D’une année l’autre, quatorze découvertes

 

 

D’une année l’autre voici de belles musiques, de beaux moments à partager et même, peut-on, dire quelques beautés comme il ne s’en découvre pas tous les jours. L’invention du jazz, de la musique ouvre des jours heureux. Cela peut nous consoler, sans doute, de bien des choses. C’est ainsi qu’il faut se réjouir !

 

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« La belle vie » par Bex, Catherine et Romano…

 

Ces trois là s’entendent à merveille et font des merveilles, en effet. Comment imaginer plus d’élégance, de délicatesse, d’inventions et, finalement sans doute de bonheur, pour eux comme pour nous. La vie du jazz, celle de la musique est toute là. Et si le tempo du thème fameux d’Aldo Romano « Il piacere » est lent, lent, ce n’est pas que cette vie s’amenuiserait. C’est qu’elle est, au contraire, plus présente que jamais.  Sortie « dans les bacs le 1° février  2019 (Avec Emmanuel Bex, orgue Hammond, Philip Catherine, g, Aldo Romano, dm ; Sunset Records/L’autre distribution)

 

Das Kapital : l’audace et « Vive la France »

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Les lascars de Das Kapital sont sans aucun doute parmi les plus audacieux de leur époque. Non pas qu’ils fassent une nouvelle révolution mais parce que tout chez eux trouve un sens fondamental, authentique. Douze musiques empruntées à Ravel, à Lully , à Bizet ou à Satie, à Claude François, Brel ou Trenet, toutes « françaises ». Comme si Das Kapital avait reconnu dans la France le pays de la liberté et donc de la création. Et comme si les trois camarades s’étaient dit qu’il était peut-être temps de s’en souvenir, de le rappeler. Sortie le 25 janvier 2019 (Avec Daniel Erdmann s, Hasse Poulsen g, Edward Perraud dm; Label Bleu/L’autre distribution)

 

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La musique essentielle de Claude Tchamitchian

 

Cela commence par « presque rien », par le silence, par la présence cependant. C’est ainsi que nous sommes comme comblés. Claude Tchamitchian est seul, seul avec sa contrebasse. Mais ils ne sont pas deux, c’est évident. Voici, en hommage à un autre immense contrebassiste, Jean-François Jenny-Clarke, « In Spirit » et c’est un enregistrement qui ne défaille jamais, où il ne manque rien, admirable d’invention, où la parole est discrète mais toujours essentielle. Et lorsque cette musique danse – car elle danse aussi – elle nous envahit. Ici réside une beauté, la beauté.

Il faut signaler la qualité du « packaging » de cet enregistrement : admirables photographies, textes passionnants dont une interview par Anne Montaron, design  superbe. Sortie le 25 janvier 2019. (émouvance/Absilone)

 

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3Elements et le goût du risque

 

C’est peut-être au goût du risque que la musique de 3Elements du guitariste italo-américain Michael Felberbaum s’est construite. Un trio guitare, saxophone (ténor et soprano) – Frédéric Borey – et un piano ou un Fender Rhodes – Leonardo Montana – cela ne court pas les rues. Le risque sans doute, mais alors comme origine du monde, de celui de la musique, de celui qui nous entoure, et plus avant de celui qui est en chacun de nous. Ici tout art du trio est à son acmé : l’écoute qui est la nôtre est la même que celle des musiciens entre eux. Michael Felberbaum doit avoir comme principe de vie l’entente, souvent discrète, inventive (passant d’un climat à un autre, n’hésitant pas à puiser chez Janis Joplin quand il le faut, dans un genre ou un autre, plusieurs à la fois si nécessaire) et si cela lui réussit cela rend l’auditeur plus attentif. Plus attentionné aussi. (Fresh Sound New Talent)

 

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Les surprises de Laurent Dehors

 

Cela s’appelle « Moutons » mais cela n’a rien d’un troupeau qui, même réduit, à trois personnages, trois musiciens en l’occurrence, suivrait une voie tracée d’avance. Bien au contraire ! Laurent Dehors (ici avec toutes les clarinettes possibles, deux saxophones et une guimbarde) ne nous a certes pas habitué aux routes rectilignes et celles du trio qu’il forme avec le guitariste Gabriel Gosse qui joue sur sept cordes et du batteur Franck Vaillant aussi précis et juste qu’il éclaire cette musique de façon admirable, mais cette fois il ouvre encore de nouveaux horizons. Chaque fois – et là est l’extraordinaire de son talent – qu’il aborde un nouveau thème. Si l’on aime les surprises alors on se réjouira sans toutefois qu’il y ait ici ou là le moindre excès. Et au contraire une maîtrise constante, une retenue qui n’est qu’un semblant, celui de la tenue qui soutient chaque note. Sortie le 1° février 2019 (Tous Dehors/L’autre distribution)

