Au programme! : duo, trio, quartet et deux big bands

 

Au programme! : duo, trio, quartet et deux big bands 20190802_6ef283-300x300

Stéphane Belmondo & Sylvain Luc : « 2.0″

Ils avaient déjà enregistré ensemble en duo à la toute fin des années quatre-vingt-dix. Vingt-ans plus tard (le titre de 2.0 serait-il ainsi explicité ?) les voici de retour. Il faut dire qu’ils s’entendent à merveille. Et sans doute encore mieux aujourd’hui qu’autrefois.

Ils ont composé, l’un ou l’autre ou tous les deux ensemble, douze des quatorze titres de cet album laissant la portion congrue à Stevie Wonder « Ribbon In The Sky ») et à Philippe Sarde (pour le thème du film de Georges Lautner « Mort d’un pourri » – 1977; avec Alain Delon et Ornella Muti, musique pour laquelle Stéphane Belmondo a repris l’accordéon de son passé !).

« 2.0″ est l’œuvre (naïve / believe), non seulement de deux musiciens qui s’entendent à merveille, mais qui aussi, avec une sérénité constante, une assurance de toutes les mesures, nous donnent à entendre et à partager des couleurs chatoyantes, des rythmes aussi vibrants que discrets, de très belles musiques toujours. Plus qu’avec habileté, avec intelligence et passion, avec le cœur comme avec la raison.

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Agora Quartet : « Secret de Polichinelle »

Afin qu’il n’y ait pas de malentendu, car ce n’est quand même pas un secret, de polichinelle ou non, l’Agora Quartet c’est sous la conduite du guitariste Yannick Robert, la réunion de Sébastien Charlier (harmonica diatonique), Diego Imbert (b) et Franck Agulhon (dm). A cela il faut rajouter la participation sur une plage de Jérôme Peyrelevade (harmonica).

En revanche, si ce n’est pas un secret c’est une injure ou même une insulte ! Que l’on se rassure toutefois, c’est pour rire. Et c’est le capitaine Haddock qui s’en charge alors que le premier thème de ce « Secret de polichinelle » (Alien Beats Records) s’intitule « Mille Sabords ». (En fait, ce n’est sans doute qu’une exclamation, un point ! c’est tout !)

Tous les thèmes sont écrits par les protagonistes et chacun d’entre eux portent des titres qui font rêver (« La reine des pluies », « Une semaine enfin », « A la bougie », « Nocturne Amalfi » en sont quelques exemples). Et c’est ainsi toute la musique d’Agora qui fait songer. Parce qu’elle est translucide, envoûtante, généreuse mais réservée et discrète. Juste, précise, délicate à chaque instant.

Il est plus facile de dévoiler un secret que l’on dit de polichinelle, mais enfin, il faut le dire, ce disque est un si heureux moment de musique qu’il faut le partager. On ne l’aimera que davantage.

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Yes ! Trio : « Groove du jour »

Ici aussi (voir Belmondo-Luc) nous sommes quelques longues années plus tard. Car ces musiciens hors pair se son connus et ont joué ensemble dès les années quatre-vingt dix. Ils ont maintenant une bonne quarantaine et font partie des plus talentueux de leur génération.
Yes!Trio est composé du pianiste Aaron Goldberg, du bassiste Omer Avital et du batteur Ali Jackson et tous trois nous offrent là un grand moment. Fait sans aucun doute d’un remarquable savoir-faire. Mais qui, sans le désir, sans la passion, sans les sentiments, les sensations, la joie de jouer, d’inventer la musique, ne serait pas grand-chose. A côté du bonheur communiqué, offert plutôt à chaque plage. Sauf l’excellent « Dr. Jackle » du bien trop méconnu aujourd’hui Jackie McLean qui fut le sideman de Miles Davis mais surtout un altiste exceptionnel.

Que ces trois musiciens aient des parcours de formation exceptionnels n’ajoute rien à ce que nous leur devons aujourd’hui. Il ne suffit pas d’une technique, il faut en soi une sorte de volonté de chaque seconde pour faire vibrer son instrument en offrant autant de passion que ce trio sait le faire. Si nous ne savons pas nous laisser emporter par ce « Groove du jour » (jazz & people) et, par exemple, par le titre éponyme ou par celui qui suit immédiatement qui s’intitule « Flow » c’est que personne ne peut plus rien pour nous ! Surtout que cet entrain n’a rien de prémédité, de calculé, de « racoleur ». Voici un superbe exemple du jazz dans sa vitalité essentielle.

