Une rencontre poésie/musique (et autres découvertes)

 

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Yves Rousseau : « Langage Premier »

Ici c’est une sorte de langage premier qui se donne à nous. Ou, plus précisément, c’est ce qui est premier qui se dit en langage. Celui de la musique et celui des mots. Celui que l’on pourrait dire « de la poésie ». A condition d’entendre ce terme en sa plus haute acception. Là, précisément, où les mots et la musique sont pareils. Pour dire ce qui est la source de tout regard, de toute vision, de toute perception, de toute émotion.

Le contrebassiste Yves Rousseau a entrepris avec « Murmures » (Abalone productions/L’autre Distribution) un travail (au sens où ce mot désigne l’œuvre elle-même) dangereux. Où, en tout cas, il y a bien des raisons de ne pas aboutir. Là même où l’on croit que l’on est arrivé, que l’on a atteint la cible alors qu’elle vient tout juste de vous échapper, de glisser entre vos doigts. Parce que ce but est, non pas si lointain qu’on ne puisse l’atteindre qu’au terme d’efforts incessants mais au contraire parce qu’il est si proche que le saisir est difficile, plus délicat qu’il y semble souvent.

Mais voici une musique, un chant, des mots, une sorte de recueil dont il ne suffit pas de dire qu’il est « réussi » – impression ou jugement subjectifs peut-être, insuffisants à coup sûr – mais qu’il est le dire même d’un langage, en quelque sorte la création d’un monde (si toutefois on n’entend pas ce dernier terme comme une conception, mais plutôt comme une sorte de don qui advient pour chacun lorsqu’il est à même d’y pénétrer, ceci que l’on appelle parfois « la beauté ».)

Ce qu’il fallait ici ce sont des poèmes. Yves Rousseau a choisi parmi les plus beaux de notre temps, ceux de François Cheng. Et puis il fallait, de cette poésie, faire non pas autre chose, ni quelque chose de plus. Et là il y avait probablement des milliers de pièges qui surgissaient. La voix d’Anne Le Goff, admirable de précision, de hauteur, d’articulation, la guitare lumineuse de Pierrick Hardy, la très belle clarinette basse de Thomas Savy, les percussions d’une souplesse magique de Keyvan Chemirani, et l’articulation de la contrebasse d’Yves Rousseau sont, une à une, toutes ensemble aussi, les éléments qu’il fallait en quelque sorte associer : ils le sont à la perfection (si ce terme a bien un sens). Pour y parvenir il fallait des compositions qui permettent cette sorte d’alchimie. Celles d’Yves Rousseau sont d’autant plus belles qu’elles semblent avoir toujours existé : en même temps, de la même façon que les textes de François Cheng.

 

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Omri Mor : des éclairs

 La musique du pianiste Omri Mor est scintillante, pleine d’éclairs, de lumières. Souvent là où on ne l’attendrait pas, où l’on peut être enchanté alors qu’il en soit ainsi : la « fusion » qui s’inspire des rythmes, gammes, mélodies, de la musique orientale (des musiques faudrait-il dire) est trop rarement de cette trempe, de cette ouverture, de cette clarté.
C’est donc avec bonheur qu’on se laisse emporter par « It’s About Time ! » (Naïve). Il faut dire que l’on y croise des musiciens de haute valeur : Avishai Cohen (b), Michel Alibo (el b), Karim Ziad (dm), Donald Kontoumanou (dm) et M’aalem Abdelkbir Merchan (voc). Le batteur Karim Ziad a assuré la direction artistique de cet enregistrement, lui donnant une cohérence qui en fait un moment de bonheur simple, éclairant, joyeux souvent.

 

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Les étranges paroles de Wanderlust

Cette formation du nom de Wanderlust est plutôt atypique. Et, si la pochette de ce disque qui ne porte en titre que le nom de l’orchestre semble peut-être nous emporter en Extrême-Orient, on peut dire que la musique, elle, porte bien le nom de la cinquième plage de l’album « Dépaysement ». Mais que d’Orient, il n’y en a pas beaucoup ! On se retrouve plutôt dans des contrées étrangères en ce sens qu’elles sont étranges, inconnues et surtout non-reconnaissables par le voyageur musical le plus averti. (Je sais que l’on pourrait me dire qu’ici ou là se trouvent des influences. Mais alors c’est qu’il y en a tellement que l’on ne sait plus vers laquelle se tourner. Parce que, sans doute, lorsqu’on en repère une on en découvre aussi vite une autre.) C’est donc se perdre un peu, ne pas avoir de points de ralliement, ni de carte et encore moins de GPS esthétique, qu’il faut aimer pour s’engouffrer dans cette musique.

Cette musique c’est celle d’Ellinoa (dont le vrai patronyme est moins « exotique » mais cela n’a évidemment pas d’importance, sauf peut-être celui de prouver qu’avec des choses banales, en tout cas familières, on peut créer des merveilles auxquelles on n’avait pas pensé, auxquelles on ne s’habituera peut-être jamais, même en les poursuivant, en les recherchant chaque jour).
Ellinoa est une chanteuse hors normes. Elle a un talent surprenant, aussi virtuose qu’émouvant. Elle est aussi la remarquable compositrice, l’orchestratrice et l’âme tout à la fois de « Wanderlust », cet enregistrement inattendu, quelque peu déroutant (Les p’tits cailloux du chemin/Music bo publishing/Inouïe distribution). Un album souvent enthousiasmant. Lorsqu’on se laisse envoûter par ses étranges paroles.

