Soul Cages trio : les métamorphoses du jazz

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C’est un peu comme si tout recommençait. Si tout revenait toujours mais chaque fois différemment. Si le jazz était une invention permanente. Si, avec peu de choses ou bien avec beaucoup, avec tout précisément, il était capable de faire encore autre chose. Là même où l’on croyait parfois que l’on avait atteint le sommet.

Passe encore que le jazz ait su reprendre un nombre infini de fois le « Someday My Prince Will Come » de Frank Churchill composé en 1937 pour le film de Walt Disney « Blanche Neige et les sept nains » et que fut (presque toujours) une réussite. C’est autre chose de s’attaquer à des compositions que l’on doit bien considérer comme plus achevées (celles de Jean-Sébastien Bach par exemple et sans doute aurait-il fallu plus d’audaces que Jacques Loussier n’eût jamais pu en offrir mais Edouard Ferlet sans aucun doute) ou si populaires déjà, si abouties aussi il faut bien le dire, que réussir musicalement son pari semble, a priori, impossible.

yannick robert

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C’est à la musique de Sting que trois musiciens – Yannick Robert (guitares), Gilles Coquard (basse) et Cédric Affre (batterie) viennent en quelque sorte de s’attaquer. Cela nous donne ce « Soul Cages Trio » (Alien Beats Records) constitué exclusivement par dix reprises de thèmes du chanteur bassiste anglais Sting qui, il est vrai, débuta sa vie musicale publique en jouant dans des groupes de jazz et dont on sait depuis longtemps l’affinité pour cette musique. Sans doute y avait-il donc là quelques raisons plus ou moins secrètes dans la musique de Sting pour qu’elle connaisse ce destin.

Gilles Coquard

Gilles Coquard

Mais enfin, on pouvait s’attendre à quelques difficultés pour transmuer cette musique qui a séjourné si fréquemment et si longtemps au plus haut des succès populaires. Et comme en outre elle montre que le public peut avoir bon goût cela ne facilitait pas « l’affaire ».

cédric affre

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Pourtant « Soul Cages » est une magnifique réussite. De bout en bout, en partant de « A Thousand Years » pour parvenir jusqu’à « La Belle Dame Sans Regrets » en passant par « Englishman In New York », « Message In A Bottle », « Walking On The Moon » ou « We’ll Be Together », Yannick Robert, Gilles Coquard et Cédric Affre ont fait bien plus qu’un tour de force « technique », ils ont profité de cette sorte d’ambition qu’il y avait en eux pour créer un univers qui est le leur, pas seulement celui de leurs inspirations, mais un champ (« chant » ?) nouveau, brillant, scintillant, intense, toujours si beau que l’on aimerait que les fans du chanteur/bassiste le découvre tous et surtout (et aussi) que Sting lui-même ait l’occasion de l’aimer.

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Voici un nouvel et très bel exemple de la force du jazz à dépasser les frontières, à ne connaître aucune limite, à transformer le monde, à en porter la métamorphose incessante.

 

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Les quatre saisons de Manuel Valera

Cela commence par un tempo aussi rapide que l’éclair. C’est en tout cas l’impression que cela donne. Sans mesure. Sans mesurer. Pourquoi donc le faudrait-il ? L’impression n’est-elle pas cela qui compte quand il s’agit de musique ?

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Nous voici donc entraînés, emportés, irrésistiblement par le piano de Manuel Valera (avec ses deux compères et complices que sont le bassiste Hans Glawischnig et le batteur E.J. Strickland), par un flux d’une vitalité inouïe dans cet univers qui porte le titre peut-être ambitieux de « The Seasons » (Mavo Records).

 

Manuel Valera a fait de cet enregistrement une sorte d’hymne aux saisons. D’hymne en effet, peut-être tant les références musicales sont importantes : Vivaldi bien sûr, mais aussi Haydn, Tchaikovsky (un œuvre pour piano, précisément) et dans une autre mesure explicite Beethoven (« Symphonie Pastorale ») ou Schumann (« Symphonie Le Printemps »).

 

Manuel Valera

Manuel Valera

Manuel Valera a ainsi composé quatre mouvements qui sont au cœur de ce disque et qui vont du Printemps à l’Hiver. Ils sont passionnants. Parce qu’ils n’ont rien d’attendu, ni de descriptif véritablement. Les images qu’ils inventent sont présentes avant toute  représentation, avant qu’elles soient constituées d’objets comme le seraient les fleurs du printemps, le soleil de l’été, les feuilles et la pluie d’automne, la glace et le vent de l’hiver, comme le seraient la naissance et la mort.

