Sun Dew: le mystère de la musique

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Plus que d’autres, il y a des musiques qui sont comme des mots ou plutôt qui, comme les vrais mots, ceux de la poésie, vous parlent. Ces musiques parlent avec des émotions ou par elles, enrichies à chaque mesure par la diversité de celles-ci. On ne sait d’où elles viennent, d’où elles proviennent – on connaît bien sûr le nom des inventeurs (les musiciens, compositeurs, interprètes, improvisateurs) mais leur mystère demeure ainsi : invisible, imperceptible en tant que tel. C’est sa manière à lui et donc à ces musiques, de nous saisir, de nous emporter.

Sun Dew est un sextet comme bâti autour d’un duo composé de la violoniste Héloïse Lefebvre et du guitariste Paul Audoynaud qui résident tous deux à Berlin depuis plus de cinq ans, ville qu’ils ont choisi – car il y a des lieux qui sont ainsi – pour les mélanges créatifs qui y règnent plus qu’ailleurs. Ils ont enregistré ce disque publié par le label Laborie dont on ne dit pas toujours suffisamment le travail intense de découverte en rassemblant Liron Ariv au violoncelle, Johannes von Ballestrem au piano et à différents claviers, Paul Santner à la contrebasse et la basse électrique et enfin Christian Tschuggnall à la batterie, aux percussions et à la « lap steel guitar ».

 

Sun Dew est bien de ces musiques qui saisissent, rares par leurs façons de s’exprimer, rares aussi par leurs puissances à nous faire vibrer et plus encore à nous donner comme une faculté décuplée d’imaginer, de nous-même créer des mondes qui sont à la fois les nôtres et peut-être pour une part ceux des musiciens.

 

Héloïse-Lefebvre-©Jean-Baptiste Millot

Héloïse-Lefebvre-©Jean-Baptiste Millot

Il faut aussi souligner combien le violon d’Héloïse Lefebvre est à chaque seconde étonnant : dans ses articulations, dans sa manière la plus intense de vibrer, dans sa sonorité. Cet instrument trouve ici une nouvelle voie grâce à ce que l’on pourrait dire une sorte de magicienne.

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Il serait injuste de ne pas souligner combien la guitare de Paul Audoynaud s’allie au violon et l’entraîne souvent avec une précision qui force l’admiration. Il faut dire aussi que tout le groupe, chaque musicien, a ici une place éminente. Sans doute parce que chacun assure la cohésion de l’ensemble.
S’il fallait cependant dire un regret (probablement tout personnel, c’est-à-dire sans doute non partagé et peut-être non partageable) : le thème introductif intitulé « Le penseur » (toutes les plages de cet album portent de beaux titres) n’est pas le meilleur. En tout cas, il ne donne pas une idée immédiate de la beauté de l’ensemble.

 

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Les vitalités multiples

Doit-on s’étonner de la vitalité du jazz ?

Sans doute pas, si cette appellation désigne non seulement une partie de la musique du XX° siècle mais aussi et surtout une façon de concevoir ou plutôt pourrait-on dire de vivre la musique. Et, finalement de vivre sa propre vie.

 

On retiendra aujourd’hui deux exemples de cette vitalité, de cette faculté qu’a cette musique ou plutôt ses musiciens, les musiciens en général, lorsqu’ils ne sont pas enfermés dans une seule partie de l’histoire de leur art et de la création en général. (Ce qui ne veut absolument pas dire que les autres ne soient pas de très grands artistes.)

Ces deux exemples sont :

un concert (qui était une première d’un nouveau projet mené par la contrebassiste Sarah Murcia)

et rien moins que sept enregistrements de musiciens que les Notes de jazz aiment bien. (Ce qui veut dire qu’elles ont un a priori favorable, ce qui exclut, on l’aura compris, toute objectivité… mais qui voudrait revendiquer l’objectivité dans ce petit exercice trop souvent dit « critique ».)

Sarah Murcia « Eye Balling » : c’était donc il y a quelques jours au Conservatoire de Perpignan ou à l’invitation de Jazzèbre l’association qui, dans cette ville, et dans une bonne partie de la région, propose les meilleurs concerts de jazz, Sarah Murcia était venue avec le soutien de l’ADAMI passer une semaine pour faire naître son nouveau quartet « Eye Balling ». Pour l’occasion elle était entourée du pianiste Benoît Delbecq, du saxophoniste Olivier Py et du tubiste François Thuillier. La voix mêlée de Sarah Murcia aux inventions incessantes des instruments comme à la recherche de tous les tours et détours possibles, à chaque instant, en allant ici et là chercher une émotion, une idée, une référence et, avec tout ceci inventer des couleurs inouïes, surprenantes souvent, presque familières parfois, mêler de douces images à la provocation, autrement dit à l’interpellation, voici en quelque sorte (mais les mots ont alors peu de pouvoir pour exprimer cela – comment pourraient-ils dire la musique elle-même ?) ce qu’a offert « Eye Balling ».

