Les temps heureux de la musique

 

Cette fois c’est quatorze enregistrements que les « Notes de jazz » ont retenus pour cette parution de fin d’année. Pour leur fertilité, pour leur enthousiasme. Souvent pour l’espèce de joie dont ils sont porteurs.

Par les temps qui courent (courent-ils vraiment?) cela est d’autant plus passionnant. La musique, en tout cas, reste vivante. Et heureuse – même si elle peut être nostalgique, voire mélancolique. Sans doute parce que dans toute création il y a une vitalité qui s’exprime.

Que nos lecteurs, avec nous se réjouissent.

C’est notre meilleur souhait. Pour eux.

Pour le monde. Comme il va.

 

A toutes fins utiles, précisons que, dans ces « chroniques », l’ordre de parution est totalement aléatoire et ne constitue pas un classement qui, de fait et par principe, serait évidemment stupide.

 

 

Les temps heureux de la musique miconissim_traces_carre-1500x1500_150dpi_rvb-300x300

Mico Nissim : Traces

 

Cela fait plus de quarante ans que Mico Nissim est apparu comme un pianiste talentueux, à la fois solitaire comme sur « Darlinghetta » (Cobalt), l’un de ses premiers enregistrements en 1980, mais aussi tellement entouré : avec une foule d’artistes, pour autant de projets de toutes sortes musicales, dans l’univers du jazz, mais pas seulement, loin de là, mais avant tout pour celui-ci qui fut toujours, sa patrie – pensons ainsi à ce qu’il donna à l’ONJ de Claude Barthélémy !

Il revient aujourd’hui avec « Traces » (Label Trois Quatre / Absalone -Socadisc), en solo une nouvelle fois. Un solo solitaire pourrait-on dire puisque les compositions sont aussi les siennes. Et qu’il s’agit ici de l’univers de Mico Nissim et de personne d’autre.

Ce qui fait sa singularité c’est l’espèce de douceur, parfois mélancolique, nostalgique, mais surtout venue toujours des profondeurs les plus intimes. Parfois aussi plus enjouée. Mais toujours vraie, absolument authentique, comme la musique que Mico Nissim nous a toujours offert. Et s’il nous offre deux détours, l’un avec Ravel et « La Pavane » et l’autre avec Nougaro et « L’île de Ré », c’est avant tout, toujours lui que l’on entend. Et peut-être, là encore, comme les traces, à la fois persistantes, mais aussi éphémères, de ce qui l’anime sans cesse.

 

cover_essais-volume-4_360-300x300 Alain Jean-Marie

 

Pierre de Bethmann : Essais/volume 4

 

Il n’y a pas besoin de surprise pour être séduit. « Pas de surprise » puisqu’il s’agit ici d’un quatrième volume d’une œuvre conduite par le pianiste Pierre de Bethmann avec le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur Tony Rabeson dont on connaissait évidemment les trois précédents. Ils étaient enchanteurs. Comme l’est celui-ci. Qui n’est d’ailleurs que le produit de séances antérieures et, principalement, de celle qui avait abouti au « volume 3 ».
Ce qui est ici remarquable, c’est que ce travail, qui fait penser à celui de quelques grands trios antérieurs (Bill Evans, Keith Jarrett, Bill Charlap et quelques autres et non des moindres) est à la fois constant, obstiné presque, plongeant souvent dans les racines de l’histoire du jazz, tout en produisant une musique unique, propre, c’est-à-dire spécifique, ayant sa pleine identité. On trouve ainsi dans ce quatrième volume des compositions de Wayne Shorter, de Charlie Parker et Dizzy Gillespie, Carla Bley, Kenny Wheeler, Sonny Rollins ou Thelonious Monk. Mais aussi l’improbable « Think Of One » de Paul McCartney ou « Moreira » de Guillermon Klein.

Sans doute est-ce là que se trouve la notion d’ « essais » que nous annonce le titre de cet enregistrement : commentaires personnels d’œuvres ou de compositeurs remarquables, non pour s’en servir mais au contraire dans le seul but de les mettre en lumière, de les faire entendre dans une autre dimension que celle originale, afin de leur donner, non pas autre chose, mais davantage encore leur pleine force.

