Dernières parutions (suite): rattrapage chapitre 2

Voici sans doute la « chronique » la plus embarrassante qu’il me fut jamais donné d’écrire. Je me demande d’ailleurs en cet instant si je ne devrais pas m’arrêter ici même.

« Embarrassante » cette « chronique » car il y a dans tous ces enregistrements (cinq au total) beaucoup de choses très belles, saisissantes, intéressantes (ce n’est pas tout à fait pareil) et aucun ratage.

Il n’est pas question de procéder à un classement quelconque qui serait stupide, à des comparaisons qui ainsi n’auraient aucune raison et surtout aucune pertinence. Le vrai risque est en revanche de se répéter et ainsi, finalement, de ne rien dire ou à peu près. Pourtant, et peut-être aussi à cause de cela, parce que j’ai découvert certains des musiciens à l’occasion de ces disques, il ressort de cet ensemble que la créativité est loin d’être morte, loin même de s’apaiser tant on entend de puissance, de forces, parfois aussi de colère dans ces musiques.

Bref, je suis déjà en train de les présenter indistinctement et c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire, ni pour les lecteurs de ces lignes, ni bien sûr, et encore moins, pour les musiciens eux-mêmes.

Changeons donc de perspective :

 

Laurent Bonnot : Hermit’s Dream (Label Durance/distribution Orkhêstra International) :

Laurent  Bonnot est bassiste électrique et il s’est entouré de musiciens très talentueux : Serge Lazarevitch (g), Laurent Dehors (cl et cl b) et Médéric Collignon (tp). Bonnot tient une place aussi pertinente qu’elle est souvent discrète alors qu’une écoute attentive montre combien il « dirige » cet opus avec intelligence. Il faut dire (redire) que ceux qui ici l’accompagnent savent écouter, s’écouter et inventer de belles musiques. Hermit’s Dream est l’affaire d’une véritable « équipe » avec un leader qui joue un vrai rôle de  catalyseur, assurant la synthèse des belles sonorités et des images souvent très originales de ses trois compagnons.

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Christophe Rocher/Ensemble Nautilis : Regards de Breizh (Innacor/L’autre distribution) :

Cet enregistrement est le fruit de ce que ses auteurs ont appelé un « photo-concert », l’ensemble Nautilis inventant ses propres musiques à partir de photographies de Guy Le Querrec, toutes prises en Bretagne dans les années soixante-dix (en tout cas pour les sept d’entre elles qui figurent dans le livret de ce disque). Ce type de création se multiplie et c’est très bien car elles ont au moins pour conséquence de nous faire voir que l’art est unique et que les catégories, là comme ailleurs, doivent être franchies, que les barrières doivent être abaissées et les différences respectées et cependant réunies. On entend ici, dans une formation qui comprend en tout sept musiciens et une musicienne, (Christophe Rocher étant lui-même clarinettiste) et à laquelle ont été invités Jacky Molard (vl) et Hélène Labarrière (b) plus d’échos de l’Art Ensemble Of Chicago que de la musique traditionnelle bretonne. C’est là, assurément, un bon choix. Et comme la colère des « Hommes forts » pour ne citer que cette plage (en Bretagne il y en a encore et très belles) qu’elle laisse souvent la place à des compositions apaisées et apaisantes, Regards de Breizh s’avère une belle expérience, ici – on le comprendra – toutefois plus sonore que visuelle.

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Free Human Zoo : Freedom, Now ! (Ex-tension-seventh records/Pias Harmonia Mundi) :

Il y a ici, disons-le tout de suite, quelques belles surprises. « Surprises », parce que je ne savais rien de ce projet bien que (si je m’étais informé j’aurais pu le savoir, Free Human zoo avait sorti un premier enregistrement en 2014) jusqu’à ce qu’il arrive jusqu’à moi sous la forme d’un courrier qui pour être, et c’est bien normal, promotionnel était cependant rédigé avec une sorte d’humanité assez rare dans ce domaine. Cela peut d’ailleurs présager du meilleur mais aussi parfois… enfin, pas toujours. Eh bien, Freedom, Now ! est une belle réussite elle aussi. Elle est probablement due à l’inventivité et à l’imagination généreuse de Gilles Le Rest (batteur, percussionniste, vocaliste et compositeur). Il est entouré notamment de Samy Thiebault (st, fl) et d’excellents guitaristes (Matthieu Rosso et sur le titre éponyme Dan Decrauze). On doit souligner aussi le talent de tous les musiciens de ce groupe et notamment celui du tromboniste et arrangeur Laurent Skoczek. Tout cela est assez vivifiant, réjouissant, audacieux : en un mot on pourrait dire vivant. Est-ce à dire « libre » ? Assurément !

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Marc Boutillot Quartet : Lumières sur la nuit (Classiquez/Chanteloup Musique/UMV distribution) :

C’est pour des sonorités si originales qu’on pourrait les dire incroyables, celles de la clarinette et de la clarinette basse de Marc Boutillot que vaut le plus Lumières sur la nuit. Ce beau titre est à l’image de ce beau disque, de cette musique inattendue et parfois sombre, nocturne comme son nom l’indique, claire comme il le dit aussi. Marc Boutillot est aussi le compositeur des treize plages du CD. La composition est sans doute la chose la plus difficile qui soit et cette musique qui a été imaginée pour être celle d’un film n’est pas toujours égale.

(Il faut noter que c’est le cas de tous les disques de cette chronique : chaque « pièce » peut retenir plus ou moins l’attention, susciter plus ou moins l’émotion. Mais quoi de plus normal ! Chez tous les plus grands musiciens de jazz (et pas seulement) c’est aussi le cas).

Il y a ici, même si l’image est facile et convenue de ma part, de si beaux scintillements et une nuit si sombre, si claire aussi, que Marc Boutillot, Leonida Fava (g), Philippe Monge (b) et Julien Augier (dm), nous enchantent.

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Schwab Soro : Volons ! (Neuklang/Distribution Harmonia Mundi) :

Schwab Soro cela devient une sorte de « concept » : on finit par ne plus dissocier le bassiste (le premier, prénommé Raphaël) du second, saxophoniste alto (prénommé Julien). Leur premier disque portait comme titre leurs deux noms et rien d’autre. Il a obtenu toutes les louanges et a échappé complètement à tort à ces prétendues « Notes de jazz ». Ces deux musiciens qui travaillent aussi dans l’excellent « Ping Machine » sont formidables. On pourrait les écouter en boucle que l’on découvrirait toujours quelque chose de nouveau. Dans leur musique mais aussi en nous. Leur union semble totale, tant sur le plan technique bien sûr (c’est en tout cas ce que l’on attend tout naturellement) mais aussi – cette fois encore – dans l’inventivité d’une musique incomparable. Que l’on ne me demande pas de la décrire (les mots de toute façon ne sont pas capables de cela), de la mettre en regard avec d’autres réalisations (je trouve l’exercice sans intérêt et dans certains cas plus erratique qu’autre chose : il y a d quoi se fourvoyer dans ce genre d’exercice). Qu’on l’écoute ! Voilà tout ! Et peut-être saurons nous un peu ce que c’est que voler comme des oiseaux.

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