On soulignera qu’il y a maints et maints concerts de jazz qui sont ainsi de purs moments d’ouverture et de création. Il suffit de ne pas mettre ses pas dans ceux que nous offrent les grands festivals, les institutions « institutionnelles » qui sont par trop contraintes sans doute par leurs dimensions d’une part et d’autre part du fait d’objectifs financiers immédiats. Il faut donc que ce soit des « petites structures » qui osent comme la musique elle-même sait le faire.

 

Revendiquons désormais le désordre plutôt que l’ordre et surtout pour citer les sept enregistrements annoncés plus tôt. Ce qui signifie qu’il n’y a ici aucun classement, aucune réelle préférence. Pas davantage de ressemblance ou de parenté entre tel ou tel de ces musiques. Sinon leur capacité à nous faire rêver.

 

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ANTS par Ricardo Izquierdo (ts, ss), Mauro Gargano (b) et Fabrice Moreau (dm) (ANTS/Socadisc). Voici trois musiciens qui sont, comme Sarah et ses compères, à la pointe de l’actualité, non parce qu’ils seraient des faiseurs d’événements – ils sont trop sages et trop expérimentés pour cela – mais parce qu’ils savent que l’improvisation n’est une création que lorsqu’elle est enracinée. Alors, elle déploie ses pouvoirs, pleinement, généreusement. Ricardo Izquierdo est cubain et cela s’entend mais pas seulement par quelques éclats qui résonnent et s’aperçoivent comme le soleil de son île, plutôt par une énergie vibrante et incessante. Ses deux compagnons sont bien plus que des partenaires : chacun a la même place, le même espace d’invention. Tout ceci fait d’ANTS un intense moment musical.

 

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Yves Rousseau/Christophe Marguet 5tet « Spirit dance » : avec Fabrice Martinez (tp, flugelhorn), David Chevallier (g), Bruno Ruder (p, Fender Rhodes) et bien sûr Yves Rousseau (b) et Christophe Marguet (dm) (Cristal records). On connaît bien Rousseau et Marguet qui sont en quelque sorte sur l’avant-scène du jazz et des musiques improvisées depuis déjà longtemps. Mais c’est un peu comme s’ils étaient toujours jeunes, comme si on ne cessait de les découvrir tant ils amènent de fraîcheur à chaque nouvelle « production ». Cette fois ils se sont en quelque sorte associés comme pour véritablement inventer ensemble. A chaque instant ils y parviennent avec aisance en faisant montre d’un imaginaire inouï. Ils sont aussi remarquablement, davantage qu’accompagnés, complétés pourrait-on dire par d’excellents musiciens. (Notons ici que Bruno Ruder est sans doute, quant à lui, l’un des meilleurs pianistes de sa génération.)

 

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Antoine Galvani et « Suite astrale » : voici un projet musical dont on pouvait craindre le pire : « poème symphonique », « opéra rock » » et autres qualificatifs peu propices a priori à favoriser l’esprit du jazz. Eh bien, rien de tout ça même si tout cela s’y trouve parfois un peu. Antoine Galvani que l’on connaissait jusqu’ici plus souvent sous le pseudonyme d’Ahn Truan a réussi son pari. Pari tout aussi « décalé » a priori du jazz que les qualificatifs évoqués plus haut le laissaient penser lorsque la « Suite astrale » fut annoncée puisqu’il visait ni plus ni moins qu’à raconter une histoire – chose déjà plus que difficile et périlleuse à entreprendre -  celle précisément de son propre pseudo Ahn Truan parti dans un improbable voyage spatial. Antoine Galvani a peut-être été inspiré par les mânes de Sun Râ mais peu importe, l’entreprise musicale (pour le voyage interstellaire c’est autre chose sans doute) ne manque pas d’intérêt et on se laisse soi-même « embarquer » dans cette aventure. Peut-être aurait-elle mérité un peu plus de sobriété mais il n’est pas mal de rencontrer des musiciens qui n’ont peur de rien. Assurément Antoine Galvani qui a en projet désormais la création d’un sextet, d’un bigband et d’une partition pour un orchestre symphonique nous en remontrera sous peu. (Inouïe distribution)

 