 

0-1-300x270 Billie Holiday

 

Celia Forestier : Go

 

La chanteuse Celia Forestier ne fait pas dans la facilité. Avec son groupe Komorebi elle fait preuve d’une exigence de tout instant. Pour autant, on voyage dans « Go » (Label A part la Zic/Inouïe distribution) avec plaisir, ou plutôt comme fasciné, envoûté, partageant ce qui s’apparente à une transe, heureuse, ciselée d’émotions, douces ou violentes, apaisantes et heureuses souvent. Il y a ici beaucoup de beauté, d’étrangetés, de mystères qui sont au même moment et comme à l’inverse l’occasion de dévoilements, d’apparitions, de clartés sombres, de voyages erratiques, sans but mais remplis de découvertes toujours vivifiantes.
La voix claire et saisissante de Celia Forestier nous guide dans cet univers qu’il faut habiter puisqu’il nous invite au partage, à l’exigence joyeuse d’être ensemble. Le violoncelle de Bruno Ducret, allié à la contrebasse inventive de Vincent Girard, à la batterie discrète et pour cela d’une justesse totale de Rémy Kaprelian, ainsi qu’à la guitare parfaite de François Forestier, soutient tout le groupe ou plutôt permet à la chanteuse de voler au-dessus d’instruments qui ne lui sont pas soumis mais qui cependant font absolument corps avec la voix, comme dans une sorte d’unité primordiale. Et c’est cela qui nous enchante.

 

twins-300x269 Celia Forestier

 

La Boutique, Fabrice Martinez & Vincent Peirani : « Twins »

 

Voici une musique qui vient de loin. D’un lointain très proche dans le temps, il faut bien le dire (quitte à se contredire, au moins en apparence) mais de sources profondes et généreuses. De celles qui ont marqué les années quatre-vingt et quatre-vingt dix ou même du début du siècle en cours, du jazz en France et en Europe. A tout le moins. Et là il ne s’agit pas de n’importe quoi et de n’importe qui.

Si le trompettiste Fabrice Martinez qui est au cœur du collectif La Boutique est une sorte de descendant du regretté Jean-François Canape, il a aussi été marqué par le Méga Octet (Andy Emler) ou le Supersonic (Thomas de Pourquery) où il a joué, comme par le Sacre du Tympan (Fred Pallem). A la tête d’une formation comme celle-ci il s’agit d’expériences que l’on pourrait dire décisives, qualificatif que l’on doit entendre ici comme en-deçà (ou au-delà) de l’originalité même du propos.
Celle-ci est aussi (et tout particulièrement) le fait du compositeur Jean-Rémy Guédon. Lui, a fait ses armes avec Michel Goldberg, Jean-Louis Chautemps, Steve Lacy ou encore Dave Liebman. Puis il a joué avec Claude Barthélémy, Laurent Cugny, Sophia Domancich, Antoine Hervé, Bernard Lubat, Albert Mangelsdorf, l’ONJ de Didier Levallet tandis qu’il réunissait chaque fois qu’il le pouvait musiciens de jazz et musiciens « classiques ».

C’est cette dernière direction qui l’a conduit à « Twins »…comme son nom sans doute l’indique. On trouve en effet dans cet octuor, outre Fabrice Martinez, le hautbois et le cor anglais de Vincent Arnoult, la clarinette basse d’Emmanuelle Brunat, les saxophones de Clément Dubois, la clarinette de David Pouradier Duteil, la basse d’Yves Rousseau et l’accordéon de l’invité Vincent Peiriani.
L’infinité des couleurs, des climats en même temps que leur cohérence font de cette œuvre un ensemble d’une somptueuse architecture.

 

le-bex-tet-round-rock-300x300 Christofer Bujrström

Emmanuel Bex/le Bex’tet : « ’ Round Rock »

 

Un autre qui a trouvé une partie de son énergie naissante aux côtés de Bernard Lubat c’est Emmanuel Bex.

Et voici qu’il s’est à nouveau enflammé, ce musicien dont l’art est fait d’audace, toujours. Avec ce talent à l’extrême, celui de nous embarquer irrésistiblement.

