Onze découvertes

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Etienne Manchon : « Elastic Borders »

 

Il n’a que vingt-trois ans Etienne Manchon. Mais quelle inventivité ! Quelle énergie ! Quelle imagination. Et combien de beautés ! Diverses mais toutes magnifiques. Voici un disque auquel il était impossible de s’attendre (sauf à connaître déjà Etienne Manchon) et auquel il est impossible de résister.
Etienne Manchon s’intéresse à tout : au jazz comme aux musiques les plus actuelles (devrait-on dire « contemporaines » ?), au rock ou au maloya, cette musique envoûtante de La Réunion (on entendra même ici un kayamb, un instrument de même origine). C’est sans doute pour cela – si l’on peut le dire ainsi ! – qu’il joue aussi parfois de la musique baroque.

Lorsqu’on écoute ici la musique d’Etienne Manchon on est, dès la première mesure, pour ne pas dire dès la première note, emporté par un courant irrésistible. Et, à aucun moment, celui-ci ne vous abandonne. On navigue de paysages en paysages. Plus fantastiques, plus inouïs les uns que les autres.

Toutefois, décrire cette musique serait voué à l’échec. Les références que l’on pourrait faire seraient sans doute trop diverses (au moins en apparence) pour suggérer par des mots quoi que ce soit de juste à propos de la musique. C’est ici que l’on peut, précisément, se rendre compte que l’écriture, surtout si elle se veut « descriptive », si elle prend la musique pour un objet, ne peut nous en rapprocher. Elle risque à l’inverse de ne rien nous en dire. Rien de juste. Il vaut mieux, plus simplement, se réjouir.

Le pianiste Etienne Manchon, originaire de Nancy est aujourd’hui toulousain. Il a composé toutes les pièces de cet album à deux exceptions : « Because » des Beatles et « Windows » de Chick Corea. Il est entouré du contrebassiste Clément Daldosso et du batteur Théo Moutou. Viennent parfois les rejoindre Pierre de Bethmann (Fender Rhodes), Pierre Lapprand (ts) ou encore Ossian Macary (tb).

« Elastic Borders » (Label Troisième Face) est une découverte totale. Comme il est rare d’avoir l’occasion d’en faire.

 

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Shauli Einav : « Animi »

 

C’est toujours un moment de vraie réjouissance lorsqu’on découvre pour la première fois un nouveau saxophoniste qui, sur cet instrument qui est au cœur même du jazz, vous réjouit d’entrée.

Shauli Enav est parti de sa terre d’Israël a passé plusieurs années à New York où il a rencontré les meilleurs musiciens d’Outre-Atlantique. Mais, à trente-six ans, il s’est désormais installé à Paris et c’est tant mieux pour nous. Parce que nous pouvons imaginer que nous aurons l’occasion de l’entendre bientôt un peu partout ici.

Pour une certaine génération – celle qui a vécu l’effervescence du jazz des années soixante et soixante-dix – Shauli Einav est une sorte de miracle. Nous retrouvons en lui des accents qui nous rappellent, non pas les plus grands, les plus célèbres, mais quelques-uns de ceux qui ont fait la diversité de cette musique, qui ont apporté des couleurs singulières et, sans qui, cette période n’aurait pas été aussi riche et fertile de couleurs renouvelées, d’images impossibles, de vitalité partagée. Il y a chez Einav des choses (appelons-les ainsi faute de mieux, car les mots, encore une fois ont une certaine impuissance, une sorte d’incapacité à dire la musique, dès qu’on les prononce – ou qu’on les écrit – on a l’impression qu’ils dissimulent plus qu’ils n’éclairent) il y a donc des choses qui ont cette vertu étonnante d’être des références et, au même moment, de dévoiler des horizons jusqu’ici inconnus.
Il y a chez Shauli Einav des choses magnifiques qui viennent peut-être de Booker Ervin, d’Eric Dolphy, d’Andrew Hill, de Charlie Rouse le saxophoniste de Thelonious Monk, de Bobby Hutcherson. Et qui, cependant sont des mondes à part.

« Animi » (Berthold Records/Distribution Differ-Ant) est une très belle réussite, un enregistrement où l’on a, à chaque moment, l’occasion d’une authentique réjouissance. C’est aussi parce qu’aux côtés de Shauli Einav (ts, ss) se trouvent d’excellents musiciens : Tim Collins (vb), Andy Hunter (tb), Yoni Zelnik (b), Guilhem Flouzat (dm) et Fayçal Salhi (oud).

 

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Art Deco : « A Soul Message »

 

Il est difficile à plus d’un titre de parler de cet enregistrement.