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« Religo » par André Da Silva (g) et Nicolas Algans (tp). Un duo guitare/trompette, voilà qui n’est pas courant. Le dernier opus de ce genre dont nous avions parlé (c’était sur le site Citizen jazz ) était un enregistrement exceptionnel, d’une grande beauté et d’une puissance d’invention admirable. Il était l’œuvre d’Airelle Besson et Nelson Veras. Le duo Religo n’atteint pas les mêmes sommets. Pourtant, voici une nouvelle fois la trompette et la guitare unis pour le meilleur. Il y a – c’est une coïncidence sans doute – ici, comme précédemment, des références à l’univers musical brésilien. Mais si ces deux œuvres ne doivent pas être comparées plus avant c’est que celle-ci est, elle aussi, d’une grande richesse et parfois d’audaces qui ne cessent d’impressionner. Parce qu’elles sont sources de si intenses émotions, de dessins de paysages colorés, de mouvements imaginaires et de danses renouvelées. Que ce soit avec quelques standards comme « Alone Together » ou « Seven Steps », dans une « revisite » des « Bancs publics » de Georges Brassens ou dans des compositions de Nicolas Algans le duo Religo a tracé un chemin riche de bonheurs musicaux. (autoproduction/distribution Socadisc)

 

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« Think Positive » par EouZGang. Je ne sais pas si le nom d’EouZGang est un choix heureux mais la musique qui nous est donnée ici, elle, l’est pour de bon. Ainsi, on me rétorquera que « Think Positive » est bien pensé. Et je me rangerai bien volontiers à ce constat. Est-ce donc un « gang » que cette formation réunie par ce singulier et parfois étrange (par son jeu si particulier, s’entend) batteur qu’est Yves Eouzan ? Autour de ses compositions habiles (au sens où elles sont l’œuvre d’une sorte d’artisan, maître de ses gestes, de ses pensées, de ses intuitions, de ses émotions, ce qui fait de chacune d’entre-elles un petit chef d’œuvre – chose assez rare pour le souligner ainsi) il a rassemblé, outre son épouse l’étonnante saxophoniste Séverine Eouzan, Daniel Gassin (p), l’excellent guitariste Yannick Robert et Rémi Bouyssière (b). « Think Positive » est un jazz, certes sans surprises renversantes, qui nous fait voyager avec beaucoup de pertinence dans un univers post-bop qui emprunte sans doute quelques chemins à Herbie Hancock, Pat Metheny ou Mike Stern, mais dans lequel on se trouve si bien. Où l’on se retrouve. (Dreamophone/Socadisc)

 

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« Golan Al Joulan vol 2 » par Hubert Dupont. Voici le deuxième volet du Golan sextet du contrebassiste Hubert Dupont sous le titre « Al Joulan » (Ultrabolic). Nous avions souligné ici tout le bien que nous pensions à « Notes de jazz » du premier chapitre. Eh bien, nous ne sommes aucunement déçu par le deuxième. Aussi foisonnant, aussi intéressant que le premier. Matthieu Donarier à la clarinette y est toujours aussi magistral et les musiciens qui entourent Hubert Dupont et son ami, qu’ils soient tunisiens, syriens, palestiniens sont tous excellents. Parce que tous ils osent : inventer eux aussi, nous emporter et peut-être se laisser « embarquer » tout autant. On se doit de les citer car leurs noms ne nous sont pas familiers, même si leur musique, d’une certaine façon, parce qu’elle est emprunte d’humanité à chaque mesure, elle, nous est proche. Ils ont donc pour noms : Ahmad Al Khatib (oud), Youssef Hbeisch (percussions), Naissam Jalal (fl) et Zied Zouari (violon). Y aura-t-il un troisième volet? On aimerait…

 

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Big Four :« Seven Years ».  Terminons ce long panorama (une fois n’est pas coutume) par un enregistrement qui vaut le détour et son pesant de courage musical ! Quand on parle ici de « courage » ce n’est pas de témérité qu’il faut entendre, même si, pourquoi pas, il pourrait y avoir de cela sans que il soit nuit pour autant à l’intelligence créatrice et au plaisir et au bonheur réunis de l’écoute. « Courage » c’est pour dire que, malgré tout, ici personne n’a vraiment peur de rien et que ces grands sauts dans le vide, ces grands bonds en avant, ces cavalcades sont autant de bonheurs musicaux. Julien Soro (as), Stéphan Caracci (vb), Fabien Debellefontaine (sousaphone) et Rafaël Koerner (dm) se sont adjoints le talent de Quenti Ghomari (tp). Ils ont en quelque sorte investi Le Triton pour cet enregistrement en public qui est de bout en bout une grande réussite. (Neuklang/ Harmonia Mundi)

 

 



Les nuits blanches de la musique

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Dans la blancheur de la nuit les rêves sont la réalité. Ils sont ce que nous vivons, ils sont notre vie. Ils sont faits de l’impalpable, de l’invisible, de chair pourtant, de vibrations, d’émotions, d’épreuves de nous-mêmes.

La musique est, avant toute chose, comme ces nuits-là, comme tous ces rêves. Elle est, aussi loin que l’on puisse s’en souvenir, la plénitude de nos sentiments, ce qui donne vie à la vie.
Comment écouter autrement la musique qu’invente le Tarkovsky Quartet de François Couturier ?

