Le sorcier « souffleur »: « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble », un livre d’Alain Gerber

Le sorcier

 

Certains disent qu’il est un magicien de l’écriture, une sorte d’écrivain comme on n’en fait si peu. D’autres pensent que c’est un musicien et que son instrument ce sont des mots, des syllabes ou davantage des images qui auraient pris la forme de phrases et de paragraphes, chacune ayant sa mélodie, son harmonie et son rythme.

Tout ceci est vrai, à n’en pas douter. Mais peut-être est-il aussi quelque chose d’autre, quelque chose de plus. A lire « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble » qu’il vient de publier aux éditions Alter Ego, Alain Gerber apparaît plus que jamais comme un « souffleur ».

 304664_369950326414858_541925382_n-300x168

Serait-ce qu’il nous soufflerait à l’oreille des mots qui ne seraient qu’à lui, dont il nous ferait les destinataires électifs ? Sans aucun doute. Mais un authentique « souffleur » est beaucoup plus que cela. C’est quelqu’un de rare, l’un de ceux qui ont du ciel le don de vous donner à vous, à chaque instant lorsqu’il vous parle, le souffle qui pourrait vous manquer. Ou bien encore mieux, un nouveau souffle, un nouvel élan. Un « souffleur » digne de ce nom est quelqu’un qui vous enflamme, qui vous donne quelque chose comme sa propre vitalité, qui vous offre un peu plus de vie.

 598597_10200774076259112_257970683_n-228x300

A lire « Bu, Bud etc… », on sait qu’un de ces êtres étranges, de ceux que l’on ne découvre pas au coin de quelque rue du village littéraire, musical, artistique de toute sorte, un de ceux qui, tout en tombant du ciel et d’un ailleurs que l’on ne soupçonnait pas, vous offre tout d’eux-mêmes, étant ainsi plus familiers pour vous que vos meilleurs amis, on sait qu’Alain Gerber est l’un d’entre eux et que la chance, votre chance d’être son lecteur, est bel et bien avec vous.

 599397_3591116340633_1665962866_n-300x200

A rêver avec ces chroniques, ces portraits, ces poèmes en prose ou presque en rimes, on est plus riche à chaque phrase, non parce qu’on aurait pu en faire notre « profit », mais parce qu’on est plus heureux, emporté par une énergie qui nous fait faire quelques pas de plus,. Quelques-uns de ces pas qui, tout en nous laissant souvent immobiles, nous font voir des paysages inouïs, que nous découvrons soudain, les yeux, le cœur et l’âme aussi, tous, grands ouverts. Il nous semble alors avoir fait de merveilleux voyages dans des contrées jusqu’ici insoupçonnées.

 

Jean-Jacques Pussiau avec Dave Liebman

Jean-Jacques Pussiau avec Dave Liebman

Alain Gerber est un bien l’un de ces « sorciers souffleurs », lui aussi « fauteur de trouble », lui aussi engendrant en nous dans tous ses textes des étincelles, de ces lumières qui font vivre et aimer, sans lesquelles il n’y aurait pas de désir, pas d’amour non plus. Car c’est ainsi que nous aimons la musique, les musiciens et aussi la vie tout entière. Mais Alain Gerber est un « souffleur » bien différent de tous les autres. Parce que dans chaque regard qu’il porte ici sur les musiciens, parfois même sur une couleur (le « bleu », évidemment), un producteur (Jean-Jacques Pussiau), les amateurs de musique, les instruments, il est à l’évidence plus que d’autres un « souffleur » d’âmes et de corps enfiévrés, de passions, de douceurs, de peurs, d’effrois, de tempêtes et de cieux aussi clairs et paisibles que le sourire d’un enfant. Cela dépend de son humeur à lui. Et un peu de la nôtre aussi. Voici un « souffleur » dont on perçoit à peine qu’il nous dit quelque chose au creux de l’oreille, dont on entend pourtant la musique à chaque battement du cœur, le sien et le nôtre qui, tous les deux ensemble, vont de pair et ne se quittent plus. C’est un ami qui, dans son souffle et dans chacune de ses respirations, donne tout, tout de sa vie, de ses sentiments, de sa passion, que ce soit le jour éclatant de soleil ou bien que ce soit la nuit la  plus profonde, peu lui importe. Ce qui compte pour lui et alors ce qui devient vital pour nous, c’est que nous sommes emportés, transformés, métamorphosés et qu’au bout du compte, au bout de ce voyage pourtant sans fin, nous sommes encore davantage nous-mêmes. Et que donc cela ne s’arrête pas. Que cela ne peut s’arrêter. Jamais.

