un pianiste talentueux, à la fois solitaire comme sur « Darlinghetta » (Cobalt), l’un de ses premiers enregistrements en 1980, mais aussi tellement entouré : avec une foule d’artistes, pour autant de projets de toutes sortes musicales, dans l’univers du jazz, mais pas seulement, loin de là, mais avant tout pour celui-ci qui fut toujours, sa patrie – pensons ainsi à ce qu’il donna à l’ONJ de Claude Barthélémy !

Il revient aujourd’hui avec « Traces » (Label Trois Quatre / Absalone -Socadisc), en solo une nouvelle fois. Un solo solitaire pourrait-on dire puisque les compositions sont aussi les siennes. Et qu’il s’agit ici de l’univers de Mico Nissim et de personne d’autre.

Ce qui fait sa singularité c’est l’espèce de douceur, parfois mélancolique, nostalgique, mais surtout venue toujours des profondeurs les plus intimes. Parfois aussi plus enjouée. Mais toujours vraie, absolument authentique, comme la musique que Mico Nissim nous a toujours offert. Et s’il nous offre deux détours, l’un avec Ravel et « La Pavane » et l’autre avec Nougaro et « L’île de Ré », c’est avant tout, toujours lui que l’on entend. Et peut-être, là encore, comme les traces, à la fois persistantes, mais aussi éphémères, de ce qui l’anime sans cesse.

 

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Pierre de Bethmann : Essais/volume 4

 

Il n’y a pas besoin de surprise pour être séduit. « Pas de surprise » puisqu’il s’agit ici d’un quatrième volume d’une œuvre conduite par le pianiste Pierre de Bethmann avec le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur Tony Rabeson dont on connaissait évidemment les trois précédents. Ils étaient enchanteurs. Comme l’est celui-ci. Qui n’est d’ailleurs que le produit de séances antérieures et, principalement, de celle qui avait abouti au « volume 3 ».
Ce qui est ici remarquable, c’est que ce travail, qui fait penser à celui de quelques grands trios antérieurs (Bill Evans, Keith Jarrett, Bill Charlap et quelques autres et non des moindres) est à la fois constant, obstiné presque, plongeant souvent dans les racines de l’histoire du jazz, tout en produisant une musique unique, propre, c’est-à-dire spécifique, ayant sa pleine identité. On trouve ainsi dans ce quatrième volume des compositions de Wayne Shorter, de Charlie Parker et Dizzy Gillespie, Carla Bley, Kenny Wheeler, Sonny Rollins ou Thelonious Monk. Mais aussi l’improbable « Think Of One » de Paul McCartney ou « Moreira » de Guillermon Klein.

Sans doute est-ce là que se trouve la notion d’ « essais » que nous annonce le titre de cet enregistrement : commentaires personnels d’œuvres ou de compositeurs remarquables, non pour s’en servir mais au contraire dans le seul but de les mettre en lumière, de les faire entendre dans une autre dimension que celle originale, afin de leur donner, non pas autre chose, mais davantage encore leur pleine force.

 

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Celia Forestier : Go

 

La chanteuse Celia Forestier ne fait pas dans la facilité. Avec son groupe Komorebi elle fait preuve d’une exigence de tout instant. Pour autant, on voyage dans « Go » (Label A part la Zic/Inouïe distribution) avec plaisir, ou plutôt comme fasciné, envoûté, partageant ce qui s’apparente à une transe, heureuse, ciselée d’émotions, douces ou violentes, apaisantes et heureuses souvent. Il y a ici beaucoup de beauté, d’étrangetés, de mystères qui sont au même moment et comme à l’inverse l’occasion de dévoilements, d’apparitions, de clartés sombres, de voyages erratiques, sans but mais remplis de découvertes toujours vivifiantes.
La voix claire et saisissante de Celia Forestier nous guide dans cet univers qu’il faut habiter puisqu’il nous invite au partage, à l’exigence joyeuse d’être ensemble. Le violoncelle de Bruno Ducret, allié à la contrebasse inventive de Vincent Girard, à la batterie discrète et pour cela d’une justesse totale de Rémy Kaprelian, ainsi qu’à la guitare parfaite de François Forestier, soutient tout le groupe ou plutôt permet à la chanteuse de voler au-dessus d’instruments qui ne lui sont pas soumis mais qui cependant font absolument corps avec la voix, comme dans une sorte d’unité primordiale. Et c’est cela qui nous enchante.

 

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La Boutique, Fabrice Martinez & Vincent Peirani : « Twins »

 

Voici une musique qui vient de loin. D’un lointain très proche dans le temps, il faut bien le dire (quitte à se contredire, au moins en apparence) mais de sources profondes et généreuses. De celles qui ont marqué les années quatre-vingt et quatre-vingt dix ou même du début du siècle en cours, du jazz en France et en Europe. A tout le moins. Et là il ne s’agit pas de n’importe quoi et de n’importe qui.

Si le trompettiste Fabrice Martinez qui est au cœur du collectif La Boutique est une sorte de descendant du regretté Jean-François Canape, il a aussi été marqué par le Méga Octet (Andy Emler) ou le Supersonic (Thomas de Pourquery) où il a joué, comme par le Sacre du Tympan (Fred Pallem). A la tête d’une formation comme celle-ci il s’agit d’expériences que l’on pourrait dire décisives, qualificatif que l’on doit entendre ici comme en-deçà (ou au-delà) de l’originalité même du propos.
Celle-ci est aussi (et tout particulièrement) le fait du compositeur Jean-Rémy Guédon. Lui, a fait ses armes avec Michel Goldberg, Jean-Louis Chautemps, Steve Lacy ou encore Dave Liebman. Puis il a joué avec Claude Barthélémy, Laurent Cugny, Sophia Domancich, Antoine Hervé, Bernard Lubat, Albert Mangelsdorf, l’ONJ de Didier Levallet tandis qu’il réunissait chaque fois qu’il le pouvait musiciens de jazz et musiciens « classiques ».

C’est cette dernière direction qui l’a conduit à « Twins »…comme son nom sans doute l’indique. On trouve en effet dans cet octuor, outre Fabrice Martinez, le hautbois et le cor anglais de Vincent Arnoult, la clarinette basse d’Emmanuelle Brunat, les saxophones de Clément Dubois, la clarinette de David Pouradier Duteil, la basse d’Yves Rousseau et l’accordéon de l’invité Vincent Peiriani.
L’infinité des couleurs, des climats en même temps que leur cohérence font de cette œuvre un ensemble d’une somptueuse architecture.

 

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Emmanuel Bex/le Bex’tet : « ’ Round Rock »

 

Un autre qui a trouvé une partie de son énergie naissante aux côtés de Bernard Lubat c’est Emmanuel Bex.

Et voici qu’il s’est à nouveau enflammé, ce musicien dont l’art est fait d’audace, toujours. Avec ce talent à l’extrême, celui de nous embarquer irrésistiblement.

Avec son fils Tristan à la batterie et au cajon et son pote Antonin Fresson aux guitares (électrique ou acoustique), l’orgue hammond ou son accordéon, tous ici empreints de blues (« Sometimes I Feel Like A Motherless Child » en est assurément un bel exemple), Emmanuel Bex réussit un enregistrement que personne d’autre n’aurait jamais pu imaginer. Cela s’ouvre par une version 2.0 de « La Marseillaise » et se clôt par la version du même hymne national sous le titre de «3.0 ».

Mais au-delà ce ça, il faut entendre « Jacques Brel Always » ou « Charlie Of Course » (Parker on l’aura sans doute imaginé) ou « J’irai revoir ma Normandie » (« ce pays qui m’a donné le blues ») et « Station Saint-Denis-Basilique » pour saisir ce qu’Emmanuel Bex est capable, souvent l’air de rien – et là est le tour de force – de nous proposer, remarquablement épaulé, il faut le souligner, par ses deux jeunes compères.

S’il y a à se réjouir, on trouvera dans ce fameux « ’Round Rock » (Le Triton/L’autre distribution) toutes les raisons de le faire mille fois.

 

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Hot Sugar Band & Nicolle Rochelle : « Eleanora »

 

C’était un temps avant le temps lui-même : c’était alors un temps où Billie Holiday s’appelait encore Eleanora, Eleanora Fagan. Avant d’être « Lady Day » et la chanteuse la plus étourdissante sans doute de toute l’histoire du jazz.
C’est à cette époque-là, réputée heureuse, de sa vie (la seule ? Mais peut-être qu’elle ne l’était pas davantage que les autres, celle d’avant et celles d’après) que ce disque rend hommage.

Il faut bien dire qu’il y a ici une ambition difficile à réaliser pleinement. Quel parti prendre ? Celui d’un « revival » est-il le meilleur, s’il est le plus évident ?

C’est à peu près ce qui est fait ici. Il faut le dire : au mieux assurément de ce que l’on peut faire en la matière. C’est-à-dire s’approcher de l’original sans le détourner, sans pouvoir non plus l’atteindre vraiment. Puisque, quoi qu’il en soit, celui-ci vibre et vit dans nos cœurs depuis trop longtemps pour qu’il en soit ainsi.
L’intérêt que suscite le plus « Eleanora » (CQFD/L’autre distribution) c’est la lumière qu’il porte sur les débuts de Billie Holiday, sur sa beauté essentielle, sur le don qu’elle fit toujours d’elle-même quitte à devenir le propre éclair qui la foudroyait chaque jour.
Il faut dire que le Hot Sugar Band et Nicolle Rochelle y mettent, eux aussi, à leur façon, tout leur cœur assurément.

Le Hot Sugar Band est composé de Bastien Brison (p), Julien Didier (b, chant), Jonathan Gomis (dm,arrangements), Julien Ecrepont (tp), Jean-Philippe Scali (as, arrangements), Corentin Giniaux (cl, arrangements) et Vincent Simonelli (g).

 

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Fred Nardin Switch Trio : « In Town »

 

Le Switch Trio, composé par le pianiste Fred Nardin, le guitariste Maxime Fougères et le bassiste Samuel Hubert offre avec « In Town » (Jazz Family) une musique rare, captivante, là-même où elle suscite toute notre écoute, toute notre attention. Par sa singularité comme par ce qu’elle décrit, ce qu’elle dit, avec une grande discrétion, c’est-à-dire une ultime précision, méticuleuse et par conséquent généreuse. Si l’on veut bien considérer que la générosité ne ressort jamais de l’abondance mais seulement de la manière dont ce qui est offert est proposé. Alors on trouvera de grands bonheurs à l’écoute des échanges de ces trois musiciens. Parce que, ce qu’ils jouent, ils le jouent comme si cela était simple et naturel – on n’offre pas, en effet, à ses auditeurs, ni même à soi-même, quoi que ce soit en compliquant la réalité mais précisément et seulement en faisant ce qui peut et doit être fait comme si cela allait de soi.

Les interprétations de thèmes de René Thomas (ce trop rare guitariste belge reste dans nos mémoires), Benny Golson, Steve Grossman, John Ellis, Mulgrew Muller ou Billy Strayhorn, ou celles de Fred Nardin ou Maxime Fougères sont toutes secrètes à l’instant même où, pourtant, elles nous sont dévoilées.

C’est là le secret de toute belle musique.

 

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Roberto Negro : « Papier Ciseau »

 

Il y a bien des musiciens et des musiques inclassables mais, dans cette « catégorie » (qui, bien entendu, n’en est pas une), Roberto Negro et ses camarades de « Papier Ciseau » (Label Bleu/L’autre distribution), Emile Parisien (s), Valentin Ceccaldi (b) et Michele Rabbia (dm, electronics) se distinguent par leur originalité.

On pourrait donc dire, si cela ne semblait pas (à tort) péjoratif, que ça ne ressemble à rien et au moins à pas grand-chose. Et voici ce qui pourrait être aussi et par conséquent, le plus vibrant hommage.

Il y aurait alors dans « Papier Ciseau » une invention aussi radicale que possible (pas totale sans doute car on hérite toujours plus ou moins de quelque chose, même lorsqu’on s’en défend). Mais il est bien possible que si l’on posait la question au pianiste hors normes qu’est Roberto Negro qu’il nous réponde qu’il a maintes et maintes inspirations et qu’il se nourrit de quelques grands ancêtres de son instrument, du jazz et de toutes les musiques que le monde a déjà connu.

La difficulté ici n’est pas dans la musique mais dans le fait qu’elle est indescriptible : que l’on sent bien que les mots, les périphrases, les analogies, les « images » qui pourraient tenter d’en rendre compte, de dire quelque chose de plus ou moins juste à son propos seraient à peu près vaines. A moins qu’il se trouve quelqu’un qui en soit capable. Mais le premier venu de ces « Notes de jazz » a plutôt tendance (par respect et pas tout à fait par facilité) à refuser l’obstacle.
En effet, les créations de quartet, de ces trois individualités ici rassemblés par l’amour de l’invention, par goût de l’audace, par respect aussi – cela s’entend – de celles et ceux qui les entendent et par là s’imprègnent d’eux, sont telles qu’elles doivent être reçues, semble-t-il, sans commentaires, sans extrapolation.

Car c’est à chacun de ressentir, d’accepter ce jeu et cet enjeu, ou de le refuser, de découvrir et de se découvrir. Comme le font Roberto Negro et ses amis.

 

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Laurent Dehors & Matthew Bourne : « A Place That Has No Memory Of You »

 

« A Place That Has No Memory Of You » est à écouter, à recevoir plus précisément, avec de grandes précautions. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’il faille plus ou moins s’en défier.

Bien au contraire : parce qu’il faut recueillir les créations de Laurent Dehors (clarinette basse) et Matthew Bourne comme elles nous sont offertes : avec délicatesse, prudence, avec tout ce qui précède et préside à une offrande à celle ou à celui qu’on aime, à ceux avec qui l’on tient à partager, non pas un seul moment, mais au moins comme un instant lorsqu’il est une part de l’éternité ou même celle-ci tout entière et que le temps qui passe, alors, n’a plus de signification.

Il y a ici seize pièces, généralement brèves, qui sont comme seize poèmes actuels, en ce sens qu’ils sont dits, et pas seulement dans le silence d’une lecture intérieure, « silencieuse » dit-on, par ceux-là même qui les inventent, comme une part d’eux-mêmes et qui s’adressent à une autre part de chacun d’entre-nous. A moins qu’il ne s’agisse pas d’une partie mais plutôt de notre entièreté, de ce que nous sommes et ce que sont les musiciens eux-mêmes.


Il y a ici seize définitions, ou plutôt seize expressions et seize impressions aussi, de la beauté. Peut-être d’une seule beauté, d’une seule lumière qui adviendrait de manières différentes mais qui serait unique.


Il ne faut pas enfin, s’interdire de noter que la présentation graphique et matérielle (dans toutes ses composantes) de cet album CD, comme toutes celles du label Emouvance, est à la hauteur de la musique elle-même.

 

nuages-300x300 Emmanuel Bex

Mauro Gargano : « Nuages »

 

On pourrait se référer à l’un des textes les plus importants de toute l’histoire de la littérature, texte qui ouvre « Le spleen de Paris » de Charles Baudelaire pour évoquer « …les nuages qui passent…là-bas…là-bas…les merveilleux nuages ! ».

Dans le texte de présentation de « Nuages » (Digginmusic Prod/Absilone) le contrebassiste Mauro Gargano en appelle plutôt à Pasolini et à Shakespeare : « Ce sont les nuages. Et ce sont quoi les nuages ? Je ne sais pas… Ah déchirante, merveilleuse beauté du monde ».

Comment donc relire les « Nuages » de Django à la lumière de la poésie ? C’est ce que fait Mauro Gargano (la basse y a une place centrale) avec Matteo Pastorino (clarinettes), Giovanni Ceccarelli (p) et Patrick Goraguer (dm) de façon déchirante, renversant l’écoute que nous en avons, pour clore avec ce thème si souvent interprété, ici avec une intensité extrême, un enregistrement de haute tenue, de grande exigence et surtout d’une beauté souvent étrange et toujours sidérante.

Aussi captivante sans doute que les nuages « étrangers » de Baudelaire.

 

pochette-ecume_3000-1024x1024-300x300 Fabrice Martinez

Christofer Bjurström : « Ecume de mai »

 

« C’est tout ce que nous avons voulu faire et n’avons pas fait …

…Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait… »

C’est bien cette « Oublieuse mémoire » du poète Jules Supervielle qui est l’une des références littéraires du pianiste Christofer Bjurström pour cette « Ecume de mai » (MZ Records/Marmouzic).

Ici chacun des titres renvoie à un poème. Et l’on est donc, outre Supervielle, sous le signe d’Emily Dickinson, de Sylvia Plath, de Claude Roy, d’Abdellatif Laabi ou de Raymond Carver et de Bo Carpelan, les citations accompagnant le CD grâce à l’utile petit livret !
Et, ce qui est sans doute le plus remarquable dans la musique de Christofer Bjurström c’est ce que l’on pourrait appeler son « travail ». Peut-on dire qu’il joue du piano lorsqu’il fait entendre les sifflements du vent qui, balayant la mer, soulève l’écume pour l’amener jusque sur nos pas ?

Même si le jeu n’est qu’une manière de dire ce que le musicien arrache au silence avec son instrument, il y a ici une sorte de mise en œuvre, pas si nouvelle il est vrai puisqu’on a bien vu au moins depuis les années soixante du siècle précédent, de ces pianistes qui, de leurs seuls doigts ou bien armés d’instruments in-identifiables plongeaient soudain dans le corps du piano pour y faire on ne savait trop quoi mais que l’on entendait avec surprise, avec effroi parfois, avec plaisir et un intérêt nouveau souvent. Bjurström pratique sans doute dans cet esprit des techniques similaires mais, contrairement à ses prédécesseurs, ce qu’on appellera donc son « travail », n’a pas tout à fait la même place, désormais plus discrète, comme intériorisée alors qu’elle n’était que la cause ou le reflet peut-être d’une extériorisation qui, précisément se voulait telle et qui ici n’a pas vraiment sa place.
La musique de cette belle « écume de mai » est à écouter comme une suite de méditations, là où celles-ci ne sont pas un écart du monde, mais le chemin vers la juste place que chacun vaut, mérite, recherche, face à ce qui l’entoure.

 

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Diego Imbert & Alain Jean-Marie : « Interplay, The Music Of Bill Evans »

 

Voici deux musiciens dont le talent et l’intelligence sont assez connus et reconnus, s’il fallait encore le souligner, et on attend alors une si belle musique.

Surtout lorsque Bill Evans est l’une de vos « références » les plus intenses, toutes musiques, toutes formes artistiques confondues – votre « idole » quoi.
Et l’on trouve ici en effet, tout son bonheur car les quinze titres choisis par Diego Imbert (b) et Alain Jean-Marie (p) tirés du répertoire de Bill Evans sont joués comme on pouvait s’y attendre, avec fidélité, amour même sans doute, beaucoup d’habileté (comme le souligne Pascal Anquetil dans le texte d’accompagnement, l’art du duo piano-basse n’est pas aisé).