 

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Philippe Soirat, une mise en lumière

 

Voici un excellent batteur qui revient sur le devant de la scène pour la deuxième fois, lui qui fut longtemps sideman. On savait donc déjà que Soirat pouvait créer son monde à lui, on sait désormais que celui-ci est parfaitement fait pour nous : parce qu’il est ouvert, qu’il est sans cesse une sorte de mise en lumière de nouvelles possibilités. Il faut dire que les musiciens qui l’entourent, le saxophoniste David Prez, le pianiste Vincent Bourgeyx et le contrebassiste Yoni Zelnik apportent tous une part que l’on pourrait dire essentielle à ce beau « Lines And Spaces » car chaque plage (venue de John Coltrane, Wayne Shorter, Joe Lovano, du trop méconnu Jeremy Pelt ou de David Prez) vaut toute notre attention. Sortie le 25 janvier 2019 (Paris Jazz Underground/Absilone/Socadisc)

 

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Créole Big Band, la musique des tropiques

 

Une petite diversion dans la longue liste de ces parutions du tournant de l’année nous la faisons avec le Créole Big Band du Martiniquais Tony Chassseur (également chanteur). On trouve ici beaucoup de musiciens venus des tropiques (surtout de celui du Cancer plutôt que du Capricorne – mais on notera la reprise de « Di Amwin » du Réunionnais Meddy Gerville). Il y a donc, parmi les plus connus, Jean-Philippe Fanfant (dm),, Alain Jean-Maire, Faby Médina, Jacques Schwarz-Bart, Franck Nicolas… Tout cela sonne bien. Beaucoup plus « jazz » que créole… surtout si l’on entend ce « MizikOpéyi » depuis l’Océan Indien et le maloya. Mais voici un air chaud et envoûtant qui dans les frimas de l’hiver fait vraiment du bien. Sortie le 25 janvier 2019 (AztecMusique/3M-Mizik Moun Matinik/Pias)

 

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Daniel Goyone, la musique irrésistible

 

« French Keys » le pianiste Daniel Goyone fait une entrée endiablée avec  une « Baba Rumba » irrésistible ». Mais il ne faut pas se laisser emporter par ce rythme…ou plutôt si, on le peu bien sûr, mais il ne faut pas pour autant oublier combien tous les titres que nous offre le pianiste, associé à Thierry Bonneaux, vibraphoniste et percussionniste exemplaire, sont de petits chefs d’œuvre, petits par la durée, pas par la beauté, scintillante, délicate. Que l’on ressent comme venue d’une profonde humanité. Sortie le 23 novembre 2018 (Music Box Publishing/InOuie distribution)

 

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Nefertiti Quartet, le jazz au présent

 

Cet enregistrement qui porte le titre un peu mystérieux de « Morse Code »vient ici un peu tard puisqu’il est paru en octobre dernier. Mais ne perdons pour attendre encore de l’écouter : il y a là de fort belles inventions, un jazz qui se réfère volontiers à celui de Wayne Shorter mais qui a, sans conteste, sa propre liberté. Et, ici ses propres courages aventureux. Qu’il n’est guère difficile d’apprécier hautement si l’on aime la musique, le jazz des années passées peut-être (lorsque l’on cherche des références) mais plus encore que celui de demain (ce qui n’a peut-être grand sens) celui du présent. La pianiste Delphine Deau qui signe toutes les compositions est une vraie personnalité. Aux audaces maîtrisées. Et ses compagnons, Camille Maussion (saxophones), Pedro Ivo Ferreira (b) et Pierre Demange (dm) constituent un beau quartet, fort homogène, aux couleurs souvent passionnantes. Sortie octobre 2018 (Chapeau l’artiste & Nefertiti/Absilone)

 

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Reggie Washington, hors du temps

 

