Les sacres du printemps

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Thomas Julienne et le secret de la mise en scène

 

C’est à se demander ce qui donne l’impression d’une telle précision, d’une telle méticulosité. En même temps que d’une si grande, d’uns si intense liberté !

Faut-il alors essayer de débusquer d’où provient ce mystère et de le dévoiler ainsi ?

Il faudrait s’assurer en premier lieu que cela serait en notre pouvoir.

Il vaut sans doute mieux se laisser emporter.
C’est sans doute là – faut-il le souligner ? – que se situe toute musique dont l’esprit est celui du jazz, où s’il ne fait que s’insinuer mais où il ne manque jamais de jouer son rôle, celui d’éclaircir le chemin de chaque thème, ou bien, s’il le faut, à l’inverse de dissimuler ce qui doit le demeurer encore.

Cela ne définit sans doute pas la musique signée par le contrebassiste Thomas Julienne sous le titre de « Theorem Of Joy » (Inouïe distribution) mais cela peut, peut-être donner envie de la découvrir. On pénétrera alors dans un monde clair et obscur, dans une sorte de forêt primaire d’une grande beauté. On percevra cependant, aussitôt, l’extrême travail qui a certainement saisi tous les musiciens qui participent à ce projet. La « sophistication » s’alliant ainsi à « l’originalité » de cette musique fascinante à chaque instant.

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Si Thomas Julienne s’avère ainsi pour son premier enregistrement un compositeur et un « metteur en scène » de premier plan, il faut aussi dire combien tous ceux qui, faisant bien plus que l’accompagner, participent pleinement de ce « Theorem Of Joy », apportant tous des couleurs, des paysages sidérants. Il serait vain et dénué de tout sens de dire que l’un ou l’autre aurait ici un rôle plus important que l’autre. Ellinoa (dont le récent « Wanderlust » a été loué ici même) a écrit tous les textes et elle les interprète avec un engagement, une sorte de don de soi qui fait tout son talent. Boris Lamerland (violon, alto) est  une magnifique découverte. Sa place est elle aussi capitale. Mais celle du guitariste Thomas Saint Laurent et du percussionniste Tom Peyron tout autant. C’est ainsi que naissent les plus grandes aventures musicales.

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On doit signaler aussi la présence de quelques invités: le quatuor à cordes qui porte le très beau nom « Les enfants d’Icare », Emilie Calmé (flûte, bansuri), Mohammed najem (clarinette) et Maxime Berton (sax soprano).

 

 

Fred Pasqua de Ravel à Coltrane

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Cela commence par un « Soupir »… signé Maurice Ravel, un soupir d’une minute et quarante-cinq secondes. Puis par « The Peacocks », le thème de Jimmy Rowles. Pour finir par « Louisiana Fairy Tale » en passant par des musiques de Miles Davis, d’Herbie Hancock, John Abercrombie, Joe Henderson, Milton Nascimiento, John Coltrane et d’autres tout aussi célèbres.
Mais rien n’est pareil. Tout, au contraire, est autrement. Non par trahison mais par respect. Non pas parce qu’on n’aurait pas le droit de s’approprier une œuvre telle qu’elle est mais parce que, à l’inverse, se l’approprier, chaque fois qu’elle devient vôtre, que vous l’ayez voulu, ou plus souvent parce que c’est elle qui s’est imposée à vous, quelque chose de nouveau, de neuf et pourtant il est vrai d’identique, s’est inventé. C’est ainsi que ceux qui écrivent les livres sont, pour peu qu’ils s’y donnent et s’y adonnent, les lecteurs davantage que les écrivains.

Fred Pasqua, un batteur d’une délicatesse, d’une musicalité comme on n’en fait peut-être trop peu, un musicien rare donc (mais que l’on entend de plus en plus souvent: cela va de paire et non l’inverse) a choisi quelques « pièces » qui l’ont enchanté pour en faire une œuvre (des œuvres) différentes réunies sous le titre de « Moon River » (il s’agit du thème de Mercer et Mancini qui fait partie de cette « sélection ») (Bruit Chic/L’Autre Distribution).

« Moon River » est ainsi une sorte de réinvention de musiques que beaucoup connaissent et dont nombreuses sont celles qui nous sont familières. Si cela peut sembler constituer un projet limité, ou trop ambitieux tout autant, eh bien, c’est sans doute alors que l’on ne s’est pas laissé emporter par Fred Pasqua et ceux qui l’entourent. Parce que ce « Moon River » est souvent étrange, presque toujours très surprenant, voire déroutant. Toujours envoûtant.