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Abraham Inc. : « Together We Stand »

Il y a ici une énergie, un enthousiasme, une volonté tout à fait extraordinaires. Et c’est cela qui  emporte. La tension est toujours résolution mais que l’on passe par une porte, par un genre ou un style ou un autre, il n’y a jamais de quoi se lasser. Il y a des musiques qui sont ainsi. Qui privilégient en quelque sorte cette « philosophie musicale ». Même « Lullaby For Charlottesville » qui débute sur quelques mesures  que l’on pourrait dire nostalgiques est ainsi : il faut qu’il y ait, ici, un flux incessant, plus puissant que tout.
C’est la marque, l’identité de ce groupe qui est basé sur le trio du clarinettiste klezmer David Krakauer, du tromboniste funk Fred Wesley et de Socalled (Josh Dolgin) un maître des samples. Avec huit autres instrumentistes – basse, batterie, deux guitares, deux saxophones, une trompette et un autre trombone pour faire un bon compte; sans oublier trois voix pour trois plages de rap !

« Together We Stand » (Label Bleu Amiens / L’Autre distribution) se proclame comme un exemple, celui des cultures, des origines, des religions, des pensées comme des croyances, des couleurs aussi, toutes mélangées, toutes faites pour être ensemble et s’enrichir mutuellement.

Outre que la musique fait preuve d’une force d’entraînement, on se laisse de toute évidence emporter par un tel programme.

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Dal Sasso big band : « The Palmer Suite »

C’est une drôle d’histoire que celle de cet enregistrement. Dont on peut dire, pour la résumer, qu’il s’agit d’une commande d’un grand cru du bordelais – château Palmer – pour célébrer en 2014 son bicentenaire. Chaque thème fait ainsi référence à un épisode plus ou moins heureux (tous ne le sont pas) de la vie du domaine.
Peut-on considérer la musique en fonction de telle inspiration ? Sans doute pas. Le jazz peut-il être descriptif (car c’est bien de cela qu’il s’agit) ? C’est plus que douteux.

Mais ces interrogations ont-elles une véritable importance ? En écoutant le big band du flûtiste Christophe Dal Sasso on peut dire sans grand risque que non. L’orchestre est flamboyant et précis, méticuleux même. Comme les compositions qui sont toutes du leader. Comme chacun des musiciens. (On peut citer parmi tous ceux-ci Julien Alour (tp), Quentin Ghomari (tp), Denis Leloup (tb) Sophie Alour (ts, cl, fl), David El-Malek (ts), Thomas Savy (ts, bcl), Pierre de Bethman (p), Manuel Marchès (b).

Ainsi « The Palmer Suite  » (jazz&people / PIAS) est-elle est un très bel ouvrage. Les couleurs sont souvent chatoyantes, l’ensemble réellement chaleureux comme un bon vin (reprenons le thème, comme métaphore cette fois), et, ni la musique, ni l’orchestre n’auraient à rougir de comparaisons avec d’autres formations parmi les plus prestigieuses.

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Goran Kajfes Subtropic Arkestra : « The Reason Why Vol.3″

J’ai toujours des scrupules et ainsi j’aurais pu « oublier » de parler de cet enregistrement : contrairement aux apparences, peut-être, je n’aime pas tout ce que j’écoute. Et, si je ne peux pas et ne veux encore moins dire que ceci ou cela, ce n’est pas bien (de quel droit ?), peut-être vaut-il mieux se taire. Mais ici, pourquoi ? Non pas que cette musique, que ce disque (Cristal Records) soit sans intérêt. Il ne l’est pas. Et il y a quelques plages, ou quelques propos qui sont très réussis. Mais il arrive que l’on s’ennuie ou bien que l’on trouve que cela on l’a déjà entendu. Il y a parfois longtemps. On se réjouit de belles images, l’instant d’après. Mais cela ne suffit pas. Et puis, le principe de mélanger ceci avec cela ou bien encore avec autre chose n’a-t-il pas ses limites. La référence de l’Arkestra à Sun Ra ne change rien à l’affaire et même pourrait aggraver la chose, le roi soleil n’ayant pas toujours enchanté mes oreilles… chacun à ses faiblesses.