Cet « Interplay »(Trebim Music/L’autre distribution) nous fait redécouvrir, s’il en était besoin, le génie de Bill Evans.

Et, somme toute, on peut même dire qu’il y a ici un équilibre qui parfois dépasse celui des duos avec Eddie Gomez dont le talent était exceptionnel, mais tellement – si l’on peut dire – qu’il était parfois parvenu à faire oublier celui du pianiste, allant jusqu’à envahir « l’espace » musical.
Il faut singulièrement remercier aussi Diego Imbert et Alain Jean-Marie de nous rappeler Bill Evans, disparu il y a quarante ans déjà, mais dont la présence demeure pour tous ceux qui l’on connu. Ils ouvrent peut-être aussi une porte sur son univers à tous les autres.

Nous nous souviendrons enfin que « l’interplay » est peut-être une autre façon de désigner ce qui fait la singularité du jazz, des musiques que nous aimons.

Ces deux musiciens en offrent ici un singulier exemple !

 

disc-gn-stride-piano-kings-300x267 Fred Nardin

Guillaume Nouaux : « The Stride Piano Kings »

 

Guillaume Nouaux est à coup sûr l’un, sinon le meilleur, des batteurs de jazz traditionnel. Il y a quelques mois il avait réalisé un double album rendant hommage aux grands clarinettistes des origines. Il revient avec un autre hommage, rendu cette fois au style « stride ». Et donc aux pianistes qui ont transformé le ragtime pour en faire ce que l’on a appelé ainsi, pour se libérer peut-être d’un répertoire et surtout d’une façon de faire qui pouvait omettre la part de liberté que cette musique portait pourtant déjà en elle.

Guillaume Nouaux dialogue sur quinze titres, non seulement avec un pianiste (ils sont sept au total à se partager la tâche : Louis Mazetier, Bernd Lhotzky, Luca Filastro, Chris Hopkins, rossano Sportiello, Harry Kanters et Alain Barrabes.) On entend les musiques, notamment, de James P. Johnson, Fats Waller, Ray Noble, Duke Ellington ou Richard Rogers.
Et tout cela, qui est admirablement fait, est réjouissant, emballant. Joyeux, vivant, vivifiant.

On notera enfin que cet enregistrement est auto-produit (www.guillaumenouaux.com)

 

iic-cd-front-cover-300x277 Guillaume Nouaux

Kari Ikonen : « Impressions, Improvisations and Compositions »

 

Kari Ikonen est un pianiste finlandais qui aborde la musique par plusieurs chemins. Le jazz y a une place importante, mais aussi les musiques orientales, proches comme les musiques arabes ou plus lointaines comme celles venues du Japon. Il s’avère qu’il a aussi conçu un dispositif qui se place en cinq secondes et se retire en trois (je n’ai pas tenté la chose cependant !) et qui produit ainsi des micro-intervalles.

Tout cela permet à Kari Ikonen d’offrir une musique souvent très étonnante qu’il nous donne ici en solo, ce qui semble parfaitement s’accorder avec ses conceptions et ses objectifs qui requièrent une sorte de concentration, presque de transe et qui, ainsi peut-être, suscitent en nous des émotions particulièrement intenses.
L’autre chemin que semble emprunter ce pianiste singulier c’est aussi celui d’une référence au peintre Vassily Kandinsky auquel le titre « Impressions, Improvisations and Compositions » (Ozella Music/Inouïe distribution) fait directement écho.On sait que la peinture abstraite de Kandinsky était celle d’un monde intérieur et qu’elle avait pour but – ou plutôt faudrait-il dire pour être plus précis et surtout plus juste, comme origine ou comme source si l’on veut – quelque chose comme le sentiment intérieur. Kandinsky, ainsi, est ce peintre qui plus que quiconque a fait voir l’invisible. (On peut lire sur ce thème le livre du philosophe Michel Henry « Voir l’invisible » Quadrige/PUF)
Nul doute que les recherches, multiples, mais entrelacées et telles qu’elles sont désormais indissociables de Kari Ikonen, proviennent de la même source originaire.

 

 

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La reprise

Prologue :

Si le compte est bon, la reprise de cette chronique comporte aujourd’hui, dix-huit enregistrements dont on trouvera ici le compte-rendu d’écoute.
Pour faciliter la lecture voici la liste des musiciens (leaders) et titres des albums dans l’ordre « d’apparition »:

Lionel Martin « Solos » /  Eric Séva : « Mother Of Pearl »  / Aldo Romano : « Reborn » / Raphaël Pannier : « Faune » / Joël Rabesolo & Julien Marga : « Rahona » / Martin Joey Dine : « Both At Once » / Ferrucccio Spinetti & Giovanni Ceccarelli : « More Morricone » / Yves Rousseau : « Fragments » / Simon Moullier « Spirit Songs » / Le Deal (Yoann Loustalot) : « Jazz Traficantes » / Multiquarium Big Band (Charlier/Sourisse) feat. Biréli Lagrène : « Remembering Jaco » / Benjamin Faugloire : « L » / Dominique Fillon : « Awaiting Ship » / SPIME 2019 (Yoann Rossilio) : « Cosmic And Spontaneous Gestures / Sébastien Jarrousse : « Attraction » / We Are Birds : « No Return » / Camille Thouvenot : »Crésistance » / Marc Buronfosse : « Aegean Nights ».

Il ne faut bien sûr pas se fier au fait que l’on connaît ou non le (ou les) musicien(s), pas davantage qu’à un titre qui paraitrait incongru.
Il est étonnant que tous ces enregistrements, certes à des titres divers, à des degrés peut-être différents, pour toutes sortes de raisons, soient tous très réussis. (Précisons que cette appréciation ne résulte d’aucun conflit d’intérêt. Par les temps qui courent la prudence ne la matière est sans doute de mies)

 

Lionel Martin : « Solos »

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Cet enregistrement est l’une des choses les plus étonnantes que l’on puisse entendre aujourd’hui.

Sans doute même au point qu’il ne faille pas se hasarder à vouloir le décrire par les mots.
L’enthousiasme aidant on loue cependant le saxophoniste Lionel Martin, croisé avec l’excellent pianiste Mario Stantchev, il y a quelques années de cela à la librairie Musicalame à Lyon – librairie spécialisée dans les livres liés d’une façon ou d’une autre à la musique. Il nous avait offert un jeu impressionnant et généreux.
C’est ce qu’il fait ici avec une inventivité décuplée.

Sous une pochette signée du peintre Robert Combas (lui aussi lyonnais) on ne trouve que l’inattendu. Il y a des musiques qui prétendent faire ceci mais qui, souvent n’y parviennent pas, pour des raisons innombrables.

Il suffit ici d’une mesure ou deux pour être pris, emporté disons mieux, par le flux des saxophones de Lionel Martin et pour découvrir des mondes inconnus.

Les enregistrements ont été faits aussi bien en extérieur, sous une éolienne, que dans le métro, ou les pieds dans la Loire, en studio ou dans un grenier. Grâce au travail de Bertrand Larrieu qui est aussi le directeur artistique de ces « Solos » (Cristal Records / Believe) ce qui signifie sans doute qu’à lui aussi, nous devons beaucoup. Comme à l’incessant travail de Lionel Martin.

Depuis plus de trente ans.

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Eric Séva : « Mother Of Pearl »

eric-seva-mop-pochette-300x300-300x300 Aldo Romano

Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on connaît le talent d’Eric Séva. A-t-il ici franchi un nouveau degré ? Ce n’est pas ainsi que l’on mesure la musique. Celle d’Eric, est à la fois pensée, résultat sans doute d’une maturité, mais aussi d’une manière simple, presque naturelle, d’offrir ce qu’il porte en lui. Et cela ne peut que réjouir celles et ceux qui s’abandonneront à « Musique Of Pearl » (Les Z’arts de Garonne / L’autre distribution).
Il y a dans cet enregistement le souvenir de la rencontre entre Gerry Mulligan et Astor Piazzolla pour « Summit », un  disque qui est resté dans beaucoup de mémoires depuis qu’il apparut en 1974.

Ici, c’est Daniel Mille qui joue de l’accordéon, tandis qu’Eric Séva joue du baryton ou du soprano où il excelle aussi. Les trois autres musiciens de cet enregistrement sont le pianiste Alfio Origlio, le contrebassiste Christophe Wallemme et le batteur et percussionniste Zaza Deisderio.

Parmi tous ses thèmes qui nous font souvent voyager on notera avec bonheur l’hommage aux anciens cités plus haut avec une sorte de mix de deux thèmes sur la plage huit et sous le titre « Summit, Close Your Eyes And Listen ». A ne pas manquer assurément. Et enfin, quand un des titres s’intitule « Luz d’Eus » et que l’on habite tout près de ce village être celui qui, de toute la France, est le plus souvent dans la vigueur du soleil…

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Aldo Romano : « Reborn »

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Quel impeccable musicien, quel batteur à l’intelligence aigüe, à la lueur malicieuse, à la discrétion enchantée !

Aldo Romano, on devrait le porter aux nues, celles du monde du jazz, de la musique tout entière et on devrait lui assurer le triomphe d’un empereur du monde qui alors irait sans aucun doute bien mieux.                                                                       Même s’il ne tournerait peut-être pas toujours rond. Car tel n’est pas le but du monde des hommes…

Avec « Reborn » (Le Triton / L’autre distribution) Aldo revisite les musiques qu’il a joué et qui, souvent (six d’entre elles sur les dix qui composent cet album) ont marqué son itinéraire de musicien passionné. Il les revisite et nous les fait revivre magnifiquement. Avec, auprès de lui, des amis de longtemps.
Il y a ici Michel Bénita (b), Glenn Ferris (tb), Yoann Loustalot (tp), Géraldine Laurent (sax), Mauro Negr (cl), Henri Texier (b), Jasper Van’t Hof (p, claviers), Daryll Hall (b), Enrico Rava (tp) et Baptiste Trotignon (p). Un grand et bel équipage pour traverser le temps.

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Raphaël Pannier : « Faune »

71boblkda3l._sl1181_-300x300 Benjamin Faulgloire

Voici un autre enregistrement qui vaut plus que le détour, comme l’on dit trop facilement.

Il vaut, celui-ci, que l’on s’y attarde, qu’on l’écoute avec passion, qu’on ne s’en sépare plus ! « Faune » (French Paradox / L’autre distribution) commence par une magnifique version du « Lonely Woman » d’Ornette Coleman. « Magnifique » assurément. Mais surtout vivante,brutale et soyeuse, vibrante et immobile. Comme l’aurait aimé son inventeur. Quelle parenté y a-t-il alors avec le « faune » de Mallarmé et celui de Debussy ! Peut-être celui de Faulkner aussi ou de quel autre sans doute !

Raphaël Pannier est batteur et compositeur (sept des douze thèmes de cet enregistrement) et nous offre ici un moment de musique qu’on ne pourra oublier. Il y rencontre Maurice Ravel avec une pièce extraite du « Tombeau de Couperin ». Et aussi Olivier Messiaen (« Le baiser de l’enfant Jésus ») ou encore Wayne Shorter avec le fameux « ESP » revu et corrigé en trois parties dont seule celle, centrale, est créditée au saxophoniste, Pannier ne s’étant sans doute qu’inspiré de cette célèbre pièce pour l’introduction et pour ce qu’il ne faut sans doute pas considérer comme une conclusion, mais plutôt comme une ouverture sur un monde encore lointain…Là aussi se trouve l’intelligence de ce batteur hors normes.
Raphaël Pannier s’est entouré d’un « band » de haute valeur avec Miguel Zenon comme directeur musical et saxophoniste, Aaron Goldberg ou Giorgi Mikadzé (pour les thèmes de Messiaen et Ravel) ainsi que le très beau et surprenant « Monkey Puzzle Tree » signé du batteur lui-même, et enfin François Moutin à la basse.

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Joël Rabesolo & Julien Marga : « Rahona »

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C’est une sorte de mélange mais plus encore d’harmonie, d’entrelacements incessants créant une sorte de toile. Aussi bien c’est un monde fait de plusieurs mondes. Étrange mais en rien étranger. Fraternel au contraire. Ce sont les guitares du Malgache Joël Rabesolo (également percussionniste) et du Français Julien Marga qui font de « Rahona » ce paysage, à la fois présent, proche de chacun d’entre-nous mais aussi comme lointain et sans cesse en train, non pas de nous échapper mais de rester insaisissable et ainsi de susciter sans fin le désir.

Il y a ici du Ralph Towner autant que du Bill Frisell, quelque chose de John Scofield il y a longtemps. En tout cas, il n’y a dans « Rahona » (Homerecords.be / L’autre distribution) que de belles musiques, intérieures, mais comme « visuelles » pourtant : qui inventent les images que nous croyons voir, que nous voyons !
Les deux guitaristes s’entendent à la perfection et les musiciens qui les accompagnent sont à leur juste place : la contrebasse de Nicolas Puma et la batterie de Lucas Vanderputten assurent cette présence constante et solide, qui permet aux éclats et à la lenteur, aux brumes et au temps qui s’écoule, de nous apparaître à chaque instant. Il y a aussi le beau saxophone de Manuel Hermia sur trois titres.

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Martin Joey Dine : « Both At Once »

84231637_2568042093324912_3474206884049715200_n-300x297 Biréli Lagrène

Il a vingt-huit ans, il est français, il est pianiste, il a composé tous les titres de son quatrième album (sauf bien sûr « All The Things You Are », trop fameux pour passer inaperçu).

Et c’est une surprise. D’autant plus que, même si cela n’a rien à voir, il y a un tel « écart » entre ce que semble dire le graphisme de la pochette de « Both At Once » (Anagram) et la réalité de la musique qui nous est proposée.

Ne nous fions donc pas aux apparences et laissons nous emporter par l’enthousiasme d’un jazz, somme toute assez « classique ». Mais non pas sans surprise. Par un « groove » toujours présent, par des compositions d’aujourd’hui mais qui revivifient à chaque instant la tradition. Le tout impeccablement interprété par tous les musiciens et musiciennes ou chanteuses. Et, au bout du chemin, c’est un régal !

Autour du pianiste on entend Yen Ting Lo (chant), Lucas Martinez (ts), José Soarez (as), Lea Cieckelski (fl), Pierre Balda (contrebasse), Roope Kantonen (batterie)

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Ferruccio Spinetti & Giovanni Ceccarelli : « More Morricone »

more-morricone-copertina-300x270 Camille Thouvenot

C’est à un voyage au cœur de la musique d’Ennio Morricone que nous invite cet enregistrement. « Au cœur », parce que nous la connaissons surtout, cette musique, dans des versions « orchestrales » et surtout « cinématographiques » – illustrant en quelque sorte des images, à moins que ce ne soit le plus souvent celles-ci qui rendaient alors cette musique, sinon comme visible, du moins encore plus vivante.

Et parce qu’ici, les deux musiciens et parfois (sur cinq thèmes) la voix de Chrystel Wautier, la dépouillent, la rendent presque nue et lui donnent ainsi sa lumière et toute sa force, sa beauté sans doute.

Il y a donc en effet, quelque chose de plus dans ce « More Morricone » (Bonsaï Music / L’autre distribution). Quelque chose de plus avec quelque chose en moins. (Il est vrai que Ferruccio Spinetti est l’inventeur avec Petra Magoni de « Musica Nuda » dont on a souvent apprécié l’inventivité hors toute norme alors même que ce duo nous réjouit toujours.)

On se promène ainsi de film en film, de souvenir d’images, de dialogues. On passe du « Clan des Siciliens » à « Cinéma paradiso » ou à « Il était une fois la révolution » ou bien encore au plus récent « Django Unchained ». Mais ces souvenirs n’estompent en rien la musique elle-même. Et c’est sa présence, son intensité, autant dire sa beauté qui nous frappent et nous font rêver encore davantage que le cinéma lui-même. Décidément Morricone était un géant.

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Yves Rousseau septet : « Fragments »

fragments_yves_rousseau-300x269 Charlier

Sans doute, comme il l’affirme, le compositeur et contrebassiste Yves Rousseau s’est-il inspiré de ses années d’adolescence et, plus précisément, de la musique qu’il découvrait alors : celle de King Crimson, Pink Floyd, Soft Machine ou Genesis. Sans doute ; mais alors son imagination est débordante. Car c’est une musique originale qu’il nous offre aujourd’hui avec « Fragments » (Yolk Records / L’autre distribution). Il y a ici un feu, des embrasements, des couleurs étranges, incandescentes, même s’il y a, en conclusion, un moment de nostalgie (c’est le titre d’une pièce en deux parties) qui est peut-être celle du passé. Bientôt emportée par le flux de la vie. Et alors c’est Yves Rousseau, sa musique, sa personnalité, ses rêves, son propos tout entier que nous entendons. Sans doute aussi celui de ses musiciennes et musiciens, même s’il y a probablement une bonne partie d’écriture dans le travail impeccable du leader.
Ces « Fragments » ici assemblés sont une œuvre impressionnante, somme toute très heureuse, souvent joyeuse et turbulente. Servie par des interprètes que l’on sent enthousiastes et heureux de jouer la musique enchantée d’Yves Rousseau.

Géraldine Laurent (as), Thomas Savy (bcl), Jean-Louis Pommier (tb), Csaba Palotaï (g), Etienne Manchon (Rhodes et autres claviers), Vincent Tortiller (dm) entourent la contrebasse d’Yves Rousseau avec l’engagement qui fait de ce disque une remarquable réussite.

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Simon Moullier : « Spirit Song »

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Voici un vibraphoniste comme on en a très rarement entendu.

Il est certain que la technique de Simon Moullier est irréprochable. Il est tout aussi assuré que la sonorité qu’il invente est tout aussi hors normes. Ce sont deux qualités exceptionnelles qu’il faut reconnaître. Il en est une troisième tout aussi essentielle, celle de compositions de hautes valeurs, à la fois inscrites dans une histoire, celle d’un jazz somme toute « classique », si l’on veut désigner ici la musique la plus inventive des années soixante-dix ou quatre-vingt (free-jazz et jazz-rock mis à part) et l’on comprend ainsi l’enthousiasme d’Herbie Hancock (« Sa musique est fraîche, elle parle à tout le monde. Je n’ai jamais entendu quelqu’un jouer du vibraphone comme ça » dit le pianiste) et la référence à Wayne Shorter que fait Simon Moullier.