La musique de Manuel Valera est au-delà et surtout avant tout cela.

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Lorsqu’on écoute cet enregistrement, une fois entré dans le thème introductif intitulé  « Opening » (celui au tempo susdit) il est déjà trop tard pour se demander si Manuel Valera a été trop ambitieux. Parce que tout ce qui passe dès ce moment là, aussi différent que cela peut-être d’une plage à l’autre, vous emporte, vous entraîne et vous conduit à ces quatre « plages ». Et, si vous étiez encore hésitant, suspicieux ou seulement sceptique, vous vous diriez sans doute que vous aviez tort : que, plus l’ambition est grande, plus la réussite l’est aussi.
Du début à la fin de cet album la musique est toujours belle, foisonnante, riche, éclatante souvent, introspective aussi parfois (« In My Life » de Lennon et McCartney), qu’il invente ses propres saisons ou qu’il joue Cole Porter (« What Is This Called Love ») ou Leonard Cohen (« Hallelujah »). Les saisons battent en son cœur avec éclat comme dans un équilibre incertain, comme celui de la musique lorsqu’elle sait nous mener sur des chemins incertains, irrépressibles.



Bruno Schorp: la musique est une amitié

Le quartet que Bruno Schorp anime avec passion depuis les couleurs sombres ou claires de sa contrebasse est l’un des groupes les plus remarquables que l’on puisse entendre en ce moment.

Sans doute est-il fait d’excellents musiciens : le saxophoniste Christophe Panzani, le pianiste Leonardo Montana et le batteur Gautier Garrigue. Mais cela aurait-il suffit à faire de cet enregistrement si pertinemment titré « Into The World » (Shed music) une œuvre d’une aussi belle facture ?

Il y fallait non seulement l’entente (qui n’est parfois que le résultat d’une « technique ») mais bien plus encore l’amitié. En d’autres termes la compréhension, le désir : celui d’inventer ensemble encore plus que de jouer, celui de créer comme de chanter. Tout cela qui parcourt de bout en bout « Into The World ».
Les « invités » que sont le guitariste Nelson Veras (« Le lien »), la chanteuse Charlotte Wassy (le si beau « Travessia » de Milton Nascimiento) et les claviers de Tony Paeleman (« Into The World », « Katmandou » et « Louise ») ajoutent en ce sens. Comme s’ils faisaient partie de cette famille. Comme si tous étaient inséparables.

Charlotte Wassy

Charlotte Wassy

Mais cela ne suffit pas à dire ce qu’est la musique de Bruno Schorp compositeur aussi de six des neuf thèmes de l’album. Même si cette « amitié » ne peut que reposer sur cette force comme sur cette sorte douceur qui semblent l’habiter de bout en bout.

On entendra ici plus les nuances, les inflexions attentives, la délicatesse, les phrases bienveillantes qu’elles soient complexes ou plus simples, répétées ou déformées, non pour dire autre chose mais comme pour pénétrer plus avant dans le monde, dans ce monde qui est fait de l’alliance de chacun avec tous. Là où précisément se trouve le règne de l’amitié.

Gautier Garrigue

Gautier Garrigue

Il est impossible ici de se tromper car personne ne peut tromper quiconque qui habite ce monde musical de son amitié.
Quel serait, de ces quatre musiciens (sept si l’on veut, c’est la même chose, on l’a déjà souligné) celui qui prendrait le pas, qui s’arrogerait ce qu’il ne pourrait revendiquer ?

C’est tout au contraire et par exemple comme si le batteur (toujours excellent Gautier Garrigue – mes lecteurs me diront qu’étant moi-même habitant de Perpignan, je ne suis pas « objectif » avec Gautier) était là pour chanter, pour conduire son jeu avec la seule discrétion que la musique requiert, que ce qu’il faut jouer, imaginer, et seulement cela, doit l’être. Connie Kay, souvent était ainsi.

 

Bruno Schorp

Bruno Schorp

Et, de chacun des acteurs d’ « Into The World » on pourrait dire la même chose. C’est là que se découvre l’intelligence de la belle musique, celle de la vérité, de la vérité du monde.

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Sun Dew: le mystère de la musique

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Plus que d’autres, il y a des musiques qui sont comme des mots ou plutôt qui, comme les vrais mots, ceux de la poésie, vous parlent. Ces musiques parlent avec des émotions ou par elles, enrichies à chaque mesure par la diversité de celles-ci. On ne sait d’où elles viennent, d’où elles proviennent – on connaît bien sûr le nom des inventeurs (les musiciens, compositeurs, interprètes, improvisateurs) mais leur mystère demeure ainsi : invisible, imperceptible en tant que tel. C’est sa manière à lui et donc à ces musiques, de nous saisir, de nous emporter.