Il est juste enfin de citer les musiciens et musiciennes qui participent à ce bel orchestre : Sophie Rodriguez(flûte), Balthazar Naturel (hautbois, cor anglais), Illyes Ferfera (sax alto), Pierre Bernier (sax soprano et ténor), Paco Andreo (trombone), Adélie Carrage (violon), Anne Darrieumeriou (violon), Hermine Péré-Lahaille (alto), Juliette Serrad (violoncelle), Mahtis Pascaud (guitare), Richard Poher (piano), Arthur Henn (contrebasse) et Gabriel Westphal (batterie).

 

Daniel Erdmann et Christophe Marguet : une tradition enchantée

Il y a bien comme une flamme dans « Three Roads Home » (Das Kapital Records/L’autre distribution) et c’est celle d’une tradition. Et cette flamme qui brûle avec tant de passion est de bout en bout un véritable enchantement.
Précisons en outre d’entrée que si ce disque est celui du saxophoniste Daniel Erdmann et du batteur Christophe Marguet il est tout autant celui des deux contrebassistes associés à cette musique. Henri Texier et Claude Tchamitichian ne se convoquent pas ! C’est eux tout autant que les deux protagonistes en titre qui nous invitent à partager leur musique (leurs musiques ? – mais ceci n’est pas certain : le pluriel ne s’impose pas tant l’unité est manifeste dans les différentes couleurs qui habitent « Three Roads Home ». Même si onze des douze titres ont été écrits soit par le saxophoniste, soit par le batteur – le douzième l’a été par Henri Texier – On notera enfin que l’on a affaire à deux trios ou à un quartet pour quatre morceaux.)

La musique qui nous est littéralement offerte par ces quatre grands musiciens est toujours délicate, vibrante, vivante. Les titres de chaque plage sont choisis sans doute avec la même attention, dans le même but sans doute, non de plaire, mais de susciter l’attention, l’émotion, de provoquer parfois une interrogation. Ce sont par exemple « L’ombre de l’eau », « Manif contre personne », « Valse pour eux », « Forever Ephemere » ou « A Pleasant Serenity ».

On a du mal à se détacher de « Three Roads Home », de ses climats qui enchantent sans jamais forcer le trait, sans chercher à surprendre, à débusquer en s’inscrivant dans l’histoire du jazz contemporain. Sans doute parce que cette musique nous a saisi depuis longtemps déjà.

 

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Sébastien Texier & Christophe Marguet 4tet : sans limites

Christophe Marguet à nouveau ! Cette fois-ci avec le saxophoniste-clarinettiste Sébastien Texier, Manu Codja à la  guitare électrique et François Thuillier au tuba. On a du mal à croire comme il est dit dans une note d’accompagnement de ce disque enregistré sous le beau titre de « For Travellers Only » (Cristal Records/Sony Music) qu’il leur ait fallu vingt-cinq ans pour se rendre compte qu’ils pouvaient jouer ensemble. On aurait plutôt l’impression qu’ils ont toujours fait ça et même que leur musique nous est familière. Il y a en elle de magnifiques éclats, une énergie vivifiante et vitale, toujours éclairante, jamais brutale. Bien sûr l’originalité instrumentale joue son rôle : celle du tuba dont Thuillier est assurément un grand maître, mais aussi celle de Manu Codja dont il faut dire qu’il est l’un des guitaristes actuels les plus originaux, celle de Sébastien Texier qui multiplie les sonorités, les couleurs, comme peu savent le faire et enfin celle de Christophe Marguet qui, ici, semble déployer toute son imagination.
Sans doute ont-ils tous les quatre raison. Raison de nous avertir avec le choix du titre de cet album. Il faut ne pas vouloir de frontières, de limites pour aimer cette musique qui n’a guère de fin. Mais qui se trouve en nous, au fond de nous. Bien plutôt que dans des espaces plus ou moins lointains qui eux, ont tous des bornes.

 

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Rémy Gauche : le dépassement

Le guitariste Rémy Gauche a été parfois comparé à Bill Frisell et Pat Metheny dont il aurait en quelque sorte assuré la synthèse. C’est un débat sans importance mais n’y aurait-il pas aussi dans son jeu, dans sa musique quelque chose de John Abercrombie ?
De toute façon ce qui importe c’est que Rémy Gauche soit lui-même et non pas seulement la suite de quelque chose ou de quelqu’un (ces musiciens cités précédemment ont-ils d’ailleurs besoin de cette « reconnaissance »?).
Avec  « Obscurity Of Life » (Welcome Home/Socadisc) Rémy Gauche a dépassé ces références en étant pleinement lui-même. Il y a ici de très belles choses, toutes très colorées. Parfois inattendues, parfois un peu moins il est vrai. Mais gardons les bonnes surprises pour ce qu’elles sont sans conteste : le résultat d’une belle imagination, de trouvailles mélodiques et orchestrales riches et généreuses.
Autour de Rémy se trouvent ici des compagnons très talentueux : comme d’habitude le contrebassiste Philippe Monge apporte des sonorités et des couleurs envoûtantes et toujours subtiles, Julien Augier à la batterie chante avec agilité, Thomas Koenig est aussi précis et juste à chaque instant au ténor comme à la flûte traversière (ce qui, sur cet instrument, n’est pas gagné d’avance). L’invité de cinq morceaux (sur onze au total) l’excellent Pierre de Bethmann joue ici du piano mais aussi du « rodhes ». Et voici une réussite qui peut nous enchanter « sans jamais forcer le ton ».

 

 

 

 

 

 



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