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Il ne peut en être tant l’imaginaire qu’il suscite est immédiat, tant les paysages que nous voyons comme s’ils étaient sous nos yeux, sont plus puissants, plus beaux, plus fascinants encore que ceux que nous admirons parfois en parcourant la nature.

C’est dire que cette musique sans frontières, est admirable, elle qui naît avant toutes les catégories, tous les classements pertinents ou impertinents, elle qui est davantage encore le dépassement ou la transgression de celles-ci. La musique du Tarkovsky Quartet nous offre, sans détour, souvent avec une infinie discrétion, le sentiment intime, secret parfois, d’admirer ce qu’elle fait advenir sous notre regard.

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Le dernier enregistrement de François Couturier (p, compositions), Anja Lechner (violoncelle), Jean-Marc Larché (saxophone soprano) et Jean-Louis Martinier (accordéon) s’intitule « Nuits Blanches » (ECM). Il poursuit une sorte d’hommage au cinéaste russe Andrei Tarkovsky (1932-1986) qui avait débuté en 2006 avec un disque portant le titre d’un des films de ce magnifique artiste « Nostalghia ».

L’inspiration peut-être, plus certainement le partage d’une conception de l’art comme « absolue liberté du potentiel spirituel de l’homme » (A Tarkovsky), nous offre ici une part essentielle de nous-même, nous renvoie à notre propre épreuve, à ce que nous éprouvons depuis toujours.

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Il n’est pas certain que tous les amateurs de « jazz » soient aussi sensibles que cela à cette musique. On n’y trouvera pas de « swing » et pas grand-chose à rattacher à ce que l’on entend par jazz. Peut-être seulement un taxinomie plus ou moins facile car il faut bien mettre chaque chose dans une case ! Mais de ces cloisons, il faut sortir autant que l’on a de bonnes occasions de le faire. Et si l’on n’aime pas cela, eh bien, il suffit de trouver ailleurs d’autres bonheurs. Heureusement il y en a…

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Claude Tchamitchian: « Need Eden », la beauté de tous les instants

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Voici une musique imposante. Imposante et en tout point séduisante. A la fois parce que, précisément, elle en impose et s’impose donc, et aussi à la fois parce que sa beauté est intense, riche, complexe, de tout instant.

C’est une œuvre donc de grande hauteur et, en même temps faite d’émotions qui, pour être parfaitement exprimées et maîtrisées donc, produit chez l’auditeur une sorte de sentiment de plénitude. Comme le font, seules et en tout cas de façon prépondérante pourrait-on dire, les créations artistiques exceptionnelles et de haute valeur.

 

« Need Eden » est composée de trois suites orchestrales de trois mouvements chacune. Elle est signée du contrebassiste Claude Tchamitchian sur un livret original de Christine Rollet (Label Emouvance : distribution Socadisc).

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Il est intéressant (et peut-être faudrait-il aller au-delà de ce seul « intérêt » pour mieux comprendre les raisons de cette remarque) que deux autres contrebassistes, Charles Mingus et Charlie Haden, ont eux aussi composé des « suites », compositions qui ont sans aucun doute ouvert la voie à Claude Tchamitchian. Mais ce ne sont pas non plus, les contrebassistes, les seuls à avoir tenté ce genre d’expérience. On peut au moins penser à Duke Ellington et à quelques autres.

« Need Eden » est donc une intense réussite qu’il faut découvrir libre de toute attente (et, notamment, de celles que l’on pourrait dire « du jazz » tant il est difficile de poser ici la moindre étiquette… mais comme le jazz n’en est pas une et qu’ici nous avons tenté d’en défendre une conception sans frontières, on ne s’en étonnera pas) pour en savourer toute l’intelligence et toutes les saveurs. Pour jouir en quelque sorte d’un paradis désiré, voulu, étonnant à chaque seconde.

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On doit noter que les membres du groupe qui ont participé à « Need Eden » auprès de Claude Tchamitchian sont les suivants : voix Géraldine Keller, clarinettes Catherine Delaunay et Roland Pinsard, violons Régis Huby et Guillaume Roy, batterie et percussions, Edward Perraud, guitare Rémi Charmasson, trompette Fabrice Martinez, piano Stéphan Oliva.     



Faby Medina: avec amour

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Il était temps que nous connaissions Faby Médina, qu’elle ne ne soit pas que la chanteuse de l’orchestre de Claude Bolling, qu’elle ne soit pas que choriste avec Rod Stewart, Indochine, Gérald De Palmas, Céline Dion (!), Micky Green, Didier Lockwood, Alain Jean-Marie et tant d’autres, bref, il était temps que Faby sorte de l’ombre.

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« Following Love » est son premier disque sous son nom (Dreamphone distribution Socadisc) et on y découvre une voix faite d’une intense sensibilité, sachant créer et inventer de nombreuses et vibrantes émotions.

