Huit fêtes de l’hiver

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Christian Escoudé : Django inédit !

 

Qu’il y eut quelque part, dans une malle ou un vieux tiroir des partitions inédites jusqu’alors, secrètes même, signées de Django (il écrivait sa musique Django ? masi sans doute s’agit-il de transcriptions) on pouvait en rêver.
Christian Escoudé nous l’offre aujourd’hui. Et, avec son talent, son imagination personnelle, sa capacité à lui d’invention, c’est un bonheur, un grand bonheur. Auquel il a ajouté quelques compositions bien à lui sur lesquelles il a posé des paroles et invité une chanteuse franco-américaine du nom de Stephy Haik. Avec Christian il y a aussi un autre guitariste, Jean-Baptiste Layla, Antoine Hervier (orgue Hammond B3 et piano), et Guillaume Souriau (contrebasse).
Tout cela est magnifique, enthousiasmant même. A ceci près que l’orgue Hammond apporte dans certaines pièces, non seulement des sonorités mais presque parfois toute une orchestration, une « mise en scène musicale » en quelque sorte, qui gâche parfois un peu le plaisir. (Cristal Records/Sony Music Entertainement)

 

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Groundation : Reggae & Jazz associés

 

Harrison Stafford, chanteur et guitariste a fondé le groupe Groundation en 1998. En voici la nouvelle génération sous, précisément, le titre de « Next Generation » (Baco Records). On n’ira pas chercher ici le jazz le plus intense, mais celui qui influe ou peut-être aussi parfois celui qui se laisse influencer. Et cela est bien que le reggae et le jazz puissent s’associer. Cela nous donne de belles joies. Que certains grincheux diront peut-être simplistes, bâtardes, futiles. Mais un heureux moment, joyeux, gai, musicalement parlant si l’on peut dire, pourquoi faudrait-il l’éviter. Il faut s’en réjouir. Comme cette musique qui nous réjouit.

 

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La « Traversée » de Chrystelle Alour

 

Ici donc, puisque nous étions déjà avec Groundation comme aux limites, allons même un peu plus loin. Les limites n’en n’ont pas lorsqu’il s’agit du jazz, peut-être même de la musique tout entière.Parce que seule importe la beauté, inattendue, inespérée même peut-être, lorsqu’il y a des rêves qui prennent corps par la grâce de la musique, de l’intelligence et qu’il y a alors des éclairs.
Chrystelle Alour, pianiste et chanteuse, les amateurs de jazz comprennent par son seul patronyme qu’elle est la sœur de Sophie et de Julien. Et en effet, elle est l’aînée, mais la dernière dans l’ordre du temps, à paraître sous les projecteurs de la scène musicale.
Et elle n’a pas, à proprement parler embrassé, l’une ou l’autre des voies du jazz… d’où la remarque ici initiale. Elle a choisi un détour que peu de sa génération empruntent et qui, pourtant, est l’un des plus beaux qui soient.
Ainsi Chrystelle Alour nous étonne et nous emporte avec ses chansons qui voyagent entre le Brésil et la France et qui ont des airs de « Saravah » et des climats qui évoquent souvent ceux que le regretté Pierre Barouh avait inventé avec tant de passion et de bonheur. Ce sont un peu les échos incessants de cette musique et aussi de ces paroles qui résonnent dans cette « Traversée ». Qui, avec douceur, avec mélancolie, avec au même moment beaucoup de vitalité, de clins d’œil, de joie, tout cela mêlé, nous enchante totalement.
Chrystelle Alour s’est entourée de sa sœur Sophie (flûte traversière) et de son trompettiste de frère Julien et son orchestre a vraiment quelque chose qui vient du jazz : Sandro Zerafa (g), David Prez (ts), Manu Franchi (dm) et Simon Tailleu (b) le composent et apportent leur diversité et sans doute leur enthousiasme à ce long et beau voyage musical.

« Traversée » est, tout entière, une première œuvre qui résonne avec un grand bonheur.

