Dernières parutions: Elodie Pasquier, Alice’s Mirror, Bruno Tocanne, M&T@L et Jason Palmer avec Round Trip trio

 Dernières parutions: Elodie Pasquier, Alice's Mirror, Bruno Tocanne, M&T@L et Jason Palmer avec Round Trip trio b_1_q_0_p_0e-300x184

 « Mona » par Elodie Pasquier, le « trouble » de la musique

 

Il n’est pas si facile de parler de la musique du très beau disque d’Elodie Pasquier qui porte le titre de « Mona » et qui est sorti il y a quelques semaines sur le Label Laborie (avec, il faut le souligner une superbe présentation du CD due au photographe Jean-Baptiste Millot, aux illustrations remarquables de Juliette Zanon et au design de Martial Muller). Ce n’est pas si aisé, parce que la constance du trouble tout au long de cet enregistrement est si intense que cette musique, comme par surprise, s’imprègne aussitôt en vous.

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La déroute est probablement le chemin d’Elodie Pasquier et comme celui-ci est sans aucun doute le meilleur que le jazz ou que la musique tout entière puisse nous donner, alors nous ne pouvons que l’emprunter, nous laisser prendre par ce mouvement incessant, parfois violent, parfois infiniment plus docile. Et surtout on ne peut s’empêcher d’être pris de « désir », épris du flot de la musique, de la clarinette d’Elodie Pasquier, des rythmes et des mélodies dont ses compagnons sont tous de magnifiques guides. On ne peut rien distinguer d’eux ou plutôt on ne peut rien en dire et surtout pas que l’un serait plus ceci et l’autre plus cela. « Mona » est un groupe et il est cela avant d’être un rassemblement de personnalités pour une occasion plus ou moins exceptionnelle.

Hilmar Jensson joue de la guitare, Fred Roudet de la trompette et du bugle, Teun Verbruggen de la batterie, des percussions et d’ « effets » et Romain Dugelay du saxophone baryton ou ténor.

« Mona » c’est comme le meilleur d’une musique libre, totalement libre et audacieuse, une musique libératrice, heureuse, joyeuse, généreuse. Pas si aisée cependant, souvent débordante : mais n’est-ce pas ainsi que l’on se devrait d’aimer, d’aimer la musique ? Sans retenue.

 

Le désordre apparent d’Alice’s Mirror Quartet

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Y a-t-il plus fertile équilibre, harmonie plus subtile et plus équilibrée que celle du désordre, celle qui renverse l’ordre pour créer un monde qui a son organisation propre ? Le Mirror Quartet du saxophoniste ténor Florent Dupuit (membre de Ping Machine) illustre da façon aigüe, comme une inébranlable fragilité que c’est bien dans le renversement, néanmoins inventif, sans ordonnancement mais sans chaos absurde que l’on peut dire des musiques qui vous emmènent loin. Loin, de l’autre côté du miroir. Qui ont d’étranges pouvoir comme celui sans doute de laisser venir à vous les régions lointaines de votre être. Lointaines sans doute, mais peut-être si proches, les premières.
Il serait ainsi absurde de vouloir décrire avec des mots, avec des phrases faites de mots, de syntaxe et de grammaire, la musique d’ « Apparent Disorder » (Le fondeur de son records). Chacun ne peut la recevoir, l’entendre, qu’au travers de sa plus intime subjectivité. Mais se plonger, se laisser emporter par elle est une expérience que l’on n’oublie plus.

(Outre Florent Dupuit qui signe toutes les compositions (sauf l’une d’entre elles intitulé « Il teatrino delle suore » de Nino Rota) les trois autres membres du quartet son Zad Dupuit (piano), Yoram Rosilio (contrebasse) et Philippe Istria (batterie).

 

 

Les chants rêvés de la mer de Bruno Tocanne

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Le texte de présentation de cet enregistrement qui fait d’entrée référence à la source de cette musique, à savoir la chanson de Robert Wyatt « Sea Song », nous dit que cette dernière est « obsédante, sensuelle et cauchemardesque à la fois. » Ceci n’est pas faux et ces qualificatifs pourraient s’appliquer à ce « Sea Song(e)s » du batteur Bruno Tocanne (Cristal Records). Evidemment « cauchemardesque » n’est pas forcément le terme le plus « sympathique » qu’on le veuille ou non. Il faut donc dire d’entrée qu’il ne reflète que très partiellement le climat de tel ou tel thème de ce disque. On devrait plutôt (car il me semble plus justement – en tout cas pour ce qu’il en est du quartet de Bruno Tocanne – que pourrait convenir quelque chose comme un « sombre onirisme » qui, somme toute, n’est pas tout à fait un cauchemar.

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Et oui, il y a ici de l’obsession – chez les musiciens mais aussi chez l’auditeur qui est souvent comme hypnotisé – et de la sensualité à tout instant.
Sophia Domancich (piano) et Rémy Gaudillat (trompette, bugle) sont au cœur de Sea Song(e)s, ils en sont l’âme battante. Tandis que Bruno Tocanne en est comme l’ordonnateur discret.
Pour ce qui me concerne (d’autres peuvent évidemment être d’un avis tout différent) je trouve que cette musique aurait sans doute mérité d’être seule, dégagée le plus souvent de tout texte, hésitant ici entre l’à peine chanté (« Nuits des armées ») et la gorge déployée (« I Danced »). Sans que tout cela apporte davantage. Au risque de perdre parfois quelque chose malgré le talent incontestable d’Antoine Läng (voix, effets, claviers). Il est toujours difficile et donc hasardeux d’associer musique et texte (l’équilibre est en lui-même un péril). Sauf dans la chanson. Et c’est ainsi que se termine l’enregistrement : par une reprise du « Sea Song » de Robert Wyatt. Comme un retour à l’origine.

