Rattrapage (chap. I): trois chanteuses

Voici trois disques de trois chanteuses, sortis (plus ou moins) récemment… d’où le titre de ces quelques lignes.

 

  • Maria-Laura Baccarini et Régis Huby : « Gaber, io e le cose »

Ce disque dont l’univers musical – disons-le tout de suite – est assez loin du jazz est cependant assez exceptionnel pour être signalé. Et, pas seulement signalé, mais admiré.

Maria-Laura Baccarini que les amoureux du jazz connaissent bien s’est ici emparée du monde du chanteur, guitariste Giorgio Gaber, parfois rockeur, parfois jazzman, parfois sur scène avec Adriano Celentano, parfois inspiré par Ferré ou par Brel. Et aussi de celui de son parolier Sandro Luporini.

La musique inventée par les violons de Régis Huby  est envoûtante, multiple chaque fois qu’il tire de l’un ou l’autre d’entre eux des sonorités inattendues. La voix de Maria-Laura Baccarini est tout simplement magique, l’une des plus belles qui puissent s’entendre aujourd’hui. Assurément. (CD Abalone/L’autre distribution)

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  • Clara Simonoviez : « Do »

Avec Jean-Sébastien Simonoviez au piano et Jacques Bernard à la contrebasse Clara Simonoviez signe ici son plus bel enregistrement. Elle chante avec une intelligence rare, une précision étonnante, et surtout avec une passion intense, de chaque seconde aussi bien « Naima » que « Cherokee », « La javanaise » que « A une passante » (Baudelaire mis en musique et chanté autrefois par Léo Ferré). Jean-Baptiste Simonoviez est toujours l’un des excellents pianistes que l’on peut aujourd’hui rencontrer : son toucher est l’un des plus beaux qui soient et sa manière d’articuler et de construire une phrase est exceptionnelle. Jacques Bernard fait preuve de son côté d’une très belle sonorité boisée. Tous deux sont les musiciens qu’il faut pour créer avec Clara Simonoviez des paysages lumineux dans lesquels on voyage avec de grands bonheurs. (CD Label Hâtive)

  • Camille Bertault : « En vie »

On la dirait surgie de nul part. C’est ce que l’on dit parfois. Ce serait un « réseau social » qui l’aurait rendue déjà célèbre. Il faudrait assurément dire que c’est surtout son travail (qui ne date pas tout à fait d’aujourd’hui si l’on en croit sa biographie en tout cas) et encore davantage son talent. Elle ne manque de rappeler ainsi ce que nous donna il y a déjà quelque temps Elisabeth Caumont tant dans le choix de son répertoire que dans sa manière. Mais Camille Bertault révèle avant tout une personnalité douée de remarquables intuitions artistiques qu’elle ne doit qu’à elle: ses propres créations (musiques, textes propres ou pour des standards) en sont les signes désormais inoubliables. Camille Bertault est magnifiquement accompagnée par le pianiste Olivier Hutman, le contrebassiste Gildas Boclé et Antoine Paganotti à la batterie. (CD Sunnyside)



Denis Fournier et David Caulet : un prodige indistinct

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Comment expliquer ?

Comment dire avec les mots, que Denis Fournier et David Caulet ne font qu’un ? Qu’il ne s’agit ici aucunement d’une rencontre, d’un duo au sens où on l’entend et le comprend d’habitude.
Peut-être faudrait-il  dire pour cela qu’il ne s’agit que de musique : d’une seule musique, de « quelque chose » où tout est lié, indissociable et même davantage : inanalysable.

Mais enfin, il faudrait encore montrer pourquoi et peut-être même comment Denis Fournier et David Caulet ont bien pu en arriver là et là, précisément, il est douteux que les mots, les raisonnements, les explications… expliquent et fassent comprendre quoi que ce soit.

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Rien sans doute n’est calculé dans les huit compositions/improvisations de Long Walk, tout est donné, de façon absolue, dans une sorte d’immédiateté (on l’imagine ainsi, en tout cas) qui ne ressort ni d’un « calcul », ni d’un raisonnement. Mais seulement de sentiments, d’émotions, d’apaisements et de violences, de calme et de chants, de poèmes et d’épopées ou de romans imprévisibles, de ceux qui ne s’écrivent pas à l’avance mais seulement dans l’instant.

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Et comme ces deux-là sont d’une chair sans autre prétention que celle d’être ce qu’elle est mais de l’être pleinement, eh bien voici un chef d’œuvre. Car c’est ainsi : il ne s’agit pas de jouer « simple » à un moment, « complexe » à un autre, il ne s’agit pas non plus de jouer « intérieur », cela ne suffirait pas. Il s’agit de ne pas jouer du tout. Et l’on peut dire que Denis Fournier (batterie, percussions) et David Caulet (saxophone, électronique) ensemble faut-il le redire, indissolublement, indissociablement, indistinctement, ne jouent pas : ils sont.

N’ayons pas peur de cette sorte de prodige : Long Walk, qui est sans doute l’une des plus belles musiques inventées depuis longtemps, a ceci de rare qu’elle nous renvoie à chaque seconde à nous-mêmes.

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Les couloirs du temps: Michael Alizon et Jean-René Mourot

 

LA MUSIQUE DESORMAIS

 

 

C’était il y a longtemps. Avant même que quiconque ait pu dévoiler le mystère de la musique. C’était à une époque si lointaine qu’il n’y avait alors que le silence.

 

Peut-être est-ce aujourd’hui ! Peut-être est-ce maintenant !

Lorsque le piano de Jean-René Mourot et le saxophone de Michael Alizon nous convient à leur festin nous voici hors champ, habitant pour toujours un autre monde. Nous voici en aparté, comme enchantés par ce monde des ondes, sans aucun autre besoin désormais que celui des notes qui ponctuent le silence. Et qui ne s’en distinguent pas. Sauf pour ceux qui ne savent que compter, décompter, séparer, défaire.

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Les heures alors se font oublier. Tant la musique met le temps hors de lui et l’abolit. Et nous, soudain, nous sommes comme un retour incessant, un retour à nous-mêmes. A l’un de ces instants où rien ne manque.

 

Voici une musique nouvelle, surprenante, déroutante, inclassable mais qui est celle d’une sorte d’origine, celle de l’origine de la musique elle-même, alors qu’il a fallu bien des inventions, bien des imaginations et bien des audaces, tant de peurs vaincues, tant de courage, pour qu’elle surgisse ici.

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Jena-René Mourot, et Michael Alizon ont uni leurs énergies, leurs cœurs et leurs émotions, leurs sagesses et leurs rébellions aussi. Sans rien dire, sans prévenir, avec la discrétion de ceux qui donnent sans rien demander en retour.

 

On peut bien courir tout au long des couloirs du temps. Dans tous les sens. Sans cesse. On n’en revient jamais. Parce qu’enfin, enfin, on a trouvé la part essentielle de soi-même.

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C’est une musique venue de loin qui nous est offerte, familière pourtant, elle qui est juste ce qu’elle est, une musique faite de rêves inouïs, une musique pour qui la vie est une suite d’espoirs sans fins.

 

Michel Arcens

 

PS: ce texte n’est autre que celui qui figure sur la pochette de l’album « Les couloirs du temps » (label Momentanea ») (sortie le 8 avril 2016)



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