Sun Dew est un sextet comme bâti autour d’un duo composé de la violoniste Héloïse Lefebvre et du guitariste Paul Audoynaud qui résident tous deux à Berlin depuis plus de cinq ans, ville qu’ils ont choisi – car il y a des lieux qui sont ainsi – pour les mélanges créatifs qui y règnent plus qu’ailleurs. Ils ont enregistré ce disque publié par le label Laborie dont on ne dit pas toujours suffisamment le travail intense de découverte en rassemblant Liron Ariv au violoncelle, Johannes von Ballestrem au piano et à différents claviers, Paul Santner à la contrebasse et la basse électrique et enfin Christian Tschuggnall à la batterie, aux percussions et à la « lap steel guitar ».

 

Sun Dew est bien de ces musiques qui saisissent, rares par leurs façons de s’exprimer, rares aussi par leurs puissances à nous faire vibrer et plus encore à nous donner comme une faculté décuplée d’imaginer, de nous-même créer des mondes qui sont à la fois les nôtres et peut-être pour une part ceux des musiciens.

 

Héloïse-Lefebvre-©Jean-Baptiste Millot

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Il faut aussi souligner combien le violon d’Héloïse Lefebvre est à chaque seconde étonnant : dans ses articulations, dans sa manière la plus intense de vibrer, dans sa sonorité. Cet instrument trouve ici une nouvelle voie grâce à ce que l’on pourrait dire une sorte de magicienne.

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Il serait injuste de ne pas souligner combien la guitare de Paul Audoynaud s’allie au violon et l’entraîne souvent avec une précision qui force l’admiration. Il faut dire aussi que tout le groupe, chaque musicien, a ici une place éminente. Sans doute parce que chacun assure la cohésion de l’ensemble.
S’il fallait cependant dire un regret (probablement tout personnel, c’est-à-dire sans doute non partagé et peut-être non partageable) : le thème introductif intitulé « Le penseur » (toutes les plages de cet album portent de beaux titres) n’est pas le meilleur. En tout cas, il ne donne pas une idée immédiate de la beauté de l’ensemble.

 

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Les vitalités multiples

Doit-on s’étonner de la vitalité du jazz ?

Sans doute pas, si cette appellation désigne non seulement une partie de la musique du XX° siècle mais aussi et surtout une façon de concevoir ou plutôt pourrait-on dire de vivre la musique. Et, finalement de vivre sa propre vie.

 

On retiendra aujourd’hui deux exemples de cette vitalité, de cette faculté qu’a cette musique ou plutôt ses musiciens, les musiciens en général, lorsqu’ils ne sont pas enfermés dans une seule partie de l’histoire de leur art et de la création en général. (Ce qui ne veut absolument pas dire que les autres ne soient pas de très grands artistes.)

Ces deux exemples sont :

un concert (qui était une première d’un nouveau projet mené par la contrebassiste Sarah Murcia)

et rien moins que sept enregistrements de musiciens que les Notes de jazz aiment bien. (Ce qui veut dire qu’elles ont un a priori favorable, ce qui exclut, on l’aura compris, toute objectivité… mais qui voudrait revendiquer l’objectivité dans ce petit exercice trop souvent dit « critique ».)

Sarah Murcia « Eye Balling » : c’était donc il y a quelques jours au Conservatoire de Perpignan ou à l’invitation de Jazzèbre l’association qui, dans cette ville, et dans une bonne partie de la région, propose les meilleurs concerts de jazz, Sarah Murcia était venue avec le soutien de l’ADAMI passer une semaine pour faire naître son nouveau quartet « Eye Balling ». Pour l’occasion elle était entourée du pianiste Benoît Delbecq, du saxophoniste Olivier Py et du tubiste François Thuillier. La voix mêlée de Sarah Murcia aux inventions incessantes des instruments comme à la recherche de tous les tours et détours possibles, à chaque instant, en allant ici et là chercher une émotion, une idée, une référence et, avec tout ceci inventer des couleurs inouïes, surprenantes souvent, presque familières parfois, mêler de douces images à la provocation, autrement dit à l’interpellation, voici en quelque sorte (mais les mots ont alors peu de pouvoir pour exprimer cela – comment pourraient-ils dire la musique elle-même ?) ce qu’a offert « Eye Balling ».