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Les autres univers : M&T@L « Hurlant »

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Le trio Maxime Zampieri (batterie), Thomas Puybasset (saxophone) et Laurent David (basse) qui porte le nom étrange de M&T@L revient pour son deuxième enregistrement sous le titre de « Hurlant ». On appréciera évidemment la référence. Mais ceci pourrait bien n’être qu’une sorte de jeu.

Comme pourrait l’être cet album lui-même. Mais, disons-le d’entrée, la musique de « Hurlant » est toute réussie, faite de multiples couleurs, d’inventions maîtrisées et heureuses, enthousiasmantes.

Il faut cependant dire que « Hurlant » est inspiré des fanzines Metal Hurlant qui mêlait la bande dessinée avec le rock progressif et d’autres formes artistiques. Le CD (Label Alter Nativ/ UVM) a été composé et enregistré en une semaine au studio de la Maison des artistes de Chamonix en collaboration avec Fanny Coulm qui créait en même temps sa propre chorégraphie en interaction constante avec la musique en train de se faire, en train de surgir. (photo Raphaël Brigliadori).

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C’est certainement ainsi qu’il faut écouter ce disque : en imaginant la danse faute de l’avoir sous le regard.
Il nous est dit ici que la danse est, non pas ce qui accompagne la musique, la musique ce qui ferait la danse, mais que la danse et la musique sont tout un, qu’elles sont la même chose, le même art, faites de la même vie, la vie elle-même.
Dans les mondes étranges de M&T@L que cela hurle ou non, il y a l’air de la danse. Même les titres de chaque pièce sont des mots qui dansent, qui perdent l’équilibre et le regagnent sans cesse. Comme « Arzach et son ptéroïde », « Codex seraphinianus », « Un léopard ne peut pas changer ses taches » ou encore précisément, « Univers parallèles ». C’est ainsi, en dansant, que M&T@L nous emmène dans d’autres mondes. De nouveaux mondes.

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Round Trip Trio & Jason Palmer : une fragile perfection

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Le trio formé par le pianiste Bruno Angelini, le bassiste Mauro Gargano et le batteur Julien Augier – autrement dit le « Round Trip Trio – a invité le trompettiste Jason Palmer pour créer la musique ici enregistrée sous le titre « Travelling High » (Fresh Sound Records).

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C’est le début d’une aventure en plusieurs étapes puisque le trio a décidé d’inviter pour chacun de leurs projets à venir un musicien américain, idée imaginée par Julien Augier qui a passé douze années aux Etats-Unis dont la moitié à New York.
Jason Palmer qui inaugure donc ce voyage éclaire magnifiquement cette première étape. Il a joué avec Roy Haynes, Herbie Hancock, Wynton Marsalis, Lee Konitz, Greg Osby, et il est actuellement le trompettiste attitré de Ravi Coltrane et de Mark Turner. Le son, le phrasé, les rythmes sont toujours très beaux, superbement servis par Jason Palmer et l’ensemble du groupe est d’un équilibre parfait. Cette « perfection » n’est possible ici – ce qui n’est pas un paradoxe – que dans la mesure où, parfois, elle semble sur le point d’être perdue, abandonnée, on ne sait trop pourquoi. Ni comment non plus. Mais ce qui saisit c’est précisément cela : une sorte de fragilité et d’assurance mêlées. Là se trouve l’alchimie de ce groupe sans doute malheureusement éphémère.

 

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De Giulia Valle à « Fish Eye »: rattrapages et… vive la rentrée!

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* Giulia Valle à Perpignan (festival Jazzèbre) après Barcelone, Paris, New York, San Francisco, Vancouver, Montréal …

 

La contrebassiste et compositrice Giulia Valle, d’origine italienne mais résidant à Barcelone depuis qu’elle a cinq ans, Catalane donc, après ses succès internationaux nous offre aujourd’hui son quatrième enregistrement « Giulia Valle trio Live In San Francisco » (Discmedi). Elle est magnifiquement entourée du pianiste Marco Mezquida et du batteur David Xirgu.

Voici un enregistrement qui se distingue par une musicalité scintillante, par le jeu envoûtant d’une jeune femme et de ses deux compagnons, emprunt de mille émotions en partage.

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C’est donc avec passion l’on aimera entendre Giulia Valle au festival Jazzèbre dans quelques jours à Perpignan. On en profite pour signaler tout l’intérêt de cette manifestation qui en est à sa 29° édition et qui brille par l’inventivité de sa programmation. Bien plus passionnante que nombre d’autres festivals qui, pourtant « font la une ».
Elle est ici – on pourra en juger :

http://www.jazzebre.com/le-festival/festival-jazzebre-2017/

 

 

 

* Christian Brun, les clartés mélodieuses.

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C’était, il est vrai avant la rentrée, encore au printemps que le guitariste Christian Brun a enregistré « Melodicity » (We See Music Records) qui sortira le 6 octobre. Et cet enregistrement n’est fait que de ça : de musiques pleines de lumières, de soleils qui se lèvent, de clartés nouvelles. Même « For Those Who Stayed On The Ground » dédiée aux victimes du terrorisme est une musique où il y a sans doute plus d’espoir que de larmes. Même les titres des compositions semblent vouloir affirmer un « Temps calme » ou une bouffée d’air frais salvatrice (« A Breath Of Fresh Air »). Damien Argenteri (Fender Rhodes piano), Yoni Zelnik (Upright bass) et Manu Franchi (drums) accompagnent avec bonheur la guitare de Christian Brun.

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* Jason Miles : dix fois « Blue Is Paris »

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Le claviériste Jason Miles qui commença par être le programmateur des synthétiseurs de Miles Davis dans les années 80 (pour « Tutu » ou « Amandla ») a travaillé sur plus de 130 albums. Avec Miles donc, et aussi avec Marcus Miller, Whitney Houston, Michael Jackson, David Sanborn, Grover Washington et bien d’autres. Il a publié (c’était aussi au milieu du printemps) « Kind Of New 2 – Blue Is Paris » (Label Lightyear).