Enfin, parmi ce qui doit être relevé plus que tout, outre l’excellence de la prise de son et sans doute de toute la technique qui entoure la production, il faut noter enfin l’excellence des accompagnateurs du vibraphoniste. Ce « Spirit Song » (Outside In Music) a été enregistré en deux parties, l’une en novembre 2017, l’autre en mai 2020. Le pianiste Simon Chivallon se trouve sur la première, le pianiste Isaac Wilson sur la deuxième tandis que Luca Alemanno est à la contrebasse et Jongkuk Kim à la batterie. Deux saxophonistes sont invités : Dayna Stephens et Morgan Guerin. Chacun pour deux des neufs thèmes enregistrés.
Tout cela est très réussi. Il y a ici de beaux voyages à faire. On aurait peut-être aimé cependant un peu plus de surprises.

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Le Deal : « Jazz Traficantes »

a2889629964_10-300x300 Dominique Fillon

« Le Deal » c’est le nom que ce sont attribués quatre excellents musiciens.

Il y a tout d’abord Yoann Loustalot et son « flugelhorn ». On peut dire et redire dès maintenant, la sonorité, l’intelligence, l’imagination sans fin, la créativité pour être complet, de ce musicien dont la générosité semble sans limites.

Il est accompagné par trois instrumentistes de haute valeur : Florent Pélissier (p, Rodhes), Théo Girard (contrebasse) et Malick Koly (d).

Bien que tout ceci semble se terminer – si l’on en croit les titres des sept thèmes qui composent ce « Jazz Traficantes «  (Favorite Records – enregistré au studio Van Gelder) – par au moins une nuit en prison (« Noche en la carcel » est le titre qui clôt ce disque), il souffle ici un esprit de liberté à chaque seconde plus respirable que l’air lui-même. On s’y amuse en effet beaucoup comme sur le très réussi « Mexican Jaunkanoo Part 3 ». Et tout ceci nous emporte bien loin de musiques plus convenues comme on en entend ailleurs.

Nous voici dans un univers qui n’est pas toujours le nôtre (nous n’avons encore jamais goûté les geôles mexicaines, caramba!) mais que nous découvrons avec joie et aussi avec enthousiasme. Et il semble bien que les quatre hommes, liés sans doute par un accord peut-être secret mais à coup sûr particulièrement étroit, partagent eux-mêmes ce bonheur.

Entre-eux et assurément pour nous.

 

Multiquarium Big Band feat. Biréli Lagrène : « Remembering Jaco »

cover-cd-multiquarium-300x297 Eric Séva

A l’évidence ce n’est pas pour donner offrir un disque parmi d’autres qu’autant d’étoiles se sont réunies. Car en effet, si Jaco Pastorius est une star, d’autant plus vénérée qu’elle a quitté tôt notre univers, Biréli Lagrène (fretless bass) qui est parmi nous depuis son plus jeune âge et qui, d’entrée lui aussi, fut une étoile, certes encore montante, mais très vite très haute, Peter Erskine qui nous parle sur quatre plages, André Charlier (dm) et Benoît Sourisse (p, org Hammond) qui à eux deux forment une constellation comme les Dioscures le firent depuis la nuit des temps, ne sont guère en reste, le mythe peut-être en moins. Ce qui, finalement, leur donne à la fois une responsabilité, une honorabilité concrète en quelque sorte, et aussi une responsabilité pourrait-on dire, celle de faire vivre toujours et encore la musique.

Il faut dire qu’ils y réussissent de façon impeccable. Le « Multiquarium Big Band » n’y étant pas pour rien !

Celui-ci, outre les deux « leaders » précédemment cités, comprend quand même quinze musiciens, ce qui constitue une taille rarement atteinte par les temps qui courent. Parmi eux il est difficile de tous les citer, Claude Egéa (tp), Stéphane Guillaume (as, cl), Fred Borey (ts), Denis Leloup (tb), Pierre Perchaud (g) et Nicolas Charlier (perc) sont bien sûr des noms que l’on retient. On ne doit pas oublier cependant l’intervention vocale de Yannick Boudruche sur « Fanny Mae ».

Sans aucun doute cet hommage, « Remembering Jaco » (Naïve / Believe), est-il parfaitement réussi. Même si le retour à la musique du bassiste de Weather Report lui-même demeure toujours la voie originale.

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Benjamin Faugloire Project : « L »

118388252_10158781652053713_7467449726954426975_n-296x300 Federico Spinetti

Cela fait au moins dix ans qu’existe le « Benjamin Faugloire Project » ce trio composé du dit Benjamin Faugloire au piano et toujours et chaque fois depuis sa création par Denis Frangulian (b) et Jérôme Mouriez (dm). Cela fait ainsi plus d’une décennie que ce groupe joue les compositions du pianiste et rien d’autre.

Ils se présentent comme un « groupe au sens pop-rock du terme mais qui joue du jazz ». Est-ce si juste que cela ? Il est aussi fait référence par eux-mêmes à la musique world si j’ai bien compris. On pourrait dire que tout cela est juste. Mais aussi l’inverse. Tant il y a ici de singularité. En tout cas, d’inclassabilité (si ce barbarisme peut s’entendre!)

Il faut ici entendre chaque note. C’est-à-dire écouter avec toute l’attention dont est capable. Car c’est cela qui distingue le BFP, la méticulosité, la discrétion, l’attention soutenue, discrète, subtile, infiniment attentive au moindre battement du temps, à la plus petite inflexion du propos. Aussi, tout ce qui nous est offert avec tant de délicatesse et d’attention, est-il à recevoir avec d’infinies précautions. Là réside la richesse de cette musique.

« L » (Jazz Family / Socadisc) est belle réussite qui ne peut se faire que sans tapage. Hors des courants du temps qui emporte trop de choses sur son passage et semble inexorable.

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Dominique Fillon : « Awaiting Ship »

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Il y a des musiques qui vous bouleversent, qui bouleversent l’ordre des choses ou même du monde. Il y en a d’autres qui, plus sages peut-être, ont en elles le bonheur d’être là. Qui contribuent à vous rendre heureux. Sans doute parce qu’elles le sont elles-mêmes. Moins inquiètes que d’autres (sinon pas du tout) elles passent parfois inaperçues. Ce n’est pas le plus mal qui puisse leur arriver. Parfois c’est la moquerie qu’elles affrontent. Elles ont souvent l’intelligence de ne pas même s’en offusquer. Elles poursuivent alors leur chemin.

Si l’on écoute Dominique Fillon et son « Awaiting Ship » (Klarthe Records / Banco Music), si on l’écoute d’une oreille un peu distraite on risque de manquer un beau paysage, de douces sensations. Et pas seulement : avec des inventions discrètes qui sont d’autant plus étonnantes que, précisément, elles ne proviennent d’aucun « effet ».

Le pianiste est ici entouré d’Alex Boneham (b) et de Dan Schnell (dm). Pour deux thèmes il est rejoint par Sylvain Gontard (tp, bgl) et pour deux autres par un beau quatuor à cordes avec Akemi Fillon au premier violon.

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SPIME 2019 : « Cosmic And Spontaneous Gestures »

spime-300x253 Giovanni Ceccarelli

C’est à peu près à l’opposé que se situe cet enregistrement, celui du free jazz le plus actuel. (Mais quel jazz n’est-il pas « free »?). En tout cas, il y a ici de quoi se réjouir de façon dionysiaque, c’est-à-dire absolument vivante, n’en déplaise sinon à qui que ce soit, mais bien plutôt encore à tous les obstacles possibles, imaginables, inimaginables tout autant. Que les académiciens s’en retournent chez eux, car dans cette musique se sont toutes les possibilités, même les plus impossibles qui s’offrent à nous.

Ces « Cosmic And Spontaneous Gestures » (qui pourraient renvoyer à un titre de Charles Mingus ?) (Le Fondeur de Son LFDS) nous proposent parmi d’autres titres, une « Tension », d’inénarrables « Structuralismes hétérogéniques » (qu’il faut recommander absolument) et même un « Tourbillon ». C’est dire que l’on peut s’y brûler. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une musique brûlante que l’un de ses principaux instigateurs, le contrebassiste Yoram Rossilio, va parfois chercher du côté du Maroc et de ses musiques traditionnelles. Mais pour « l’orientalisme » façon oud et autres instruments tous aussi chargés d’histoire les uns que les autres, on repassera.

Et, sauf à avoir l’esprit un peu abattu, le regard s’arrêtant bien avant la ligne d’horizon, on s’emportera ou plutôt on se laissera emporter par cette musique qui n’a peur de rien et qui, assurément, aime l’énergie de la vie.

 

Sébastien Jarrousse : « Attraction »

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Il y a bien des musiques inclassables (on vient de le voir) et l’on en rencontre beaucoup dans le monde du jazz. C’est le cas ici avec cette « Attraction » (A.MA records / Socadisc) que nous propose le saxophoniste Sébastien Jarrousse. Cette musique est complexe. C’est ainsi qu’elle est captivante, qu’elle retient l’attention – mais plus que cela – qu’elle nous emporte sans trop le laisser soupçonner. Comme la voix magique d’Ellinoa dont nous avons déjà eu le plaisir ici, de souligner la beauté, le ferait presqu’à elle seule. Mais il n’y a pas que cela.

Il y a toujours et sans jamais défaillir, une justesse de son, d’harmonie ou plutôt de langage, d’articulation, d’émotions soutenues. L’écriture de chaque thème est, semble-t-il pesée. L’art, à ce sujet de Sébastien Llado, plusieurs fois crédité, n’y est pas pour rien. Le tromboniste est d’ailleurs présent sur plusieurs thèmes. Comme le saxophone alto de Gaetano Partipilo venu lui aussi rejoindre le quartet de Sébastien Jarrousse avec Pierre-Alain Gouach (p), Mauro Gargano (b) et Antoine Banville (dm).

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We Are Birds : « No Return »

cover-bon-1200-300x300 Joël Rabesolo

Ils sont trois : le pianiste et claviériste finlandais Tuomas A.Turunen, le bassiste et contrebassiste Emmanuel Soulignac et le batteur et percussionniste Dimitri Reverchon. Mais ils ont de nombreux invités : Hannah Tolf, Arnold McCuller, Corinne Drai, Blick Bassy et Laurence Stevaux (voc), Fausto Beccalossi (accordéon), Stéphane Guéry (g), et Ulrich Yul Edorh (claviers, glokenspiels, sifflements, voc et aussi producteur).

On peut se demander si la musique de ce groupe est « classable » sous l’appellation de jazz. Mais comme classer est une chose que nous laissons aux taxinomistes de tout poil et que nous n’aimons guère, comme le jazz, en outre, est déclassifiant, encore plus qu’inclassable comme nous venons de le dire, eh bien, il est très difficile de répondre mais plus encore de décrire. Et, en outre, il n’y a pas ici une seule musique, mais bien plusieurs.

On entend même sur « No Return » la voix du capitaine Thomas Sankara, président du Burkina Fasso (ex Haute-Volta) jusqu’à ce qu’il soit assassiné en 1987 à trente-huit ans, devant l’assemblée Générale de l’ONU ! Et on fera bien d’écouter ce qu’il dit ! Et d’essayer aujourd’hui et demain, de s’en souvenir.

A cet instant d’ailleurs, la musique de We Are The Birds semble se modifier, prendre une intensité qu’elle n’avait pas toujours auparavant. Et qui, jusqu’à la fin de l’enregistrement, ne la quittera plus.

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Camille Thouvenot : « Crésistance »

c-thouvenot-300x264 Le Deal

C’est un propos de Stéphane Hessel qui, pour le pianiste lyonnais Camille Thouvenot, élève du magnifique Mario Stantchev, a permis d’imaginer, outre sa musique, le titre de ce disque. Ce mot du grand résistant que fut Hessel, grand amateur d’art également, n’est autre que « Créer c’est résister, résister c’est créer ».

Il faut en effet, écouter ça ! On découvrira sans doute ici un jeune pianiste, non seulement talentueux mais d’une inventivité étonnante. « Etonnante » car ce qui séduit dans ce « Crésistance » (Jinrikisha productions / Inouïe distribution) c’est précisément ce qui le différencie de ce que l’on entend souvent. Et de la voie choisie pour parvenir à nous surprendre : plutôt le respect de l’histoire du jazz que sa contestation, plutôt l’impeccable sonorité, plutôt l’imagination la plus claire et lumineuse, plutôt la pureté que l’étonnement de l’orage.

On retiendra ainsi tout autant que les belles compositions de Camille Touvenot, les reprises de thèmes infiniment entendus et comme saisies d’une nouvelle jeunesse : »Nardis », « On Green Dolphin Street », « Alone Together » ou « Caravan » et « Moment’s Notice ».

Le trio est sans faute, d’un équilibre de chaque mesure, de chaque note. Le batteur Andy Barron est, lui aussi, débordant d’imagination, d’inventivité. La chaleureuse contrebasse de Christophe Lincontang offre à la fois des couleurs somptueuses et chaleureuses et une cohésion qui ne se départit jamais.
Il faut accorder une place singulière au travail sans aucun doute méticuleux et précieux d’Audrey Podrini pour son « desing sonore » et ses « compositions électroacoustiques ».

Ici apparaissent de jeunes musiciens dont on ne peut espérer qu’une chose désormais, c’est que la « mécanique » du « système » leur permette de poursuivre un si clair chemin.

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Marc Buronfosse : « Aegean Nights »

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Le bassiste Marc Buronfosse a un sacré parcours derrière lui et c’est autour de la mer Egée qui lui est chère qu’il a conçu la musique qu’il nous offre aujourd’hui. Une musique envoûtante, qui nous enlace dans ses détours et ses atours comme si nous étions emportés sur une barque, sous une voile latine, dans les méandres imprévus de la côte ou peut-être plus loin au large, sous la lune et au profond de la nuit de ce côté oriental de la Méditerranée.

Cela sonne plus comme une musique de ce monde-là que de celui du jazz, même si le batteur et percussionniste Arnaud Biscay peut parfois nous faire oublier ces influences ou plutôt sans doute ce que recherche absolument le bassiste. Et c’est donc à une pluralité, une diversité de paysages que nous avons à faire ici, même si l’unité, au total, ne cesse d’être affirmée.

Pour inventer ces nuits de la mer Egée, pour réaliser ce bel enregistrement au titre évocateur, pour décrire ces « Aegean Nights » (Arts Culture Europe / Inouïe distribution) Marc Buronfosse, outre Aranud Biscay déjà nommé et qui joue un rôle majeur dans cet enregistrement, a fait appel à l’excellent vibraphoniste et claviériste Maxime Hoarau qui lui aussi est l’un des piliers de cette musique, à Rishab Prasanna (bansouri), Adrien Soleiman (ts), Andreas Polyzogopoulos (tp) et Jean-Philippe Carlot (poète).

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Des jours heureux…

 

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La Rue de Tanger : « Simone »

 

On peut faire un peu de taxinomie musicale et ne pas être en la matière grand clerc en classant cette musique sous les deux étoiles du musette et du jazz. On serait pourtant, à mon sens, bien restrictif dans le cas de ce groupe qui a pris avec une grande intelligence (me semble-t-il!) le nom d’une rue de Paris située dans le XIX° arrondissement, entre le boulevard de la Villette, la rue d’Aubervilliers, et l’avenue de Flandre.

Rue de Tanger, mélange tout : la musique d’Afrique du Nord, d’Afrique noire, l’accordéon de Laurent Derache, et le jazz (si l’on veut). Et tout ça fait une musique originale. En tout cas quelque chose de très passionnant, souvent rempli d’émotions, de passions, d’humanité, d’errances peut-être, de divagations aussi. Mais pourquoi pas ? Et faudrait-il que nous soyons des classificateurs scrupuleux alors même que toute musique, si l’on veut bien l’entendre, suppose que nous sachions ne plus être tout à fait nous-même (lorsqu’elle n’était pas encore présente autour de nous et en nous), pour être nous-même encore davantage.
Il y at ici, (Label Wopela / L’Autre Distribution) beaucoup de gaité, d’habileté : une sorte d’agilité telle que celle des trapézistes, des contorsionnistes, des poètes somme toute, de cela qui nous « souffle », qui nous donne envie de danser, de se laisser emporter, d’aimer son voisin, sa voisine, de partager l’air de la vie, ses tourbillons.
On le doit, outre à Lauret Drache déjà cité au maître d’oeuvre du projet Pierre-Yves Le Jeune, contrebassiste, compositeur, arrangeur, à Dogan Poyraz aux percussions et uassi en « invité » à la voix de Sofiane Saidi.

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Omer Avital Qantar : « New York Paradox »

 

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On ne s’arrêtera guère cette fois-ci – en matière de classification toujours – sur la qualification de « Jazz Messengers de la Méditerranée » pour identifier la musique du groupe du contrebassiste Omer Avital « Qantar ». Surtout qu’au même moment on parle de lui en référence à Charles Mingus. Il faut plutôt écouter « New York Paradox » (Zamzama Records/jazz&people / PIAS) comme une musique en elle-même. Non pas un genre musical, non pas une création nouvelle en ce sens qu’elle ouvrirait un champ jusque là inconnu, mais comme une belle et singulière (avec ses qualités propres, empruntées à personne ou alors à tout le monde du jazz et de la musique ne général, à tout le monde à la fois).
Qantar est peut-être davantage une « famille » qu’un groupe – en tout cas plus qu’un groupe – comme le dit Omer Avital. C’est surtout avec « New York Paradox » une musique captivante, qui parfois nous emmène vers les origines orientales de ses auteurs, tous israéliens en « exil » outre-atlantique. Ce sont sans doute tous d’excellents musiciens, mais il est vrai (pour aller dans le sens d’Omer Avital) que l’on perçoit à chaque instant non seulement leur unité, mais plus encore quelque chose comme un plaisir de jouer. D’être ensemble sans doute.

Avec Asaf Yuria (ts, ss), Alexander Levin (ts), Eden Ladin (p), Omer Avital (b) et Ofri Nehemya (dms)

 

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Mirtha Pozzi : « Tzimx »

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Qu’ici nul ne pénètre s’il a besoin d’assurer ses pas et d’être rassurer en pays étranger, d’y voir clair avant même d’avancer, de savoir toujours d’où il vient et où il va, d’avoir crainte de ce qui dérange ses habitudes et encore plus ses « convictions » ! Mais si vous souhaitez vous embarquer vers de nouveaux horizons pour y découvrir mille nouveaux bonheurs, n’hésitez pas une seconde. Ce « Tzimx » vous les offrira sans peine. Si vous savez que rien n’est plus vrai que ceci (même si cette affirmation peut sembler présomptueuse, en faire l’expérience devrait réjouir plus d’une fois) : soyez surpris.e vous serez heureux.se ! Et peut-être pas dans votre solitude, mais à deux ou à plusieurs, à dix ou à cent, à mille et cent.
Mirtha Pozzi nous offre des percussions comme nous n’en avons guère entendu. Même pas chez Xenakis en 1968 au festival d’Avignon (ce qui est peu dire pour celles et ceux qui s’en souviennent ou qui ont une idée de ce que cela pouvait être). Imaginez donc un disque entier de percussions, qu’il est encore plus impossible de décrire que toutes celles entendues jusqu’ici (et puis la description d’une musique, c’est déjà un petit exploit qu’il faut plutôt éviter que de s’y essayer et encore davantage de s’y acharner, alors une musique percussive, exclusivement percussive… ce serait courir en sautant de joie dans un abîme et surtout cela n’aurait aucun sens). Imaginez que vous vous laissez surprendre à chaque instant, que vous êtes à chaque seconde captivé, sinon captif heureux de l’imagination de Mirtha Pozzi. Vous n’aurez pas encore une idée de ce qu’est « Tzimx » (Nowlands / La muse en circuit).