On soulignera qu’il y a maints et maints concerts de jazz qui sont ainsi de purs moments d’ouverture et de création. Il suffit de ne pas mettre ses pas dans ceux que nous offrent les grands festivals, les institutions « institutionnelles » qui sont par trop contraintes sans doute par leurs dimensions d’une part et d’autre part du fait d’objectifs financiers immédiats. Il faut donc que ce soit des « petites structures » qui osent comme la musique elle-même sait le faire.

 

Revendiquons désormais le désordre plutôt que l’ordre et surtout pour citer les sept enregistrements annoncés plus tôt. Ce qui signifie qu’il n’y a ici aucun classement, aucune réelle préférence. Pas davantage de ressemblance ou de parenté entre tel ou tel de ces musiques. Sinon leur capacité à nous faire rêver.

 

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ANTS par Ricardo Izquierdo (ts, ss), Mauro Gargano (b) et Fabrice Moreau (dm) (ANTS/Socadisc). Voici trois musiciens qui sont, comme Sarah et ses compères, à la pointe de l’actualité, non parce qu’ils seraient des faiseurs d’événements – ils sont trop sages et trop expérimentés pour cela – mais parce qu’ils savent que l’improvisation n’est une création que lorsqu’elle est enracinée. Alors, elle déploie ses pouvoirs, pleinement, généreusement. Ricardo Izquierdo est cubain et cela s’entend mais pas seulement par quelques éclats qui résonnent et s’aperçoivent comme le soleil de son île, plutôt par une énergie vibrante et incessante. Ses deux compagnons sont bien plus que des partenaires : chacun a la même place, le même espace d’invention. Tout ceci fait d’ANTS un intense moment musical.

 

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Yves Rousseau/Christophe Marguet 5tet « Spirit dance » : avec Fabrice Martinez (tp, flugelhorn), David Chevallier (g), Bruno Ruder (p, Fender Rhodes) et bien sûr Yves Rousseau (b) et Christophe Marguet (dm) (Cristal records). On connaît bien Rousseau et Marguet qui sont en quelque sorte sur l’avant-scène du jazz et des musiques improvisées depuis déjà longtemps. Mais c’est un peu comme s’ils étaient toujours jeunes, comme si on ne cessait de les découvrir tant ils amènent de fraîcheur à chaque nouvelle « production ». Cette fois ils se sont en quelque sorte associés comme pour véritablement inventer ensemble. A chaque instant ils y parviennent avec aisance en faisant montre d’un imaginaire inouï. Ils sont aussi remarquablement, davantage qu’accompagnés, complétés pourrait-on dire par d’excellents musiciens. (Notons ici que Bruno Ruder est sans doute, quant à lui, l’un des meilleurs pianistes de sa génération.)

 

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Antoine Galvani et « Suite astrale » : voici un projet musical dont on pouvait craindre le pire : « poème symphonique », « opéra rock » » et autres qualificatifs peu propices a priori à favoriser l’esprit du jazz. Eh bien, rien de tout ça même si tout cela s’y trouve parfois un peu. Antoine Galvani que l’on connaissait jusqu’ici plus souvent sous le pseudonyme d’Ahn Truan a réussi son pari. Pari tout aussi « décalé » a priori du jazz que les qualificatifs évoqués plus haut le laissaient penser lorsque la « Suite astrale » fut annoncée puisqu’il visait ni plus ni moins qu’à raconter une histoire – chose déjà plus que difficile et périlleuse à entreprendre -  celle précisément de son propre pseudo Ahn Truan parti dans un improbable voyage spatial. Antoine Galvani a peut-être été inspiré par les mânes de Sun Râ mais peu importe, l’entreprise musicale (pour le voyage interstellaire c’est autre chose sans doute) ne manque pas d’intérêt et on se laisse soi-même « embarquer » dans cette aventure. Peut-être aurait-elle mérité un peu plus de sobriété mais il n’est pas mal de rencontrer des musiciens qui n’ont peur de rien. Assurément Antoine Galvani qui a en projet désormais la création d’un sextet, d’un bigband et d’une partition pour un orchestre symphonique nous en remontrera sous peu. (Inouïe distribution)

 