Jason Miles a composé « Blue In Paris » destiné initialement à un projet intitulé alors « Kind Of Blue 2 ». Ce thème a été inspiré par les attentats parisiens de 2015 quand le musicien faisait la promotion de son disque intitulé « Kind Of Blue » enregistré avec la trompettiste Ingrid Jensen. Et puis, il a eu cette idée de faire jouer « Blue Is Paris » dix fois par des musiciens différents qui en feraient donc des interprétations toutes différentes. On retrouve  ici quatre trompettistes, Russell Gunn, Theo Croker, Patches Stewart et Jukka Escola, et puis aussi (on ne citera pas tout le monde) Maya Azucena (voix), Gene Lake (voix), Reggie Washington (basse), Jay Rodriguez (tenor sax et clarinette basse) …

Il est impossible d’écouter ce disque comme s’il était une sorte d’expérience hors norme. C’est peut-être cependant en raison même de ce parti-pris qu’il est fascinant et comme hypnotique il est vrai. Mais c’est ce qui permet à chacun d’entre nous de plonger en soi et de trouver avec cette musique quelques paysages que nous ignorions encore, quelques émotions nouvelles. A partager.

 

 

* Les aventures africaines de Supergombo

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Si « faire voyager tout un chacun et faire danser les foules » est le but principal du groupe Supergombo créé par le bassiste Etienne Kermarc, nul ne peut douter que son ambition soit atteinte avec « Explorations » (Z Production/InOuïe distribution). Delà à ce que cela nous enchante absolument sur le plan de la création musicale il y a cependant un pas. Tout cela est vivant et même souvent vivifiant. Tout cela est entraînant, emportant. Mais pas très important sur le plan musical. Même si cette musique est fort bien bâtie, techniquement irréprochable, il semble qu’elle ne soit pas d’une créativité absolue. Il est vrai qu’il faut de belles et bonnes musiques pour tous les instants de la vie et que celle-ci est plutôt pour « la fête » que pour l’écoute et pour l’invention.
Les sources  de ce disque sont africaines, et plus rarement extrême-orientales et elles s’expriment à foison. Ce qui est fort bien. Mais on ne peut attendre d’  « Explorations » que ce qu’est cette musique, une musique pour le bonheur et le plaisir d’un instant. Il est vrai que nous avons tous besoin de ça à un moment ou un autre. On le trouvera assurément avec Supergombo. Avec, outre Etienne Kermarc, Riad Klai (g), David Doris (perc), Aurélien Joly (tp), Nacim Brahimi (sax), Wendlavim Zabsonre (dm), Romain Nassini (clav).

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* Laurent Stoutzer Praxis : les mouvements et les sons

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« Sounds Of Moves » (ACM Jazz Label/Socadisc Absilone) du groupe « Laurent Stoutzer Praxis » est un objet étrange. Mais pas étranger. Car se trouvent ici des mystères, nombreux, incertains, inatteignables mais si proches de nous, de nos émotions, de nos secrets, de nos rêves, de nos imaginations les plus incertaines.

Le guitariste Laurent Stoutzer a toujours été influencé par le rock, que ce soit celui Neil Young, de Franck Zappa ou de King Crimson et quelques autres, mais surtout et peut-être davantage encore par la musique contemporaine (Cage, Stockhausen, Reich, Ligety ou Glass). Cela habite entièrement sa musique et cela envahit l’auditeur avec à chaque note ou à chaque silence une justesse de ton sidérante.
Il faut dire combien « Sound Of Moves » nous offre une authentique « grande musique », d’une grande beauté, d’une véritable poésie.
Aux côtés de Laurent Stoutzer (guitar, live electronics) on entend ici Bruno Angelini (piano, rhodes, live electronics), Arnault Cuisinier (b) et Luc Isenmann (d).

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* Alexandre Perrot, Lande et « La Caverne »

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Le contrebassiste Alexandre Perrot a emporté littéralement ses compagnons (Quentin Ghomari tp, Ariel Tessier dm, et Julien Soro alto sax) dans une aventure d’une rare intensité. Il est vrai que pour cela il lui fallait des partenaires d’une ardeur exceptionnelle et qu’il a su les trouver parmi les meilleurs de leur génération. On ne peut que rester étourdi par la rythmique d’Ariel Tessier, incessante, foudroyante que, bien sûr Alexandre Perrot partage avec lui. Ces deux-là provoquent-ils la trompette et le saxophone ? Nul ne peut le dire. Sans doute. Même pas eux, semble-t-il. Mais tout se passe comme s’il s’agissait là d’une situation d’urgence tant tout paraît vital.  e.

Et c’est cela qui est beau dans « La Caverne » (LOO collectif), dans les inventions incessantes du quartet Lande : la musique n’y est aucunement un ornement, un moment parmi d’autres, une beauté définie par une idée qui ne serait pas elle-même dans le monde des musiciens, ni dans le nôtre, mais elle est à chaque mesure, hors toute mesure, démesure, parce qu’essentielle, première, fondatrice, renversant tout sur son passage et l’ordre des choses avant tout.

 

* « Fish Eye » : peur de rien !

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Finissons aujourd’hui en beauté. Avec « Fish Eye » (Jazzmobile) de Thierry Mariétan (g), Yoram Rosilio (b, perc) et Benoist Raffin (dm).
Il n’est pas certain que ces musiciens jouissent d’une grande notoriété à ce jour mais il serait justice que cela le soit sans tarder. On entre, dans cet enregistrement, dans un univers que l’on pourrait dire « inimaginable » si, au même moment, nous ne savions pas que ce que nous entendions là, c’était comme une part de nous-même. Et que cette musique était en son origine quelque chose qui est en chacun de nous. De façon diverse mais aussi de sorte que c’est cela qui nous réunit.