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Léa Deman : « BlackRain »

C’est une étrange musique que celle de la chanteuse Léa Deman. Nous dirons ici « étrange » car elle est souvent fascinante et très belle. Mais si l’on voulait la catégoriser, le terme de « jazz » même dans une extension maximale ne serait pas toujours approprié (alors qu’il le serait parfois et même assez souvent… mais parfois il faudrait à coup sûr forcer le trait à l’excès). A moins que l’on parle de « jazz rock » ou de « rock jazz » non en raison d’une dominante plus rock que jazz mais parce que le jazz rock des années 80 est quand même bien loin de l’univers de Léa Deman.
Monsieur Claude Barthélémy est aux guitares et aux arrangements, avec à ses côtés (toujours guitaristiques) Stéphane Guéry, Jean-Luc Ponthieu est le contrebassiste (et aussi bassiste) et enfin Eric Groleau est à la batterie. Voici donc une formation qui est en elle-même très marquée « jazz » il est vrai. La direction artistique de « Black Rain » (3=Tomato / Urban Noisy) est due à Guesh Patti dont on se souvient peut-être du fameux « Etienne » (en 1987-88) ce qui nous éloigne un peu du jazz qu’on le veuille ou non.
Si l’on veut (et on le doit) en revenir à la musique hors toute classification il faut redire la belle étrangeté de beaucoup des thèmes. Et aussi, curieusement, une certaine convenance, de quelques autres.

Un détour vers Léa Deman et son « Black Rain » constitue cependant et sans aucun doute une sorte de nécessité, un « regard » curieux sur une esthétique particulière, parfois mystérieuse, parfois envoûtante, parfois déroutante. (sortie de l’album le 20 août)

 

 

Magic Malik : « Fanfare XP2 »

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« Magic Malik », autrement dit Malik Mezzadri, compositeur, flûtiste, percussionniste, chanteur et on en passe est un sacré lascar. Autrement dit (une nouvelle fois) un musicien qui se trouve souvent là où on ne l’attend pas. Et notamment avec sa fanfare XP dont le premier enregistrement « XP1 » date de janvier 2018. Et dont voici le deuxième…comme son titre l’indique « XP2 »(Onze heures onze).

Il y a là tout ce que l’on connaît de puissant, d’original, de vital pourrait-on dire, dans la musique de Magic Malik. Et puis il y a partout des surprises ; Ou plutôt : tout est étonnant avec cette Fanfare XP2. Les sons, les rythmes, les mélodies, les « effets »… et finalement on ne sait plus tout à fait de quoi il s’agit. Et c’est bien cela, ce voyage en quelque sorte en terre inconnue qui est enthousiasmant.

Autour du flûtiste on peut citer tous les comparses de cette musique hors normes : les deux saxophonistes Pascal Mabit et Maciek Lasserre, le tromboniste Johan Blanc, le trompettiste Olivier Laisney, la flûtiste et vocaliste Fanny Ménégoz, Alexandre Here aux claviers et Daniel Moreau au synthétiseur, Maïlys Maronne au mélodica, les guitaristes Jonathan Joubert et Kevin Lam, le bassiste Nicolas Bauer et le batteur Vincent Sauve. Cela fait un grand orchestre. Dans tous les sens du terme.

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Le retour des beaux jours

 

 

Paul Jarret : « Emma »

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La musique se suffit à elle-même. Art originaire, art de l’origine elle n’a pas besoin de décrire quoi que ce soit, pour être belle, c’est-à-dire pour être grande, pour être ce qu’elle est.

Mais parfois, la musique est narrative. Elle peut aussi être un récit, devenir descriptive ou constituer l’expression d’un drame ou d’une comédie. Il y a l’opéra, les chansons qui même parfois clament une idée plutôt qu’une ritournelle.
Pour être l’artisan, le créateur d’une musique qui évoque des faits historiques ou qui « porte un message », et pour l’être en ne dissimulant pas la création artistique proprement dite (la musique elle-même) sous « l’intention » il faut une haute maîtrise.
C’est ce que fait le guitariste franco-suédois Paul Jarret en évoquant avec le destin d’Emma, son arrière-grand-mère, celui du peuple suédois (un cinquième de la population) qui émigra aux Etats-Unis d’Amérique à la fin du XIX° siècle et au début du XX°. Et, il le fait avec un très grand talent.

La musique sui s’appuie à plusieurs reprises sur des thèmes traditionnels nous dit les adieux, les espérances mais aussi les larmes, la douleur et même la mort.

C’est la tragédie de l’exil que Paul Jarret nous fait partager avec émotion. Avec une musique simple, claire, parfois obsédante, toujours vivante, déchirée, déchirante et souvent sidérante.

« Emma » est un véritable ouvrage, un grand travail d’ivention (Neuklang / Harmonia Mundi) fait d’une sorte de chant déchiré mais constant, où l’on ne peut discerner le propos lui-même, la narration si l’on veut, de la musique en elle-même.

La voix translucide d’Hannah Tolf comme la « nyckelharpa » d’Eléonore Billy et la contrebasse d’Etienne Renard, sans oublier la guitare toujours aussi singulière de Paul Jarret nous appellent à partager l’épreuve d’ « Emma ». A en percevoir tous les instants.

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Christophe Marguet : « Happy Hours »

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Voici une musique qui rend heureux ! Comme le dit la présentation de « Happy Hours » (Mélodie en sous-sol / L’Autre Distribution) « Par ces temps troublés et fort perturbés, nous devons de véhiculer un peu d’espoir et de bonheur, de transmettre ce qui nous anime, nous donne à vivre. »

Mais, assurément la musique qui nous offerte ici n’est pas celle d’un espoir qui serait une attente, une attente qui serait ou non exaucée. Elle est bien mieux et bien plus que cela, elle est quelque chose comme le plaisir, qui ne s’invente pas, mais qui est là. Qui se reçoit, qui se donne, qui se partage. C’est dans sa présence, dans ce qu’elle provoque en nous, comme si nous pouvions, nous-mêmes, être en train de la jouer, c’est là que réside sa beauté. Pas dans un demain que nous imaginerions, que nous attendrions encore. Il faut à la musique le pouvoir de susciter le plaisir, l’enchantement, parfois la réflexion (mais alors, c’est plutôt dans un second temps). Ces heures joyeuses et heureuses en sont un superbe exemple.

Autour du batteur et compositeur Christophe Marguet qui a déjà tellement donné pour le jazz, en France et partout, à tous, se trouvent trois musiciennes et musiciens qui sont, tout autant, de celles et ceux qui ne comptent pas leurs offrandes. Il y a ici à la contrebasse l’extraordinaire Hélène Labarrière toujours aussi elle-même, à la fois si présente, si discrète, si inventive, Yoann Loustalot, fertile trompettiste (et ici parfois au bugle) s’il en est – il a une part primordiale dans ce quartet – et enfin le pianiste Julien Touéry que l’on a connu auprès d’Emile Parisien et aussi de Michel Benita, Louis Sclavis ou Michel Portal et qui a ici une place d’équilibre, là même où il intervient à chaque mesure avec une justesse et une précision remarquables.

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Quentin Dujardin & Didier Laloy : « Water & Fire »

thumbnail_cover_water_fire-300x300 Alexandre Herer

Quelle est cette musique ? Voici une bonne question ! Une vraie question. Qui doit demeurer une interrogation. Car il est bien possible que tout l’art du guitariste Quentin Dujardin et de son ami Didier Laloy, accordéoniste de son état, tienne dans cette interrogation. Qui serait comme l’origine et la finalité de leur travail, de leur création.

Ajoutons bien sûr que cette musique donc – ou plutôt ces musiques, même si elles savent être cohérentes et continuer à former un tout dans leurs différences qui ne sont pas si grandes… ce sont les questions qui se posent parfois différemment, pour des raisons qui paraissent parfois tout autres mais qui, peut-être, ne le sont pas : il ne faut pas fier aux apparences – est toujours très belle, très délicate, envoûtante même la plupart du temps. Ce qui ajoute à l’abîme de la question elle-même.

On pourrait se demander ce que « Water & Fire » (Agua Music / Sabam) vient faire ici dans ces « Notes de Jazz ». Ce serait une question de plus. A laquelle il serait stupide de répondre. Puisque c’est bien la question qui est au cœur de cet enregistrement qui en constitue l’essence.
Ajoutons que Quentin Dujardin est un guitariste à la technique surprenante. Que Didier Laloy est un accordéoniste de premier plan. Que le contrebassiste Didier Tyberghein est une recrue de l’Orchestre National de Paris. Mais qu’il faudra attendre le onzième et dernier thème « Soul Sister » pour entendre la voix transparente, magique de NoHo (Noémie Houbart pour l’état civil) qui, non pas se fond dans l’art la musique – dans celle de tout l’album, à dire vrai – mais plutôt qui lui donne une sorte de couleur nouvelle, une couleur infinie.

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Merakhaazan : « Veines »

veines-300x300 Baptiste Herbin

Cela ne s’invente pas : « Avec l’aide de l’ (auto)-échantillonnage en temps réel et l’utilisation de modes instrumentaux étendus – de la technique de l’archet classique aux effets de cordes préparées –, sa mixture sonore éclectique puise dans les styles et les cultures : avant-rock hypnotique, électro-orientalisme, pulsation ethniques, textures électroniques, bande-sons, ornementation baroque, composition orchestrale et transe bruitiste… » C’est la biographie de Jean-Christophe Bournine alias Merakhaazan qui le dit et, par conséquent, ce doit être vrai. D’ailleurs « avant-rock hypnotique » ou « transe bruitiste » ça ne s’invente pas ou plutôt…si !
Mais tout cela dit bien quelque chose, quelque chose d’extraordinaire : ce qu’il y a précisément de très singulier dans la musique que Jean-Christophe Bournine, contrebassiste de son état nous offre. Et qui est – disons-le sans frémir – tout à fait sidérante, saisissante, fascinante. Peut-être un peu comme le regard hypnotique d’un vampire puisque le quatrième thème se réfère au mythe de Nosferatu et que le titre de ce deuxième album de Merakhaazan lui-même – « Veines » (Imago Records & Production – semble l’évoquer.
Jean-Christophe Bournine est l’unique interprète de sa musique, avec sa contrebasse à cinq cordes mais aussi avec suffisamment d’ « effets » pour être un orchestre à lui tout seul.
Il y a beaucoup de charme, de beauté incarnée, vibrante, d’émotions dans cette musique qui n’a rien de mélanges improbables, mais plutôt d’une sorte de poésie constante, comme une sorte de recherche d’équilibre incessante et délicate.

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Pierre Marcus : « Following The Right Way »

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Il ne faut se fier au sens apparent du titre de cet album. La musique du contrebassiste Pierre Marcus suit une ligne juste mais en tout cas, pas une ligne très droite comme notre imagination, sur le moment, pourrait nous le laisser penser. Cela commence (et se termine) en Bulgarie – c’est le pays dont son épouse est originaire) – et cela continue en Afrique (au Congo et au Cameroun), à Nice pour rendre hommage à François Chassagnite qui fut son professeur ainsi que pour dire son amitié à une certaine Marie qu’il qualifie de « baronne » en hommage explicite à l’amie de Monk, la célèbre Pannonica de Koenigswarter. Et, Monk est lui aussi une étape avec une « reprise » de son thème « Bemsha Swing ». Et aussi New York avec une « Nostalgia In Times Square » (qui a perdu sur la pochette de l’album le « s » de Times) ; est-ce volontaire ?

Pour autant « Following The Right Way » ((Jazz Family / Socadisc) semble hésiter entre les chemins de la sagesse et ceux des détours imprévus.

Il est vrai que le jazz n’est pas fait que de ces derniers. Qu’il peut aussi être fait d’une sorte de synthèse entre les deux. Ce qui est sans doute la voie qui a la préférence de Pierre Marcus. Mais, précisément, il n’est pas si facile de trouver cette sorte de synthèse.

Il y a ici, il faut le souligner vraiment, une ambition, de très belles interprétations – je veux dire de très bons interprètes – mais il semble parfois que l’on se trouve dans des régions un peu attendues.
Autour de Pierre Marcus on trouve Baptiste Herbin (as, ss), Irving Acao (ts), Simon Chivallon (p), Thomas Delor (dm) et des invités : Renaud Gensane (tp), Alexis Valet (vib), Jérémy Hinnekens (p) et Aleksandar Dzhigov (gaida).

 

 

Pierre Drevet, Claire Vaillant et le Brussels Jazz Orchestra : « Echange »

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Il y a chez Pierre Drevet une sorte d’enthousiasme qui jaillit de tout le Brussels Jazz Orchestra comme de la voix de Claire Vaillant, de toute leur musique.

La Belgique est le lieu depuis bien longtemps d’une vitalité et d’une passion pour le jazz qu’il ne faut pas ignorer et qu’au contraire il faut vraiment célébrer. Cet « Echange » (Lilananda / InOuïe distribution) en est le plus pur exemple.
Il n’y a pas beaucoup de « big bands » qui « soufflent comme celui-ci. Et Pierre Drevet est non seulement un sacré trompettiste mais il est aussi et peut-être plus encore (si cela toutefois se mesure) un formidable compositeur qui s’inspire de toute l’histoire du jazz mais aussi de Ravel, de Debussy ou de Brahms.

Ne nous y trompons pas cependant : il faut aimer les grandes formations pour apprécier « Echange » à la hauteur qui est la sienne. Il faut souligner cela parce que, qu’on le veuille ou non, cela sonne très différemment d’une petite formation comme nous en entendons plus habituellement dans l’univers du jazz. Mais, même pour ceux dont je fais partie qui préfèrent souvent un trio à un octet, un quartet à un « nonet », « Echange » peut nous combler de couleurs, de nuances, d’intelligences (de compréhensions partagées, pourrait-on dire aussi).

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Alexandre Herer : « Nunataq »

alexandre-herer-300x300 Christophe Marguet

Voici un enregistrement surprenant. Non tant par sa qualité musicale qui est remarquable mais (en tout cas de mon point de vue qui n’est pas celui d’un « fan » du Fender Rhodes) que par le fait d’arriver avec et instrument-là à de telles subtilités et de telles beautés.

Alexandre Herer a réalisé avec « Nunataq » (Onze Heures Onze) et ses deux accompagnateurs, Gaël Petrina (electric bass) et Pierre Mangeard (drums), une musique envoûtante, qui ne fait appel à aucun artifice mais seulement, semble-t-il, à une intense sensibilité qu’il dévoile ici le plus souvent comme sans pudeur (mais la pudeur est mal venue et même insultante quand il s’agit de la musique).

On a qualifié « Nunataq » de musique « volontairement froide » : on peut l’entendre ainsi. Mais on peut aussi bien dire qu’elle est transparente (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à voir, mais au contraire que, par sa présence, nous voyons mieux, nous voyons davantage…plus près de nous comme plus loin aussi sans doute), qu’elle est claire ou plutôt qu’elle est elle-même une sorte de clarté. Certes, il n’y a pas d’ « effets » au sens où le trio à aucun moment ne vient nous entraîner dans un rythme ou une mélodie qui serait là pour séduire, mais il nous répète à nous qui ovulons bien l’entendre, ce que dit la musique elle-même : Alexandre Herer va chercher la musique à sa source et c’est alors qu’il la délivre et nous l’offre.

 

 

Joël Hierrezuelo : « Asi de simple »

joel-hierrezuelo-asi-cover-new-1_1 Didier laloy

Nous sommes nombreux sans doute à l’avoir déjà entendu sur scène car Joël Hierrezuelo a joué avec Roberto Fonseca, Fatumata Diawara ou Amadou et Mariam. Et aussi avec Orlando Poleo, Omara Portundo, Alex Terrier, Mayra Andrade, Ibrahim Maalouf, Véronique Herman Sabin ou Manu Katché et bien d’autres encore. Mais sans doute nous ne le connaissions pas vraiment. Et peut-être pas même son nom. Voici ce qui devrait changer !
Joël Hierrezuelo, Cubain de naissance (La Havane, 1972) est Parisien depuis vingt-trois ans. Il chante, joue de la guitare et de diverses percussions. Il a également assuré la composition de onze des douze thèmes d’ « Asi de simple ». Et, pour le douzième il s’est fait aider par Djenaï et Elijah Hierrezuelo, histoire sans doute de rester « en famille ». Il est entouré pour cet enregistrement (Continuo Jazz / UnaVoltaMusic) de trois musiciens de choix : Pierre de Bethmann (piano et Rhodes), Felipe Cabrera (contrebasse) et Lkmil Pérez (batterie). Il y a aussi, parmi de nombreux invités, la flûtiste Naïssam Jalal dont il a été dit ici grand bien – ce qui justifie sans doute (! ) son intervention dans deux plages d’ « Asi de simple » –, et aussi Nicolas Folmer (trompette) dont nous n’avons pas dit plus de mal.

La musique de Joël Hierrezuelo est joyeuse et douce, colorée et solaire, lumineuse et prenante. Pas vraiment « tropicale », ni « tropicaliste ». Mais, si elle est faite d’influences diverses que l’on découvre à chaque détour, elle est d’abord et avant tout originale. Le compositeur est un guitariste très original qui fait résonner chaque note en les rendant luisantes, brillantes sans jamais abandonner la maîtrise ni de son talent, ni des sonorités multiples qui résonnent jusqu’à nous.

 

 

Gabriel Midon : « Imaginary Stories »

 Gio Rossi

Elle résonne si singulièrement la contrebasse de Gabriel Midon, si exceptionnellement. Tout au long de ces « Imaginary Stories » (Soprane : Absilone).

Il y a sans aucun doute une haute ambition, artistique s’entend, dans cette musique. Et, il faut bien le dire, le résultat ne doit pas décevoir, ni Gabriel Midon lui-même, ni les auditeurs curieux qui iront à sa rencontre, ni celles et ceux qui ici l’accompagnent. Car ces histoires imaginaires sont surprenantes, originales et passionnantes tant elles nous conduisent dans des endroits inattendus, résonnants d’échos familiers ou étranges. Aux multiples couleurs, parfois envoûtantes, parfois presque dérangeantes, mais à chaque mesure captivantes.

