Quatre découvertes

Après la pause estivale en matière de discographie, c’est par quatre découvertes heureuses que nous pouvons reprendre ces chroniques.
Les suivantes s’avèrent, elles aussi, particulièrement passionnantes.
Et, si d’aventure, l’une ou l’autre ne l’était pas, peut-être préfèrerions-nous ne pas la signaler…
N’est-ce pas une heureuse façon d’être optimiste ?

 

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Bloom Dièse 1

 

Voici trois jeunes femmes qui surprennent. Par leur talent. Par leur capacité à inventer des musiques, à créer souvent de nouveaux univers vocaux, accompagnées presque toujours par une seule contrebasse et une seule percussion.

On doit ainsi souligner que si l’introduction de « Dièse 1″ (CQFD / L’Autre distribution) avec « Don’t Cry For Louie » de Vaya con Dios ne nous égare pas, les compositions signées par l’une ou l’autre de ces vocalistes (cinq sur douze titres de l’album) sont particulièrement étonnantes et là réside sans doute leur plus remarquable travail. Mais qu’elles aillent du côté de Sting,, d’Abbey Lincoln, de Vinicius de Moraes ou de quelques autres, elles nous y conduisent chaque fois avec une sorte d’audace et d’inventivité rares.

Mélina Tobiana, Laurence Ilous et Léa Castro font preuve d’une intense imagination qu’elles traduisent, mettent en scène, nous font entendre si l’on veut le dire ainsi, à chaque mesure, à chaque note, sans mesure précisément et nous voici sous le charme d’une musique le plus souvent joyeuse et vibrante. Et l’on n’a pas envie que cela s’arrête.

A cette création viennent apporter plus qu’un support, un véritable équilibre, le contrebassiste Martin Guimbellot et le percussionniste Nils Wekstein. Et, pour ce qui constitue peut-être le point central de cet enregistrement, la pièce la plus remarquable car la plus surprenante, la plus originale, signée de Laurence Ilous, « Shadows And Fogs » il y a aussi Octavio Angarita (violoncelle) et Antoine Delprat (violon). Pour le très beau « Throw It Away » d’Abbey Lincoln il y a les couleurs discrètes du saxophone de Stéphan Moutot. Enfin le piano d’Édouard Monnin rejoint le quintet pour conclure superbement par « Ezuz », une pièce au climat si singulier, signée par Mélina Tobiana.

Il faut écouter Bloom pour s’ouvrir avec une sorte de bonheur serein, simple, mais fait de mille couleurs, à une musique si généreuse.

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1563179054_cover-300x300 Bloom? Jakob Dienesen

 

Jean-Sébastien Simonoviez et Jakob Dinesen : Spirits Of The Waterfall

 

Jean-Sébastien Simonoviez est aussi habile comme trompettiste  que comme batteur ou comme pianiste. Mais c’est à coup sûr avec son clavier qu’il nous a donné et nous donne encore – cet opus en est bien la preuve – le meilleur de lui-même, toute sa richesse.

Pour ce très beau « Spirits Of The Waterfall » (IMusician / Hâtive) il a rencontré un saxophoniste qui partage, c’est certain, beaucoup de l’esprit qui l’habite, Jakob Dinesen. Ce dernier est sans doute l’un des jazzmen danois les plus réputés aujourd’hui. Il a joué avec Paul Motian, Kurt Rosenwinkel, Ben Street, Eddie Gomez, Steve Swallow et bien d’autres.

Mais ici, tout se passe comme si Simonoviez et lui étaient faits l’un pour l’autre. En tout cas, l’un avec l’autre, l’un et l’autre, et ils nous offrent ainsi une œuvre exceptionnelle. Faite de sérénité, de tranquillité, parfois d’une sorte d’inquiétude que l’on croit cependant apaisée, fluide. Et l’on entend sur ces sept plages qui composent « Spirts Of The Waterfall », toutes sauf une (« Here’s That Rainy Day ») signées par le pianiste ou par le saxophoniste à moins que ce soit par les deux à la fois, une sorte de volonté. Celle, sans doute, de donner la musique, de l’offrir à tout instant, non comme un bien à partager mais comme cela même qui est un cadeau, une « chose » qui n’existe qu’en tant qu’elle est offerte.