Il y a ici du free jazz, de la musique contemporaine, du blues, certainement d’autres musiques que l’on pourrait qualifier « d’originaires », qu’elles soient africaines, australes, occidentales. Elles sont du monde entier, partout où il y a quelqu’un pour les faire jaillir de ses émotions les plus intimes mais aussi les visibles si l’on veut bien, comme les poissons, garder toujours les yeux ouverts.

Peut-être n’est-il pas inutile de rassurer les indécis éventuels : il n’y a rien d’agressif dans la musique de ce trio. Ce n’est pas par la provocation, par l’interpellation des cris, qu’elle s’exprime et nous touche. C’est au contraire par une sorte d’introspection fondamentale qui, nous revoyant à nous-même, nous fait voir le monde s’un regard nouveau.

 

 

 



Soul Cages trio : les métamorphoses du jazz

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C’est un peu comme si tout recommençait. Si tout revenait toujours mais chaque fois différemment. Si le jazz était une invention permanente. Si, avec peu de choses ou bien avec beaucoup, avec tout précisément, il était capable de faire encore autre chose. Là même où l’on croyait parfois que l’on avait atteint le sommet.

Passe encore que le jazz ait su reprendre un nombre infini de fois le « Someday My Prince Will Come » de Frank Churchill composé en 1937 pour le film de Walt Disney « Blanche Neige et les sept nains » et que fut (presque toujours) une réussite. C’est autre chose de s’attaquer à des compositions que l’on doit bien considérer comme plus achevées (celles de Jean-Sébastien Bach par exemple et sans doute aurait-il fallu plus d’audaces que Jacques Loussier n’eût jamais pu en offrir mais Edouard Ferlet sans aucun doute) ou si populaires déjà, si abouties aussi il faut bien le dire, que réussir musicalement son pari semble, a priori, impossible.

yannick robert

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C’est à la musique de Sting que trois musiciens – Yannick Robert (guitares), Gilles Coquard (basse) et Cédric Affre (batterie) viennent en quelque sorte de s’attaquer. Cela nous donne ce « Soul Cages Trio » (Alien Beats Records) constitué exclusivement par dix reprises de thèmes du chanteur bassiste anglais Sting qui, il est vrai, débuta sa vie musicale publique en jouant dans des groupes de jazz et dont on sait depuis longtemps l’affinité pour cette musique. Sans doute y avait-il donc là quelques raisons plus ou moins secrètes dans la musique de Sting pour qu’elle connaisse ce destin.

Gilles Coquard

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Mais enfin, on pouvait s’attendre à quelques difficultés pour transmuer cette musique qui a séjourné si fréquemment et si longtemps au plus haut des succès populaires. Et comme en outre elle montre que le public peut avoir bon goût cela ne facilitait pas « l’affaire ».

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Pourtant « Soul Cages » est une magnifique réussite. De bout en bout, en partant de « A Thousand Years » pour parvenir jusqu’à « La Belle Dame Sans Regrets » en passant par « Englishman In New York », « Message In A Bottle », « Walking On The Moon » ou « We’ll Be Together », Yannick Robert, Gilles Coquard et Cédric Affre ont fait bien plus qu’un tour de force « technique », ils ont profité de cette sorte d’ambition qu’il y avait en eux pour créer un univers qui est le leur, pas seulement celui de leurs inspirations, mais un champ (« chant » ?) nouveau, brillant, scintillant, intense, toujours si beau que l’on aimerait que les fans du chanteur/bassiste le découvre tous et surtout (et aussi) que Sting lui-même ait l’occasion de l’aimer.

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Voici un nouvel et très bel exemple de la force du jazz à dépasser les frontières, à ne connaître aucune limite, à transformer le monde, à en porter la métamorphose incessante.

 

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Les quatre saisons de Manuel Valera

Cela commence par un tempo aussi rapide que l’éclair. C’est en tout cas l’impression que cela donne. Sans mesure. Sans mesurer. Pourquoi donc le faudrait-il ? L’impression n’est-elle pas cela qui compte quand il s’agit de musique ?

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Nous voici donc entraînés, emportés, irrésistiblement par le piano de Manuel Valera (avec ses deux compères et complices que sont le bassiste Hans Glawischnig et le batteur E.J. Strickland), par un flux d’une vitalité inouïe dans cet univers qui porte le titre peut-être ambitieux de « The Seasons » (Mavo Records).

 

Manuel Valera a fait de cet enregistrement une sorte d’hymne aux saisons. D’hymne en effet, peut-être tant les références musicales sont importantes : Vivaldi bien sûr, mais aussi Haydn, Tchaikovsky (un œuvre pour piano, précisément) et dans une autre mesure explicite Beethoven (« Symphonie Pastorale ») ou Schumann (« Symphonie Le Printemps »).

 

Manuel Valera

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Manuel Valera a ainsi composé quatre mouvements qui sont au cœur de ce disque et qui vont du Printemps à l’Hiver. Ils sont passionnants. Parce qu’ils n’ont rien d’attendu, ni de descriptif véritablement. Les images qu’ils inventent sont présentes avant toute  représentation, avant qu’elles soient constituées d’objets comme le seraient les fleurs du printemps, le soleil de l’été, les feuilles et la pluie d’automne, la glace et le vent de l’hiver, comme le seraient la naissance et la mort.

La musique de Manuel Valera est au-delà et surtout avant tout cela.

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Lorsqu’on écoute cet enregistrement, une fois entré dans le thème introductif intitulé  « Opening » (celui au tempo susdit) il est déjà trop tard pour se demander si Manuel Valera a été trop ambitieux. Parce que tout ce qui passe dès ce moment là, aussi différent que cela peut-être d’une plage à l’autre, vous emporte, vous entraîne et vous conduit à ces quatre « plages ». Et, si vous étiez encore hésitant, suspicieux ou seulement sceptique, vous vous diriez sans doute que vous aviez tort : que, plus l’ambition est grande, plus la réussite l’est aussi.
Du début à la fin de cet album la musique est toujours belle, foisonnante, riche, éclatante souvent, introspective aussi parfois (« In My Life » de Lennon et McCartney), qu’il invente ses propres saisons ou qu’il joue Cole Porter (« What Is This Called Love ») ou Leonard Cohen (« Hallelujah »). Les saisons battent en son cœur avec éclat comme dans un équilibre incertain, comme celui de la musique lorsqu’elle sait nous mener sur des chemins incertains, irrépressibles.