Avec son fils Tristan à la batterie et au cajon et son pote Antonin Fresson aux guitares (électrique ou acoustique), l’orgue hammond ou son accordéon, tous ici empreints de blues (« Sometimes I Feel Like A Motherless Child » en est assurément un bel exemple), Emmanuel Bex réussit un enregistrement que personne d’autre n’aurait jamais pu imaginer. Cela s’ouvre par une version 2.0 de « La Marseillaise » et se clôt par la version du même hymne national sous le titre de «3.0 ».

Mais au-delà ce ça, il faut entendre « Jacques Brel Always » ou « Charlie Of Course » (Parker on l’aura sans doute imaginé) ou « J’irai revoir ma Normandie » (« ce pays qui m’a donné le blues ») et « Station Saint-Denis-Basilique » pour saisir ce qu’Emmanuel Bex est capable, souvent l’air de rien – et là est le tour de force – de nous proposer, remarquablement épaulé, il faut le souligner, par ses deux jeunes compères.

S’il y a à se réjouir, on trouvera dans ce fameux « ’Round Rock » (Le Triton/L’autre distribution) toutes les raisons de le faire mille fois.

 

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Hot Sugar Band & Nicolle Rochelle : « Eleanora »

 

C’était un temps avant le temps lui-même : c’était alors un temps où Billie Holiday s’appelait encore Eleanora, Eleanora Fagan. Avant d’être « Lady Day » et la chanteuse la plus étourdissante sans doute de toute l’histoire du jazz.
C’est à cette époque-là, réputée heureuse, de sa vie (la seule ? Mais peut-être qu’elle ne l’était pas davantage que les autres, celle d’avant et celles d’après) que ce disque rend hommage.

Il faut bien dire qu’il y a ici une ambition difficile à réaliser pleinement. Quel parti prendre ? Celui d’un « revival » est-il le meilleur, s’il est le plus évident ?

C’est à peu près ce qui est fait ici. Il faut le dire : au mieux assurément de ce que l’on peut faire en la matière. C’est-à-dire s’approcher de l’original sans le détourner, sans pouvoir non plus l’atteindre vraiment. Puisque, quoi qu’il en soit, celui-ci vibre et vit dans nos cœurs depuis trop longtemps pour qu’il en soit ainsi.
L’intérêt que suscite le plus « Eleanora » (CQFD/L’autre distribution) c’est la lumière qu’il porte sur les débuts de Billie Holiday, sur sa beauté essentielle, sur le don qu’elle fit toujours d’elle-même quitte à devenir le propre éclair qui la foudroyait chaque jour.
Il faut dire que le Hot Sugar Band et Nicolle Rochelle y mettent, eux aussi, à leur façon, tout leur cœur assurément.

Le Hot Sugar Band est composé de Bastien Brison (p), Julien Didier (b, chant), Jonathan Gomis (dm,arrangements), Julien Ecrepont (tp), Jean-Philippe Scali (as, arrangements), Corentin Giniaux (cl, arrangements) et Vincent Simonelli (g).

 

cover-switch-trio-300x300 Diego Imbert

Fred Nardin Switch Trio : « In Town »

 

Le Switch Trio, composé par le pianiste Fred Nardin, le guitariste Maxime Fougères et le bassiste Samuel Hubert offre avec « In Town » (Jazz Family) une musique rare, captivante, là-même où elle suscite toute notre écoute, toute notre attention. Par sa singularité comme par ce qu’elle décrit, ce qu’elle dit, avec une grande discrétion, c’est-à-dire une ultime précision, méticuleuse et par conséquent généreuse. Si l’on veut bien considérer que la générosité ne ressort jamais de l’abondance mais seulement de la manière dont ce qui est offert est proposé. Alors on trouvera de grands bonheurs à l’écoute des échanges de ces trois musiciens. Parce que, ce qu’ils jouent, ils le jouent comme si cela était simple et naturel – on n’offre pas, en effet, à ses auditeurs, ni même à soi-même, quoi que ce soit en compliquant la réalité mais précisément et seulement en faisant ce qui peut et doit être fait comme si cela allait de soi.

Les interprétations de thèmes de René Thomas (ce trop rare guitariste belge reste dans nos mémoires), Benny Golson, Steve Grossman, John Ellis, Mulgrew Muller ou Billy Strayhorn, ou celles de Fred Nardin ou Maxime Fougères sont toutes secrètes à l’instant même où, pourtant, elles nous sont dévoilées.

