Le jazz, une musique « impossible », une musique éternelle

johncoltranebluetrainbluenote.jpg

Le jazz se joue sans cesse, s’invente sans cesse. Le jazz est exactement comme ce que nous sommes, comme ce que nous vivons, souvent sans même nous en apercevoir, sans en prendre conscience. Le jazz, oui, est « inconscient » ! Il est inconscient en ce sens qu’ il ne recherche pas, par un processus conscient, par un processus conscient de représentation, sa propre vérité et encore moins la vérité. Il sait que cette vérité n’est qu’une possibilité jamais atteinte.  Comme telle, la vérité, celle que nous dit le jazz, la vérité donc est aussitôt remise en cause, non comme un accident qui lui adviendrait fatalement, comme le fait d’une fatalité extérieure, mais parce qu’elle porte en elle, dans son essence, d’être cette possibilité, d’être une possibilité, non pas n’importe laquelle mais celle qui advient. Cette vérité est une remise en cause. Elle est vérité en tant que remise en cause. 

dukeellington5.jpgdukeellington5.jpg 

Cette possibilité est par conséquent, tout autant une impossibilité : elle est d’abord, de façon primordiale une impossibilité. C’est toujours ce qui était impossible qui advient et devient possible. Si ce possible qui advient était possible avant d’advenir alors il ne serait plus tout à fait une possibilité. Il serait déjà une réalité fixe. En tout cas une réalité capable de se « fixer », déjà en train d’apparaître. Et, il n’y a aucune réalité fixe, aucune réalité qui soit préétablie. Il n’y a que des impossibilités qui deviennent possibles et qui portent en elles, de façon immédiate et immanente leur remise en question, leur disparition éventuelle.

 20090106050933charlie20haden500.gif

Si l’on considère la musique « classique », telle en tout cas que nous l’appréhendons aujourd’hui, elle est écrite et si toutes les interprétations divergent, la part de chacune d’entre elles est, par définition, restreinte. L’œuvre est comme préétablie. Elle est la vérité à laquelle il faut se référer et qui ne peut s’inventer. Qui peut se « moduler », s’infléchir, mais pas se créer à nouveau en tant que telle.  C’est ce que dit Richie Beirach dans une interview à Jazzz Magazine en octobre 2010 : « J’ai vite compris que sur dix versions d’une étude de Chopin, toutes différentes et de qualité, il n’y avait que 5% d’interprétation personnelle. Ce n’est pas assez, pour mon ego en tout cas. Le jazz te met en situation d’assumer pleinement ton rôle de créateur, d’agir sur la musique dans toutes ses dimensions et ça dans l’instant du jeu,, en relation directe avec d’autres personnes. La conséquence c’est qu’on ne peut pas jouer deux fois la même chose. C’est impossible »  Le jazz est donc comme une sorte de musique impossible parce qu’il n’est fait que de remises en cause. L’improvisation est, bien sûr, la face la plus visible de cette nature « impossible » du jazz. Mais ça n’est pas seulement cela. Cette nature du jazz, cette nature de l’impossible dans le jazz est plus profonde encore.

charliechristian.jpg 

Le jazz est une musique qui ne part que d’elle-même. Elle ne part pas du monde qu’elle ne décrit pas. Elle ne part pas non plus d’une tradition qu’elle aurait pour tâche de faire se survivre à elle-même par tous les moyens, y compris ceux de la dissimulation. Le jazz n’est là que pour créer. Pour créer quelque chose qui n’existe pas encore. Pour inventer un monde, pour inventer le monde. Non pas pour choisir parmi tous les mondes possibles celui qui serait le meilleur ; pour les musiciens, pour les amoureux du jazz,  ou même pour tous les hommes de la Terre. Le jazz est cette musique qui ne cessant d’inventer, propose et ne dispose ni n’impose. Le jazz n’est pas une « leçon », il n’est pas un dogme, il n’est pas une « réalité ».

  

2.jpg2.jpg2.jpg

Le jazz est une fiction : au sens où cette fiction est la seule réalité possible, ce qui nourrit le réel, ce qui permet au réel, à toutes les autres formes de réalité, de s’épanouir ou, en tout cas, d’être possibles. Le jazz est une musique qui, peut-être n’existe pas. Voilà sans doute pourquoi on a autant de mal à la définir. Voici pourquoi elle est, décidément, indéfinissable. Comment voulez-vous qu’elle soit définissable si elle est impossible ?  Le jazz est comme les romans : il peut bien « partir du réel », mais c’est le réel qui a besoin de lui. Alain Gerber qui a tant écrit que « le jazz est un roman », nous l’a assez démontré. 

02520090725shirleyhorn.jpg

Le jazz fait voir la réalité en ce sens qu’il nous fait éprouver en nous-mêmes ce que nous sommes nous-mêmes et qui, comme par hasard, constitue le fondement originaire et primordial de toute réalité. Il nous fait voir cette réalité parce qu’étant créé lui-même à partir du cœur le plus intense de cette épreuve de soi, de ce pathos consubstantiel à toute existence, il le dit, ne s’en cache pas, ne dissimule décidément rien, même dans ses formes ou ses expressions les plus pudiques, qu’elles relèvent de la joie, du bonheur, de la souffrance ou du malheur et de tous les avatars d’une vie. Nous disant le « plus près », le jazz nous apprend à voir « l’impossible ». Le jazz ne ment jamais. Sauf le marketing…cela de soi ; mais alors le jazz, son âme, a depuis longtemps disparu. Le jazz ne se marchande pas.

image001.jpg

Le jazz n’est pas non plus une « idée » : il n’y a jamais eu quelqu’un qui aurait dit : je vais imaginer quelque chose, quelque chose de possible parmi tout ce qui est possible, que personne n’a encore imaginé, quelque chose d’impossible aux yeux de tous, et que je vais appeler « le jazz ». Personne n’a inventé le jazz. Le jazz s’invente tout seul en quelque sorte. Il a comme sa propre vie. Sa propre vie ce sont toutes les vies que les musiciens « lui font subir » et lui donnent. Et les dieux du jazz savent qu’il en a subi et qu’il en subira encore de drôles et de pas toujours mûres, ce « bon vieux jazz ». Et que c’est à cause de cela qu’il vit toujours et, n’en déplaise aux grincheux ou aux jaloux, qu’il est immortel. 

 0x0modstyle.jpg



louvteaux jeanette bretigny... |
du rock prog au metal symph... |
LIVE ON MARS ? |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'instant Critik
| lyd music
| ROCK'N'POP RELIGION