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« Religo » par André Da Silva (g) et Nicolas Algans (tp). Un duo guitare/trompette, voilà qui n’est pas courant. Le dernier opus de ce genre dont nous avions parlé (c’était sur le site Citizen jazz ) était un enregistrement exceptionnel, d’une grande beauté et d’une puissance d’invention admirable. Il était l’œuvre d’Airelle Besson et Nelson Veras. Le duo Religo n’atteint pas les mêmes sommets. Pourtant, voici une nouvelle fois la trompette et la guitare unis pour le meilleur. Il y a – c’est une coïncidence sans doute – ici, comme précédemment, des références à l’univers musical brésilien. Mais si ces deux œuvres ne doivent pas être comparées plus avant c’est que celle-ci est, elle aussi, d’une grande richesse et parfois d’audaces qui ne cessent d’impressionner. Parce qu’elles sont sources de si intenses émotions, de dessins de paysages colorés, de mouvements imaginaires et de danses renouvelées. Que ce soit avec quelques standards comme « Alone Together » ou « Seven Steps », dans une « revisite » des « Bancs publics » de Georges Brassens ou dans des compositions de Nicolas Algans le duo Religo a tracé un chemin riche de bonheurs musicaux. (autoproduction/distribution Socadisc)

 

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« Think Positive » par EouZGang. Je ne sais pas si le nom d’EouZGang est un choix heureux mais la musique qui nous est donnée ici, elle, l’est pour de bon. Ainsi, on me rétorquera que « Think Positive » est bien pensé. Et je me rangerai bien volontiers à ce constat. Est-ce donc un « gang » que cette formation réunie par ce singulier et parfois étrange (par son jeu si particulier, s’entend) batteur qu’est Yves Eouzan ? Autour de ses compositions habiles (au sens où elles sont l’œuvre d’une sorte d’artisan, maître de ses gestes, de ses pensées, de ses intuitions, de ses émotions, ce qui fait de chacune d’entre-elles un petit chef d’œuvre – chose assez rare pour le souligner ainsi) il a rassemblé, outre son épouse l’étonnante saxophoniste Séverine Eouzan, Daniel Gassin (p), l’excellent guitariste Yannick Robert et Rémi Bouyssière (b). « Think Positive » est un jazz, certes sans surprises renversantes, qui nous fait voyager avec beaucoup de pertinence dans un univers post-bop qui emprunte sans doute quelques chemins à Herbie Hancock, Pat Metheny ou Mike Stern, mais dans lequel on se trouve si bien. Où l’on se retrouve. (Dreamophone/Socadisc)

 

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« Golan Al Joulan vol 2 » par Hubert Dupont. Voici le deuxième volet du Golan sextet du contrebassiste Hubert Dupont sous le titre « Al Joulan » (Ultrabolic). Nous avions souligné ici tout le bien que nous pensions à « Notes de jazz » du premier chapitre. Eh bien, nous ne sommes aucunement déçu par le deuxième. Aussi foisonnant, aussi intéressant que le premier. Matthieu Donarier à la clarinette y est toujours aussi magistral et les musiciens qui entourent Hubert Dupont et son ami, qu’ils soient tunisiens, syriens, palestiniens sont tous excellents. Parce que tous ils osent : inventer eux aussi, nous emporter et peut-être se laisser « embarquer » tout autant. On se doit de les citer car leurs noms ne nous sont pas familiers, même si leur musique, d’une certaine façon, parce qu’elle est emprunte d’humanité à chaque mesure, elle, nous est proche. Ils ont donc pour noms : Ahmad Al Khatib (oud), Youssef Hbeisch (percussions), Naissam Jalal (fl) et Zied Zouari (violon). Y aura-t-il un troisième volet? On aimerait…

 

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Big Four :« Seven Years ».  Terminons ce long panorama (une fois n’est pas coutume) par un enregistrement qui vaut le détour et son pesant de courage musical ! Quand on parle ici de « courage » ce n’est pas de témérité qu’il faut entendre, même si, pourquoi pas, il pourrait y avoir de cela sans que il soit nuit pour autant à l’intelligence créatrice et au plaisir et au bonheur réunis de l’écoute. « Courage » c’est pour dire que, malgré tout, ici personne n’a vraiment peur de rien et que ces grands sauts dans le vide, ces grands bonds en avant, ces cavalcades sont autant de bonheurs musicaux. Julien Soro (as), Stéphan Caracci (vb), Fabien Debellefontaine (sousaphone) et Rafaël Koerner (dm) se sont adjoints le talent de Quenti Ghomari (tp). Ils ont en quelque sorte investi Le Triton pour cet enregistrement en public qui est de bout en bout une grande réussite. (Neuklang/ Harmonia Mundi)

 

 



Les nuits blanches de la musique

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Dans la blancheur de la nuit les rêves sont la réalité. Ils sont ce que nous vivons, ils sont notre vie. Ils sont faits de l’impalpable, de l’invisible, de chair pourtant, de vibrations, d’émotions, d’épreuves de nous-mêmes.

La musique est, avant toute chose, comme ces nuits-là, comme tous ces rêves. Elle est, aussi loin que l’on puisse s’en souvenir, la plénitude de nos sentiments, ce qui donne vie à la vie.
Comment écouter autrement la musique qu’invente le Tarkovsky Quartet de François Couturier ?