Avec une si belle clarté. (Jazz Family/Socadisc)

 

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Françoise Toullec, « Le hibou sur la corde »

 

Pendant que nous nous égarons sur des chemins qui ne sont plus guère balisés, ou l’on pourrait discuter comme on le faisait à propos du jazz si absurdement, si radicalement, si méchamment autrefois du côté de Montauban ou d’ailleurs, nous pouvons dire tout le bien que nous savourons aussi grâce à l’enregistrement de la pianiste François Toullec intitulé « Un hibou sur la corde ». (Gazul Records/Muséa)
Si le jazz c’est sortir de la ligne droite, c’est inventer sans restriction, alors c’est du jazz. Mais il y a peut-être des limites à une définition sans fin extensive du terme. Peu importe.
Françoise Toullec a composé et interprété cette musique pour, à sa façon, explorer un instrument dont le nom est « Opus 102″. Il s’agit là d’un ouvrage de Stephen Paulello qui est un piano de 102 touches parallèles (augmentant ainsi à la fois, les basses et les aigus des 88 touches habituelles). Et ce piano « augmenté » a également été pourvu ici et là d’accessoires comme un e-bow », archet électronique, qui a donné son nom par homophonie au titre de cette musique, elle-même composée de dix-huit plages.

Les paysages incroyables, inimaginables d’une certaine façon, là-même où les quatorze sons des quatorze touches supplémentaires de l’Opus 102 ne sont pas dans nos mémoires, ces paysages sont parmi les plus beaux.

Parce qu’ils parlent tous, nous disent des choses qui sont en nous, ou qui, en tout cas, soudain, y apparaissent et nous rendent nous-mêmes plus amples, plus souples, plus clairs et plus mystérieux à la fois. On pourrait dire enfin que cette musique nous déploie nous fait plus grands. Elle nous étonne. Simplement.

 

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Naïssam Jalal : chercher l’invisible

 

La musique de la flûtiste Naïssam Jalal n’est pas non plus, à parler précisément, du jazz. Mais quelle musique !

« Quest Of The Invisble » (Les Couleurs du Son/L’autre distribution) est un double album d’une densité extrême, comme une vie qui apparaît, qui naît, qui s’écoule, vibrante, battante. A chaque instant.

Naïssam Jalal joue donc de la flûte mais elle chante aussi et elle est la compositrice de l’ensemble de cette œuvre qui réunit Leonardo Montana (p), Claude Tchamitchian (b) (dont il faut rappeler l’excellence de son dernier opus en solo à propos duquel on peut lire quelques lignes dans la livraison antérieure des « notes de jazz ») et Hamid Drake (daf – percussion d’origine iranienne).

Il y a bien sûr une influence orientale dans cette musique.

Mais c’est surtout une musique qui vient du mystère et qui, comme son titre le dit à sa manière, le fait apparaître. Si la musique est invisible, si elle échappe à la constance, au temps qui s’écoule, si elle glisse en quelque sorte entre les doigts, si elle nous échappe, si la musique est elle-même une sorte d’énigme essentielle que la science musicale n’épuise pas et que, peut-être, à l’inverse elle peut masquer, nous savons bien pourtant que, lorsque nous l’écoutons, lorsque nous la jouons, lorsque parfois elle danse dans nos têtes, avant que ce ne soit sous nos yeux ou dans nos corps, elle provient d’un lieu qui n’est rien d’autre que nous.

La musique est comme ce qui nous fonde : le commencement ne serait-il alors qu’une sorte de fulgurance musicale, un son qui continue de se déployer sans cesse ? Ce qui est certain c’est que nous faisons, de la musique l’épreuve, comme nous sommes nous aussi l’épreuve de nous-mêmes.

« Quest Of  The Invisible » nous dit cela à chaque instant.

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Free Human Zoo : « No Wind Tonight