Parce qu’il s’agit d’un hommage à l’un des musiciens que j’aime (je dois l’avouer plus que d’autres), le trompettiste Don Cherry. Aux côtés de John Coltrane, d’Ornette Coleman, de Dewey Redman, de Charlie Haden, de bien d’autres évidemment, il a été l’une des figures du jazz, alors si fertile pendant les années soixante, soixante-dix et au-delà. Ce qu’il y avait de particulier chez Don Cherry (1936-1995) c’est qu’il y avait en lui ce que l’on pourrait appeler « une humanité » exceptionnelle, alliée à une musicalité qui n’appartenait qu’à lui.

Parce qu’il s’agit d’un disque qui est à l’initiative de drôles de lascars que j’ai l’honneur de connaître depuis longtemps et pour lesquels j’ai une profonde amitié. Et envers lesquelles j’ai aussi une grande admiration. Musicale s’entend. Car ce sont tous des musiciens rares, exceptionnels, d’une intelligence remarquable et ce n’est pas parce qu’ils ne font pas partie de ceux que l’on voit ici et là et même un peu partout dans le monde du jazz qu’ils ne sont pas ainsi. A moins que ce soit, précisément, à cause de cela.

Vous ne voulez donc pas que je dise du mal d’eux. Ce sont mes amis. Ils jouent une musique si belle, si envoûtante, avec tant de cœur et de talent que c’est à vous, si vous me lisez, que je vais demander de me dire ce que vous en pensez. Et, gare à vous…

Il n’y a qu’un bémol ! Je me demande où ils étaient lorsque à la fin des années soixante-dix ou au tout début de la décennie suivante (ma mémoire désormais défaille) Don Cherry est venu jouer dans une salle interlope, rue de Verdun, à Montpellier (Je ne vous ai pas encore dit qu’il s’agit de musiciens qui ne sont pas de New York ou de Chicago, mais de Montpellier, plus précisément de la plaine qui entoure le pic Saint-Loup, dans la région que l’on dit aujourd’hui « Occitanie ». C’est pour ça qu’ils jouent parfois de la musique « folk » à la mode « free » et même des sardanes qui, elles, pour n’être pas occitanes, sont catalanes). Nous étions ce soir-là, pas plus de cinq à être heureux. Je ne me souviens pas d’y avoir croisé Michel Marre, ce trompettiste si généreux, qui est l’un des musiciens les plus courageux, déterminés dans sa musique et sans doute dans tout ce qu’il fait que je connaisse. Ni Doudou Gouiran, saxophoniste de son état, à la musique si transparente, si juste, à l’éternel sourire si amical – c’est grâce à lui que tous ceux qui ont réalisé « A Soul Message » ont pu, un jour ou une nuit l’autre, jouer avec Don Cherry. Ni Gérard Pansanel, un superbe guitariste qui a joué mieux que quiconque la musique des Beatles. A sa façon et à celle d’Antonello Sallis. Ni Denis Fournier, batteur hors normes. Le plus mélodieux, le plus « musical », le plus généreux de tous les batteurs. Ni le bassiste Jacques Bernard. Mais là, pardonnez-moi, il y a un doute ! Jacques Bernard, je ne le connais pas. Il ne manquera pas de le souligner et alors… l’honneur peut-être sera sauf. Je n’ai pas que des amis !

Mais tout cela n’est qu’anecdote. Sans grand intérêt il est vrai.

La seule chose qui importe c’est que « A Soul Message » (Vent du Sud/Les Allumés du Jazz) est un bien beau et même bien grand disque. A la hauteur, cela ne fait aucun doute, de celui qu’il entend honorer. A celle bien sûr de la dimension créative, créatrice de ces cinq protagonistes.

 

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Eric Plandé & Bruno Angelini : « Black Moon »

 

Voici un duo. Une authentique œuvre musicale qui n’est possible qu’ainsi. Non seulement avec un saxophoniste (ténor ou soprano) et un piano (ou autres claviers), mais plus encore, avec Éric Plandé et Bruno Angelini. Un duo c’est lorsque les deux musiciens jouent une musique que seuls eux peuvent jouer et surtout inventer.

A ce titre « Black Moon » est exemplaire. (Cristal Records/Believe Digital).

Certes, toutes les compositions sont écrites par le saxophoniste, sauf une qui est co-écrite par les deux protagonistes. Mais cela ne suffit pas tout à fait. Faut-il encore que les musiciens n’écrivent et ne jouent comme personne. Et s’il y a là quelques rares ressemblances (les rencontres entre le même Eric Plandé et Joachim Kühn sans doute), alors et précisément à cause de cela, on sera certain que ce duo est parfaitement singulier.