C’est là le secret de toute belle musique.

 

arton3478856 Eleanora

Roberto Negro : « Papier Ciseau »

 

Il y a bien des musiciens et des musiques inclassables mais, dans cette « catégorie » (qui, bien entendu, n’en est pas une), Roberto Negro et ses camarades de « Papier Ciseau » (Label Bleu/L’autre distribution), Emile Parisien (s), Valentin Ceccaldi (b) et Michele Rabbia (dm, electronics) se distinguent par leur originalité.

On pourrait donc dire, si cela ne semblait pas (à tort) péjoratif, que ça ne ressemble à rien et au moins à pas grand-chose. Et voici ce qui pourrait être aussi et par conséquent, le plus vibrant hommage.

Il y aurait alors dans « Papier Ciseau » une invention aussi radicale que possible (pas totale sans doute car on hérite toujours plus ou moins de quelque chose, même lorsqu’on s’en défend). Mais il est bien possible que si l’on posait la question au pianiste hors normes qu’est Roberto Negro qu’il nous réponde qu’il a maintes et maintes inspirations et qu’il se nourrit de quelques grands ancêtres de son instrument, du jazz et de toutes les musiques que le monde a déjà connu.

La difficulté ici n’est pas dans la musique mais dans le fait qu’elle est indescriptible : que l’on sent bien que les mots, les périphrases, les analogies, les « images » qui pourraient tenter d’en rendre compte, de dire quelque chose de plus ou moins juste à son propos seraient à peu près vaines. A moins qu’il se trouve quelqu’un qui en soit capable. Mais le premier venu de ces « Notes de jazz » a plutôt tendance (par respect et pas tout à fait par facilité) à refuser l’obstacle.
En effet, les créations de quartet, de ces trois individualités ici rassemblés par l’amour de l’invention, par goût de l’audace, par respect aussi – cela s’entend – de celles et ceux qui les entendent et par là s’imprègnent d’eux, sont telles qu’elles doivent être reçues, semble-t-il, sans commentaires, sans extrapolation.

Car c’est à chacun de ressentir, d’accepter ce jeu et cet enjeu, ou de le refuser, de découvrir et de se découvrir. Comme le font Roberto Negro et ses amis.

 

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Laurent Dehors & Matthew Bourne : « A Place That Has No Memory Of You »

 

« A Place That Has No Memory Of You » est à écouter, à recevoir plus précisément, avec de grandes précautions. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, qu’il faille plus ou moins s’en défier.

Bien au contraire : parce qu’il faut recueillir les créations de Laurent Dehors (clarinette basse) et Matthew Bourne comme elles nous sont offertes : avec délicatesse, prudence, avec tout ce qui précède et préside à une offrande à celle ou à celui qu’on aime, à ceux avec qui l’on tient à partager, non pas un seul moment, mais au moins comme un instant lorsqu’il est une part de l’éternité ou même celle-ci tout entière et que le temps qui passe, alors, n’a plus de signification.

Il y a ici seize pièces, généralement brèves, qui sont comme seize poèmes actuels, en ce sens qu’ils sont dits, et pas seulement dans le silence d’une lecture intérieure, « silencieuse » dit-on, par ceux-là même qui les inventent, comme une part d’eux-mêmes et qui s’adressent à une autre part de chacun d’entre-nous. A moins qu’il ne s’agisse pas d’une partie mais plutôt de notre entièreté, de ce que nous sommes et ce que sont les musiciens eux-mêmes.


Il y a ici seize définitions, ou plutôt seize expressions et seize impressions aussi, de la beauté. Peut-être d’une seule beauté, d’une seule lumière qui adviendrait de manières différentes mais qui serait unique.


Il ne faut pas enfin, s’interdire de noter que la présentation graphique et matérielle (dans toutes ses composantes) de cet album CD, comme toutes celles du label Emouvance, est à la hauteur de la musique elle-même.