Bruno Schorp: la musique est une amitié

Le quartet que Bruno Schorp anime avec passion depuis les couleurs sombres ou claires de sa contrebasse est l’un des groupes les plus remarquables que l’on puisse entendre en ce moment.

Sans doute est-il fait d’excellents musiciens : le saxophoniste Christophe Panzani, le pianiste Leonardo Montana et le batteur Gautier Garrigue. Mais cela aurait-il suffit à faire de cet enregistrement si pertinemment titré « Into The World » (Shed music) une œuvre d’une aussi belle facture ?

Il y fallait non seulement l’entente (qui n’est parfois que le résultat d’une « technique ») mais bien plus encore l’amitié. En d’autres termes la compréhension, le désir : celui d’inventer ensemble encore plus que de jouer, celui de créer comme de chanter. Tout cela qui parcourt de bout en bout « Into The World ».
Les « invités » que sont le guitariste Nelson Veras (« Le lien »), la chanteuse Charlotte Wassy (le si beau « Travessia » de Milton Nascimiento) et les claviers de Tony Paeleman (« Into The World », « Katmandou » et « Louise ») ajoutent en ce sens. Comme s’ils faisaient partie de cette famille. Comme si tous étaient inséparables.

Charlotte Wassy

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Mais cela ne suffit pas à dire ce qu’est la musique de Bruno Schorp compositeur aussi de six des neuf thèmes de l’album. Même si cette « amitié » ne peut que reposer sur cette force comme sur cette sorte douceur qui semblent l’habiter de bout en bout.

On entendra ici plus les nuances, les inflexions attentives, la délicatesse, les phrases bienveillantes qu’elles soient complexes ou plus simples, répétées ou déformées, non pour dire autre chose mais comme pour pénétrer plus avant dans le monde, dans ce monde qui est fait de l’alliance de chacun avec tous. Là où précisément se trouve le règne de l’amitié.

Gautier Garrigue

Gautier Garrigue

Il est impossible ici de se tromper car personne ne peut tromper quiconque qui habite ce monde musical de son amitié.
Quel serait, de ces quatre musiciens (sept si l’on veut, c’est la même chose, on l’a déjà souligné) celui qui prendrait le pas, qui s’arrogerait ce qu’il ne pourrait revendiquer ?

C’est tout au contraire et par exemple comme si le batteur (toujours excellent Gautier Garrigue – mes lecteurs me diront qu’étant moi-même habitant de Perpignan, je ne suis pas « objectif » avec Gautier) était là pour chanter, pour conduire son jeu avec la seule discrétion que la musique requiert, que ce qu’il faut jouer, imaginer, et seulement cela, doit l’être. Connie Kay, souvent était ainsi.

 

Bruno Schorp

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Et, de chacun des acteurs d’ « Into The World » on pourrait dire la même chose. C’est là que se découvre l’intelligence de la belle musique, celle de la vérité, de la vérité du monde.

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Sun Dew: le mystère de la musique

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Plus que d’autres, il y a des musiques qui sont comme des mots ou plutôt qui, comme les vrais mots, ceux de la poésie, vous parlent. Ces musiques parlent avec des émotions ou par elles, enrichies à chaque mesure par la diversité de celles-ci. On ne sait d’où elles viennent, d’où elles proviennent – on connaît bien sûr le nom des inventeurs (les musiciens, compositeurs, interprètes, improvisateurs) mais leur mystère demeure ainsi : invisible, imperceptible en tant que tel. C’est sa manière à lui et donc à ces musiques, de nous saisir, de nous emporter.

Sun Dew est un sextet comme bâti autour d’un duo composé de la violoniste Héloïse Lefebvre et du guitariste Paul Audoynaud qui résident tous deux à Berlin depuis plus de cinq ans, ville qu’ils ont choisi – car il y a des lieux qui sont ainsi – pour les mélanges créatifs qui y règnent plus qu’ailleurs. Ils ont enregistré ce disque publié par le label Laborie dont on ne dit pas toujours suffisamment le travail intense de découverte en rassemblant Liron Ariv au violoncelle, Johannes von Ballestrem au piano et à différents claviers, Paul Santner à la contrebasse et la basse électrique et enfin Christian Tschuggnall à la batterie, aux percussions et à la « lap steel guitar ».

 

Sun Dew est bien de ces musiques qui saisissent, rares par leurs façons de s’exprimer, rares aussi par leurs puissances à nous faire vibrer et plus encore à nous donner comme une faculté décuplée d’imaginer, de nous-même créer des mondes qui sont à la fois les nôtres et peut-être pour une part ceux des musiciens.

 

Héloïse-Lefebvre-©Jean-Baptiste Millot

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Il faut aussi souligner combien le violon d’Héloïse Lefebvre est à chaque seconde étonnant : dans ses articulations, dans sa manière la plus intense de vibrer, dans sa sonorité. Cet instrument trouve ici une nouvelle voie grâce à ce que l’on pourrait dire une sorte de magicienne.

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Il serait injuste de ne pas souligner combien la guitare de Paul Audoynaud s’allie au violon et l’entraîne souvent avec une précision qui force l’admiration. Il faut dire aussi que tout le groupe, chaque musicien, a ici une place éminente. Sans doute parce que chacun assure la cohésion de l’ensemble.
S’il fallait cependant dire un regret (probablement tout personnel, c’est-à-dire sans doute non partagé et peut-être non partageable) : le thème introductif intitulé « Le penseur » (toutes les plages de cet album portent de beaux titres) n’est pas le meilleur. En tout cas, il ne donne pas une idée immédiate de la beauté de l’ensemble.