Il faut dire que Gabriel a fait appel à la chanteuse Ellinoa qui est l’une des toutes plus belles voix que l’on puisse entendre aujourd’hui. Pas seulement par son timbre, par la clarté apaisée qu’elle transmet avec une justesse de chaque instant mais aussi et sans doute plus profondément par l’intelligence singulière de sa voix, de sa façon tout entière de dire comme la musique elle-même. Et, si tous les musiciens réunis ici dévoilent de très beaux talents – Pierre Bernier (sax), Simon Martineau (guitare), le pianiste Edouard Monnin ou l’un ou l’autre des batteurs, Baptiste Castets ou Thomas Delor – le « coup de génie » de Gabriel Midon c’est peut-être d’avoir fait appel, comme de surcroît à un quatuor à cordes (Antoine Delprat (vl), Anne Darrieu (vl), Maria Zaharia (alto) et Louise Leverd (violoncelle). Précisément parce que les sonorités des cordes vont fort bien avec les compositions (ce qui est assez exceptionnel dans le jazz pour le souligner).

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Baptiste Herbin : « Vista Chinesa »

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« Vista Chinesa » (Space Time Records / Socadisc) est le quatrième album du saxophoniste et compositeur Baptiste Herbin. Il se distingue assez nettement des précédents en ceci qu’il est sous influence brésilienne (et enregistré à Rio de Janeiro il y a un an). Mais on y retrouve la fougue du saxophoniste, la justesse de son jeu, son savoir-faire musical tout entier et dans toutes les dimensions. On dira seulement que toutes les plages, peut-être ne sont pas égales. A chercher la diversité (peut-être) on peut plaire à certains et moins à d’autres. Mais la diversité ne peut quand même pas être un reproche !
Baptiste Herbin dont la sonorité est ici encore plus affirmée, plus belle souvent (« Meu Sonho ») qu’elle ne le fut jamais, s’est entouré d’Edouardo Farias (p), Jefferson Lescowich (b) et Xande Figueiredo (batterie), une formation impeccable de justesse. Il y a aussi de nombreux invités dont la très belle voix de Thais Motta, la trompette d’Aquiles Moraes qui résonne avec des éclats d’or, ou encore le ténor et l’alto d’Ademir Junior et d’Idriss Boudrioua.

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Marco Vezzoso: « 14/7 Du côté de l’art »

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Marco Vezzoso est un trompettiste que l’on devrait mieux connaître, que l’on devrait écouter avec attention. En tout cas il retient immédiatement l’attention par son jeu transparent, la clarté de sa sonorité, par ses choix musicaux, ses compositions. Par le choix de ses accompagnateurs.

Cet enregistrement, inspiré par l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice sur la Promenade des Anglais est composé de deux CD distincts. On me dira bien sûr que deux CD sont toujours distincts. Matériellement, je crois m’en être plus ou moins aperçu. Je veux dire que la différence ici est importante. Car le second est composé autour d’une narration du drame, texte dit tour à tour en français par Marc Duret, en italien par Chiara Buratti et une troisième fois en anglais à nouveau par Marc Duret.

Si rien n’est à mettre en cause dans ce « projet », ni l’intention, ni même la réalisation impeccable, il me faut dire que le premier CD entièrement instrumental est plus cohérent et plus « attrayant » à mon entendement. C’est que l’unité du texte, surtout lorsqu’il est, disons, « descriptif », et de la musique est une grande difficulté. Elle n’est pas manquée ici, bien au contraire, mais c’est le principe même que, de façon très « subjective », il m’est toujours apparu que l’un et l’autre avaient toujours, quoi qu’on y fasse, quoi qu’on fasse, tendance, sinon à s’annuler, à s’effacer plus ou moins et réciproquement s’entend.
Pourtant, redisons-le, ici tout est bien fait, parfaitement réalisé. Sincère et beau à la fois. Saisissant souvent. Mais le sens des mots a soit un peu de mal à se faire entendre avec la musique, soit la musique à tendance à le réduire quelque peu. C’est pour cela que, finalement, moins habitué à l’italien et à l’anglais qu’au français ce sont les deux premiers que j’ai préféré entendre.

Mais, pour être juste, il faut dire ceci : il ne s’agit là que d’un point de vue très critiquable, partiel et quelque peu partial. Il faut redire aussi qu’il n’y a rien à reprocher à la réalisation de ce «  14/7 Du côté de l’art » (Incipit Records / Spada Music). Il faut dire aussi que la musique est toujours très belle, très soyeuse, jamais violente (comme on aurait pu s’y attendre dans un tel contexte, non descriptive – c’est l’une des très hautes qualités de cet enregistrement – toujours remarquablement interprétée par Marco Vezzoso avec Alessandro Collina (piano, rhodes), Marc Peillon (contrebasse), Rodolfo Cervetto (batterie et percussions) et Khaled Ben Yahia (oud).

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Gio Rossi : « You Mad ! »

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On ne peut dire pas que cet enregistrement soit à proprement à ranger dans la catégorie « jazz ». Mais comme le jazz refuse d’être catégorisé ça tombe bien. Il est agréable en effet de sortir des sentiers battus (et celles et ceux qui écouteront « You Mad ! » saurons vite à quel point!) surtout lorsque nous nous sommes retrouvés pendant plusieurs semaines plus ou moins retrouvés assignés à résidence. Alors si vous voulez chanter des musiques joyeuses, si vous voulez danser en vous libérant de toute contrainte, si vous voulez vous retrouver vous-même, si vous voulez qu’on vous aime (je veux dire si vous voulez séduire quelqu’un) si vous aimez vous aussi de votre côté, si vous voulez être heureuse ou être heureux (ou les deux!) il faut que vous vous abandonniez. En tout cas à la musique du batteur transalpin Gio Rossi. Accompagné parfaitement par les guitares d’Andrea Rabuffetti, la basse de Marco Brambilla et surtout les voix d’Andy Hackbarth, Chandra Grayson, Jan Radolph, Chandra & jan, ou encore Tulia Blendez, il y a chez Gio une énergie et surtout des joies simples qui ne demandent qu’à être partagées.

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Dix étapes : de l’hiver aux beaux jours

 

Caravaggio : « Tempus Fugit »

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Est-on indemne après l’écoute de Caravaggio ? Est-on blessé ? Est-on heureux ?

On est vivant, « diablement » vivant en vibrant avec la musique de « Tempus Fugit » (Eole Records / Distrart).

C’est ici que naissent, dès la première note et sans cesse alors, l’étrange et le familier à la fois, unis et désunis, inventés, s’imaginant, se rêvant eux-mêmes.
Alors, on ne peut que se dire qu’il y a ici, non pas une « modernité », ce qui serait peu par rapport à ce que l’art, l’invention, peuvent apporter, mais l’impensable et l’inatteignable lorsqu’ils deviennent, on ne sait par quel mystère, avec quelle lumière, tout proches, présents. Définitivement. Le temps peut bien s’enfuir, il ne se décompte plus. Depuis toujours. Sans limites désormais.

Cette musique est une sorte de chemin qui ne commence ni ne finit.

 

Il faut écouter ou plutôt se donner soi-même à cette musique dont la description par des mots et somme toute par des « concepts » n’est guère possible. Elle conduirait plutôt à nous éloigner de celle-ci que de nous la faire apercevoir.

Bruno Chevillon (basse, contrebasse, électronique), Eric Champard (batterie, percussions, pad), Benjamin de la Fuente (violon, guitare électrique ténor, mandocaster, électronique) et Samuel Sighicelli (orgue Hammond, synthétiseurs, sampler) et, pour un titre le guitariste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay, auxquels il faut ajouter Sylvain Thévenard (prise de son mixage) et Marwan Danoun (mastering) ont réalisé, comme Caravaggio l’a fait depuis 2004, une œuvre qui a aussi cette vertu qui est de laisser à l’auditeur son constant pouvoir de rêver.

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Henri Texier : « Chance »

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Vous nous dites, cher Henri Texier, que vous avez eu et que vous avez encore de la chance. Sans doute. Mais il est encore plus certain que nous sommes très nombreux à avoir eu de la chance. Grâce à vous. Certes pas seulement. Mais nous avons eu et nous avons toujours de la chance d’avoir rencontré votre musique et de recevoir aujourd’hui votre si beau disque qui porte ce si beau nom de « Chance » (Label Bleu / L’autre distribution).
La première fois c’était en Avignon. Sans doute en 1969. Il n’y avait pas en ce temps-là de festival de jazz dans la cité des papes mais le festival d’alors qui nous faisait découvrir les ballets de Maurice Béjart, le théâtre du Chêne noir, la musique de Yannis Xenakis (en 1968 plutôt, il faudrait rechercher dans la mémoire plus avant ou bien peut-être dans les archives qui doivent désormais être sur internet), et le Living Theater, le festival programmait quelques concerts dont un où vous partagiez déjà la vedette avec Daniel Humair. Et puis, votre contrebasse, votre musique tout entière ne nous quittèrent plus.

Vous voici désormais entouré de jeunes musiciens dont le déjà fameux Sébastien Texier (alto, clarinettes). Mais aussi, pour moi qui écrit de là-bas, le Perpignanais Gautier Garrigue (batterie), remarqué déjà en 2006, un peu avant son départ pour Paris. Et il est vrai que vous avez de la chance d’être bien entouré avec aussi Vincent Lê Quang (ténor et soprano) et Manu Codjia (guitare). Tout cela constitue une belle bande, monsieur Texier. Un bel orchestre, coloré, enthousiaste, heureux comme sa musique – enfin, c’est ainsi que je l’entends.

Merci, cher Henri Texier, d’éclairer de votre savoir et de votre énergie, de votre invention, de vos musiques de courage et d’amitié, notre amour de la musique. Nous avons bien de la chance ! Grâce à vous aujourd’hui. Merci encore.

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Claude Tchamitchian : « Poetic Power »

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C’est un autre très grand contrebassiste que Claude Tchamitchian. Et son nouvel opus « Poetic Power » porte si bien, si bellement son nom ! (Label émouvance / Absilone).
Pour cette musique aérienne, lumineuse, incandescente aussi, Claude Tchamitchian s’est entouré de deux musiciens passionnants : le batteur Tom Rainey et l’altiste Christophe Monniot.

Il n’est certainement pas tout un hasard que la photographie de Christian Kirk-Jansen qui illustre cet album (remarquablement réalisé, de la prise de son, au livret, au graphisme, dont chaque détail est manifestement le fruit d’une attention méticuleuse) représente un paysage en quelque sorte inversé, se reflétant dans l’eau d’une large et profonde flaque sur un chemin que l’on peut imaginer tropical en raison de la végétation qui s’y présente. Les rêves, n’est-ce pas sont ainsi ? Des images bouleversantes, bouleversées, fascinantes, dérangeantes ou alors, au contraire si merveilleuses.

 

Faut-il lire le titre de cet album comme une sorte de message ? Sans doute. Celui alors que le pouvoir « poétique » est ici celui de la musique. A l’écoute de ce trio d’exception, dont le chant est à chaque instant l’épreuve d’une attention, d’une discrétion, d’une affirmation cependant, en même temps que d’une sorte d’ouverture permanente à l’auditeur, lui laissant comme une place, un espace, un temps pour lui, on ne peut qu’en être convaincu.

Et, s’il fallait commenter encore un instant on pourrait dire que la musique est là où la poésie nous conduit. Lorsque cette dernière abandonne les concepts et les mots qui désignent.
C’est la beauté de la musique elle-même qui, ici aussi, jaillit. Pleinement.

 

Les enfants d’Icare : « « Hum-Ma »

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Voici un enregistrement qui compte (Déluge : Socadisc-Absilone). Il s’agit d’un quatuor à cordes comme il en existe tant dans le domaine de la musique romantique, classique, contempor. Mais si peu dans le monde du jazz. « Les enfants d’Icare » ce sont donc deux violonistes (Antoine Delprat et Boris Lamérand qui a également assuré toutes les compositions), une altiste (Olive Perrusson) et un violoncelliste (Octavio Angarita). Ils se sont assuré cependant la présence de la pianiste Carine Bonnefoy pour deux thèmes et de la clarinette basse de Clément Caratini pour un autre.
Il faut découvrir cette musique qui est toujours passionnante, secrète, mystérieuse souvent, mais qui sait se dévoiler à chaque instant. Ou plutôt, qui fait surgir en nous quelque chose comme l’insoupçonné, des émotions que l’on connaissait sans doute, mais qui, ici se mêlant, ne cessent de surprendre et de créer des lumières qui semblent toujours nouvelles.

La technique n’est pas absente de ce « projet » : on y frotte les cordes avec une méthode qui n’est pas toujours celle d’un orchestre de chambre interprétant Schubert (encore qu’il y a quelques œuvres de Schubert qui nécessitent des attaques d’une rare violence). Mais ce n’est pas cela qui importe le plus. L’oeuvre des Enfants d’Icare, vient peut-être du ciel, d’une région proche du soleil, elle demeure familière.

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Pierre de Bethmann : « Essais / Volume 3 »

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Comme le titre de cet enregistrement l’indique, ce sont ici des « essais ». Un peu comme lorsqu’on classifie un livre comme « essai » plutôt que comme de la littérature de fiction ou une théorie au sens strict. L’essai étant ainsi un genre sinon indéfini précisément, du moins aux frontières floues.
Le pianiste Pierre de Bethmann avec Sylvain Romano à la contrebasse et Tony Rabeson à la batterie livre ici son troisième opus sous ce titre (Aleaa). En attendant le quatrième avant la fin de cette année.

Ce disque est en effet un « essai » en ce sens qu’il explore d’autres musiques, du jazz parfois (Sam Rivers, John Scofield, Cole Porter, Jean-Loup Longnon), mais aussi de la musique romantique (la sonate opus 105 de Robert Schumann) ou des thèmes que l’on pourrait dire « populaires » comme la fameuse « Cane de Jeanne » de Georges Brassens, « Que sera sera » ou, différemment il est vrai, « I Can’t Help It » de Stevie Wonder. Ces explorations sont ainsi comme des sortes d’études, de variations, de recherches, de décryptages aux couleurs variables, mobiles. C’est en cela que Pierre de Bethmann et ses amis retiennent notre attention, par les éclairages qu’ils apportent. Non pas qu’ils mettent ces musiques sous le feu de projecteurs mais au contraire parce que, précisément, ils savent leur apporter tantôt un éclat singulier, tantôt quelque noirceur, quelques zones d’ombres qui, au lieu de nous en éloigner, nous les rendent peut-être plus intenses, en tout cas plus proches.

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Sébastien Lovato : « For Virginia »

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Le pianiste et compositeur Sébastien Lovato a une passion pour la littérature. Il l’a déjà prouvé dans ses expériences enregistrées précédemment auxquelles il a donné le beau titre de « Music Boox » se référant à des auteurs comme Faulkner, Huysmans, Cervantes, Kafka, Yourcenar, De Luca ou Michon et quelques autres tout aussi remarquables.

Aujourd’hui il consacre son dernier enregistrement à la romancière Virginia Woolf.

On ne peut que comprendre ce choix qui est tout aussi musical que littéraire, l’oeuvre de Woolf étant peut-être plus poétique que romanesque (ce qu’on appelle ses « romans » étant souvent comme de longues poésies en prose) ce qui en fait son génie.

Si la personnalité de Virginia Woolf est attachante, ô combien, son « travail » littéraire, artistique faudrait-il peut-être mieux dire, est lui totalement bouleversant, admirable. (On peut se demander si on lit beaucoup Woolf aujourd’hui, mais si ce n’était pas le cas il faut le regretter et conseiller à toutes et à tous de se plonger sans même réfléchir dans « Les Vagues » ou dans « Vers le Phare » ou encore « Les années ». Mais on peut, sans le regretter un instant tout lire.)

Le choix de Sébastien Lovano est incontestable. D’autant plus qu’il y a chez Woolf une sorte de musicalité de l’écriture, quelque chose qui fait que l’on comprend que la musique et l’écriture, quand celle-ci est au plus haut et au plus intense de la vie, est une sorte de musique.
« For Virginia » (Acel / Quart de lune / UVM distribution) réunit Antoine Berjeaut à la trompette et au bugle, Yves Torchinsky à la contrebasse et Luc Isenmann à la batterie. A ce trio il faut ajouter la voix de Brunehilde Yvrande et la guitare électrique et toujours très belle de Manu Codja.

A sa façon cette musique nous parle, avec justesse, avec intelligence de l’écrivaine, de la femme. Elle nous dit leurs beautés (qui sans doute aucun n’était qu’une) et qui ainsi se font un peu plus présentes encore.

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Jean-Pierre Como : « My Little Italy »

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« My Little Italy » reflète la vision amoureuse de la vie et de la musique du pianiste Jean-Pierre Como » nous dit le dossier de presse de cet enregistrement (Bonsaï / l’autre distribution). C’est bien ce qu’évoque, avant la première note, la photographie de Claude Nori. Et, sans doute, toute la musique aussi.

Toutefois, il n’y a ici aucune véritable surprise. Et même, il n’est pas certain que cette esthétique ne manque parfois d’un peu d’allant, qu’elle devienne apparemment banale. Même si tout cela est remarquablement joué et interprété. Comment pourrait-il en être autrement avec le piano si clair de Jean-Pierre Como, Felipe Cabrera ou Rémi Vignolo à la contrebasse, André Ceccarelli à la batterie, Minino Garay aux percussions et Walter Ricci au chant. Sans oublier Louis Winsberg à la guitare (trois thèmes) et Christophe Lampidecchia à l’accordéon (deux thèmes).

 

Anne Ducros : « Something »

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La chanteuse Anne Ducros a choisi une voie simple, celle de standards parfois usés à la corde mais qu’elle sait raviver fort heureusement comme « Honeysuckle Rose », « April In Paris » ou « Tea For Two ». Et on lui sait gré d’avoir interprété la si belle « Samba Saravah » du regretté Pierre Barouh. Et les « Nuages » de Django qui ne sont pas si souvent accompagnés de leurs mots. Et aussi le « Something » des Beatles. On lui sait gré aussi de s’accompagner du guitariste Adrein Moignard et de la contrebasse de Diego Imbert. Tout cela (Sunset Records / l’autre distribution) constitue une musique agréable, discrète et même réjouissante.

 

 

Ludivine Issambourg : « Outlaws »

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Ludivine Issambourg que l’on connaît plutôt pour la musique électronique (Wax Taylor, par exemple) signe ici un disque dédié au grand flûtiste Hubert Laws (Heavenly Sweetness / l’autre distribution). Tout y est fort bien réalisé. Si bien que l’on se croirait dans un enregistrement du flûtiste américain enregistré dans les années soixante-dix ou quatre-vingt. Ce ne serait pas un problème si déjà, pour moi qui à cette époque là, n’était pas très « fan » de cette esthétique, cela faisait, certes « revival » ce qui peut avoir le charme de la nostalgie, mais redite sans grand intérêt donc… Sauf… sauf que Ludivine Issambourg s’y révèle une instrumentiste absolument impreccable. Que l’on aimerait donc entendre dans un autre répertoire. Il y a d’ailleurs tant à faire avec d’autres armes comme celles qu’elle possède déjà.

