Virginie Teychené: l’avenir secret du jazz

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En 2006, Virginie Teychené signait un premier disque intitulé « Portraits ». En 2008 elle donnait un concert comme « révélation » du festival de Juan-les-Pins. Avec un répertoire qui était, pour l’essentiel, emprunté aux plus grandes références du passé. Dans une perspective similaire et totalement cohérente elle nous donne aujourd’hui  « I fell so good » (label Altrisuoni). Avec Stéphane Bernard (piano), Gérard Maurin (basse, guitare), Jean-Pierre Arnaud (batterie) et François Chassagnite (trompette).

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Il ne fallait pas être grand clerc pour se rendre compte, depuis « Portraits », que l’on « tenait » avec Virginie Teychené une très belle chanteuse de jazz. Pas de celles qui lancées ici ou là à grands renforts de moyens, se servent du jazz plus qu’elles ne le servent. Mais une authentique créatrice.

Est-ce donc parce qu’elle sait faire ressentir ce que l’on imagine comme ses propres émotions que Virginie Teychené est une si belle chanteuse ?

Car, savoir chanter, posséder « l’art », la technique, est une chose.  Virginie Teychené possède tout cet art.

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Mais si, en peu de temps, en deux albums et quelques concerts (Juan, Marciac, Draguignan, Conilhac-Corbières), elle a réussi à nous « emporter » vraiment c’est qu’il y a en elle bien plus. Bien davantage. Il y a dans sa voix, dans ses façons colorées et multiples de dire l’amour et la joie, de dire l’amour et la peur et peut-être même la souffrance, il y a chez elle comme toutes les faces d’une vie, de toutes les vies sans doute, qui viennent jusqu’à nous. Et il y a peut-être mieux enfin. Parce que lorsque Virginie chante la joie, il y a parfois, si l’on entend bien ( ?), quelque fêlure, voire quelque déchirure qui se profile, dont on sent qu’elle a déjà eu lieu, ou pire, qu’elle pourrait survenir dans un instant.

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J’ai conclu « Instants de jazz » (éditions Alter Ego/Prologue d’Alain Gerber/photographies de Jean-Jacques Pussiau) sur un épilogue qui confie aux femmes l’avenir du jazz.

Dans cette « confiance » il ne faut surtout pas oublier que ce sont des chanteuses qui ont sinon inventé le jazz (personne n’a inventé le jazz, il n’a jamais eu besoin que de lui-même et comme il est protéiforme et insaisissable, indéfinissable, on ne voit pas bien qui pourrait se prétendre son inventeur sans tomber dans le ridicule ou la prétention la plus aveugle) mais qui l’ont, disons faute de mieux, « impulsé ».

 

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Et oui, on peut créer, inventer, donner à rêver, en retournant au passé, en faisant revivre et vivre les plus grands thèmes de l’histoire de la musique. Cela est vrai pour le jazz. (On ne demande pas à Maurizio Pollini s’il est un artiste et pas seulement une sorte de « répétiteur », bien qu’il interprète des musiques du XIX° siècle ou de celui qui vient de s’achever, des musiques du passé, qu’on le veuille ou non.)

Il y a sans doute plusieurs façons de faire vivre le passé. La moindre n’est pas de le rendre présent. Non comme un souvenir, comme une mémoire. Mais comme un moment de notre propre présent, de notre propre vie, de notre propre vie comme nous la vivons.

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L’avenir nous ne le connaissons pas. L’avenir, le futur sont des secrets. Ils sont comme l’amour. Ils ne se disent, ni même ne se peuvent. Mais ils sont toujours un espoir. Ils conduisent on ne sait où. Car, si l’on prévoit, si l’on sait vraiment ce qui va arriver dans un moment, dans une heure, dans un an, dans une seconde, alors il n’y a plus d’espoir. Il n’y a plus d’avenir. Et peut-être même plus d’amour, plus de désir ; cet amour, ce désir qui font sans doute qu’il y a, dans ce monde, encore de l’avenir.

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Il y a dans le jazz une part féminine qui n’est pas un accident, ni un « accessoire »ou même une modalité parmi d’autres. Il y a cette part féminine dans le jazz qui lui est essentielle. Le jazz repose sur l’épreuve que constitue la vie. Non pas la succession des épreuves que nous rencontrons, certains plus que d’autres, certains moins que d’autres. Il ne s’agit dans le jazz, (dans ce qui le fait être ce qu’il est), que de cette épreuve incessante que nous sommes par rapport à nous-mêmes. C’est parce que nous sommes une sorte d’émotion constante, toujours entrain de se renouveler, que nous vivons : enfin, c’est cela vivre ! Rien d’autre.

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 Et le jazz est cette musique qui en s’inventant constamment, dit, chaque fois de façon différente (c’est ainsi qu’il est indéfinissable) cette « émotion de la vie ». Cette « émotion »-là, elle peut être montrée, décrite, affirmée, comme cette part « féminine » du jazz. Parce que, sans doute, dans la voix d’une chanteuse on entend, comme immédiatement, sans détours, tout ce qu’il y a d’elle, tout ce qu’il y a de sa vie, tout ce qu’il y a de la vie.

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Une chanteuse comme Virginie Teychené poursuit cette sorte de quête, d’invention incessante, en s’appuyant sur le passé, en lui donnant le goût, parfois sucré, parfois amer, parfois les deux ensemble entremêlés, souvent ce mélange-même que nous ressentons d’instant en instant, et qui ne nous quitte guère, c’est pour cela sans doute qu’elle est un peu comme l’avenir du jazz.

Pour en savoir davantage:

www.virginieteychene.com

et écouter ses deux albums:

http://www.musicme.com/Virginie-Teychene/albums/Portraits-7619993002316.html?play=01

http://www.musicme.com/Virginie-Teychene/albums/I-Feel-So-Good-3760148283945.html?play=01

 



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