 

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Les vitalités multiples

Doit-on s’étonner de la vitalité du jazz ?

Sans doute pas, si cette appellation désigne non seulement une partie de la musique du XX° siècle mais aussi et surtout une façon de concevoir ou plutôt pourrait-on dire de vivre la musique. Et, finalement de vivre sa propre vie.

 

On retiendra aujourd’hui deux exemples de cette vitalité, de cette faculté qu’a cette musique ou plutôt ses musiciens, les musiciens en général, lorsqu’ils ne sont pas enfermés dans une seule partie de l’histoire de leur art et de la création en général. (Ce qui ne veut absolument pas dire que les autres ne soient pas de très grands artistes.)

Ces deux exemples sont :

un concert (qui était une première d’un nouveau projet mené par la contrebassiste Sarah Murcia)

et rien moins que sept enregistrements de musiciens que les Notes de jazz aiment bien. (Ce qui veut dire qu’elles ont un a priori favorable, ce qui exclut, on l’aura compris, toute objectivité… mais qui voudrait revendiquer l’objectivité dans ce petit exercice trop souvent dit « critique ».)

Sarah Murcia « Eye Balling » : c’était donc il y a quelques jours au Conservatoire de Perpignan ou à l’invitation de Jazzèbre l’association qui, dans cette ville, et dans une bonne partie de la région, propose les meilleurs concerts de jazz, Sarah Murcia était venue avec le soutien de l’ADAMI passer une semaine pour faire naître son nouveau quartet « Eye Balling ». Pour l’occasion elle était entourée du pianiste Benoît Delbecq, du saxophoniste Olivier Py et du tubiste François Thuillier. La voix mêlée de Sarah Murcia aux inventions incessantes des instruments comme à la recherche de tous les tours et détours possibles, à chaque instant, en allant ici et là chercher une émotion, une idée, une référence et, avec tout ceci inventer des couleurs inouïes, surprenantes souvent, presque familières parfois, mêler de douces images à la provocation, autrement dit à l’interpellation, voici en quelque sorte (mais les mots ont alors peu de pouvoir pour exprimer cela – comment pourraient-ils dire la musique elle-même ?) ce qu’a offert « Eye Balling ».

On soulignera qu’il y a maints et maints concerts de jazz qui sont ainsi de purs moments d’ouverture et de création. Il suffit de ne pas mettre ses pas dans ceux que nous offrent les grands festivals, les institutions « institutionnelles » qui sont par trop contraintes sans doute par leurs dimensions d’une part et d’autre part du fait d’objectifs financiers immédiats. Il faut donc que ce soit des « petites structures » qui osent comme la musique elle-même sait le faire.

 

Revendiquons désormais le désordre plutôt que l’ordre et surtout pour citer les sept enregistrements annoncés plus tôt. Ce qui signifie qu’il n’y a ici aucun classement, aucune réelle préférence. Pas davantage de ressemblance ou de parenté entre tel ou tel de ces musiques. Sinon leur capacité à nous faire rêver.

 

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ANTS par Ricardo Izquierdo (ts, ss), Mauro Gargano (b) et Fabrice Moreau (dm) (ANTS/Socadisc). Voici trois musiciens qui sont, comme Sarah et ses compères, à la pointe de l’actualité, non parce qu’ils seraient des faiseurs d’événements – ils sont trop sages et trop expérimentés pour cela – mais parce qu’ils savent que l’improvisation n’est une création que lorsqu’elle est enracinée. Alors, elle déploie ses pouvoirs, pleinement, généreusement. Ricardo Izquierdo est cubain et cela s’entend mais pas seulement par quelques éclats qui résonnent et s’aperçoivent comme le soleil de son île, plutôt par une énergie vibrante et incessante. Ses deux compagnons sont bien plus que des partenaires : chacun a la même place, le même espace d’invention. Tout ceci fait d’ANTS un intense moment musical.

 

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Yves Rousseau/Christophe Marguet 5tet « Spirit dance » : avec Fabrice Martinez (tp, flugelhorn), David Chevallier (g), Bruno Ruder (p, Fender Rhodes) et bien sûr Yves Rousseau (b) et Christophe Marguet (dm) (Cristal records). On connaît bien Rousseau et Marguet qui sont en quelque sorte sur l’avant-scène du jazz et des musiques improvisées depuis déjà longtemps. Mais c’est un peu comme s’ils étaient toujours jeunes, comme si on ne cessait de les découvrir tant ils amènent de fraîcheur à chaque nouvelle « production ». Cette fois ils se sont en quelque sorte associés comme pour véritablement inventer ensemble. A chaque instant ils y parviennent avec aisance en faisant montre d’un imaginaire inouï. Ils sont aussi remarquablement, davantage qu’accompagnés, complétés pourrait-on dire par d’excellents musiciens. (Notons ici que Bruno Ruder est sans doute, quant à lui, l’un des meilleurs pianistes de sa génération.)

 

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Antoine Galvani et « Suite astrale » : voici un projet musical dont on pouvait craindre le pire : « poème symphonique », « opéra rock » » et autres qualificatifs peu propices a priori à favoriser l’esprit du jazz. Eh bien, rien de tout ça même si tout cela s’y trouve parfois un peu. Antoine Galvani que l’on connaissait jusqu’ici plus souvent sous le pseudonyme d’Ahn Truan a réussi son pari. Pari tout aussi « décalé » a priori du jazz que les qualificatifs évoqués plus haut le laissaient penser lorsque la « Suite astrale » fut annoncée puisqu’il visait ni plus ni moins qu’à raconter une histoire – chose déjà plus que difficile et périlleuse à entreprendre -  celle précisément de son propre pseudo Ahn Truan parti dans un improbable voyage spatial. Antoine Galvani a peut-être été inspiré par les mânes de Sun Râ mais peu importe, l’entreprise musicale (pour le voyage interstellaire c’est autre chose sans doute) ne manque pas d’intérêt et on se laisse soi-même « embarquer » dans cette aventure. Peut-être aurait-elle mérité un peu plus de sobriété mais il n’est pas mal de rencontrer des musiciens qui n’ont peur de rien. Assurément Antoine Galvani qui a en projet désormais la création d’un sextet, d’un bigband et d’une partition pour un orchestre symphonique nous en remontrera sous peu. (Inouïe distribution)