On doit toutefois, en rien lui reprocher, de nous rappeler le souvenir d’Hubert Laws qui a marqué, ô combien son époque, avec un talent expressif absolument hors normes.
Enfin, il faut souligner la perfection de la réalisation avec à la direction artistique (et au Fendre Rhodes, époque oblige!) Eric Legnini, Laurent Coulondre (orgue et clavinet), Julien Herne (basse), Stéphane Huchard (batterie). L’ingénieur du son est Mathieu Gibert et « l’invité spécial » Christophe Chassol.

 

 

Daniel Romeo : « The Black Days Session #1 »

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C’est une belle découverte que la musique du bassiste Daniel Romeo. Celle qu’il compose et interprète avec ses amis, parmi lesquels le guitariste Julien Tassin et le saxophoniste Christophe Panzani qui mettent dans « The Black Days Session #1 » (CQFD /cdz) tant de couleurs outre le noir… Il y a aussi de nombreux musiciens pour des formations à « géométries variables » parmi lesquels Arnaud Renaville (batterie) et Eric Legnini à nouveau (Fender Rhodes toujours). Une musique empreinte de funk, de groove, mais aussi très souvent pleine d’audace car dans laquelle l’improvisation a manifestement une place très importante. Peut-être même essentielle. Cela fait de cet enregistrement un vrai moment de plaisir. Des jours noirs peuvent ainsi apporter un enchantement. C’est là, sans doute, le miracle de la musique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pour (re)commencer

Noé Huchard : « Song For »

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Voici une bonne nouvelle, une heureuse nouvelle ! Comme l’on dit « Bonne année » ou bien « Heureuse année pour vous ».

Voici le jeune pianiste Noé Huchard qui signe son premier disque sous le beau titre, lui aussi, de « Song For » (Soupir Music / Socadisc).
Sans doute, se laisser aller à ses émotions, à ce que l’on ressent, à ce que l’on éprouve est-il la meilleure des choses pour la musique. Tant pour l’interprétation que pour la composition. Pour le musicien comme pour l’auditeur.

Ici se trouve peut-être ce que l’on pourrait appeler « le secret de Noé ».

C’est à peu près ce qu’il dit lui-même dans une interview que l’on découvre dans le livret du CD et qu’il a donné à Joël Perrot. (Celui-ci a assuré la prise de son dans des conditions qui ne sont pas vraiment celles habituelles du studio, mais plutôt celles du direct, ainsi que la direction artistique aux côtés de Pierre de Bethmann.)

Noé Huchard explique qu’il est né dans une famille de musiciens – son père est le batteur Stéphane Huchard – et combien il a travaillé, réfléchi et sans fin élaboré sa musique, claire, lumineuse, vibrante. Aussi bien quand il joue un standard (il y en a trois dans « Song For ») que dans ses compositions qui ont l’insigne mérite de ne pas prétendre à chaque instant se démarquer, être à tout prix et, il faut le dire, parfois trop souvent, « originales ». Pourtant leurs climats, leurs couleurs, sont propres et c’est cela sans doute qui leur donne cette sorte de beauté évidente que l’on attend d’un piano et qui plus est, dans l’univers du jazz, d’un trio. Noé Huchard est accompagné de deux jeunes musiciens aussi talentueux que lui, le contrebassiste Clément Daldosso et le batteur Elie Martin-Charrière. Ils forment ici une belle équipe, un véritable trio – ce qui n’est pas si simple et donc si courant.

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Julie Campiche : « Onkalo »

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On verra en suivant que la harpe n’est pas un instrument si étranger au monde du jazz, même s’il n’est pas si courant et comme réservé à des musiciennes plutôt qu’à des musiciens.

Julie Campiche n’est pas une inconnue mais il est certain que son dernier enregistrement est à coup sûr le plus abouti, le plus beau. Car il y a dans « Onkalo » (Meta records) une grande richesse et une singularité, une esthétique très personnelle. Il y a ici de grands espaces, des transparences étranges et pourtant comme familières. L’utilisation de l’électronique pour chaque instrument est aussi, peut-être, celle qui a été la mieux pensée et le plus justement réalisé, favorisant ainsi la spécificité de l’univers de Julie Campiche et de ses compagnons (Léo Fumagali au saxophone, Manu Hagmann à la contrebasse et Clemens Kuratle à la batterie.)

Voici un groupe d’une grande cohérence, voici une musique qui nous fait ressentir avec intensité et douceur à la fois, avec une sensibilité de chaque instant, ce qui nous habite et fait ainsi notre propre vie. En partage, grâce à la magie de la musique et l’intelligence de créateurs qui donnent sans compter.

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Isabelle Olivier : « Oasis »

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Isabelle Olivier est, elle aussi, harpiste. Depuis déjà quelques années sur la scène internationale, elle est reconnue dans le monde entier. Sans doute parce que, depuis le début, elle a surpris avec une détermination constante par l’intensité de son jeu, de ses conceptions esthétiques, par tous ses parti-pris.
Avec « Oasis » (Enja / Yellow Bird) elle ouvre comme un nouveau chapitre de son parcours. Elle a réuni autour d’elle le guitariste Rez Abassi, le joueur de tabla et de kanjira Prabhu Edouard ainsi que le batteur David Paycha. On comprend ainsi que c’est bien une nouvelle perspective qui s’annonce ici, de nouveaux horizons qui nous sont proposés. Et cela nous enchante sans cesse.

« Oasis » s’ouvre sur « My Favorite Things », un standard qui est le seul de cet enregistrement, Rez Abassi et Isabelle Olivier se partageant la composition des neuf autres plages, Prabhu Edouard s’associant à la harpiste sur le très beau « Coeur qui bat ».

La multiplicité des inventions de chaque instrument est en quelque sorte faite de superpositions qui sont aussi évidentes que la fraîcheur d’une oasis (pour reprendre la métaphore), offrant ainsi une musique que l’on pourrait écouter sans fin.

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Rhoda Scott : « Movin’ Blues »

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A priori, la musique de Rhoda Scott n’est pas une surprise. Elle, qui est en France depuis plus d’un demi-siècle, s’est imposée très vite comme une superbe interprète de l’orgue Hammond. Et elle n’a pas varié depuis. « Movin’ Blues » (Sunset Records /L’autre distribution) n’est, en ce sens, pas une révélation. Rhoda Scott, comme elle en a fait sa marque de fabrique, ne se fait accompagner que d’un batteur. C’est ici Thomas Derouineau qui s’en charge. Il le fait avec méticulosité, précision et même avec une certaine discrétion, comme s’il devait laisser à l’orgue non pas la première place, mais plus encore, toute l’espace que lui voue Rhoda Scott. Et cela sonne bien. Avec groove, swing quand il le faut, avec des tempi parfois attendus ; mais chaque plage aboutit à une certaine plénitude. Qui ravit toujours autant.

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Xavier Thollard : « (Re)compositions »

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Voici un autre trio qui réjouit, celui du pianiste Xavier Thollard avec Matyas Szandai à la contrebasse et Simon Bernier à la batterie. Comme son titre l’indique cet enregistrement est une sorte de relecture – on dira d’interprétation/improvisation toute personnelle de quelques chefs d’oeuvre du jazz (« Body And Soul », « Lush Life », « The Way You Look Tonight » ou « Take The A Train » entre autres) mais aussi de la musique d’Alexandre Scriabine avec le Prélude Op.11 n°3 en Sol Majeur.

Ces « (Re)compositions » (Parallel Records / Absilone Socadisc) sont toutes, chacune à sa manière, même si tout ceci est d’une grande cohérence, sans aucune défaillance, passionnantes. En ce sens qu’elles éclairent notre mémoire, notre sensibilité et offrent un éclat singulier à des pièces dont on croyait – abusivement de toute façon – tout savoir ou presque.
Il y a dans le travail de Xavier Thollard une sorte d’enthousiasme qui donne à chaque pièce de nouvelles couleurs et à chaque auditeur un intense sentiment de partage.

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Olivier Ker Ourio : « Singular Insularity »

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Si l’on aime la musique traditionnelle de l’île de La Réunion – le maloya et ses plus grands interprètes comme Danyel Waro, Christine Salem, Zan Mari Baré, le regretté Granmoun Lélé et quelques autres – on est heureux à l’idée que l’excellent Olivier Ker Ourio, lui-même Réunionnais, ait eu l’ambition avec « Singular Insularity » (Bonsaï music : L’autre distribution) de créer sa propre interprétation de cette musique souvent étrange, mais non pas étrangère, lointaine en aucune manière : au contraire si proche de ce que nous pouvons ressentir de souffrance ou d’amour de la vie, deux faces peut-être d’un unique sentiment.

Olivier Ker Ourio est incontestablement le grand harmoniciste du jazz d’aujourd’hui. Il a déjà établi une discographie remarquable (y compris avec Danyel Waro). On ne peut parler de lui qu’avec le plus grand respect.
Mais voilà, l’alliance du jazz et du maloya (si toutefois le « projet » se trouvait là) n’est pas chose facile tant on saisit la proximité de leurs origines (l’Afrique, l’esclavage, et sans doute beaucoup d’autres choses encore). Beaucoup s’y sont frottés. François Jeanneau le premier il y a longtemps. Peu ont réussi. Et, c’est avec quelque regret que, force est – à mon sens – de constater qu’iici aussi il semble manquer ici quelque chose.

Et, si je continue de donner mon avis, il doit s’agir de quelque chose, comme ce que je disais plus haut, qui proviendrait de la souffrance inhérente il me semble, au maloya et, finalement, à ce pan tout entier de la culture réunionnaise. Cela même qui en fait la beauté, qui en constitue ce par quoi on ne peut pas ne pas s’y attacher : c’est ici, qu’elle est proprement « singulière ».
Il faudrait dire aussi ce qui ne va pas tout à fait dans cet enregistrement.

A coup sûr rien dans l’interprétation. Ker Ourio est un excellent musicien, on l’a dit. Ceux qui l’accompagnent ne sont pas en cause (Grégory Privat piano, Gino Chantoiseau basse, Arnaud Dolmen batterie, Inor Sotolongo percussions, ou Christophe Zoogonès flûte – je serais plus réservé sur le chanteur Bastien Picot qui intervient sur trois thèmes dont il me semble que l’articulation n’est pas vraiment celle qui convient. Cependant, sur des textes en créole tels que ceux qui sont ici, c’est au moins « l’esprit » de cette musique qui s’impose. Et là, il me semble trop lointain.)
On doit enfin remercier Olivier Ker Ourio de quelques-unes de ses dédicaces : par exemple à Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature qui a lui-même cité Danyel Waro dans son discours de réception. Mais encore davantage à un « inconnu » du grand public, l’Audois – Réunionnais, le regretté Pierre Macquart. Qui a tant fait pour la musique réunionnaise et pour les musiciens eux-mêmes tout autant.
Signalons enfin le beau graphisme de la pochette réalisée par Hippolyte dont on connait par ailleurs le travail de B.D.

 

Gaël Horellou : « Tous les peuples »

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Dans un projet que l’on peut imaginer voisin l’altiste Gaël Horellou, pour la deuxième fois au moins après « Identité » en 2017 réussit un tour de force avec « Tous les peuples » (Breakz).
On l’a dit plus haut, nombreux sont les musiciens de jazz qui ayant rencontré la musique de l’île de La Réunion ont tenté l’expérience d’une sorte de « fusion ». Gaël Horellou a beau être natif de Normandie (mais les Réunionnais qui ont des ascendants de cette région sont nombreux) il est sans doute celui qui a le mieux et le plus possible réussi cette « réunion » (!) du jazz et du maloya qui semble évidente et qui, pourtant est pleine de pièges.
« Tous les peuples » est une réussite de vitalité : à la fois la joie de chanter, celle de le musique, à la fois l’expression la plus profonde des sentiments, fussent-ils les plus douloureux.
On retrouve ici l’esprit du jazz et celui du maloya, de ces deux âmes qui sont proches, voire similaires, voire même identiques, mais qui ont emprunté des chemins, disons « techniques », différents. D’où les difficultés sans doute à les rassembler sans s’éloigner, ni de l’un ni de l’autre.

Gaël Horellou est accompagné par des musiciens de La Réunion ou de métropole. Au premier chef par l’excellent guitariste insulaire Nicolas Beaulieu, par Florent Gac (orgue), Maxence Emprin (saxophone ténor), Teddy Doris (trombone), par les percussionnistes réunionnais Vincent Philéas, Fredo Ilata, Emilie Maillot et Vincent Aly Béril et par le vocaliste Pascal Bret.

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Ozma : « Hyperlapse »

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Ozma, le groupe du batteur Stéphane Scharlé, en est avec Hyperlapse (Cristal Records) à son septième album.

Peut-être plus que jamais il fait appel à tous les mélanges sonores et visuels (sauf qu’évidemment, sur ce dernier point, l’enregistrement sonore ne vaut pas la scène!). Et, surtout, il n’hésite devant aucune audace. Toutes sont fondées sur des expériences vécues par ce groupe voyageur (56 concerts dans 13 pays d’Europe, d’Afrique ou d’Asie) qui provoquent ici dix titres inspirés chacun par une ville où les musiciens se sont arrêtés. Et ce sont ces « moments de vie » qui permettent à Ozma d’être l’une des formations les plus intéressantes dans cet horizon musical que ses membres explorent sans limites. Toujours avec beaucoup d’à propos, d’intelligence et de talent.

C’est donc la superposition jamais définie de styles musicaux, de références esthétiques parfois opposées, que l’on pourrait même penser contradictoires, et avec tout cela le recours à la vidéo ou à toute forme d’image qui peut définir l’indéfinissable Ozma. Réussir cette expérience sur le plan sonore, c’est en quelque sorte le tour de force d’Ozma. Aux côtés de Stéphane Charlé on trouve edouard Séro Guillaume (basse), Tam de Villiers (guitare), Julien Soro (saxophone, claviers) et Guillaume Nuss (trombone).


Notons enfin que « l’hyperlapse » se caractérise de la façon suivante :

« L’hyperlapse tout comme le timelapse classique permet de donner une impression d’accélération temporelle de la scène. Toutefois, l’ajout du déplacement de la caméra pour l’hyperlapse provoque en plus un sentiment d’omniscience chez le spectateur, dans le sens où son déplacement ne s’effectue pas à la même vitesse que le déplacement des éléments de la scène (foule, nuages, trafic,…), ce qui lui donne le sentiment de voir la scène depuis une autre dimension temporelle et spatiale. Cette technique permet par conséquent de mieux impliquer le spectateur dans la vidéo et de donner un certain côté surréaliste à la scène. » (source Wikipédia)

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« La légende de Naclia »

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Difficile d’attribuer cette « Légende de Naclia » (Jazz Family) à un groupe (qui se serait nommé en tant que tel) et donc à l’une ou à l’autre des musiciennes ou des musiciens qui ont conçu et interprété ce projet. Seule ce « titre » apparaît sur la pochette de cet enregistrement.

On entend tout au long du déroulement de cette « légende », la chanteuse et percussionniste Sabrina Romero, la contrebasse de Leila Soldevila, les guitares de Cédric Baud et les flûtes et autres instruments à vent de Frédéric Couderc.

C’est donc à eux tous que l’on doit cette idée d’abord (ce « concept » pourrait-on dire) et cette réalisation envoûtante enfin.
Là aussi, il n’est pas si facile d’en parler, tellement le texte du dossier qui accompagne le CD est parfaitement écrit et dit tout, si bien que l’on aura forcément, soit l’impression, à coup sûr fondée – et c’est là le pire – de mal faire, ou de répéter, voire de copier, ce qui n’est guère plus rassurant !
Bref, en quelques mots seulement, la légende en question c’est un peu celle de l’Atlantide, si les Atlantes avaient été chanteurs et musiciens. Nous sommes donc conviés à nous souvenir (le thème introductif chanté par Sabrina Romero se nomme « Recuerdo »), à comprendre que la musique est une espèce de mémoire, fut-elle une sorte radicale d’invention ou d’improvisation. Un « souvenir », une « légende » aussi bien, parce qu’elle vient toujours du fond des temps ou plutôt de ce qu’il y a avant le temps, avant la chronologie elle-même. C’est pourquoi, comme ici, la musique peut être sans peine une sorte de mélange des genres, comme la mémoire qui ne s’embarrasse pas de faire le tri (ou qui, alors, le fait sans nous demander très précisément notre avis). Entre les musiciens de jazz comme Frédéric Couderc, admirateur de Roland Kirk (qui ne le serait pas, sauf les grincheux irréductibles?), ou Cédric Baud plus habitué des musiques et rythmes d’Afrique, entre une chanteuse et une contrebassiste qui joue aussi de la musique classique, il n’y a pas de différence, irréductible en tout cas. « La légende » en est la démonstration la plus attachante qui soit.

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Didier Ithursarry : « Atea »

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Il faudra bien l’avouer : on est ici, somme toute, dans la même situation qui est celle du mélange des genres pour le dire de façon brutale. C’est là sans doute la marque d’une époque qui abat les frontières. En tout cas sur le plan esthétique ! Si ce « principe » est vertueux en lui-même ce n’est pas qu’il n’éviterait systématiquement pour autant les errements.

Mais rien de tout cela avec ce disque très passionnant de l’accordéoniste Didier Ithursarry qui sous le titre d’ « Atea » (LagunArte Productions / L’autre distribution) nous emmène hors de tous les sentiers et pas seulement loin de ceux déjà parcourus par les uns ou les autres.

En langue basque Atea désigne la porte, celle que l’on ouvre donc, celle que l’on passe, que l’on abat ou que l’on ferme parfois quand il faut se protéger, précisément, de l’immobilisme qui voudrait vous confiner chez vous, vous emprisonner en vous-même. C’est ainsi que Didier Ithurssary a placé sa musique sous le signe des « Illuminations » d’Arthur Rimbaud et plus précisément peut-être de ce vers du poète : « Départ dans l’affection et le bruit neufs ! » Où l’on peut comprendre – on peut le souligner au passage – que l’affection et le « bruit » ont à voir ensemble.