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Il ne peut en être tant l’imaginaire qu’il suscite est immédiat, tant les paysages que nous voyons comme s’ils étaient sous nos yeux, sont plus puissants, plus beaux, plus fascinants encore que ceux que nous admirons parfois en parcourant la nature.

C’est dire que cette musique sans frontières, est admirable, elle qui naît avant toutes les catégories, tous les classements pertinents ou impertinents, elle qui est davantage encore le dépassement ou la transgression de celles-ci. La musique du Tarkovsky Quartet nous offre, sans détour, souvent avec une infinie discrétion, le sentiment intime, secret parfois, d’admirer ce qu’elle fait advenir sous notre regard.

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Le dernier enregistrement de François Couturier (p, compositions), Anja Lechner (violoncelle), Jean-Marc Larché (saxophone soprano) et Jean-Louis Martinier (accordéon) s’intitule « Nuits Blanches » (ECM). Il poursuit une sorte d’hommage au cinéaste russe Andrei Tarkovsky (1932-1986) qui avait débuté en 2006 avec un disque portant le titre d’un des films de ce magnifique artiste « Nostalghia ».

L’inspiration peut-être, plus certainement le partage d’une conception de l’art comme « absolue liberté du potentiel spirituel de l’homme » (A Tarkovsky), nous offre ici une part essentielle de nous-même, nous renvoie à notre propre épreuve, à ce que nous éprouvons depuis toujours.

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Il n’est pas certain que tous les amateurs de « jazz » soient aussi sensibles que cela à cette musique. On n’y trouvera pas de « swing » et pas grand-chose à rattacher à ce que l’on entend par jazz. Peut-être seulement un taxinomie plus ou moins facile car il faut bien mettre chaque chose dans une case ! Mais de ces cloisons, il faut sortir autant que l’on a de bonnes occasions de le faire. Et si l’on n’aime pas cela, eh bien, il suffit de trouver ailleurs d’autres bonheurs. Heureusement il y en a…

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Claude Tchamitchian: « Need Eden », la beauté de tous les instants

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Voici une musique imposante. Imposante et en tout point séduisante. A la fois parce que, précisément, elle en impose et s’impose donc, et aussi à la fois parce que sa beauté est intense, riche, complexe, de tout instant.

C’est une œuvre donc de grande hauteur et, en même temps faite d’émotions qui, pour être parfaitement exprimées et maîtrisées donc, produit chez l’auditeur une sorte de sentiment de plénitude. Comme le font, seules et en tout cas de façon prépondérante pourrait-on dire, les créations artistiques exceptionnelles et de haute valeur.

 

« Need Eden » est composée de trois suites orchestrales de trois mouvements chacune. Elle est signée du contrebassiste Claude Tchamitchian sur un livret original de Christine Rollet (Label Emouvance : distribution Socadisc).

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Il est intéressant (et peut-être faudrait-il aller au-delà de ce seul « intérêt » pour mieux comprendre les raisons de cette remarque) que deux autres contrebassistes, Charles Mingus et Charlie Haden, ont eux aussi composé des « suites », compositions qui ont sans aucun doute ouvert la voie à Claude Tchamitchian. Mais ce ne sont pas non plus, les contrebassistes, les seuls à avoir tenté ce genre d’expérience. On peut au moins penser à Duke Ellington et à quelques autres.

« Need Eden » est donc une intense réussite qu’il faut découvrir libre de toute attente (et, notamment, de celles que l’on pourrait dire « du jazz » tant il est difficile de poser ici la moindre étiquette… mais comme le jazz n’en est pas une et qu’ici nous avons tenté d’en défendre une conception sans frontières, on ne s’en étonnera pas) pour en savourer toute l’intelligence et toutes les saveurs. Pour jouir en quelque sorte d’un paradis désiré, voulu, étonnant à chaque seconde.

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On doit noter que les membres du groupe qui ont participé à « Need Eden » auprès de Claude Tchamitchian sont les suivants : voix Géraldine Keller, clarinettes Catherine Delaunay et Roland Pinsard, violons Régis Huby et Guillaume Roy, batterie et percussions, Edward Perraud, guitare Rémi Charmasson, trompette Fabrice Martinez, piano Stéphan Oliva.     



Faby Medina: avec amour

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Il était temps que nous connaissions Faby Médina, qu’elle ne ne soit pas que la chanteuse de l’orchestre de Claude Bolling, qu’elle ne soit pas que choriste avec Rod Stewart, Indochine, Gérald De Palmas, Céline Dion (!), Micky Green, Didier Lockwood, Alain Jean-Marie et tant d’autres, bref, il était temps que Faby sorte de l’ombre.