 

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« Religo » par André Da Silva (g) et Nicolas Algans (tp). Un duo guitare/trompette, voilà qui n’est pas courant. Le dernier opus de ce genre dont nous avions parlé (c’était sur le site Citizen jazz ) était un enregistrement exceptionnel, d’une grande beauté et d’une puissance d’invention admirable. Il était l’œuvre d’Airelle Besson et Nelson Veras. Le duo Religo n’atteint pas les mêmes sommets. Pourtant, voici une nouvelle fois la trompette et la guitare unis pour le meilleur. Il y a – c’est une coïncidence sans doute – ici, comme précédemment, des références à l’univers musical brésilien. Mais si ces deux œuvres ne doivent pas être comparées plus avant c’est que celle-ci est, elle aussi, d’une grande richesse et parfois d’audaces qui ne cessent d’impressionner. Parce qu’elles sont sources de si intenses émotions, de dessins de paysages colorés, de mouvements imaginaires et de danses renouvelées. Que ce soit avec quelques standards comme « Alone Together » ou « Seven Steps », dans une « revisite » des « Bancs publics » de Georges Brassens ou dans des compositions de Nicolas Algans le duo Religo a tracé un chemin riche de bonheurs musicaux. (autoproduction/distribution Socadisc)

 

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« Think Positive » par EouZGang. Je ne sais pas si le nom d’EouZGang est un choix heureux mais la musique qui nous est donnée ici, elle, l’est pour de bon. Ainsi, on me rétorquera que « Think Positive » est bien pensé. Et je me rangerai bien volontiers à ce constat. Est-ce donc un « gang » que cette formation réunie par ce singulier et parfois étrange (par son jeu si particulier, s’entend) batteur qu’est Yves Eouzan ? Autour de ses compositions habiles (au sens où elles sont l’œuvre d’une sorte d’artisan, maître de ses gestes, de ses pensées, de ses intuitions, de ses émotions, ce qui fait de chacune d’entre-elles un petit chef d’œuvre – chose assez rare pour le souligner ainsi) il a rassemblé, outre son épouse l’étonnante saxophoniste Séverine Eouzan, Daniel Gassin (p), l’excellent guitariste Yannick Robert et Rémi Bouyssière (b). « Think Positive » est un jazz, certes sans surprises renversantes, qui nous fait voyager avec beaucoup de pertinence dans un univers post-bop qui emprunte sans doute quelques chemins à Herbie Hancock, Pat Metheny ou Mike Stern, mais dans lequel on se trouve si bien. Où l’on se retrouve. (Dreamophone/Socadisc)

 

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« Golan Al Joulan vol 2 » par Hubert Dupont. Voici le deuxième volet du Golan sextet du contrebassiste Hubert Dupont sous le titre « Al Joulan » (Ultrabolic). Nous avions souligné ici tout le bien que nous pensions à « Notes de jazz » du premier chapitre. Eh bien, nous ne sommes aucunement déçu par le deuxième. Aussi foisonnant, aussi intéressant que le premier. Matthieu Donarier à la clarinette y est toujours aussi magistral et les musiciens qui entourent Hubert Dupont et son ami, qu’ils soient tunisiens, syriens, palestiniens sont tous excellents. Parce que tous ils osent : inventer eux aussi, nous emporter et peut-être se laisser « embarquer » tout autant. On se doit de les citer car leurs noms ne nous sont pas familiers, même si leur musique, d’une certaine façon, parce qu’elle est emprunte d’humanité à chaque mesure, elle, nous est proche. Ils ont donc pour noms : Ahmad Al Khatib (oud), Youssef Hbeisch (percussions), Naissam Jalal (fl) et Zied Zouari (violon). Y aura-t-il un troisième volet? On aimerait…

 

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Big Four :« Seven Years ».  Terminons ce long panorama (une fois n’est pas coutume) par un enregistrement qui vaut le détour et son pesant de courage musical ! Quand on parle ici de « courage » ce n’est pas de témérité qu’il faut entendre, même si, pourquoi pas, il pourrait y avoir de cela sans que il soit nuit pour autant à l’intelligence créatrice et au plaisir et au bonheur réunis de l’écoute. « Courage » c’est pour dire que, malgré tout, ici personne n’a vraiment peur de rien et que ces grands sauts dans le vide, ces grands bonds en avant, ces cavalcades sont autant de bonheurs musicaux. Julien Soro (as), Stéphan Caracci (vb), Fabien Debellefontaine (sousaphone) et Rafaël Koerner (dm) se sont adjoints le talent de Quenti Ghomari (tp). Ils ont en quelque sorte investi Le Triton pour cet enregistrement en public qui est de bout en bout une grande réussite. (Neuklang/ Harmonia Mundi)

 

 



Les nuits blanches de la musique

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Dans la blancheur de la nuit les rêves sont la réalité. Ils sont ce que nous vivons, ils sont notre vie. Ils sont faits de l’impalpable, de l’invisible, de chair pourtant, de vibrations, d’émotions, d’épreuves de nous-mêmes.

La musique est, avant toute chose, comme ces nuits-là, comme tous ces rêves. Elle est, aussi loin que l’on puisse s’en souvenir, la plénitude de nos sentiments, ce qui donne vie à la vie.
Comment écouter autrement la musique qu’invente le Tarkovsky Quartet de François Couturier ?

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Il ne peut en être tant l’imaginaire qu’il suscite est immédiat, tant les paysages que nous voyons comme s’ils étaient sous nos yeux, sont plus puissants, plus beaux, plus fascinants encore que ceux que nous admirons parfois en parcourant la nature.