 https://youtu.be/jPMIdY2WmLI

Qui pourrait croire qu’il s’agit ici davantage de « jazz » que dans les « notes » qui précèdent? Celui-ci se tromperait assurément. A moins, à moins que l’on sache ce qu’il y a de « dérangé » dans le jazz depuis l’origine, même si beaucoup se sont bouché les oreilles et que d’autres ne les ont pas davantage entendues ces inventions tordues des cortèges funèbres de la Nouvelle-Orléans ou du vieux Louis. Et, si l’on parle d’un drôle d’oiseau, d’Albert, d’Ornette, de Sun, de Trane mais aussi d’autres, beaucoup d’autres, dont les inventions et l’audace ne s’entendent pas de la même manière, osera-t-on ériger des barrières, poser des définitions, défendre les chapelles ainsi érigées? Et continuer à « aimer le jazz »?
Avec Free Human Zoo dont les « notes – pourtant – de jazz » avaient déjà loué « Freedom, Now! » il y a deux ou trois ans on n’est jamais sûr de rien. Et ici pas davantage avec ce double album « No Wind Tonight » (Odusseia production/Extension-Seventh Records). C’est cela qui nous emballe : on s’attend plus ou moins à quelque chose et ce n’est pas du tout ça. Alors abandonnons : l’indescriptible est ainsi et doit le demeurer.
Mais enfin, pour en dire quand même un peu plus, on à affaire à une formation exceptionnelle. Parce qu’elle a quelque chose (si on peut oser une comparaison, en tout cas non pas une source d’inspiration sans doute, mais peut-être une analogie ou un parallèle) d’un groupe de Charles Mingus. En ceci que les formations du contrebassiste faite de quatre, cinq ou six musiciens sonnaient souvent comme des big bands en furie.

Samy Thiébault (ts), Max Guerrero (p, claviers), Matthieu Rosso (g), Nicola Feuger (b), Laurent Skoczeck (tb, arrangements, écriture), Gilles Le Rest (dm, perc, compositions) et leurs invités : Camille Fritsch (voc), Jocelyn Mienniel (fl traversière), Bruno Ortega (fl à bec basse) et Jonathan edo (perc) sonnent en effet comme un big band.

Et c’est ainsi qu’ils nous offrent des couleurs inimaginables sans eux, des rythmes entreprenants auxquels on ne peut échapper.

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Dreisam, l’équilibre incessant : « Upstream »

 https://youtu.be/sVvBrRb5iMc

Dreisam est un trio, lyonnais d’adoption, mais bien plutôt la réunion de deux musiciens et d’une musicienne, chacun venu d’horizons différents. La saxophoniste Nora Kamm est allemande, le pianiste Camille Thouvenot est français, et le batteur Zaza Desiderio est brésilien. Cela fait de beaux mélanges certes, mais surtout chacun est un extraordinaire inventeur.

Nora Kamm est sans doute l’une des plus passionnantes révélations du monde européen du saxophone de ces dernières années. Elle apporte à ce trio une multitude de couleurs, un lyrisme de chaque instant avec une sorte de présence assurée, de haute détermination, d’équilibre constant.

Mais il faut dire que chacun ici a une place égale (au point que les trois comparses ont signé chacun quatre des douze plages de l’album) car c’est sans doute cela le « secret » de Dreisam : une sorte d’équilibre assuré, peut-être fragile comme tout équilibre mais si maîtrisé qu’il apporte à l’auditeur une sorte de clarté sonore et visuelle aussi, qui fait de « Upstream » une sorte de « suite » précieuse, intense, riche d’émotions et d’horizons multiples. (Jinrikisha Production/Inouïe Distribution)

 

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Das Rainer Trio

 

Voici une autre musique ô combien réjouissante.

Réjouissante parce qu’elle résonne en vous, au plus profond, au plus intime. Réjouissante parce qu’elle est le fruit d’une maîtrise de la composition et des instruments qui est extrême. En d’autres termes, plus triviaux, mais qu’il faut parfois exprimer, tout simplement, tout cela ressort aussi d’une technique impeccable. Impeccable mais libre, toujours libre.
Voici donc un enregistrement exemplaire que celui du Das Rainer Trio de Rémi Dumoulin (ts, ss), Bruno Ruder (Fender Rhodes et « effects ») et Aranud Biscay (dm) (NeuKlang).

On trouvera ici (le titre de l’album est tout simplement celui du « Das Rainer Trio ») des sortes d’hommages à des musiciens, que ce soit avec l’admirable « A Single Melody From The 6th Symphony » de Prokovief, ou « Jack » (Jack DeJohnette) ou « Chelsea Bridge » de Billy Strayhorn. Toutes les autres compostions, dont certaines inspirées par le cinéma (comme »Rainer Werner Fassbinder » ou « Filature »), sont signées par Rémi Dumoulin. Exceptée toutefois « Will Someone Ever Look At Me That Way » de Michel Legrand (pour le film « Yentl » et l’actrice chanteuse Barbra Streisand.
Das Rainer Trio nous offre ainsi une musique d’une grande pureté et d’une grande intensité.

 

 



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