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« Following Love » est son premier disque sous son nom (Dreamphone distribution Socadisc) et on y découvre une voix faite d’une intense sensibilité, sachant créer et inventer de nombreuses et vibrantes émotions.

On y trouve aussi des musiques originales … qui le sont vraiment, des standards de Gershwin (« Someone To Watch Over Me »), de Woody Herman (« Early Autumn ») ou une très belle reprise des Beatles (« Blackbird »). Tout cela sonne juste, avec une mise en place remarquable. Sans doute n’y a-t-il dans « Following Love » aucune révolution esthétique mais ce n’est pas ce que l’on attend chaque jour et à chaque instant. On trouvera ici, à chaque mesure, de vrais bonheurs, de vrais instants tous lumineux.

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Toute la musique qui nous est donnée par Faby Médina et ses accompagnateurs est ainsi comme une sorte de déclaration d’amour: au jazz, à la beauté, à la musique tout entière sans doute. Et aussi, à celles et à ceux qui l’écoutent. En partage.

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Les musiciens qui ont contribué à cet enregistrement sont:

Laurent Ganzini et Leonardo Montana (p), Yoann Fernandez (g), Alexis Bourguignon (tp), Irving Acao (sax), Stéphane Montigny (tb), Zacharie Abraham (b), Adriano Tenorio (perc.), Lukmil Perez (dm).

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Pour mieux connaître Faby Médina:

http://www.fabymedina.com/

 



Parutions récentes (et un peu moins: rattrapage chapitre 3)

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  • Aurore Voilquié Septet : « Machins choses et autres trucs très chouette »

 

Le violon d’Aurore Voilquié est l’un des plus beaux, des plus agiles mais surtout des plus sensibles qui soient. Et l’on retrouve ici, tous ces bonheurs-là.

En outre, les musiciens qui l’entourent nous réservent de belles surprises dans un univers musical qui nous emporte sans peine, allant de « M. William » de Léo Ferré et Jean-René Caussimon à « Miss Celie’s Blues » de Quincy Jones en passant par « Russian Lullaby », « The Mooche », « Machins Choses » de Serge Gainsbourg ou encore « Clopin Clopant » de Bruno Coquatrix et Pierre Dudan. Cela sonne toujours avec brio et dans ce groupe on remarque l’arrivée d’une jeune femme à la batterie et aux percussions, Julie Saury qui apporte des couleurs toutes personnelles à cet ensemble si vivant.

Aurore Voilquié chante aussi. On préfèrera cependant (peut-être par habitude) son art du violon à ses talents de chanteuse : seule nuance à propos de cet enregistrement. (Arts et Spectacles)

 

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  • M&T@L : « IK »

 

A lire le nom du groupe suivi du titre de l’album on peut se douter aussitôt qu’il y a du « Metallica » dans l’air. Et en effet, tous les titres de cet enregistrement sont librement adaptés de compositions du fameux groupe de Los Angeles par le bassiste Laurent David, le batteur Maxime Zampieri et le saxophoniste Thomas Puyssabet. C’est une musique énergique, vibrante, vivante qui a, sans conteste, sa couleur propre, celle de « M&t@l », si l’on peut le dire ainsi (essayons d’imaginer comment prononcer cela !). Et tout cela nous entraîne sans peine sur des chemins cabossés, sans issue ou débouchant sur des espaces inquiétants ou, au contraire, presque apaisés. Il y a ici beaucoup d’invention surtout, de la part de trois musiciens à qui il ne faut sans doute pas raconter d’histoires et qui cependant nous en offrent  parmi les meilleures. (Marcal Jazz/UVM Distribution)

 

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  • Hubert Dupont : « Golan /Al Joulan »

 

Le contrebassiste Hubert Dupont a réuni Youssef Hbeisch, percussionniste palestinien (riq, bendir, derboukas, perc), Ahmad Al Khatib joueur de oud, lui aussi Palestinien, la flûtiste franco-syrienne Naïssam Jalal, le violoniste tunisien Zied Zouari et le clarinettiste Matthieu Donarier pour cet enregistrement qui porte le double nom du Golan, dans sa forme anglaise et dans sa forme arabe. Ce qui constitue sans doute déjà une volonté de réunion, de jonction entre des langages différents. Pour explorer et créer plus encore de nouveaux territoires musicaux. La difficulté dans ce genre de projet est d’éviter les « clichés » de la « world music » déjà entendue. Hubert Dupont et ses amis ne tombent pas dans ce piège (mais si quelques mesures, notamment de la première plage auraient pu le faire craindre). C’est au contraire une étonnante diversité de couleurs, souvent nouvelles, surprenantes et très riches qui nous est offerte dans ce si bel enregistrement. Matthieu Donarier apporte ici toute son inventivité et peut-être surtout une capacité, en totale harmonie avec Hubert Dupont, qui permettent toutes deux de découvrir une puissance d’unité qui fait la réussite de « Golan : Al Joulan » qui s’annonce (et c’est tant mieux) comme un « vol.I ». A suivre par conséquent… (Ultrabolic/Musea distribution)