 

La musique d’ « Atea » est souvent une « grande musique ». Cela peut apparaître comme un qualificatif inadapté quand on parle d’accordéon tant cet instrument souffre de l’image des bals musette, même si quelques musiciens de jazz ont su le placer aussi haut que n’importe quel autre. Et, à l’accordéon, rien n’est impossible, pas même la musique « contemporaine » : il suffit de demander à la talentueuse Fanny Vicens http://ensembleregards.com/ensemble/musiciens/fanny-vicens/ .
Les accompagnateurs de Didier Ithusarry sont deux formidables musiciens eux aussi : le guitariste Pierre Durand et le flûtiste Joce Mienniel. Et, dans les six plages qui composent « Forro Suite » le Cuareim Quartet vient renforcer l’équipe (Rodrigo Bauza et Federico Nathan aux violons, Eva Longo à l’alto et Guillaume Latil au violoncelle.) Pour des musiques, plurielles donc, et toujours, à chaque fois, réjouissantes.

 

 

Vero Hermann Sambin : « Sky Loom »

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Il y a chez cette chanteuse, compositrice et auteure, Vero Hermann Sambin, une espèce de poésie qui surgit, vous atteint à chaque instant. Dans ce « Sky Loom » (Jazz Family Cristal Records / CDZ Music) sa langue est souvent celle de son pays natal la Guadeloupe, et donc le créole des Antilles françaises (parfois le français ou l’anglais, mais pour peu de temps). Cela donne de toute évidence des couleurs singulières à cette musique dont une partie échappe parfois un peu lorsqu’on n’est pas familier de ce beau langage. Et c’est, pour une part ce qui manque, précisément, qui ajoute une sorte de désir qui soudain nous habite. Non pas celui de comprendre tout comme si cela était un texte à connaître, à apprendre peut-être. Par contre, on voit ici que c’est bien dans l’interstice, dans l’indicible que se dit ce qui fait œuvre, ou plutôt un véritable langage.

Vero Hermann Sambin nous offre ainsi une part d’elle-même, la part dont on ne sait si elle est la plus évidente, ou parfois la plus secrète. Ce que l’on sait en revanche comme absolument, c’est que cela chante et surtout nous enchante. On est loin de musiques de recherche, d’expérimentations dont on a vu plus haut la valeur, la richesse. Ici on a plutôt envie de danser, de chanter soi-même. Car à chaque plage de cet enregistrement on ne peut que se réjouir intensément. Leedyah Barlagne soutient Vero au chant, Arnaud Dolmen est à la batterie, Ralph Lavital joue de belles guitares scintillantes, Grégory Privat est au piano, Xavier Richardeau s’est emparé d’un saxophone ou d’une clarinette et Régis Thérèse conclu à la contrebasse la liste de ce brillant orchestre.

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Jon Boutellier : « On Both Sides Of The Atlantic »

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S’il vous prend l’envie d’un peu de jazz plongeant dans ses racines, à la fois dans les thèmes écrits par les plus grands musiciens et dans une sorte de tradition vivante et toujours actuelle, ouvrant même des horizons toujours renouvelés, alors il faut absolument vous réserver un (très bon moment) pour la découverte de cet enregistrement, le second aujourd’hui du saxophoniste ténor Jon Boutellier intitulé « On Both Sides Of The Atlantic » (Gaya Music / L’autre distribution).

Cela sonne magnifiquement bien, c’est plein de couleurs, d’enthousiasme à partager. On y retrouve des thèmes de Cedar Walton, de Duke Ellington ou de Thad Jones, le leader n’assurant qu’un thème qui lui est propre et qui est d’ailleurs tout à fait réussi.
Il est accompagné, outre l’excellent pianiste Kirk Lightsey (pour trois thèmes), par Alexander Claffy à la basse et Kyle Poole à la batterie, deux jeunes musiciens d’outre-atlantique. Il y a aussi le trompettiste belge Jean-Paul Estievenart pour quatre thèmes, et la chanteuse Célia Kaméni sur « Save That Time ».

 

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Clap de fin … et au-delà

 

« Clap de fin » : c’est une façon de parler. Il s’agit bien sûr de la fin de l’année 2019. Nous pouvons encore espérer que l’année 2020 aura bien lieu !
Mais il s’agit bien de la dernière chronique des « Notes de Jazz » d’ici le mois de janvier prochain (nées en 1974, elles ont donc quelques quarante-cinq ans d’existence).
On notera cependant que l’un des enregistrements – celui de Xavier Desandre-Navarre -, dont il est plus loin question ne paraîtra qu’au mois de janvier de l’année prochaine, si donc la Terre tourne encore, si les Notes de Jazz se survivent ! Comme tout un chacun elles l’espèrent vivement et souhaitent le bonheur de leurs quelques lectrices et lecteurs, celui des musiciennes et musiciens, du jazz, des jazz, de la musique, des musiques tout entières et tout autant.

 

 

Yvan Robilliard : « BiG RoCK »

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On s’étonne, même si Yvan Robilliard a, depuis déjà plus de dix ans, fait parler de lui obtenant notamment, mais pas seulement bien sûr, un premier prix de soliste et de composition au concours de La Défense, mais l’on s’étonne quand même.
On est saisi par l’ampleur de cette musique – au total, faite de peu, d’une sorte d’économie de moyens et même parfois de notes – par ce qu’elle nous dit, ce qu’elle provoque, ce qu’elle invente.
Il y a ici trois musiciens, (outre le pianiste Yvan Robilliard, il s’agit de Laurent David, elc b, et de Eric Champard (dm) – qui créent peut-être un peu moins qu’un monde à eux, mais sans doute et surtout un peu plus : un imaginaire d’une intensité lumineuse.

« BiG RoCk » (on essaye de respecter la graphie du disque) (Label Klarthe Records / PIAS) nous montre quelque chose d’autre que notre monde quotidien, quelque chose où l’on pourrait s’échapper mais qui tout en étant une présence constante en nous, nous semble souvent si lointain. Qui tous les jours ou presque nous échappe.

Yvan Robilliard nous en rapproche avec un art, empreint de tradition mais encore davantage de rêves sans fin. Là est la musique. Tout entière.
La citation que fait à ce propos Franck Médioni dans un texte introductif à cet enregistrement, citation de Baudelaire, dit tout cela mieux que quiconque pourrait le faire. Il me pardonnera de la reprendre ici dans toute sa simplicité, lorsque le poète écrit : « La musique ouvre le ciel. »

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Xavier Roumagnac : « 78 Tours »

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Cela commence par une pochette qui aurait pu être l’une des réussites des plus nobles années du label Blue Note. Ou quelque chose comme ça. On est donc ravi. On est séduit avant même d’avoir entendu la première mesure. On l’est tout autant par la musique de l’Eklectik Band du batteur et surtout compositeur Xavier Roumagnac et de son « 78 Tours » (cdz / jazz family). Et c’est heureux ainsi.

Il y a ici beaucoup de brio et de brillances, et beaucoup d’enthousiasme, auquel on est associé d’entrée. Il y a pour réussir tout cela huit musiciens dont Xavier Roumagnac. Et, parmi eux, on note la présence de Robby Marshall (ts, b cl), de Julien Alour (tp, bugle) ou encore de William Hountondji (as). Il y a peut-être aussi quelque chose des voyages dans l’Océan Indien que fit autrefois le leader.

« Duetto », le quatrième titre parmi les cinq que compte ce EP, est, pourrait-on dire, emprunté à Mozart et, plus précisément, à « La clémence de Titus ». C’est peut-être en ce sens une sorte de curiosité (même si, on le verra un peu plus loin dans cette « Note de Jazz », il n’y a pas que Wolfang pour inspirer les musiciens de jazz). Ce n’est pas la pièce la moins vivante que nous propose l’Eklectik Band de Xavier Roumagnac.

 

Guillaume Nouaux : « The Clarinet Kings »

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C’est en écho aux deux enregistrements portant le même titre, réalisés par le batteur Zutty Singleton (1898-1975), accompagnateur de Louis Armstrong, Fats Waller, Jimmie Noone ou encore Jerry Roll Morton et sans doute en raison de l’admiration qu’il lui porte que Guillaume Nouaux, lui aussi batteur, signe ce double « Clarinet Kings » (www.guillaumenouaux.com) tout à fait remarquable.
Enfin, disons tout de suite que si l’on s’en tient à ce qualificatif, on ne sera peut-être pas très intéressé. Et l’on aurait tort. Il faut alors rappeler que le talent de Guillaume Nouaux n’est plus à souligner (le nombre de prix, de récompenses qu’il a obtenu peut en témoigner – révélation 2007 Jazz Magazine, prix classique de l’Académie du Jazz en 2011, prix spécial du jury du Hot Club de France en 2014 – et l’un de ses enregistrements les plus récents, en 2016, a été signalé par tous la presse jazz en France par ses plus hautes distinctions).

Mais il est bien possible encore que certains parmi les lecteurs de cette chronique plus familière avec le jazz « en train de se faire » qu’avec sa version « classique » pourraient encore avoir une sorte d’appréhension ou seulement d’hésitation. Ils auraient grand tort. Parce qu’à écouter cette musique toujours réjouissante on peut découvrir un plaisir nouveau ou , pour d’autres, plus anciens, ressusciter quelques vieux et si magnifiques souvenirs.

Parce qu’à vibrer au son de ce jazz que l’on dit « classique » on comprend peut-être mieux l’essence même de cette musique. Quelle qu’en soit la version stylistique, très « contemporaine » ou « revival » comme il arriva qu’on le dise.
La clarinette que les « modernes » jouent souvent dans sa version basse est ici l’affaire de onze interprètes (pour vingt-quatre « pièces ») : Evan Christopher, Antti Sarpita, Engelbert Wrobel, Eiji Hanaoka, Aurélie Tropez, Lars Frank, David Lukacs, Jerôme Gatius, Esaie Cid, FranK Roberscheuten et Jean-François Bonnel. Ils sont accompagnés en trio par le batteur et par un pianiste. Ils sont quatre à se partager cette tâche : Luca Filastro, Alain Barrabès, Harry Kanters et Jacques Schneck.

Tous nous disent, Guillaume Nouaux le premier, que le jazz, dans tous ses styles, est au cœur de la vie même de toute musique.

 

Dimitri Naïditich : « Bach Up »

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Bien évidemment on pense tout de suite au « Play Bach » de Jacques Loussier lorsqu’on découvre ce disque. Dans les années soixante et soixante-dix et encore bien plus tard le trio du pianiste avec Christian Garros (dm) et Pierre Michelot (b) a vendu des millions de disques en France et dans le monde entier en adaptant en quelque sorte la musique de Bach au jazz. A moins que ce ne fut l’inverse. Il a eu le mérite « d’ouvrir le paysage musical » mais il n’est pas certain qu’il ait ouvert au jazz celles et ceux qui, alors, n’y étaient pas prêts et qui pouvaient écouter cependant cette musique sans broncher.
D’autres se sont depuis essayé à cet exercice.

Il faut dire tout de suite que ce que Dimitri Naïtich nous propose avec le concours de Gilles Naturel (b) et d’Arthur Alard (dm) est d’une autre nature. Le travail réalisé ici est bien plus fondamental. Et, finalement c’est quelque chose comme la proximité de tout genre musical avec tous les autres qui se manifeste dans cette musique.

On peut aimer le jazz. On peut adorer Jean-Sébastien. On doit reconnaître dans « Bach Up » (Dinaï Records / L’autre distribution) une musique à part entière, non pas une sorte « d’exercice » aussi brillant soit-il, mais au contraire un ouvrage complet, ayant en quelque sorte sa raison en lui-même. Il y a ici des beautés merveilleuses. Souvent, sinon incessamment. Il y a là le fait d’une grande intelligence musicale, d’une culture profonde et d’un désir de partage.
Dimitri Naïditch est un grand interprète assurément. Mais il est aussi un inventeur. Bientôt il nous donnera (c’est lui-même qui l’affirme) Mozart, Liszt, Tchaïkovski et sans doute quelques autres dans une version « jazz » telle celle-ci. Il les joue en public depuis longtemps mais ne les a pas encore enregistrés. Mais « une version jazz » ne dit rien, tout au plus pas grand chose, de cette musique, de sa beauté constante. On aura compris que le mélange des genres, le plus justifié et le plus habile qui soit, ne saurait parvenir à un tel résultat sans bien plus : une capacité de création, d’invention, un art singulier.

 

Thomas Mayeras : « Don’t Mention It »

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Puisque « classique » il y a ,on doit signaler le disque du pianiste Thomas Mayeras « Don’t Mention It » (Cristal Records / Sony Music Entertainement). Le terme (« classique ») prend cependant ici un tout autre sens. Les compositions sont toutes signées par le leader( sauf « La mer » de Trenet) et elles ont chacune, non pas « un air de déjà entendu » mais, bien plutôt, d’un univers familier, au point qu’il s’agirait de standards et donc de thèmes du répertoire qu’on ne s’en étonnerait pas. Cela ne signifie en rien qu’il s’agirait de banalités. C’est plutôt l’inverse qu’il faut comprendre. Il y a chez le compositeur Thomas Mayeras une habileté peut-être trop rare chez bien d’autres à inventer des musiques auxquelles on se trouve spontanément attaché. L’interprétation est brillante, soutenue par le bassiste Nicola Sabato et le batteur Germain Colet avec, comme l’on dit trop souvent « efficacité » mais aussi davantage, avec une grande intelligence.

La seule chose que l’on pourrait regretter, on pourrait peut-être la qualifier « d’emballement ». Parfois, cela donne l’impression, passagère heureusement, d’être brillant par effet plutôt que par choix alors que ces éclairs même pourraient nous aveugler.

Mais il faut, sans conteste, souligner et saluer l’exploit ! Car c’en est un… dans son genre, somme toute… « classique. »

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Xavier Desandre-Navarre : « In-Pulse 2 »

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Voici une musique – celle de Xavier Desandre-Navarre – qui est bien différente de celle de Thomas Mayeras.

Desandre-Navarre nous entraîne, une nouvelle fois, dans des contrées inattendues : c’est là sans doute son but. Le batteur et percussionniste n’aime pas vraiment les routes rectilignes et préfère nous dérouter. Il le fait avec un enthousiasme toujours surprenant. Ici même se trouve son talent.

Il est accompagné de trois musiciens qui partagent sans aucun doute cette « philosophie ». Il s’agit d’Emile Spanyi (p), Stéphane Guillaume (s, bcl) et Stéphane Kerecki (b).

Ils sont tous les inventeurs de mouvements ininterrompus, de courants irrésistibles, de mélodies heureuses et de grooves torrentueux.

« In-Pulse 2 », comme on peut l’imaginer fait suite à « In-Pulse », est c’est une réussite d’improvisation calculée ou peut-être d’écritures désarticulées. Ce qui revient à peu près au même, c’est probable. « In-Pulse 2 » (Cristal records / Sony Music Entertainement) nous emporte. Plus loin que nous l’imaginions sans doute.



Onze musiques pour le onzième mois

 

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« Migrations 2″ par Akpé Motion

 

C’est le deuxième enregistrement du groupe Akpé Motion qui porte le titre de « Migrations ».

Il est vrai que ce thème, outre qu’il est malheureusement d’actualité, est propice à l’invention, à la provocation d’émotions, et à évoquer quelque chose qui se trouve aussi à l’origine même du jazz.
Sorti il y a quelques mois, il était temps qu’il en soit rendu compte ici !

On dira d’emblée qu’il s’agit de l’un des meilleurs disques qu’il nous soit donné d’entendre (pour nous) ce mois-ci. Il y a en effet beaucoup de passion et comme une intensité vibrante tout au long de cette musique, diverse cependant, d’un thème à l’autre, et aussi tout au long de ces évocations, chantées, dites.
Il n’y a pas là de prétexte facile et c’est l’engagement de chacun qui transparaît dans cet second opus (Great Winds / Muséa Records).

Le trompettiste Alain Brunet a réuni une nouvelle fois sa bande habituelle : le guitariste toujours surprenant  Jean Gros,  et le batteur Pascal Bouterin, jamais en peine, lui non plus d’imagination (on notera ici la présence d’une « meditation drum »). A la basse c’est Luis Manresa qui est, lui aussi, toujours là. Mais il y a cette fois l’excellente vocaliste antillaise Cathy Renoir, le rappeur Houston, le trompettiste Paul Garrett , lui aussi tout à fait remarqauble (tous les deux sont Américains), et enfin Prince Lawsha pour un thème (« Marius et Mamie ») où il intervient vocalement. Ce groupe, dans ses différentes compositions, offre des angles différents d’une même musique, d’une sorte de narration, faite de textes et d’harmonies, parfois bien différentes, toujours envoûtantes.

 

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« Another Side » par Michele Hendricks

 

Si l’on aime le jazz vocal – comment ne l’aimerait-on pas ? – on adorera le disque signé Michele Hendricks et intitulé « Another Side » (Cristal Records / Sony Music).
La fille de Jon Hendricks (du fameux trio, vocal lui aussi, Lambert, Hendricks & Ross qui fit tant et si bien les beaux jours des années 50 à 70) nous offre ici ses propres compositions qui sont toutes de belles réussites, toutes émouvantes, entrainantes ou drôles.
La chanteuse est entourée du pianiste Arnaud Mattei, du saxophoniste Olivier Temime, du bassiste Bruno Rousselet et du batteur Philippe Soirat.

Et, tout cela – la voix de Michele, le quartet qui l’accompagne, le feu qui habite cette musique – éclate d’enthousiasme et nous offre ainsi un magnifique moment de musique.

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« Born Now » par Hussam Aliwat

 

Voici un disque fantastique. Dans tous les sens du terme ! Il y a dans ce « Born Now » Goya music productions / l’autre distribution), premier enregistrement du joueur de oud Hussam Aliwat des images de fantasmagories, d’imagination ultimes, de découvertes inespérées, des flots qui emportent ou qui apaisent. Souvent au même instant.

Dire qu’il s’agit là de jazz serait sans doute abusif. Mais qu’est-ce que le jazz ? Question sans réponse. Au point que certains de ses plus remarquables créateurs on refusé le terme… Alors…
En tout cas il s’agit ici d’une magnifique musique. Qui vous pénètre à chaque seconde, chaque mesure, chaque note, chaque silence. Peut-être. Elle est celle du oud mais aussi celle de deux violoncelles – ceux de Sary Khalifé et Raphaël Jouan – et d’une batterie, celle de Nicolas Goussot. Et enfin, celle de deux pianos : celui de Ayad Khalifé en introduction et celui de Hussam Aliwat pour conclure.

« Born Now » est une musique de partage, de mélanges, à partager, à écouter et à ressentir sans retenue : elle franchit les barrières car, avec elle, il n’y en a pas. Et surtout entre elle et ceux qui ont la chance de la découvrir, à qui elle est offerte, à qui elle se donne tout entière.

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« The Nearness Of You » par Marie Carrié

 

Marie Carrié, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, offrira une très belle surprise. La chanteuse d’origine antillaise, avec ce premier enregistrement, accompli une sorte d’exploit, presque un « coup de maître ». Elle nous propose une musique souvent intimiste, touchante, et qui parfois aussi entraîne l’auditeur vers des climats chaleureux. L’interprétation de « Don’t Blame Me » est ainsi un modèle de sensibilité.