On y trouve aussi des musiques originales … qui le sont vraiment, des standards de Gershwin (« Someone To Watch Over Me »), de Woody Herman (« Early Autumn ») ou une très belle reprise des Beatles (« Blackbird »). Tout cela sonne juste, avec une mise en place remarquable. Sans doute n’y a-t-il dans « Following Love » aucune révolution esthétique mais ce n’est pas ce que l’on attend chaque jour et à chaque instant. On trouvera ici, à chaque mesure, de vrais bonheurs, de vrais instants tous lumineux.

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Toute la musique qui nous est donnée par Faby Médina et ses accompagnateurs est ainsi comme une sorte de déclaration d’amour: au jazz, à la beauté, à la musique tout entière sans doute. Et aussi, à celles et à ceux qui l’écoutent. En partage.

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Les musiciens qui ont contribué à cet enregistrement sont:

Laurent Ganzini et Leonardo Montana (p), Yoann Fernandez (g), Alexis Bourguignon (tp), Irving Acao (sax), Stéphane Montigny (tb), Zacharie Abraham (b), Adriano Tenorio (perc.), Lukmil Perez (dm).

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Pour mieux connaître Faby Médina:

http://www.fabymedina.com/

 



Parutions récentes (et un peu moins: rattrapage chapitre 3)

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  • Aurore Voilquié Septet : « Machins choses et autres trucs très chouette »

 

Le violon d’Aurore Voilquié est l’un des plus beaux, des plus agiles mais surtout des plus sensibles qui soient. Et l’on retrouve ici, tous ces bonheurs-là.

En outre, les musiciens qui l’entourent nous réservent de belles surprises dans un univers musical qui nous emporte sans peine, allant de « M. William » de Léo Ferré et Jean-René Caussimon à « Miss Celie’s Blues » de Quincy Jones en passant par « Russian Lullaby », « The Mooche », « Machins Choses » de Serge Gainsbourg ou encore « Clopin Clopant » de Bruno Coquatrix et Pierre Dudan. Cela sonne toujours avec brio et dans ce groupe on remarque l’arrivée d’une jeune femme à la batterie et aux percussions, Julie Saury qui apporte des couleurs toutes personnelles à cet ensemble si vivant.

Aurore Voilquié chante aussi. On préfèrera cependant (peut-être par habitude) son art du violon à ses talents de chanteuse : seule nuance à propos de cet enregistrement. (Arts et Spectacles)

 

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  • M&T@L : « IK »

 

A lire le nom du groupe suivi du titre de l’album on peut se douter aussitôt qu’il y a du « Metallica » dans l’air. Et en effet, tous les titres de cet enregistrement sont librement adaptés de compositions du fameux groupe de Los Angeles par le bassiste Laurent David, le batteur Maxime Zampieri et le saxophoniste Thomas Puyssabet. C’est une musique énergique, vibrante, vivante qui a, sans conteste, sa couleur propre, celle de « M&t@l », si l’on peut le dire ainsi (essayons d’imaginer comment prononcer cela !). Et tout cela nous entraîne sans peine sur des chemins cabossés, sans issue ou débouchant sur des espaces inquiétants ou, au contraire, presque apaisés. Il y a ici beaucoup d’invention surtout, de la part de trois musiciens à qui il ne faut sans doute pas raconter d’histoires et qui cependant nous en offrent  parmi les meilleures. (Marcal Jazz/UVM Distribution)

 

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  • Hubert Dupont : « Golan /Al Joulan »

 

Le contrebassiste Hubert Dupont a réuni Youssef Hbeisch, percussionniste palestinien (riq, bendir, derboukas, perc), Ahmad Al Khatib joueur de oud, lui aussi Palestinien, la flûtiste franco-syrienne Naïssam Jalal, le violoniste tunisien Zied Zouari et le clarinettiste Matthieu Donarier pour cet enregistrement qui porte le double nom du Golan, dans sa forme anglaise et dans sa forme arabe. Ce qui constitue sans doute déjà une volonté de réunion, de jonction entre des langages différents. Pour explorer et créer plus encore de nouveaux territoires musicaux. La difficulté dans ce genre de projet est d’éviter les « clichés » de la « world music » déjà entendue. Hubert Dupont et ses amis ne tombent pas dans ce piège (mais si quelques mesures, notamment de la première plage auraient pu le faire craindre). C’est au contraire une étonnante diversité de couleurs, souvent nouvelles, surprenantes et très riches qui nous est offerte dans ce si bel enregistrement. Matthieu Donarier apporte ici toute son inventivité et peut-être surtout une capacité, en totale harmonie avec Hubert Dupont, qui permettent toutes deux de découvrir une puissance d’unité qui fait la réussite de « Golan : Al Joulan » qui s’annonce (et c’est tant mieux) comme un « vol.I ». A suivre par conséquent… (Ultrabolic/Musea distribution)

