Nikolas Anadolis ou l’avenir du jazz: le 5° concours « Martial Solal »

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 Les concours ne sont que des concours.

Comment « juger » que celui-ci (ou celle-ci) est meilleur que celui-là (ou celle-là, évidemment)?: l’un (ou l’une donc) devant l’autre, quest-ce que cela peut bien signifier? Comme si la musique était pareille à une course à pied.

Mais enfin le concours Martial Solal existe.

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Nikolas Anadolis

Le cinquième Concours de piano-jazz, auquel le célèbre pianiste Martial
Solal a donné son nom, a confirmé sa réputation internationale. La
compétition, qui s’est déroulée à Paris, du 16 au 23 octobre, a rassemblé
quarante-neuf candidats. A l’issue d’une série d’épreuves couvrant les
différents champs du jazz (composition, improvisation, solo, musique
concertante), cinq d’entre eux ont été retenus pour l’épreuve finale, à
laquelle ont participé François et Louis Moutin pour la section rythmique
ainsi que l’ensemble du Newdecaband.

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Vadim Neselovskyi

C’est Nikolas Anadolis, jeune pianiste
grec de dix-neuf ans, qui a remporté le Grand Prix de la Ville de Paris,
suivi par Vadim Neselovskyi (Ukraine-Allemagne, Prix de la Fondation
BNP-Paribas), le Français Thomas Enhco (3ème Prix, offert par le Fonds pour
la Création Musicale) et l’Allemand Sebastian Sternal.

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Thomas  Enhco

Le jury a attribué le
« Prix du jeune soliste », offert par la Sacem, à l’italien Alessandro
Lanzoni, ainsi que deux mentions, au Bulgare Dimitar Bodurov et au pianiste
d’Afrique du Sud, André Joseph Petersen.

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Louis Moutin, Jean-Louis Chautemps, Ronnie-Lynn Patterson, Franco d’Andrea

Sans doute une partie de l’avenir du jazz est-il ici…et là…



Avec Eric Watson, les mémoires de Paris

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Le pianiste Eric Watson vient de signer un disque qui, après celui de Kenny Werner, chroniqué par « Notes de jazz » pour le site Citizen jazz (voir le lien dans la colonne de droite), vient compléter la « collection » intitulée « Jazz in the city » imaginée par Jean-Jacques Pussiau (disques Out Note records / Harmonia Mundi).

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Les « liner notes » qui accompagnent ce disque sont, pour leur version française, rédigées par les mêmes « Notes de jazz ». La version anglaise (il s’agit d’un texte original et non de la traduction de celles-ci) sont dues à Karl Lippegaus.

Dans le but de vous proposer l’écoute de la musique « inclassable » d’Eric Watson, on pourra lire ci-dessous ces « liner notes » en français (si tant est que le français n’y soit pas excessivement mis à mal). Elles se présentent comme une tentative de dire avec les mots quelque chose qui permette d’éclairer, au moins pour soi!, la musique elle-même.

Exercice « inatteignable » pourtant.

On trouve ce disque « Memories of Paris » par Eric Watson (Out Note records / Harmonia Mundi) dans toutes les boutiques à cette enseigne, chez les bons disquaires et en téléchargement sur le site de Out Note.

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Cet éclair qui ne s’éteint jamais. 

Au premier instant, il y a peu de choses.

Il y a du silence, il y a un chant, il y a quelques notes, sans doute primordiales. Puis, la musique traverse le temps et l’espace. Elle nous pénètre et vibre jusqu’en nous. Son but apparaît au plus escarpé des hauts sommets. C’est là qu’elle saisit, fascine, sidère, enchante.

Il y a des vibrations qui parlent. A l’instant où la percussion, impulsée par le pianiste, fait rythme. Comme elle conduit, au même moment, jusqu’à l’apaisement.

Ce qui s’entend ici, dans ces « Memories of Paris », dans toute la musique d’Eric Watson, c’est que, « corps et âme », c’est « tout un ». Qu’il n’y a là aucune différence, aucune limite. Quand le pianiste annonce un orage, quand la frappe des marteaux fait résonner les cordes tendues, c’est, de même, la sérénité qui approche et installe son royaume. Celui de l’évidence, de la pureté, de la vie qui vibre et du cœur qui bat.

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Avec « La rue des Martyrs », celle du « Beaujolais » ou encore celle des « Trois frères », on chemine dans un Paris imaginaire et rêvé tout autant. Même « Drop of gold »nous dit un quartier de Paris.

 Eric se joue de tout et joue avec les mots, il joue avec nous, avec l’histoire du jazz. Ecoutons « Smoking dog and sinner cat ». Il y a bien un « Chien qui fume ». Et aussi un « Chat qui pêche » (« a fishing cat »). Mais aucun chat (« a sinner cat ») a-t-il un jour commis un péché? Fut-il véniel, faute d’être mortel ou même capital ! Et tout cela nous renvoie au même moment à une autre « suite » intitulée par Charles Mingus (à qui, pour les titres de ses compositions, et pas seulement bien sûr, on pouvait faire confiance !) « The black saint and the sinner lady ». Mingus qui, lui aussi jouait parfois du piano. Lui aussi en solitaire.