Reggie Washington sait tout faire ! On le connaît comme l’un des sidemen les plus audacieux qui soit. Auprès de Steve Coleman, Brandford Marsalis, Roy Hargrove ou Cassandra Wilson pour ne citer que ceux-ci. Depuis une petite quinzaine d’années il est aussi leader de formations au « personnel » variable. Il vient de publier (lui aussi à la fin de l’année dernière) un très passionnant « Vintage New Acoustic ». Autour du contrebassiste on trouve les claviers de Bobby Sparks, le saxophone du belge Fabrice Alleman et le batteur E. J. Strickland. Il y a dans cet enregistrement tout ce que l’on peut entendre de meilleur d’une musique libre, libre de son passé, de son présent. Peut-être déjà hors du temps, le défiant, le dépassant. Sortie le 7 novembre 2018 (Jammin’scolorS)

 

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Le savoir-faire d’E.J. Strickland

 

Quel savoir-faire que celui du batteur E.J. Strickland, l’accompagnateur de Reggie Washington dans l’enregistrement dont il est question ci-dessus ! Quel savoir-faire de la part de tous ceux qui l’entourent, ici dans « Warriors For Peace » ! Et, si parfois, les sonorités peuvent sembler « entendues », il n’en reste pas moins que ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance de se laisser emporter par des musiques si diverses et pourtant si cohérentes. Sortie le 20 novembre 2018 (Avec Godwin Louis, as, Jure Pukl, ts, ss, Taber Gable, p, Johsh Ginsburg, b, Ulrich Edorh, voc plage 11; Jammin’colorS)

 

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Bob James, la justesse des choses

 

S’il va sur ses quatre-vingt ans le pianiste Bob James nous a proposé il y a déjà quelques mois un très bel enregistrement en trio. Lui qui a touché à toutes les musiques, ce qui a largement contribué à sa renommée en particulier outre-Atlantique, offre ici, avec « Espresso », accompagné par le jeune contrebassiste Michael Palazzolo et le batteur Billy Kilson, une œuvre d’une magnifique facture, toujours éclairante, ne disant à chaque instant que la justesse des choses et souvent la clarté du  monde. Sortie le 31 août 2018 (Evosound/Baco)

 

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Alexis Avakian : toutes les libertés

 

Il y a ici, non pas la volonté délibérée, fabriquée, mais sans doute comme le besoin, la nécessité primordiale d’une musique provenant de la culture, l’histoire de son créateur, mais vivant autant ses racines arméniennes que celles du jazz, de la liberté dans tous les cas. C’est ainsi que le saxophoniste Alexis Avakian réussit dans « Miasin » ce que l’on pourrait appeler une sorte de synthèse mais ce qui ne dirait rien de très juste d’autant plus que c’est souvent par la proximité et non par la fusion, que l’unité aboutit et advient. Et, en effet, c’est ici que repose la réussite d’Avakian, outre qu’il est un remarquable instrumentiste, dans une sorte de construction singulière, rare en tout état de cause, qui donne à cet enregistrement plusieurs couleurs qui, pourtant, n’en sont qu’une. Sortie le 25 janvier 2019 (Avec Ludovic Allainmat, p, Mauro Gargano, b, Fabrice Moreau, dm, Artyom Minasian, doudouk, Miqayel Voqkanyan, voc ; Diggin Music Prod/Absilone/Socadisc)

 

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Ligne Sud Trio, les musiques du cinéma

 

Pour conclure ce début d’année il faut se réjouir une nouvelle fois. Et maintenant avec le disque du pianiste Christian Gaubert avec Diego Imbert (b) et André Ceccarelli (dm). Mais aussi avec Julien Gaubert (g), Thomas Savy (bcl, sax), Christophe Leloil (tp, bugle) et la chanteuse Karine Michel. Le titre dit presque tout ce petit moment de bonheur : « Musiques de film et jazz ». De « L’affaire Thomas Crown » (Michel Legrand) à « E.T. » (John Williams) on passe par Vladimir Cosma (« Un éléphant ça trompe énormément »), Francis Lai (« Vivre pour vivre »), ou « Le passager de la pluie » (Sébastien Japrisot/Francis Lai encore), « La chanson d’Hélène » (Jean-Loup Dabadie/Philippe Sarde). En tout douze thèmes revisités avec intelligence et bonheur. Et souvent comme on ne s’y attend pas. Ce qui est encore mieux. Sortie le 18 janvier 2019 (Cristal Records/Sony Music)

 

 



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