 

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  • Itamar Borochov : « Boomerang »

 

Voici un trompettiste qui nous réjouit. Itamar Borochov – un nom aux consonances peu familières certes, mais qui pourrait peut-être le devenir – possède un brio remarquable. Son deuxième album, « Boomerang, qui vient donc après « Outset » qui avait obtenu le « Best of 2014 » du New York jazz Record, et qui paraît sur le Label Laborie (distribution Socadisc) est une totale réussite (même si on avait sans doute pu se passer de quelques passages ampoulés dans la composition intitulée « Wanderer Song », seule fausse note de cet opus). Itamar Borochov a joué avec Charles Tolliver, Cecil Bridgewater, Jimmy Owens, Curtis Fuller et quelques autres et cela s’entend. Non parce qu’il aurait appris d’eux ce qui est la moindre des choses et à la portée de tout musicien habile mais parce que sa musique demeure habitée des climats de ces rencontres même si elle a ses couleurs propres et son univers à elle. Pour celles et ceux qui aiment le jazz, le monde du be bop, revisitée par l’enthousiasme d’un musicien d’aujourd’hui. Il faut décerner une mention spéciale au très beau piano de Michael King. Et ne pas oublier Avri Borochov (b, oud, sazbush et vocal) et aussi Jay Sawyer (dm).

 

             

 

 

 

 



Denis Fournier & Alexandre Pierrepont: l’alliance de la musique et du texte

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« Traités et Accords » vise haut. Il vise juste. Alexandre Pierrepont est sans doute l’un des meilleurs écrivains de la planète « Jazz » et Denis Fournier – on l’a déjà dit ici et on le redira autant qu’il faudra – l’un des plus remarquables musiciens que l’on puisse entendre. Peut-être faut-il prêter l’écoute à l’un et un peu de son amour de la lecture à l’autre, ne serait-ce que parce que ces deux-là n’aiment pas particulièrement les feux de la rampe ou plutôt ceux des projecteurs.

Leur rencontre est donc une chance pour nous tous.

Il y a ici bien de merveilleux moments car Denis comme Alexandre sont poètes tous les deux. Et un dialogue en poésie, là où l’essentiel, ce qui est primordial, est toujours musique c’est une promesse d’émotions, de présences multiples, finalement, de bonheurs à recevoir et à partager.

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Peut-être devrait-on cependant, dans ce type de rencontre, laisser un peu moins de place aux mots. Ils ont, me semble-t-il, l’inconvénient d’être porteurs de sens dans la mesure où ils désignent souvent des « objets » extérieurs, où ils racontent ou disent quelque chose au-delà d’eux-mêmes. Et ici, ne peut-on pas dire que « Gestes et opinions des huit tribus » (troisième plage de cet enregistrement) prend une place un peu grande par rapport à la musique elle-même ? (ce qui n’est en aucune façon une critique ni du texte ni de la musique de Denis Fournier, seulement une question, non seulement d’équilibre, mais de conception et surtout vis-à-vis de nous-même car avons-nous la capacité de tout « entendre » ?)

Cette interrogation mise à part, « Traités et Accords » est une œuvre d’une grande richesse à laquelle il faut s’ouvrir et sans aucun doute revenir.

On retiendra aussi que cet album bénéficie d’une réalisation particulièrement soignée due pour une bonne part à l’excellent Georges Souche, ce qui ajoute en ces temps de dématérialisation, une dimension concrète d’une grande beauté. Ainsi, la mosaïque du labyrinthe du Minotaure, en première page du livret qui (et c’est fort précieux) comporte tous les textes d’Alexandre Pierrepont, nous invite à oser pénétrer le royaume sans retour de la poésie et de la musique. (Vent du Sud/distribution Les Allumés du Jazz)

Ici le site de Denis Fournier: http://www.denisfournier.fr/

 



Dernières parutions (suite): rattrapage chapitre 2

Voici sans doute la « chronique » la plus embarrassante qu’il me fut jamais donné d’écrire. Je me demande d’ailleurs en cet instant si je ne devrais pas m’arrêter ici même.

« Embarrassante » cette « chronique » car il y a dans tous ces enregistrements (cinq au total) beaucoup de choses très belles, saisissantes, intéressantes (ce n’est pas tout à fait pareil) et aucun ratage.

Il n’est pas question de procéder à un classement quelconque qui serait stupide, à des comparaisons qui ainsi n’auraient aucune raison et surtout aucune pertinence. Le vrai risque est en revanche de se répéter et ainsi, finalement, de ne rien dire ou à peu près. Pourtant, et peut-être aussi à cause de cela, parce que j’ai découvert certains des musiciens à l’occasion de ces disques, il ressort de cet ensemble que la créativité est loin d’être morte, loin même de s’apaiser tant on entend de puissance, de forces, parfois aussi de colère dans ces musiques.