Quatre découvertes

Après la pause estivale en matière de discographie, c’est par quatre découvertes heureuses que nous pouvons reprendre ces chroniques.
Les suivantes s’avèrent, elles aussi, particulièrement passionnantes.
Et, si d’aventure, l’une ou l’autre ne l’était pas, peut-être préfèrerions-nous ne pas la signaler…
N’est-ce pas une heureuse façon d’être optimiste ?

 

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Bloom Dièse 1

 

Voici trois jeunes femmes qui surprennent. Par leur talent. Par leur capacité à inventer des musiques, à créer souvent de nouveaux univers vocaux, accompagnées presque toujours par une seule contrebasse et une seule percussion.

On doit ainsi souligner que si l’introduction de « Dièse 1″ (CQFD / L’Autre distribution) avec « Don’t Cry For Louie » de Vaya con Dios ne nous égare pas, les compositions signées par l’une ou l’autre de ces vocalistes (cinq sur douze titres de l’album) sont particulièrement étonnantes et là réside sans doute leur plus remarquable travail. Mais qu’elles aillent du côté de Sting,, d’Abbey Lincoln, de Vinicius de Moraes ou de quelques autres, elles nous y conduisent chaque fois avec une sorte d’audace et d’inventivité rares.

Mélina Tobiana, Laurence Ilous et Léa Castro font preuve d’une intense imagination qu’elles traduisent, mettent en scène, nous font entendre si l’on veut le dire ainsi, à chaque mesure, à chaque note, sans mesure précisément et nous voici sous le charme d’une musique le plus souvent joyeuse et vibrante. Et l’on n’a pas envie que cela s’arrête.

A cette création viennent apporter plus qu’un support, un véritable équilibre, le contrebassiste Martin Guimbellot et le percussionniste Nils Wekstein. Et, pour ce qui constitue peut-être le point central de cet enregistrement, la pièce la plus remarquable car la plus surprenante, la plus originale, signée de Laurence Ilous, « Shadows And Fogs » il y a aussi Octavio Angarita (violoncelle) et Antoine Delprat (violon). Pour le très beau « Throw It Away » d’Abbey Lincoln il y a les couleurs discrètes du saxophone de Stéphan Moutot. Enfin le piano d’Édouard Monnin rejoint le quintet pour conclure superbement par « Ezuz », une pièce au climat si singulier, signée par Mélina Tobiana.

Il faut écouter Bloom pour s’ouvrir avec une sorte de bonheur serein, simple, mais fait de mille couleurs, à une musique si généreuse.

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Jean-Sébastien Simonoviez et Jakob Dinesen : Spirits Of The Waterfall

 

Jean-Sébastien Simonoviez est aussi habile comme trompettiste  que comme batteur ou comme pianiste. Mais c’est à coup sûr avec son clavier qu’il nous a donné et nous donne encore – cet opus en est bien la preuve – le meilleur de lui-même, toute sa richesse.

Pour ce très beau « Spirits Of The Waterfall » (IMusician / Hâtive) il a rencontré un saxophoniste qui partage, c’est certain, beaucoup de l’esprit qui l’habite, Jakob Dinesen. Ce dernier est sans doute l’un des jazzmen danois les plus réputés aujourd’hui. Il a joué avec Paul Motian, Kurt Rosenwinkel, Ben Street, Eddie Gomez, Steve Swallow et bien d’autres.

Mais ici, tout se passe comme si Simonoviez et lui étaient faits l’un pour l’autre. En tout cas, l’un avec l’autre, l’un et l’autre, et ils nous offrent ainsi une œuvre exceptionnelle. Faite de sérénité, de tranquillité, parfois d’une sorte d’inquiétude que l’on croit cependant apaisée, fluide. Et l’on entend sur ces sept plages qui composent « Spirts Of The Waterfall », toutes sauf une (« Here’s That Rainy Day ») signées par le pianiste ou par le saxophoniste à moins que ce soit par les deux à la fois, une sorte de volonté. Celle, sans doute, de donner la musique, de l’offrir à tout instant, non comme un bien à partager mais comme cela même qui est un cadeau, une « chose » qui n’existe qu’en tant qu’elle est offerte.