C’est dire que cette musique sans frontières, est admirable, elle qui naît avant toutes les catégories, tous les classements pertinents ou impertinents, elle qui est davantage encore le dépassement ou la transgression de celles-ci. La musique du Tarkovsky Quartet nous offre, sans détour, souvent avec une infinie discrétion, le sentiment intime, secret parfois, d’admirer ce qu’elle fait advenir sous notre regard.

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Le dernier enregistrement de François Couturier (p, compositions), Anja Lechner (violoncelle), Jean-Marc Larché (saxophone soprano) et Jean-Louis Martinier (accordéon) s’intitule « Nuits Blanches » (ECM). Il poursuit une sorte d’hommage au cinéaste russe Andrei Tarkovsky (1932-1986) qui avait débuté en 2006 avec un disque portant le titre d’un des films de ce magnifique artiste « Nostalghia ».

L’inspiration peut-être, plus certainement le partage d’une conception de l’art comme « absolue liberté du potentiel spirituel de l’homme » (A Tarkovsky), nous offre ici une part essentielle de nous-même, nous renvoie à notre propre épreuve, à ce que nous éprouvons depuis toujours.

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Il n’est pas certain que tous les amateurs de « jazz » soient aussi sensibles que cela à cette musique. On n’y trouvera pas de « swing » et pas grand-chose à rattacher à ce que l’on entend par jazz. Peut-être seulement un taxinomie plus ou moins facile car il faut bien mettre chaque chose dans une case ! Mais de ces cloisons, il faut sortir autant que l’on a de bonnes occasions de le faire. Et si l’on n’aime pas cela, eh bien, il suffit de trouver ailleurs d’autres bonheurs. Heureusement il y en a…

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Claude Tchamitchian: « Need Eden », la beauté de tous les instants

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Voici une musique imposante. Imposante et en tout point séduisante. A la fois parce que, précisément, elle en impose et s’impose donc, et aussi à la fois parce que sa beauté est intense, riche, complexe, de tout instant.

C’est une œuvre donc de grande hauteur et, en même temps faite d’émotions qui, pour être parfaitement exprimées et maîtrisées donc, produit chez l’auditeur une sorte de sentiment de plénitude. Comme le font, seules et en tout cas de façon prépondérante pourrait-on dire, les créations artistiques exceptionnelles et de haute valeur.

 

« Need Eden » est composée de trois suites orchestrales de trois mouvements chacune. Elle est signée du contrebassiste Claude Tchamitchian sur un livret original de Christine Rollet (Label Emouvance : distribution Socadisc).

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Il est intéressant (et peut-être faudrait-il aller au-delà de ce seul « intérêt » pour mieux comprendre les raisons de cette remarque) que deux autres contrebassistes, Charles Mingus et Charlie Haden, ont eux aussi composé des « suites », compositions qui ont sans aucun doute ouvert la voie à Claude Tchamitchian. Mais ce ne sont pas non plus, les contrebassistes, les seuls à avoir tenté ce genre d’expérience. On peut au moins penser à Duke Ellington et à quelques autres.

« Need Eden » est donc une intense réussite qu’il faut découvrir libre de toute attente (et, notamment, de celles que l’on pourrait dire « du jazz » tant il est difficile de poser ici la moindre étiquette… mais comme le jazz n’en est pas une et qu’ici nous avons tenté d’en défendre une conception sans frontières, on ne s’en étonnera pas) pour en savourer toute l’intelligence et toutes les saveurs. Pour jouir en quelque sorte d’un paradis désiré, voulu, étonnant à chaque seconde.

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On doit noter que les membres du groupe qui ont participé à « Need Eden » auprès de Claude Tchamitchian sont les suivants : voix Géraldine Keller, clarinettes Catherine Delaunay et Roland Pinsard, violons Régis Huby et Guillaume Roy, batterie et percussions, Edward Perraud, guitare Rémi Charmasson, trompette Fabrice Martinez, piano Stéphan Oliva.     



Faby Medina: avec amour

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Il était temps que nous connaissions Faby Médina, qu’elle ne ne soit pas que la chanteuse de l’orchestre de Claude Bolling, qu’elle ne soit pas que choriste avec Rod Stewart, Indochine, Gérald De Palmas, Céline Dion (!), Micky Green, Didier Lockwood, Alain Jean-Marie et tant d’autres, bref, il était temps que Faby sorte de l’ombre.

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« Following Love » est son premier disque sous son nom (Dreamphone distribution Socadisc) et on y découvre une voix faite d’une intense sensibilité, sachant créer et inventer de nombreuses et vibrantes émotions.

On y trouve aussi des musiques originales … qui le sont vraiment, des standards de Gershwin (« Someone To Watch Over Me »), de Woody Herman (« Early Autumn ») ou une très belle reprise des Beatles (« Blackbird »). Tout cela sonne juste, avec une mise en place remarquable. Sans doute n’y a-t-il dans « Following Love » aucune révolution esthétique mais ce n’est pas ce que l’on attend chaque jour et à chaque instant. On trouvera ici, à chaque mesure, de vrais bonheurs, de vrais instants tous lumineux.

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Toute la musique qui nous est donnée par Faby Médina et ses accompagnateurs est ainsi comme une sorte de déclaration d’amour: au jazz, à la beauté, à la musique tout entière sans doute. Et aussi, à celles et à ceux qui l’écoutent. En partage.

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Les musiciens qui ont contribué à cet enregistrement sont:

Laurent Ganzini et Leonardo Montana (p), Yoann Fernandez (g), Alexis Bourguignon (tp), Irving Acao (sax), Stéphane Montigny (tb), Zacharie Abraham (b), Adriano Tenorio (perc.), Lukmil Perez (dm).

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Pour mieux connaître Faby Médina:

http://www.fabymedina.com/

 



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