Bref, je suis déjà en train de les présenter indistinctement et c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire, ni pour les lecteurs de ces lignes, ni bien sûr, et encore moins, pour les musiciens eux-mêmes.

Changeons donc de perspective :

 

Laurent Bonnot : Hermit’s Dream (Label Durance/distribution Orkhêstra International) :

Laurent  Bonnot est bassiste électrique et il s’est entouré de musiciens très talentueux : Serge Lazarevitch (g), Laurent Dehors (cl et cl b) et Médéric Collignon (tp). Bonnot tient une place aussi pertinente qu’elle est souvent discrète alors qu’une écoute attentive montre combien il « dirige » cet opus avec intelligence. Il faut dire (redire) que ceux qui ici l’accompagnent savent écouter, s’écouter et inventer de belles musiques. Hermit’s Dream est l’affaire d’une véritable « équipe » avec un leader qui joue un vrai rôle de  catalyseur, assurant la synthèse des belles sonorités et des images souvent très originales de ses trois compagnons.

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Christophe Rocher/Ensemble Nautilis : Regards de Breizh (Innacor/L’autre distribution) :

Cet enregistrement est le fruit de ce que ses auteurs ont appelé un « photo-concert », l’ensemble Nautilis inventant ses propres musiques à partir de photographies de Guy Le Querrec, toutes prises en Bretagne dans les années soixante-dix (en tout cas pour les sept d’entre elles qui figurent dans le livret de ce disque). Ce type de création se multiplie et c’est très bien car elles ont au moins pour conséquence de nous faire voir que l’art est unique et que les catégories, là comme ailleurs, doivent être franchies, que les barrières doivent être abaissées et les différences respectées et cependant réunies. On entend ici, dans une formation qui comprend en tout sept musiciens et une musicienne, (Christophe Rocher étant lui-même clarinettiste) et à laquelle ont été invités Jacky Molard (vl) et Hélène Labarrière (b) plus d’échos de l’Art Ensemble Of Chicago que de la musique traditionnelle bretonne. C’est là, assurément, un bon choix. Et comme la colère des « Hommes forts » pour ne citer que cette plage (en Bretagne il y en a encore et très belles) qu’elle laisse souvent la place à des compositions apaisées et apaisantes, Regards de Breizh s’avère une belle expérience, ici – on le comprendra – toutefois plus sonore que visuelle.

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Free Human Zoo : Freedom, Now ! (Ex-tension-seventh records/Pias Harmonia Mundi) :

Il y a ici, disons-le tout de suite, quelques belles surprises. « Surprises », parce que je ne savais rien de ce projet bien que (si je m’étais informé j’aurais pu le savoir, Free Human zoo avait sorti un premier enregistrement en 2014) jusqu’à ce qu’il arrive jusqu’à moi sous la forme d’un courrier qui pour être, et c’est bien normal, promotionnel était cependant rédigé avec une sorte d’humanité assez rare dans ce domaine. Cela peut d’ailleurs présager du meilleur mais aussi parfois… enfin, pas toujours. Eh bien, Freedom, Now ! est une belle réussite elle aussi. Elle est probablement due à l’inventivité et à l’imagination généreuse de Gilles Le Rest (batteur, percussionniste, vocaliste et compositeur). Il est entouré notamment de Samy Thiebault (st, fl) et d’excellents guitaristes (Matthieu Rosso et sur le titre éponyme Dan Decrauze). On doit souligner aussi le talent de tous les musiciens de ce groupe et notamment celui du tromboniste et arrangeur Laurent Skoczek. Tout cela est assez vivifiant, réjouissant, audacieux : en un mot on pourrait dire vivant. Est-ce à dire « libre » ? Assurément !

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Marc Boutillot Quartet : Lumières sur la nuit (Classiquez/Chanteloup Musique/UMV distribution) :

C’est pour des sonorités si originales qu’on pourrait les dire incroyables, celles de la clarinette et de la clarinette basse de Marc Boutillot que vaut le plus Lumières sur la nuit. Ce beau titre est à l’image de ce beau disque, de cette musique inattendue et parfois sombre, nocturne comme son nom l’indique, claire comme il le dit aussi. Marc Boutillot est aussi le compositeur des treize plages du CD. La composition est sans doute la chose la plus difficile qui soit et cette musique qui a été imaginée pour être celle d’un film n’est pas toujours égale.

(Il faut noter que c’est le cas de tous les disques de cette chronique : chaque « pièce » peut retenir plus ou moins l’attention, susciter plus ou moins l’émotion. Mais quoi de plus normal ! Chez tous les plus grands musiciens de jazz (et pas seulement) c’est aussi le cas).