On est, avec « Black Moon » dans un univers inexploré. Ou mieux dans un univers que l’on pensait déjà connu, plus ou moins « cartographié » pour le dire évidemment de façon métaphorique, mais que l’on découvre à peu près comme si nous ne l’avions jamais rencontré.

Ici est le tour de force de « Black Moon ». Une certaine façon d’aborder le jazz avec la musique contemporaine, celle du XX° siècle tout en y ajoutant des idées de Zappa et surtout en imaginant ses propres voies. En mettant dans tout ça beaucoup de lyrisme, de passion, parfois de fougue. Mais aussi beaucoup de (re)tenue, de douceur même comme dans « Waste Land » par exemple.

Il faut écouter Éric Plandé et Bruno Angelini avec attention, en s’ouvrant à cet univers où ils nous invitent. Il y a beaucoup de richesses à découvrir ainsi.

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Émilie Calmé : « Flûte Poésie »

 

Il faut sans doute bien de la détermination en étant flûtiste pour jouer « Song For Delilah » de Lou Reed ou « Celia » de Bud Powell, ou la plupart des thèmes qu’a choisi Emilie Calmé. Cet instrument n’est d’ailleurs sans doute pas celui qui s’impose de toute évidence dans l’univers du jazz.

Mais le voici ici comme s’il était parfaitement naturel. Il y a toujours une beauté qui advient comme une évidence dans chacune des plages de « Flûte Poésie » (Continuo Jazz/UVM distribution) où l’on rencontre parmi quelques autres Randy Weston, Harold Land ou John Coltrane avec « Naima » qui clôt cet enregistrement.

Emilie Calmé (fl et bansuri), Laurent Maur (harmonica), Alain Jean-Marie (p), Gilles Naturel (b) et Lukmil Perez (dm) ont réussi une fort belle aventure, en dehors de routes davantage pratiquées, qui n’étaient à coup sûr pas sans risques. Mais qu’ils ont tous évités.

Il faut ainsi placer haut ce travail et reconnaître en cette flûtiste une sorte de révélation, au talent rare. Qui nous offre avec intelligence un moment de beauté transparente, scintillante, brillante.

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Thierry Eliez trio : « Improse Extended »

 

Étourdissante est la musique de Thierry Eliez, l’un des pianistes les plus imaginatifs, les plus virtuoses aussi, qu’il soit donné d’entendre. Voici une sorte de chance que nous ne devons pas laisser passer que celle d’entrer dans l’univers de ce trio dont c’est le deuxième enregistrement. Après « Improse » voici « Improse Extended (DoodMusic/L’autre distribution).

Il y a là toute la musique, toute l’imagination non seulement de Thierry Eliez mais peut-être toute l’inventivité qu’un musicien peut détenir dans son cœur, dans son âme, dans ses doigts. Il y a là le grand talent aussi de ses accompagnateurs, Ivan Gélugne (b) et André Ceccarelli (dm).

Toutes les compositions sont signées par Thierry Eliez sauf une « Rêverie » de Claude Debussy. Et puis, il y a une très belle page, presque nostalgique, presque rêveuse aussi, qui porte le titre de « Satie » dont on peut penser qu’elle est « inspirée ».

Voici une « grande » musique qu’il faut accueillir, recueillir aussi, avec toute l’attention qu’elle suscite.

 

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Colin, Cueco, Drappier, Omé : « Quiet Men »

 

Voici une musique étrange; Et donc inattendue. Encore que… Lorsqu’on connaît un peu les parcours de deux des protagonistes, Denis Colin et Pablo Cueco, on est déjà un peu moins étonné. Mais surpris malgré tout. Car ceux-là savent inventer, réinventer, se renouveler et vous bousculer. Juste comme il faut, pour que, si vous êtes un peu perdu, vous soyez très vite « emballés ». Pas n’importe comment mais au contraire à aucun prix. Il n’y a rien à payer, pas d’effort à faire. Il suffit de se laisser emporter.

Le hasard a fait que Denis Colin et Pablo Cueco, dont les chemins s’étaient plus ou moins écartés, se sont retrouvés grâce à la jeune génération représentée par Simon Drappier et Julien Omé. Et si l’on en juge par cet enregistrement, c’est une très heureuse et belle retrouvaille.

Il faut bien sûr aimer les « choses » un peu étranges, rares et mystérieuses, les chuchotements, les sonorités, les atmosphères secrètes, parfois dérangeantes, parfois absolument magiques et envoûtantes. Il faut aimer les clarinettes basse et contralto (Denis Colin) qui ne courent pas plus les rues que l’arpeggione (Simon Drappier) ou le zarb (Pablo Cueco). On est évidemment beaucoup plus familier avec la guitare (Julien Omé).