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1566471165_615kqwbyrql-300x300 Hugo Lippi

 

Hugo Lippi : « Comfort Zone »

« Comfort Zone » s’ouvre sur un « Manoir de mes rêves », le thème composé par Django Reinhardt, d’une beauté voilée, comme si une sorte de brume envahissait le monde. On pourrait se dire, pour servir la métaphore, que la zone de confort se situe en effet dans un pays calme, sans vent et sans outrages des météores. On pourrait se dire que ce qui se joue n’est rien d’autre qu’une sérénité, qu’une sorte « d’abstraction » du monde, une façon de se tenir en retrait. Mais n’est-ce pas le contraire qui nous est proposé ? Au-delà de cette apparence le confort n’est-ce pas ce qui est inatteignable ? Et le calme, la sérénité, la beauté tranquille ne sont-ce pas là que des illusions ?

« Comfort Zone » (Gaya music productions / L’Autre distribution) est sans cesse empreint de climats souvent différents mais qui ont en commun une clarté, une lumière qui, pour être différentes n’en sont pas moins certaines. La réussite de cette musique, mélange de pièces signées du leader, le magnifique guitariste britannique Hugo Lippi, et de standards (Chick Corea, Billie Holiday ou Eddie Harris, parmi d’autres) provient sans doute aucun de ces mélanges, souvent au bord du déséquilibre, toujours harmonieux cependant. Le confort est toujours un inconfort assurément…

Le concours de Fred Nardin au piano, de Ben Wolfe (b) et de Donald Edwards (dm) – ces deux derniers compagnons de Wynton Marsalis – assurent encore au décidément excellent Hugo Lippi, à défaut d’une « zone de confort » inamovible de nous offrir un jazz éclairé, scintillant et ainsi une nouvelle ouverture musicale sur le monde. Rien en effet de certain dans cela. Sinon le jazz serait-il lui-même ?

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Leïla Olivesi : « Suite Andamane »

 

Leïla Olivesi a déjà fait de longs voyages. Dans la musique (elle a débuté sur scène alors qu’elle n’avait que treize ans), sur les chemins qui vous conduisent de festival en festival, de salle en salle (ce ne sont pas ceux qui vous apprennent le moins), avec des compagnons d’aventure et des compagnes d’expériences. Elle a aussi fait un voyage dans la mer d’Andaman et sans doute dans les quatre îles du même nom. C’est du côté de la Thaïlande et de la Birmanie. L’écrivain Joseph Conrad aurait pu y passer au temps où il n’était encore qu’un marin parcourant l’Extrême-Orient.
Leïla, de ces petites îles comme perdues dans ce qui n’est que la partie indienne de l’Océan de notre planète, a ramené une « Suite Andamane », précisément en quatre mouvements, aux titres merveilleux et songeurs : « Jeu de vagues », « Le chemin du Levant », « Fleur Andamane » et « La course du ciel ».
Mais surtout elle ramené ou plutôt construit, puis réalisé un disque de haute valeur, qui, du début (le célèbre « Satin Doll ») jusqu’à la fin, est en tout point une réussite. Parce que la musique qu’elle a composé est faite de mille attentions, qu’elle ne craint à aucun moment l’ambition, la cohabitation de climats différents qui n’en demeurent pas moins harmonieux entre eux à chaque mesure. C’est ainsi qu’elle a à la perfection créé un univers multiple, varié, très singulier.

Elle est accompagnée pour cette « Suite Andamane » (Attention Fragile & ACEL / L’autre distribution) de la chanteuse Chloé Cailleton (mention spéciale !), de Quentin Ghomari (tp, bugle), Baptiste Herbin (as,fl), Adrien Sanchez (ts), Jean-Charles Richard (bs), Glenn Ferris (tb), Manu Codjia (g), Yoni Zelnik (b) et Donald Kontomanou (dm)

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