La chanteuse est accompagnée d’Alex Golino (ts), Yann Penichou (g), Nicholas Thomas (vib), Fabien Marcoz (b) et Mourad Benhamou (dm).

« The Nearness Of You » (Black & Blue) est très beau moment de jazz. Tout simplement !

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« Dichotomie’s » par Daniel Zimmermann

 

Le trombone n’est pas l’instrument le plus facile pour un leader. Mais voilà, tout au long de « Dichotomie’s » (Label Bleu / l’autre distribution) Daniel Zimmermann a fait le pari de l’audace, du courage, de l’invention, du saut au-dessus du précipice, par delà le feu ! Et c’est, là aussi, une très belle réussite.

Daniel Zimmermann est le compositeur, inventeur, improvisateur des neuf plages de cet enregistrement. Elles sont souvent stupéfiantes, elles sont parfois au-delà de ce que l’on attend et c’est ainsi, précisément, que l’on est à chaque fois emporté, séduit – peut-être parce qu’il y a ici un art de l’entrain mêlé sans cesse ou presque à celui de l’imaginaire, voire de la provocation, au sens étymologique ou non du terme – et c’est ainsi que l’on trouvera sans doute que « Dichotomie’s » pourrait ne jamais se clore, ne pas se terminer : parce qu’il n’y a pas de conclusion (même si le dernier titre évoque « Le monde d’après », se terminant, selon les mots du tromboniste lui-même par « un solo de saxophone basse sauvage ».

Autour de Daniel Zimmermann on trouve des musiciens de tout premier plan : Benoît Delbecq (p), Rémi Sciutto (bs) et Franck Vaillant (dm).

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« Fly Fly » par Céline Bonacina

 

Il aurait été bon, tant Céline Bonacina est une merveilleuse musicienne, d’écrire sur la même tonalité, à propos de « Fly Fly » ( (Cristal Records / Sony Music). Tel n’est pas le cas et c’est un grand regret.

Il y a une musique ici trop attendue. C’est sans doute plutôt le fait de certaines compositions que des interprètes eux-mêmes ; cela semble en tout cas, aller de soi. Le contrebassiste Chris Jennings et la saxophoniste sont les auteurs des treize plages du disque. La première de celle-ci évoque sans doute le séjour de Céline Bonacina dans l’île de La Réunion sur les pas de l’un de ses illustres prédécesseurs au conservatoire de Saint Denis, un autre saxophoniste, François Jeanneau. Elle y joue, outre de son saxophone baryton, du kayamb, instrument à percussion, qui donne beaucoup de sa « couleur » au maloya, la musique issue de ceux qui furent esclaves de l’île Bourbon, ancien nom de La Réunion. Même là, pourtant, Céline manque son but comme François Jeanneau, il faut bien le dire, avant elle avec un « Jazz Maloya » (Label Bleu) qui n’avait guère les couleurs de l’âme tropicale. Si l’on peut le dire ainsi…
Notons que Pierre Durand (g) et Jean-Luc Di Fraya (perc, voix) complète le quartet. C’est avec impatience, redoublée donc, que l’on attend le prochain disque de Céline Bonacina. Avant de l’applaudir dans l’un de ses concerts où se manifeste chaque fois, son enthousiasme et son ingéniosité…

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« Le Jardin » par Julien Dubois

 

Voici une heureuse surprise. Le quartet du saxophoniste Julien Dubois a entrepris un projet audacieux (au moins sur le plan conceptuel), celui d’explorer le concept, à moins qu’il s’agisse du mythe, du « jardin », qui de l’Eden ou de l’Arcadie, peut devenir « ouvrier », ou expérimentation de la permaculture…

On y trouvera donc « La tectonique des plaques » mais aussi des références à Icare ou à Sisyphe : où l’on se dit que cela est peut-être dangereux de vouloir mêler ainsi de hautes références culturelles à une musique qui n’en demande peut-être pas tant. Mais voilà, encore une fois, ce « Jardin »  (Déluge / Absilone et Socadisc), est une belle réussite musicale. Et l’on ne perçoit pas de déséquilibre entre l’intention « conceptuelle » et sa mise en harmonie, ou si l’on préfère, plus simplement, la musique elle-même.

Il y a chez Julien Dubois, compositeur comme interprète, du Steve Coleman – c’est une référence avouée depuis 2016, date de la création de son groupe à Bordeaux – mais aussi des « choses » qui viennent du rock et aussi de toute autre musique qui pourrait être « libre » en tout instant, dont la liberté, en tout cas, ne saurait être mise en cause. Puisqu’elle-même l’imposerait en quelque sorte à ses musiciens et la provoquerait chez celles et ceux qui la partageraient en l’écoutant, en la chantant.
Car dans ce « Jardin » on cultive certainement l’ai pur de la liberté, les parfums surprenants et entremêlés des fleurs  de toutes saisons et tous pays, mais aussi on chante. Et c’est Elise Caron qui y est conviée. On y danse assurément. Sylvain Rifflet (ts), à sa manière, nous y invite. Avec Simon Chivallon (Rhodes et synthés), Ouriel Ellert (elec b) et Gaétan Diaz (dm).

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« Épris par cœur » par Laurent Damont

 

C’est un autre très beau moment musical auquel nous convie le pianiste Laurent Damont avec « Épris par cœur » (lb records / Inouïe distribution).

Après avoir « voyagé » du côté de la pop music et même du hip hop, du rap avec Gaël Faye et de bien d’autres univers, le pianiste Laurent Damont a choisi pour son deuxième enregistrement (le premier « Inside » était épris de groove et de funk) de former un quartet à la composition originale. Autour du pianiste et compositeur se trouve le violoncelliste Guillaume Latil, le saxophoniste soprano Maxime Berton (qui joue également de la clarinette basse) et la percussionniste et chanteuse Natascha Rogers.

Toute la musique de Laurent Damont est d’une grande délicatesse, d’une intense beauté et d’un équilibre parfait. Si l’on attend beaucoup, là aussi, d’une réelle ambition, il n’y a aucune raison de ne pas pénétrer dès l’introduction (« Délivrance ») jusqu’à la clôture (« Rêve oublié ») dans cet univers à la fois chaleureux et chatoyant, toujours discret, peut-être trop rarement audacieux à dire vrai, mais si rempli de générosité, car à chaque instant, il rempli ses promesses.

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68752572_2497925450251201_6323122299952168960_n-300x300 Daniel Zimmermann

« Romantic Sketches » par Frédéric Perreard

S’il a commencé à étudier le piano et la musique classique à l’âge de quatre ans, Frédéric Perreard a vite choisi le jazz. Ce fut après avoir entendu Ahmad Jamal alors qu’il avait seulement neuf ans.

Mais ce choix n’oublie guère la musique romantique. Non pas parce que le titre de ce disque nous y aurait fait penser ou qu’il conviendrait de le justifier, mais bien parce qu’elle est souvent le fonds, la fondation du projet de ce pianiste de vingt-cinq ans. Et que cela s’entend. Au plus loin en arrière-plan. Et parce que cela, qui ne ressort peut-être pas (mais peut-être aussi) d’une volonté ou d’un choix délibérés, est une belle réussite. Il y a ici, à la fois, les couleurs de l’audace (musicale, bien sûr) et aussi celles des émotions, des passions, des sentiments.

Autour du pianiste et compositeur se trouvent deux fidèles : le batteur Arthur Allard et le contrebassiste Samuel F’Hima. Se joignent à eux  pour ce « Romantic Sketches » (Jazz Family / Socadisc) Irving Acao (ts), Hermon Mehari (tp), Baptiste Hrbin (as), Camille Durand (voc), Marie Tournemouly (cello) et Balthazar Naturel (fl, voc).

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« True Colors » par David Bressat

Il a raison David Bressat de souligner que la musique est faite de couleurs. Comme un tableau, comme un paysage, comme une abstraction.

Ici se trouve, non pas la seule ressemblance entre ces deux manières de créer, d’inventer, de montrer, de dire, de parler, de s’exprimer, de faire ressentir, de susciter l’émotion, la passion, le désir…, mais plutôt quelque chose comme leur identité, un surgissement non seulement commun mais unique. (Incidemment c’est sans doute la raison qui fait que le langage des mots pour décrire la musique emprunte très souvent à la peinture et celui de la peinture à la musique.)

« True Colors », cinquième enregistrement – cette fois en public – du pianiste David Bressat a cette vertu de dire à la fois les couleurs de la musique mais aussi, si l’on veut bien l’entendre, la vérité de celles-ci. Ce ne sont les couleurs choisies par le compositeur et par son orchestre qui sont vraies alors que d’autres ne le seraient pas. C’est que la vérité est la couleur elle-même et que la musique vit ainsi : par les vibrations essentielles qu’elle transmet et dont, en même temps, elle se nourrit.
« True Colors » (Obstinato / Inouïe Distribution) est fait d’une musique variée, chatoyante, qui nous offre mille entrées, mille parcours, mille paysages. David Bressat s’y révèle une nouvelle fois un délicat instrumentiste, un compositeur – on l’a dit – très inspiré et aussi le leader d’un groupe tout à fait convaincant. « True Colors », c’est avec Charles Clayette (dm), Florent Nisse (b), Eric Prost (ts) et Aurélien Joly (tp, bugle).

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cristal-records-stephane-tsapis-le-tsapis-volant-375x375-300x300 Hussam Aliwat

« Le piano oriental » et « Le Tsapis volant » par Stéphane Tsapis

 

Il n’est pas lieu de s’attarder sur ces deux parutions, la première étant en quelque sorte la BO d’une BD (Casterman) et aussi la musique d’un spectacle qui en est issue.

Le pianiste Stéphane Tsapis est bourré de talent. Mais je n’arrive pas (je dois avouer ici mon incompétence à cela) à faire rentrer cette musique dans ces « Notes de jazz ». Il n’y a là aucune prétention et j’aurais peut-être dû être plus imaginatif et découvrir ce qu’il y avait dans ces deux enregistrements, celui-ci et « Le Tsapis volant » (Cristal Records / Sony Music) qui aurait pu retenir l’intérêt de celles et ceux qui sont habitués à cette chronique. On notera bien volontiers que Stéphane Tsapis, dans ce dernier opus, joue du piano mais aussi du piano oriental, du rhodes et du philicorda. Marc Buronfosse est à la contrebasse et Arnaud Biscay à la batterie, Neset Kutas joue les bendir, daf et darbouka. Ils accompagnent six chanteurs ou chanteuses.

 

 

 

 

 



Au programme! : duo, trio, quartet et deux big bands

 

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Stéphane Belmondo & Sylvain Luc : « 2.0″

Ils avaient déjà enregistré ensemble en duo à la toute fin des années quatre-vingt-dix. Vingt-ans plus tard (le titre de 2.0 serait-il ainsi explicité ?) les voici de retour. Il faut dire qu’ils s’entendent à merveille. Et sans doute encore mieux aujourd’hui qu’autrefois.

Ils ont composé, l’un ou l’autre ou tous les deux ensemble, douze des quatorze titres de cet album laissant la portion congrue à Stevie Wonder « Ribbon In The Sky ») et à Philippe Sarde (pour le thème du film de Georges Lautner « Mort d’un pourri » – 1977; avec Alain Delon et Ornella Muti, musique pour laquelle Stéphane Belmondo a repris l’accordéon de son passé !).

« 2.0″ est l’œuvre (naïve / believe), non seulement de deux musiciens qui s’entendent à merveille, mais qui aussi, avec une sérénité constante, une assurance de toutes les mesures, nous donnent à entendre et à partager des couleurs chatoyantes, des rythmes aussi vibrants que discrets, de très belles musiques toujours. Plus qu’avec habileté, avec intelligence et passion, avec le cœur comme avec la raison.

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Agora Quartet : « Secret de Polichinelle »

Afin qu’il n’y ait pas de malentendu, car ce n’est quand même pas un secret, de polichinelle ou non, l’Agora Quartet c’est sous la conduite du guitariste Yannick Robert, la réunion de Sébastien Charlier (harmonica diatonique), Diego Imbert (b) et Franck Agulhon (dm). A cela il faut rajouter la participation sur une plage de Jérôme Peyrelevade (harmonica).

En revanche, si ce n’est pas un secret c’est une injure ou même une insulte ! Que l’on se rassure toutefois, c’est pour rire. Et c’est le capitaine Haddock qui s’en charge alors que le premier thème de ce « Secret de polichinelle » (Alien Beats Records) s’intitule « Mille Sabords ». (En fait, ce n’est sans doute qu’une exclamation, un point ! c’est tout !)

Tous les thèmes sont écrits par les protagonistes et chacun d’entre eux portent des titres qui font rêver (« La reine des pluies », « Une semaine enfin », « A la bougie », « Nocturne Amalfi » en sont quelques exemples). Et c’est ainsi toute la musique d’Agora qui fait songer. Parce qu’elle est translucide, envoûtante, généreuse mais réservée et discrète. Juste, précise, délicate à chaque instant.

Il est plus facile de dévoiler un secret que l’on dit de polichinelle, mais enfin, il faut le dire, ce disque est un si heureux moment de musique qu’il faut le partager. On ne l’aimera que davantage.

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Yes ! Trio : « Groove du jour »

Ici aussi (voir Belmondo-Luc) nous sommes quelques longues années plus tard. Car ces musiciens hors pair se son connus et ont joué ensemble dès les années quatre-vingt dix. Ils ont maintenant une bonne quarantaine et font partie des plus talentueux de leur génération.
Yes!Trio est composé du pianiste Aaron Goldberg, du bassiste Omer Avital et du batteur Ali Jackson et tous trois nous offrent là un grand moment. Fait sans aucun doute d’un remarquable savoir-faire. Mais qui, sans le désir, sans la passion, sans les sentiments, les sensations, la joie de jouer, d’inventer la musique, ne serait pas grand-chose. A côté du bonheur communiqué, offert plutôt à chaque plage. Sauf l’excellent « Dr. Jackle » du bien trop méconnu aujourd’hui Jackie McLean qui fut le sideman de Miles Davis mais surtout un altiste exceptionnel.

Que ces trois musiciens aient des parcours de formation exceptionnels n’ajoute rien à ce que nous leur devons aujourd’hui. Il ne suffit pas d’une technique, il faut en soi une sorte de volonté de chaque seconde pour faire vibrer son instrument en offrant autant de passion que ce trio sait le faire. Si nous ne savons pas nous laisser emporter par ce « Groove du jour » (jazz & people) et, par exemple, par le titre éponyme ou par celui qui suit immédiatement qui s’intitule « Flow » c’est que personne ne peut plus rien pour nous ! Surtout que cet entrain n’a rien de prémédité, de calculé, de « racoleur ». Voici un superbe exemple du jazz dans sa vitalité essentielle.

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Abraham Inc. : « Together We Stand »

Il y a ici une énergie, un enthousiasme, une volonté tout à fait extraordinaires. Et c’est cela qui  emporte. La tension est toujours résolution mais que l’on passe par une porte, par un genre ou un style ou un autre, il n’y a jamais de quoi se lasser. Il y a des musiques qui sont ainsi. Qui privilégient en quelque sorte cette « philosophie musicale ». Même « Lullaby For Charlottesville » qui débute sur quelques mesures  que l’on pourrait dire nostalgiques est ainsi : il faut qu’il y ait, ici, un flux incessant, plus puissant que tout.
C’est la marque, l’identité de ce groupe qui est basé sur le trio du clarinettiste klezmer David Krakauer, du tromboniste funk Fred Wesley et de Socalled (Josh Dolgin) un maître des samples. Avec huit autres instrumentistes – basse, batterie, deux guitares, deux saxophones, une trompette et un autre trombone pour faire un bon compte; sans oublier trois voix pour trois plages de rap !

« Together We Stand » (Label Bleu Amiens / L’Autre distribution) se proclame comme un exemple, celui des cultures, des origines, des religions, des pensées comme des croyances, des couleurs aussi, toutes mélangées, toutes faites pour être ensemble et s’enrichir mutuellement.

Outre que la musique fait preuve d’une force d’entraînement, on se laisse de toute évidence emporter par un tel programme.

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Dal Sasso big band : « The Palmer Suite »

C’est une drôle d’histoire que celle de cet enregistrement. Dont on peut dire, pour la résumer, qu’il s’agit d’une commande d’un grand cru du bordelais – château Palmer – pour célébrer en 2014 son bicentenaire. Chaque thème fait ainsi référence à un épisode plus ou moins heureux (tous ne le sont pas) de la vie du domaine.
Peut-on considérer la musique en fonction de telle inspiration ? Sans doute pas. Le jazz peut-il être descriptif (car c’est bien de cela qu’il s’agit) ? C’est plus que douteux.

Mais ces interrogations ont-elles une véritable importance ? En écoutant le big band du flûtiste Christophe Dal Sasso on peut dire sans grand risque que non. L’orchestre est flamboyant et précis, méticuleux même. Comme les compositions qui sont toutes du leader. Comme chacun des musiciens. (On peut citer parmi tous ceux-ci Julien Alour (tp), Quentin Ghomari (tp), Denis Leloup (tb) Sophie Alour (ts, cl, fl), David El-Malek (ts), Thomas Savy (ts, bcl), Pierre de Bethman (p), Manuel Marchès (b).

Ainsi « The Palmer Suite  » (jazz&people / PIAS) est-elle est un très bel ouvrage. Les couleurs sont souvent chatoyantes, l’ensemble réellement chaleureux comme un bon vin (reprenons le thème, comme métaphore cette fois), et, ni la musique, ni l’orchestre n’auraient à rougir de comparaisons avec d’autres formations parmi les plus prestigieuses.

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Goran Kajfes Subtropic Arkestra : « The Reason Why Vol.3″

J’ai toujours des scrupules et ainsi j’aurais pu « oublier » de parler de cet enregistrement : contrairement aux apparences, peut-être, je n’aime pas tout ce que j’écoute. Et, si je ne peux pas et ne veux encore moins dire que ceci ou cela, ce n’est pas bien (de quel droit ?), peut-être vaut-il mieux se taire. Mais ici, pourquoi ? Non pas que cette musique, que ce disque (Cristal Records) soit sans intérêt. Il ne l’est pas. Et il y a quelques plages, ou quelques propos qui sont très réussis. Mais il arrive que l’on s’ennuie ou bien que l’on trouve que cela on l’a déjà entendu. Il y a parfois longtemps. On se réjouit de belles images, l’instant d’après. Mais cela ne suffit pas. Et puis, le principe de mélanger ceci avec cela ou bien encore avec autre chose n’a-t-il pas ses limites. La référence de l’Arkestra à Sun Ra ne change rien à l’affaire et même pourrait aggraver la chose, le roi soleil n’ayant pas toujours enchanté mes oreilles… chacun à ses faiblesses.



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