 

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  • Itamar Borochov : « Boomerang »

 

Voici un trompettiste qui nous réjouit. Itamar Borochov – un nom aux consonances peu familières certes, mais qui pourrait peut-être le devenir – possède un brio remarquable. Son deuxième album, « Boomerang, qui vient donc après « Outset » qui avait obtenu le « Best of 2014 » du New York jazz Record, et qui paraît sur le Label Laborie (distribution Socadisc) est une totale réussite (même si on avait sans doute pu se passer de quelques passages ampoulés dans la composition intitulée « Wanderer Song », seule fausse note de cet opus). Itamar Borochov a joué avec Charles Tolliver, Cecil Bridgewater, Jimmy Owens, Curtis Fuller et quelques autres et cela s’entend. Non parce qu’il aurait appris d’eux ce qui est la moindre des choses et à la portée de tout musicien habile mais parce que sa musique demeure habitée des climats de ces rencontres même si elle a ses couleurs propres et son univers à elle. Pour celles et ceux qui aiment le jazz, le monde du be bop, revisitée par l’enthousiasme d’un musicien d’aujourd’hui. Il faut décerner une mention spéciale au très beau piano de Michael King. Et ne pas oublier Avri Borochov (b, oud, sazbush et vocal) et aussi Jay Sawyer (dm).

 

             

 

 

 

 



Denis Fournier & Alexandre Pierrepont: l’alliance de la musique et du texte

Denis Fournier & Alexandre Pierrepont: l'alliance de la musique et du texte index1

 

« Traités et Accords » vise haut. Il vise juste. Alexandre Pierrepont est sans doute l’un des meilleurs écrivains de la planète « Jazz » et Denis Fournier – on l’a déjà dit ici et on le redira autant qu’il faudra – l’un des plus remarquables musiciens que l’on puisse entendre. Peut-être faut-il prêter l’écoute à l’un et un peu de son amour de la lecture à l’autre, ne serait-ce que parce que ces deux-là n’aiment pas particulièrement les feux de la rampe ou plutôt ceux des projecteurs.

Leur rencontre est donc une chance pour nous tous.

Il y a ici bien de merveilleux moments car Denis comme Alexandre sont poètes tous les deux. Et un dialogue en poésie, là où l’essentiel, ce qui est primordial, est toujours musique c’est une promesse d’émotions, de présences multiples, finalement, de bonheurs à recevoir et à partager.

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Peut-être devrait-on cependant, dans ce type de rencontre, laisser un peu moins de place aux mots. Ils ont, me semble-t-il, l’inconvénient d’être porteurs de sens dans la mesure où ils désignent souvent des « objets » extérieurs, où ils racontent ou disent quelque chose au-delà d’eux-mêmes. Et ici, ne peut-on pas dire que « Gestes et opinions des huit tribus » (troisième plage de cet enregistrement) prend une place un peu grande par rapport à la musique elle-même ? (ce qui n’est en aucune façon une critique ni du texte ni de la musique de Denis Fournier, seulement une question, non seulement d’équilibre, mais de conception et surtout vis-à-vis de nous-même car avons-nous la capacité de tout « entendre » ?)

Cette interrogation mise à part, « Traités et Accords » est une œuvre d’une grande richesse à laquelle il faut s’ouvrir et sans aucun doute revenir.

On retiendra aussi que cet album bénéficie d’une réalisation particulièrement soignée due pour une bonne part à l’excellent Georges Souche, ce qui ajoute en ces temps de dématérialisation, une dimension concrète d’une grande beauté. Ainsi, la mosaïque du labyrinthe du Minotaure, en première page du livret qui (et c’est fort précieux) comporte tous les textes d’Alexandre Pierrepont, nous invite à oser pénétrer le royaume sans retour de la poésie et de la musique. (Vent du Sud/distribution Les Allumés du Jazz)

Ici le site de Denis Fournier: http://www.denisfournier.fr/

 



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