Avec tout cela cependant on devient très vite en harmonie avec l’ensemble et on savoure avec délices, nouveaux et inconnus jusqu’alors ,la musique de « Quiet Men » (Faubourg du Monde TAC/Socadisc)

 

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Zéphyr Quartet : « Vers le grand large »

 

« Vers le grand large », il faut le dire, est l’œuvre de musiciens peu connus. Sauf l’un d’entre eux, le flûtiste et saxophoniste Bobby Rangell, originaire de Chicago et qui vit en France depuis 1980. Mais le compositeur de neuf des dix plages de cet enregistrement (la dixième étant l’œuvre de son frère Michel), est Jean-Pierre Le Guen, qui est également le guitariste (électrique et classique du groupe), le contrebassiste Olivier Rivaux et le batteur David Pouradier Duteil en sont au moins ensemble à leur coup d’essai.

Certes, sauf erreur, le Zéphyr Quartet avait déjà enregistré un disque mais la composition du groupe, à l’exception de son leader, Jean-Pierre Le Guen n’était pas du tout la même. Sa musique était alors en référence à celle de Ralph Towner. Il s’agit certainement plus de celle de son leader que du groupe tout entier. En tout cas pour « Vers le grand large ». Mais cela importe peu.
Il y a ici une belle cohésion qui repose sans aucun doute sur une cohérence très travaillée, très élaborée. Et les compositions sont belles, très enchanteresses souvent, mises souvent en valeur par le lyrisme de Bobby Rangell.

Le Zéphyr Quartet mérite plus que l’attention, une vraie reconnaissance.

 

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Odil Quintet : « Réson »

 

« Raison » et « Résonner » comme l’écrivait le poète Francis Ponge c’est l’origine de ce quintet qui a ici – pour ce beau titre donc de « Réson (Label QFT) – invité la chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi.
Odil Quintet c’est autour du pianiste et compositeur suisse Camille-Alban Spreng, un autre pianiste Geoffrey Fiorese, Tom Bourgeois et Sam Comerford aux saxophones et Paul Berne à la batterie. Une formation dont la composition est déjà originale. Et qui joue une musique souvent très originale également, parfois tout à fait extraordinaire. Et qui, pourtant, n’échappe pas à quelques phrases qui peuvent sembler avoir été déjà entendues ici ou là. Mais peu importe : il faut ici retenir cette vigueur du geste, rare, précieuse, attentive à elle-même, attentionnée, certainement, à ses auditeurs. Et puis, les deux invités, chacune et chacun à sa place sont vraiment les bienvenus. Leïla Martial y est magnifique.

Elle inaugurera sans doute notre prochain bavardage avec son nouveau disque « Warm Canto » sur le label Laborie.

 

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Coda : Nicolas Folmer et Steeve Laffont

 

Pour terminer celui-ci (bavardage, s’entend) il faut citer deux très beaux enregistrements dont on comprendra qu’ils sont d’inspirations bien différentes. Mais c’est la richesse du jazz : lorsque vous aimez cette musique, par quelque bout que vous l’abordiez un jour, vous aimerez tous les jazz dès le lendemain. Et sans doute toutes les musiques. Pour peu qu’elles aient quelque chose de ce que l’on pourrait dire « la vérité ». Qui n’est rien d’autre que la beauté.

 

Le trompettiste Nicolas Folmer vient de publier un très beau « So Miles » (Cristal Records). Évidemment en hommage à Miles Davis qui ne cesse de hanter sans doute ses jours et ses nuits, lui qui est trompettiste et compositeur. Il est accompagné de Laurent Coulondre (claviers), Olivier Louvel (g), Julien Hermé (b) et Yoann Serra (dm, perc). Il a invité outre Rick Margitza (ts) qui, lui a joué avec Miles, Antoine Favennec (ss), Félix Roth (cor) et Michel Casabianca (perc).

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Le guitariste manouche de Perpignan Steeve Laffont a publié un vraiment très bel album sous le titre de « Night In Corsica » (Cristal Records). Il y rencontre le violoniste Costel Nitescu et il est accompagné de Rudy Rabuffetti (g) et Guillaume Bouthié (b). Steeve Laffont donne à cette musique une vie nouvelle. Par sa virtuosité, son énergie, sans doute mais plus encore parce qu’il invente des couleurs, des images, des paysages d’une rare subtilité. Parce qu’il est capable, avec beaucoup de nuances, de procurer de si intenses émotions.



1 commentaire

  1. Hasse Poulsen 22 avril

    Bonjour,

    j’aimerais vous envoyer un nouvaeu Cd,

    pourriez-vous me donner votre adresse, svp?

    merci

    Hasse

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