 

600489_295306240565119_126488207_n-300x225

384268_243510029038867_550993567_n

314362_268227193196181_100000267084707_1067286_12841_n

10329013_570719883044775_8094407844589233856_n-300x198

550081_463507907026164_201932633_n1-228x300



Claire Michael, l’instant du bonheur

 

Claire Michael, l'instant du bonheur photo_1-201x300

Elle aurait pu, elle aurait pu ?… Mais qu’aurait-elle donc pu faire ?

Sans doute, s’est-elle posée la question si souvent.

Sans doute a-t-elle trouvé maintes fois la réponse.

A chaque fois pourtant, elle a hésité.

Et puis, peut-être a-t-elle oublié, oublié ce qui jusque-là paraissait primordial. Et qui finalement n’était pas l’essentiel.

Puis un jour elle s’est abandonnée. C’est ainsi qu’elle n’a pas abandonné. C’est ainsi qu’elle a retrouvé ce qui depuis toujours animait sa musique. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée elle-même, plus elle-même que jamais.

 

Maintenant c’est un peu comme si elle s’était entièrement dévoilée, sans retenue. Sans autre retenue que celle qu’il faut pour faire un don, pour être soi-même l’offrande, la retenue qui n’est autre que celle du respect de soi et ainsi de ceux envers qui vous vous mettez comme à nu.

Maintenant on peut l’imaginer heureuse, heureuse de ce bonheur lorsqu’il s’accomplit. A l’instant choisi d’un travail parfois difficile sans doute, après des épreuves dont certaines ont pu sembler épuisantes, après des chemins de traverse utiles, indispensables même, là-même pourtant où ils ont semblé ne mener qu’à des errances fatales. Fatales, non parce qu’il y aurait eu un mur au bout de la route mais parce que la route aurait sans fin poursuivi un parcours dépourvu de tout, comme un désert fascinant mais répétant sans cesse le même paysage.

…/…

 dsc9202_368_550-200x300

Maintenant, avec Trane Steps, on peut penser que la saxophoniste Claire Michael est en accord avec elle-même. C’est, tout au long de cet enregistrement, ce que l’on entend. Car ce que l’on entend, précisément, c’est la musicienne : ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit, ce qu’elle éprouve de la vie.

 

Plutôt que de proposer un quelconque « Tribute To John Coltrane », hommage qui aurait pu être totalement réussi (imaginons qu’il en aurait été ainsi, ce n’est sans doute pas trop difficile, pas si difficile à concevoir), avec des thèmes comme « Giant Steps » ou « Naima » encore plus qu’avec ses propres compositions – et ici se situe un autre tour de force – Claire Michael nous fait vivre sa musique. Pas seulement celle de Coltrane, mais sans doute comme il l’aurait lui-même aimé, sa musique à elle. Claire Michael peut ne pas jouer « si loin » de ce que jouait Coltrane c’est pourtant elle-même que l’on entend, ses propres sentiments, ses émotions à elle, qu’elle joue et qu’ainsi elle offre.

 12082003cmichael4tetparfum4674600x193__085751700_1748_24082012-300x96

Aimera-t-on toutes les pièces de Trane Steps ? Ce n’est pas certain. Il faudrait cependant être sourd pour ne pas se laisser emporter par la voix de la saxophoniste lorsqu’elle abandonne son instrument pour chanter en choisissant ainsi une autre manière d’être elle-même. Peut-être d’autres plages sembleront un peu plus convenues, moins intenses. Si c’est le cas, qu’importe ! Il y a ici assez de vitalité dans la musique pour que l’on ait acquis une part de bonheur.

 

* Trane Steps est un enregistrement Blue Touch (distribution Rue Stendhal) avec Claire Michael, Michel Vallet (piano, claviers), Patrick Chartol (basse) et Thierry Le Gall (batterie)



louvteaux jeanette bretigny... |
du rock prog au metal symph... |
LIVE ON MARS ? |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'instant Critik
| lyd music
| ROCK'N'POP RELIGION