 

nuages-300x300 Emmanuel Bex

Mauro Gargano : « Nuages »

 

On pourrait se référer à l’un des textes les plus importants de toute l’histoire de la littérature, texte qui ouvre « Le spleen de Paris » de Charles Baudelaire pour évoquer « …les nuages qui passent…là-bas…là-bas…les merveilleux nuages ! ».

Dans le texte de présentation de « Nuages » (Digginmusic Prod/Absilone) le contrebassiste Mauro Gargano en appelle plutôt à Pasolini et à Shakespeare : « Ce sont les nuages. Et ce sont quoi les nuages ? Je ne sais pas… Ah déchirante, merveilleuse beauté du monde ».

Comment donc relire les « Nuages » de Django à la lumière de la poésie ? C’est ce que fait Mauro Gargano (la basse y a une place centrale) avec Matteo Pastorino (clarinettes), Giovanni Ceccarelli (p) et Patrick Goraguer (dm) de façon déchirante, renversant l’écoute que nous en avons, pour clore avec ce thème si souvent interprété, ici avec une intensité extrême, un enregistrement de haute tenue, de grande exigence et surtout d’une beauté souvent étrange et toujours sidérante.

Aussi captivante sans doute que les nuages « étrangers » de Baudelaire.

 

pochette-ecume_3000-1024x1024-300x300 Fabrice Martinez

Christofer Bjurström : « Ecume de mai »

 

« C’est tout ce que nous avons voulu faire et n’avons pas fait …

…Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait… »

C’est bien cette « Oublieuse mémoire » du poète Jules Supervielle qui est l’une des références littéraires du pianiste Christofer Bjurström pour cette « Ecume de mai » (MZ Records/Marmouzic).

Ici chacun des titres renvoie à un poème. Et l’on est donc, outre Supervielle, sous le signe d’Emily Dickinson, de Sylvia Plath, de Claude Roy, d’Abdellatif Laabi ou de Raymond Carver et de Bo Carpelan, les citations accompagnant le CD grâce à l’utile petit livret !
Et, ce qui est sans doute le plus remarquable dans la musique de Christofer Bjurström c’est ce que l’on pourrait appeler son « travail ». Peut-on dire qu’il joue du piano lorsqu’il fait entendre les sifflements du vent qui, balayant la mer, soulève l’écume pour l’amener jusque sur nos pas ?

Même si le jeu n’est qu’une manière de dire ce que le musicien arrache au silence avec son instrument, il y a ici une sorte de mise en œuvre, pas si nouvelle il est vrai puisqu’on a bien vu au moins depuis les années soixante du siècle précédent, de ces pianistes qui, de leurs seuls doigts ou bien armés d’instruments in-identifiables plongeaient soudain dans le corps du piano pour y faire on ne savait trop quoi mais que l’on entendait avec surprise, avec effroi parfois, avec plaisir et un intérêt nouveau souvent. Bjurström pratique sans doute dans cet esprit des techniques similaires mais, contrairement à ses prédécesseurs, ce qu’on appellera donc son « travail », n’a pas tout à fait la même place, désormais plus discrète, comme intériorisée alors qu’elle n’était que la cause ou le reflet peut-être d’une extériorisation qui, précisément se voulait telle et qui ici n’a pas vraiment sa place.
La musique de cette belle « écume de mai » est à écouter comme une suite de méditations, là où celles-ci ne sont pas un écart du monde, mais le chemin vers la juste place que chacun vaut, mérite, recherche, face à ce qui l’entoure.

 

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Diego Imbert & Alain Jean-Marie : « Interplay, The Music Of Bill Evans »

 

Voici deux musiciens dont le talent et l’intelligence sont assez connus et reconnus, s’il fallait encore le souligner, et on attend alors une si belle musique.

Surtout lorsque Bill Evans est l’une de vos « références » les plus intenses, toutes musiques, toutes formes artistiques confondues – votre « idole » quoi.
Et l’on trouve ici en effet, tout son bonheur car les quinze titres choisis par Diego Imbert (b) et Alain Jean-Marie (p) tirés du répertoire de Bill Evans sont joués comme on pouvait s’y attendre, avec fidélité, amour même sans doute, beaucoup d’habileté (comme le souligne Pascal Anquetil dans le texte d’accompagnement, l’art du duo piano-basse n’est pas aisé).