Ses trois principaux compagnons n’y sont pas pour rien. Yoann Loustalot, impeccable au bugle, avec des sonorités souvent « wheeleriennes », Nelson Veras le guitariste le plus imaginatif qui soit et la contrebasse d’une présence mesurée, donnant précisément la mesure (pas seulement celle du temps mais aussi celle de l’air de ce temps, du climat et du monde tout entier), celle de Yoni Zelnik.
Les invités du moment sont dans cette belle aventure, le pianiste Laurent Coq, Jean-Luc Di Fraya (chant), Adrien Sanchez (sax sur trois plages) et Robin Nicaise (sax sur deux plages).

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Yannick Robert, l’espace et le temps

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Brassens et Elvis convoqués il fallait oser. Le guitariste Yannick Robert l’a fait. Il l’a excellemment réussi.

Mais là sans doute n’est pas l’essentiel de son deuxième enregistrement avec son « Millenium Trio » (Alien Beats records/Inouïe distribution).

Ce qui fait vibrer c’est assurément le son de la guitare alliée à l’intelligence mélodique, aux grands espaces que Yannick Robert construit avec bonheur. Sans saturer ce que l’on pourrait appeler aussi bien « l’espace » que le « temps » comme le font trop souvent les guitaristes. En laissant souvent la place non seulement à ses deux partenaires Benoît Vanderstraten (b) et Franck Agulhon (dm), mais surtout en sachant à chaque instant que la multiplicité des sons et des notes n’apporte rien de plus (de plus que quoi ? faudrait-il dire) et qu’à l’inverse c’est ce qui semble être le peu qui est, non pas le « bon équilibre » mais plus encore la justesse même de la musique.

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Sur ce territoire Yannick Robert excelle. Le Millenium trio aussi. Ce qui fait de cette musique une éclaircie apaisante.

 

 

David Sevestre: l’ardeur du free jazz

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Cela commence par vingt-six secondes qui ressemblent à Ornette Coleman dans ses plus beaux jours. Et c’est, avec David Sevestre, tout le free jazz qui renaît dans toute son effervescence.

Ce jeune saxophoniste orléanais est un habile compositeur ce qui est, dans cet exercice, bien plus important que l’on pourrait l’imaginer en attribuant à l’improvisation toute la place (quand ce n’est pas pour certains auditeurs à l’approximation). Et, comme il est remarquablement entouré par ses amis Jérôme Damien (p), Nicolas Le Moullec (b) et Adrien Chennebault (dm) on assiste avec le bien nommé « Séisme » (c’est le nom du groupe) à un « Jishin » (c’est le titre de l’enregistrement) (Musique et équilibre/L’Autre distribution) assez enthousiasmant.

 

Il ne s’agit pas seulement ici d’une sorte « d’à la manière de » à propos d’une musique qui naquit il y a plus demi siècle (et qui reste pourtant toujours aussi stupéfiante) mais à une sorte d’évolution, de tentative d’ouvrir encore de nouveaux chemins égarés. Il y a dans « Jishin » des accents de musique contemporaine. Mais c’est qu’il y a dans la musique contemporaine des accents de free jazz. Ou plutôt, sans doute, s’agissant de directions qui ont été prises à peu de choses près à la même époque ou en tout cas dans des temps dont les caractéristiques de toutes sortes étaient similaires ou déjà de même nature à tout le moins, on peut imaginer qu’elles étaient faites pour se rencontrer, se ressembler et s’unir.
Il y a beaucoup de cela avec ce quartet. Avec ce qu’il faut de courage, d’audace, d’inventivité, d’imagination, de fertilité. Sans pour autant vouloir être « nouveau », « neuf », à tout prix. Il s’agit en effet bien plutôt d’être, disons, « juste ».

Et, dans cette direction, David Sevestre réussit fort bien.

Il faut souhaiter que cette aventure puisse se poursuivre sans jamais concéder aux « contraintes matérielles ».

 

 

Pierre Marcus: bien des bonheurs

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Pierre Marcus est un remarquable instrumentiste. Sa contrebasse est l’une des plus intéressantes que l’on puisse entendre chez un musicien français de sa génération. Il donne aujourd’hui un deuxième enregistrement qui s’intitule « Pyrodance » (Jazz Family/Socadisc).

Il y a de si belles choses dans ce disque (allons directement au but: le titre éponyme est, par exemple, c’est loin d’être le seul, une très remarquable réussite) que l’on a tendance à se reprocher de ne s’être pas laissé pleinement emporter par certaines plages ou plus précisément par certaines compositions peut-être, par certains passages seulement assurément.

Fred Perreard est un pianiste tout aussi remarquable que son leader l’est sur son instrument. Baptiste Herbin est un saxophoniste altiste dont la technique est sans faille. A la batterie Thomas Delor ne manque rien et invente une véritable musicalité.
Que tout cela nous enchante à chaque fois ce n’est pourtant pas certain.
Souhaitons à ce groupe de définir peut-être plus précisément sa voie, à choisir de façon plus assurée une direction.
Mais il y a ici déjà bien des bonheurs. Faut-il le redire ?



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