Clap de fin … et au-delà

 

« Clap de fin » : c’est une façon de parler. Il s’agit bien sûr de la fin de l’année 2019. Nous pouvons encore espérer que l’année 2020 aura bien lieu !
Mais il s’agit bien de la dernière chronique des « Notes de Jazz » d’ici le mois de janvier prochain (nées en 1974, elles ont donc quelques quarante-cinq ans d’existence).
On notera cependant que l’un des enregistrements – celui de Xavier Desandre-Navarre -, dont il est plus loin question ne paraîtra qu’au mois de janvier de l’année prochaine, si donc la Terre tourne encore, si les Notes de Jazz se survivent ! Comme tout un chacun elles l’espèrent vivement et souhaitent le bonheur de leurs quelques lectrices et lecteurs, celui des musiciennes et musiciens, du jazz, des jazz, de la musique, des musiques tout entières et tout autant.

 

 

Yvan Robilliard : « BiG RoCK »

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On s’étonne, même si Yvan Robilliard a, depuis déjà plus de dix ans, fait parler de lui obtenant notamment, mais pas seulement bien sûr, un premier prix de soliste et de composition au concours de La Défense, mais l’on s’étonne quand même.
On est saisi par l’ampleur de cette musique – au total, faite de peu, d’une sorte d’économie de moyens et même parfois de notes – par ce qu’elle nous dit, ce qu’elle provoque, ce qu’elle invente.
Il y a ici trois musiciens, (outre le pianiste Yvan Robilliard, il s’agit de Laurent David, elc b, et de Eric Champard (dm) – qui créent peut-être un peu moins qu’un monde à eux, mais sans doute et surtout un peu plus : un imaginaire d’une intensité lumineuse.

« BiG RoCk » (on essaye de respecter la graphie du disque) (Label Klarthe Records / PIAS) nous montre quelque chose d’autre que notre monde quotidien, quelque chose où l’on pourrait s’échapper mais qui tout en étant une présence constante en nous, nous semble souvent si lointain. Qui tous les jours ou presque nous échappe.

Yvan Robilliard nous en rapproche avec un art, empreint de tradition mais encore davantage de rêves sans fin. Là est la musique. Tout entière.
La citation que fait à ce propos Franck Médioni dans un texte introductif à cet enregistrement, citation de Baudelaire, dit tout cela mieux que quiconque pourrait le faire. Il me pardonnera de la reprendre ici dans toute sa simplicité, lorsque le poète écrit : « La musique ouvre le ciel. »

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Xavier Roumagnac : « 78 Tours »

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Cela commence par une pochette qui aurait pu être l’une des réussites des plus nobles années du label Blue Note. Ou quelque chose comme ça. On est donc ravi. On est séduit avant même d’avoir entendu la première mesure. On l’est tout autant par la musique de l’Eklectik Band du batteur et surtout compositeur Xavier Roumagnac et de son « 78 Tours » (cdz / jazz family). Et c’est heureux ainsi.

Il y a ici beaucoup de brio et de brillances, et beaucoup d’enthousiasme, auquel on est associé d’entrée. Il y a pour réussir tout cela huit musiciens dont Xavier Roumagnac. Et, parmi eux, on note la présence de Robby Marshall (ts, b cl), de Julien Alour (tp, bugle) ou encore de William Hountondji (as). Il y a peut-être aussi quelque chose des voyages dans l’Océan Indien que fit autrefois le leader.

« Duetto », le quatrième titre parmi les cinq que compte ce EP, est, pourrait-on dire, emprunté à Mozart et, plus précisément, à « La clémence de Titus ». C’est peut-être en ce sens une sorte de curiosité (même si, on le verra un peu plus loin dans cette « Note de Jazz », il n’y a pas que Wolfang pour inspirer les musiciens de jazz). Ce n’est pas la pièce la moins vivante que nous propose l’Eklectik Band de Xavier Roumagnac.

 

Guillaume Nouaux : « The Clarinet Kings »

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C’est en écho aux deux enregistrements portant le même titre, réalisés par le batteur Zutty Singleton (1898-1975), accompagnateur de Louis Armstrong, Fats Waller, Jimmie Noone ou encore Jerry Roll Morton et sans doute en raison de l’admiration qu’il lui porte que Guillaume Nouaux, lui aussi batteur, signe ce double « Clarinet Kings » (www.guillaumenouaux.com) tout à fait remarquable.
Enfin, disons tout de suite que si l’on s’en tient à ce qualificatif, on ne sera peut-être pas très intéressé. Et l’on aurait tort. Il faut alors rappeler que le talent de Guillaume Nouaux n’est plus à souligner (le nombre de prix, de récompenses qu’il a obtenu peut en témoigner – révélation 2007 Jazz Magazine, prix classique de l’Académie du Jazz en 2011, prix spécial du jury du Hot Club de France en 2014 – et l’un de ses enregistrements les plus récents, en 2016, a été signalé par tous la presse jazz en France par ses plus hautes distinctions).

Mais il est bien possible encore que certains parmi les lecteurs de cette chronique plus familière avec le jazz « en train de se faire » qu’avec sa version « classique » pourraient encore avoir une sorte d’appréhension ou seulement d’hésitation. Ils auraient grand tort. Parce qu’à écouter cette musique toujours réjouissante on peut découvrir un plaisir nouveau ou , pour d’autres, plus anciens, ressusciter quelques vieux et si magnifiques souvenirs.