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1566471165_615kqwbyrql-300x300 Hugo Lippi

 

Hugo Lippi : « Comfort Zone »

« Comfort Zone » s’ouvre sur un « Manoir de mes rêves », le thème composé par Django Reinhardt, d’une beauté voilée, comme si une sorte de brume envahissait le monde. On pourrait se dire, pour servir la métaphore, que la zone de confort se situe en effet dans un pays calme, sans vent et sans outrages des météores. On pourrait se dire que ce qui se joue n’est rien d’autre qu’une sérénité, qu’une sorte « d’abstraction » du monde, une façon de se tenir en retrait. Mais n’est-ce pas le contraire qui nous est proposé ? Au-delà de cette apparence le confort n’est-ce pas ce qui est inatteignable ? Et le calme, la sérénité, la beauté tranquille ne sont-ce pas là que des illusions ?

« Comfort Zone » (Gaya music productions / L’Autre distribution) est sans cesse empreint de climats souvent différents mais qui ont en commun une clarté, une lumière qui, pour être différentes n’en sont pas moins certaines. La réussite de cette musique, mélange de pièces signées du leader, le magnifique guitariste britannique Hugo Lippi, et de standards (Chick Corea, Billie Holiday ou Eddie Harris, parmi d’autres) provient sans doute aucun de ces mélanges, souvent au bord du déséquilibre, toujours harmonieux cependant. Le confort est toujours un inconfort assurément…

Le concours de Fred Nardin au piano, de Ben Wolfe (b) et de Donald Edwards (dm) – ces deux derniers compagnons de Wynton Marsalis – assurent encore au décidément excellent Hugo Lippi, à défaut d’une « zone de confort » inamovible de nous offrir un jazz éclairé, scintillant et ainsi une nouvelle ouverture musicale sur le monde. Rien en effet de certain dans cela. Sinon le jazz serait-il lui-même ?

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Leïla Olivesi : « Suite Andamane »

 

Leïla Olivesi a déjà fait de longs voyages. Dans la musique (elle a débuté sur scène alors qu’elle n’avait que treize ans), sur les chemins qui vous conduisent de festival en festival, de salle en salle (ce ne sont pas ceux qui vous apprennent le moins), avec des compagnons d’aventure et des compagnes d’expériences. Elle a aussi fait un voyage dans la mer d’Andaman et sans doute dans les quatre îles du même nom. C’est du côté de la Thaïlande et de la Birmanie. L’écrivain Joseph Conrad aurait pu y passer au temps où il n’était encore qu’un marin parcourant l’Extrême-Orient.
Leïla, de ces petites îles comme perdues dans ce qui n’est que la partie indienne de l’Océan de notre planète, a ramené une « Suite Andamane », précisément en quatre mouvements, aux titres merveilleux et songeurs : « Jeu de vagues », « Le chemin du Levant », « Fleur Andamane » et « La course du ciel ».
Mais surtout elle ramené ou plutôt construit, puis réalisé un disque de haute valeur, qui, du début (le célèbre « Satin Doll ») jusqu’à la fin, est en tout point une réussite. Parce que la musique qu’elle a composé est faite de mille attentions, qu’elle ne craint à aucun moment l’ambition, la cohabitation de climats différents qui n’en demeurent pas moins harmonieux entre eux à chaque mesure. C’est ainsi qu’elle a à la perfection créé un univers multiple, varié, très singulier.

Elle est accompagnée pour cette « Suite Andamane » (Attention Fragile & ACEL / L’autre distribution) de la chanteuse Chloé Cailleton (mention spéciale !), de Quentin Ghomari (tp, bugle), Baptiste Herbin (as,fl), Adrien Sanchez (ts), Jean-Charles Richard (bs), Glenn Ferris (tb), Manu Codjia (g), Yoni Zelnik (b) et Donald Kontomanou (dm)

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