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Le moins que l’on puisse avouer c’est que tout cela est inattendu. Et si l’on veut se reconnaître, se repérer sans coup férir, dans le monde sonore, imaginaire, d’Eric Watson, aucune boussole ne nous sera d’un bien grand secours. Il vaut mieux le savoir tout de suite : nous voici dans un monde perdu, éperdu. Perdu, parce qu’on n’est pas près de s’y retrouver ni demain, ni jamais chez un autre musicien. Eperdu, parce qu’on s’y abandonne avec bonheur comme dans un grand amour, une passion aussi fulgurante que soudaine. Et pourtant éternelle.

Le piano d’Eric Watson est souvent, sinon toujours, étrange. Si tout ici est « incroyable », si la musique d’Eric Watson est « inclassable », c’est qu’elle est avant tout, c’est qu’elle est en son tréfonds, une musique « impossible », une musique de l’impossible.

Ces musiques que l’on appelle « jazz » ont ceci d’extraordinaire qu’elles relèvent d’un monde toujours impossible. Elles ne sont pas la recherche d’un monde possible parmi des milliers d’autres. Elles ne nous permettent jamais de trouver « le meilleur des mondes possibles ».

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Ces musiques-là, celles que l’on appelle « jazz », elles sont « impensables », inimaginables. Impossibles donc ! Ces musiques-là, elles sont toujours d’un « ailleurs ». Elles proviennent de lieux que nous ignorons. Elles nous montrent des paysages que personne n’a jusqu’à ce jour aperçus. Elles disent ce que nous ne savions pas encore.

Eric Watson est l’un de ces musiciens, de ces artistes, de ces créateurs, de ces inventeurs, de ces poètes qui, au risque de leur propre vie, sont à l’extrême de cette imagination impossible, inclassable, inouïe, que nous reconnaissons en un instant comme le cœur battant de notre existence, de nos joies, de nos peines, de nous, au fond : comme nous sommes vraiment, sans fin.

C’est ce qui fait de ces « Memories of Paris » à entendre dans toute leur force, dans toute leur énergie, dans leur passion, dans le but qu’elles visent, comme une étape décisive.

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Décisive, comme quelques-uns de ces moments qui marquent irrémédiablement le parcours du jazz : avant Armstrong, avec lui, avec Duke, Charlie, Charles, Miles, John, Ornette, Cecil et combien d’autres ?

Et puisque nous devons savoir qu’aucune porte ne peut jamais se fermer tout à fait, sauf celles, bien sûr, qui semblent constamment ouvertes, seules celles empruntées trop souvent jusqu’à user notre entendement à jamais, alors tout est possible. Ou, plutôt – l’entendra-t-on ? – tout est « impossible ». Au sens où tout « impossible », encore jusqu’à ce jour, peut en un instant, arriver, ici, maintenant. Et pour toujours. « Memories of Paris » en est l’éclatante, la foudroyante preuve. Insigne marque au front d’un pianiste, d’un musicien inoubliable, d’un musicien qui n’oublie rien. Comme cet éclair qui ne s’éteint jamais.

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Car Paris n’est pas seulement une ville. Paris, ici, est un souvenir, un songe, quelques « mémoires » rassemblées, quelques rêves qu’on ne peut décrire ni même se représenter. Paris, pour ces « mémoires » là, ce sont des rêves impossibles.

« Je me levais et regardais les toits de Paris et pensais : « Ne t’en fais pas. Tu as toujours écrit jusqu’à présent, et tu continueras. Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses. » 

C’est ainsi que parle Ernest Hemingway dans « Paris est une fête ».

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« La phrase la plus vraie que tu connaisses » : il semble bien qu’Eric Watson nous en fasse le don dans ces neuf pièces qui sont comme une « suite », tant elles montrent de cohérence, d’équilibre, chacune étant en résonnance avec chacune. Il nous donne cette phrase dès la première note, dès la première mesure. Aussi étrange que cela paraisse, cette phrase « la plus vraie » est unique. Unique, mais multiple à la fois, s’égarant, changeant d’itinéraire, s’amusant d’un détour, se heurtant à un autre : elle est du début à la fin de ces « Memories of Paris ».

C’est ainsi que cette musique, quand elle est venue jusqu’à nous, ne nous quitte plus.

 Dans cet univers musical, autant que dans la géographie imaginaire, rêvée, faite de souvenirs que l’on imagine imprécis, irréels enfin, dans cet univers étrange, on est dès le premier instant, parfaitement, totalement, entièrement, chez soi.

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C’est là le mystère de tous ces jazz : une invention incessante, toujours au péril de tout et de soi-même d’abord,  en même temps qu’une émotion au plus intime de nous-mêmes.

 L’univers  d’Eric Watson, ses joies, ses peurs, ses déceptions, ses bonheurs, ses souvenirs, sont dans sa musique. Tout cela, tout cela que l’on peut appeler « Memories », tout cela c’est sa vie.

Et cette vie, cette musique, unique, irremplaçable, nous savons, dès qu’elle vient à nous, dès que nous écoutons la première note, qu’elle est en tout point cette « phrase la plus vraie ». Nous savons  qu’elle est comme une confluence immédiate avec les instants inoubliés de notre propre vie.

Michel Arcens

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