Parce qu’à vibrer au son de ce jazz que l’on dit « classique » on comprend peut-être mieux l’essence même de cette musique. Quelle qu’en soit la version stylistique, très « contemporaine » ou « revival » comme il arriva qu’on le dise.
La clarinette que les « modernes » jouent souvent dans sa version basse est ici l’affaire de onze interprètes (pour vingt-quatre « pièces ») : Evan Christopher, Antti Sarpita, Engelbert Wrobel, Eiji Hanaoka, Aurélie Tropez, Lars Frank, David Lukacs, Jerôme Gatius, Esaie Cid, FranK Roberscheuten et Jean-François Bonnel. Ils sont accompagnés en trio par le batteur et par un pianiste. Ils sont quatre à se partager cette tâche : Luca Filastro, Alain Barrabès, Harry Kanters et Jacques Schneck.

Tous nous disent, Guillaume Nouaux le premier, que le jazz, dans tous ses styles, est au cœur de la vie même de toute musique.

 

Dimitri Naïditich : « Bach Up »

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Bien évidemment on pense tout de suite au « Play Bach » de Jacques Loussier lorsqu’on découvre ce disque. Dans les années soixante et soixante-dix et encore bien plus tard le trio du pianiste avec Christian Garros (dm) et Pierre Michelot (b) a vendu des millions de disques en France et dans le monde entier en adaptant en quelque sorte la musique de Bach au jazz. A moins que ce ne fut l’inverse. Il a eu le mérite « d’ouvrir le paysage musical » mais il n’est pas certain qu’il ait ouvert au jazz celles et ceux qui, alors, n’y étaient pas prêts et qui pouvaient écouter cependant cette musique sans broncher.
D’autres se sont depuis essayé à cet exercice.

Il faut dire tout de suite que ce que Dimitri Naïtich nous propose avec le concours de Gilles Naturel (b) et d’Arthur Alard (dm) est d’une autre nature. Le travail réalisé ici est bien plus fondamental. Et, finalement c’est quelque chose comme la proximité de tout genre musical avec tous les autres qui se manifeste dans cette musique.

On peut aimer le jazz. On peut adorer Jean-Sébastien. On doit reconnaître dans « Bach Up » (Dinaï Records / L’autre distribution) une musique à part entière, non pas une sorte « d’exercice » aussi brillant soit-il, mais au contraire un ouvrage complet, ayant en quelque sorte sa raison en lui-même. Il y a ici des beautés merveilleuses. Souvent, sinon incessamment. Il y a là le fait d’une grande intelligence musicale, d’une culture profonde et d’un désir de partage.
Dimitri Naïditch est un grand interprète assurément. Mais il est aussi un inventeur. Bientôt il nous donnera (c’est lui-même qui l’affirme) Mozart, Liszt, Tchaïkovski et sans doute quelques autres dans une version « jazz » telle celle-ci. Il les joue en public depuis longtemps mais ne les a pas encore enregistrés. Mais « une version jazz » ne dit rien, tout au plus pas grand chose, de cette musique, de sa beauté constante. On aura compris que le mélange des genres, le plus justifié et le plus habile qui soit, ne saurait parvenir à un tel résultat sans bien plus : une capacité de création, d’invention, un art singulier.

 

Thomas Mayeras : « Don’t Mention It »

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Puisque « classique » il y a ,on doit signaler le disque du pianiste Thomas Mayeras « Don’t Mention It » (Cristal Records / Sony Music Entertainement). Le terme (« classique ») prend cependant ici un tout autre sens. Les compositions sont toutes signées par le leader( sauf « La mer » de Trenet) et elles ont chacune, non pas « un air de déjà entendu » mais, bien plutôt, d’un univers familier, au point qu’il s’agirait de standards et donc de thèmes du répertoire qu’on ne s’en étonnerait pas. Cela ne signifie en rien qu’il s’agirait de banalités. C’est plutôt l’inverse qu’il faut comprendre. Il y a chez le compositeur Thomas Mayeras une habileté peut-être trop rare chez bien d’autres à inventer des musiques auxquelles on se trouve spontanément attaché. L’interprétation est brillante, soutenue par le bassiste Nicola Sabato et le batteur Germain Colet avec, comme l’on dit trop souvent « efficacité » mais aussi davantage, avec une grande intelligence.

La seule chose que l’on pourrait regretter, on pourrait peut-être la qualifier « d’emballement ». Parfois, cela donne l’impression, passagère heureusement, d’être brillant par effet plutôt que par choix alors que ces éclairs même pourraient nous aveugler.

Mais il faut, sans conteste, souligner et saluer l’exploit ! Car c’en est un… dans son genre, somme toute… « classique. »

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Xavier Desandre-Navarre : « In-Pulse 2 »

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Voici une musique – celle de Xavier Desandre-Navarre – qui est bien différente de celle de Thomas Mayeras.

Desandre-Navarre nous entraîne, une nouvelle fois, dans des contrées inattendues : c’est là sans doute son but. Le batteur et percussionniste n’aime pas vraiment les routes rectilignes et préfère nous dérouter. Il le fait avec un enthousiasme toujours surprenant. Ici même se trouve son talent.

Il est accompagné de trois musiciens qui partagent sans aucun doute cette « philosophie ». Il s’agit d’Emile Spanyi (p), Stéphane Guillaume (s, bcl) et Stéphane Kerecki (b).

Ils sont tous les inventeurs de mouvements ininterrompus, de courants irrésistibles, de mélodies heureuses et de grooves torrentueux.

« In-Pulse 2 », comme on peut l’imaginer fait suite à « In-Pulse », est c’est une réussite d’improvisation calculée ou peut-être d’écritures désarticulées. Ce qui revient à peu près au même, c’est probable. « In-Pulse 2 » (Cristal records / Sony Music Entertainement) nous emporte. Plus loin que nous l’imaginions sans doute.



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