Cet « Interplay »(Trebim Music/L’autre distribution) nous fait redécouvrir, s’il en était besoin, le génie de Bill Evans.

Et, somme toute, on peut même dire qu’il y a ici un équilibre qui parfois dépasse celui des duos avec Eddie Gomez dont le talent était exceptionnel, mais tellement – si l’on peut dire – qu’il était parfois parvenu à faire oublier celui du pianiste, allant jusqu’à envahir « l’espace » musical.
Il faut singulièrement remercier aussi Diego Imbert et Alain Jean-Marie de nous rappeler Bill Evans, disparu il y a quarante ans déjà, mais dont la présence demeure pour tous ceux qui l’on connu. Ils ouvrent peut-être aussi une porte sur son univers à tous les autres.

Nous nous souviendrons enfin que « l’interplay » est peut-être une autre façon de désigner ce qui fait la singularité du jazz, des musiques que nous aimons.

Ces deux musiciens en offrent ici un singulier exemple !

 

disc-gn-stride-piano-kings-300x267 Fred Nardin

Guillaume Nouaux : « The Stride Piano Kings »

 

Guillaume Nouaux est à coup sûr l’un, sinon le meilleur, des batteurs de jazz traditionnel. Il y a quelques mois il avait réalisé un double album rendant hommage aux grands clarinettistes des origines. Il revient avec un autre hommage, rendu cette fois au style « stride ». Et donc aux pianistes qui ont transformé le ragtime pour en faire ce que l’on a appelé ainsi, pour se libérer peut-être d’un répertoire et surtout d’une façon de faire qui pouvait omettre la part de liberté que cette musique portait pourtant déjà en elle.

Guillaume Nouaux dialogue sur quinze titres, non seulement avec un pianiste (ils sont sept au total à se partager la tâche : Louis Mazetier, Bernd Lhotzky, Luca Filastro, Chris Hopkins, rossano Sportiello, Harry Kanters et Alain Barrabes.) On entend les musiques, notamment, de James P. Johnson, Fats Waller, Ray Noble, Duke Ellington ou Richard Rogers.
Et tout cela, qui est admirablement fait, est réjouissant, emballant. Joyeux, vivant, vivifiant.

On notera enfin que cet enregistrement est auto-produit (www.guillaumenouaux.com)

 

iic-cd-front-cover-300x277 Guillaume Nouaux

Kari Ikonen : « Impressions, Improvisations and Compositions »

 

Kari Ikonen est un pianiste finlandais qui aborde la musique par plusieurs chemins. Le jazz y a une place importante, mais aussi les musiques orientales, proches comme les musiques arabes ou plus lointaines comme celles venues du Japon. Il s’avère qu’il a aussi conçu un dispositif qui se place en cinq secondes et se retire en trois (je n’ai pas tenté la chose cependant !) et qui produit ainsi des micro-intervalles.

Tout cela permet à Kari Ikonen d’offrir une musique souvent très étonnante qu’il nous donne ici en solo, ce qui semble parfaitement s’accorder avec ses conceptions et ses objectifs qui requièrent une sorte de concentration, presque de transe et qui, ainsi peut-être, suscitent en nous des émotions particulièrement intenses.
L’autre chemin que semble emprunter ce pianiste singulier c’est aussi celui d’une référence au peintre Vassily Kandinsky auquel le titre « Impressions, Improvisations and Compositions » (Ozella Music/Inouïe distribution) fait directement écho.On sait que la peinture abstraite de Kandinsky était celle d’un monde intérieur et qu’elle avait pour but – ou plutôt faudrait-il dire pour être plus précis et surtout plus juste, comme origine ou comme source si l’on veut – quelque chose comme le sentiment intérieur. Kandinsky, ainsi, est ce peintre qui plus que quiconque a fait voir l’invisible. (On peut lire sur ce thème le livre du philosophe Michel Henry « Voir l’invisible » Quadrige/PUF)
Nul doute que les recherches, multiples, mais entrelacées et telles qu’elles sont désormais indissociables de Kari Ikonen, proviennent de la même source originaire.

 

 

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2 commentaires

  1. GLxcbezfBNHvC 27 mars

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  2. ASaEcvisFWQPzXJ 27 mars

    EcfMBzrT

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