Il y a ici, même si l’image est facile et convenue de ma part, de si beaux scintillements et une nuit si sombre, si claire aussi, que Marc Boutillot, Leonida Fava (g), Philippe Monge (b) et Julien Augier (dm), nous enchantent.

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Schwab Soro : Volons ! (Neuklang/Distribution Harmonia Mundi) :

Schwab Soro cela devient une sorte de « concept » : on finit par ne plus dissocier le bassiste (le premier, prénommé Raphaël) du second, saxophoniste alto (prénommé Julien). Leur premier disque portait comme titre leurs deux noms et rien d’autre. Il a obtenu toutes les louanges et a échappé complètement à tort à ces prétendues « Notes de jazz ». Ces deux musiciens qui travaillent aussi dans l’excellent « Ping Machine » sont formidables. On pourrait les écouter en boucle que l’on découvrirait toujours quelque chose de nouveau. Dans leur musique mais aussi en nous. Leur union semble totale, tant sur le plan technique bien sûr (c’est en tout cas ce que l’on attend tout naturellement) mais aussi – cette fois encore – dans l’inventivité d’une musique incomparable. Que l’on ne me demande pas de la décrire (les mots de toute façon ne sont pas capables de cela), de la mettre en regard avec d’autres réalisations (je trouve l’exercice sans intérêt et dans certains cas plus erratique qu’autre chose : il y a d quoi se fourvoyer dans ce genre d’exercice). Qu’on l’écoute ! Voilà tout ! Et peut-être saurons nous un peu ce que c’est que voler comme des oiseaux.

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Dernières parutions: rattrapage chapitre 1

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« Correspondances » de François Raulin et Stephan Oliva (Abalone/L’autre distribution)
Cela fait déjà près de vingt-ans que François Raulin et Stephan Oliva ont fait se rencontrer leurs pianos. De ces désormais cinq « expériences » communes, toutes ont été des moments, non seulement réussis, mais importants et vibrants, généreux et imaginatifs, créatifs et harmonieux, surprenants et rassurants (comme la musique peut et doit « rassurer », nous mettre en accord avec nous-mêmes et le monde).
« Correspondances » est peut-être de tous les enregistrements de ce duo le plus remarquable.
On peut se demander comment une telle entente est possible, comment une telle esthétique peut se construire, semblant apparaître au moment-même où nous la découvrons (c’est ainsi que s’abolit toute distance entre la musique, les musiciens et l’auditeur : par conséquent, sidéré, saisi, emporté).
Mais la question est, de toute évidence inutile : elle n’aurait de sens que si, précisément, il y avait ici ou là, une faille. Et, s’il y en a, (pour tel ou tel auditeur, pour tel musicien, on ne peut guère douter qu’il en soit ainsi), c’est un peu comme si elle faisait partie du « paysage » : peut-on imaginer un monde sans fêlure, lisse et sans aspérité ? Il serait « parfait » et aurait ainsi sans doute perdu sa propre vérité.

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François Raulin et Stephan Oliva rendent ici quelques hommages : à Martial Solal, à Emma Bovary (seul personnage imaginaire de la « liste » mais pas le moins « réel » peut-être), comme à Ligeti, Randy Weston, Hermeto Pascoal, Jean-Jacques Avenel, Igor Stravinsky et Duke Ellington tous les deux réunis. Ils parlent avec Henri Dutilleux ou le compositeur américain Conlon Nancarrow. Ils n’oublient ni Paul Bley, ni des chanteuses aussi étonnantes elles-mêmes que Linda Sharrock (dont on se souvient peut-être de beaux enregistrements et d’aussi beaux concerts avec un autre pianiste qui ne se trouverait pas mal en compagnie de ces deux-là, Eric Watson).
Et puis, ils finissent par saluer un très grand musicien, bien trop oublié, Bix Beiderbecke.
Et nous, nous voici avec un grand bonheur musical.

« Paysage, avec bruits » de Marc Ducret & Journal Intime (Abalone/L’autre distribution)
On vante souvent la rigueur exigeante de Marc Ducret. On applaudit sa rencontre avec le trio de cuivres de Sylvain Bardiau (tp), Matthias Mahler (tb) et Frédéric Gastard (saxophone basse). Mais c’est être très au-dessous de la réalité. On n’atteint pas – c’est évident – un aussi intense niveau musical sans ces qualités-là (exigence, rigueur, ambition, même pourrait-on dire). Mais la musique – peut-être faudrait-il dire « les musiques » – que nous a donné (nous ont donné) Marc Ducret et Journal intime nous ont toujours emporté vers des mondes que nous ne connaissions pas : ils nous ont ouvert les yeux et surtout tous les sens, les plus « évidents », les plus secrets et, précisément pourrait-on dire, les plus « intimes ».

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« Paysage, avec bruits » ne fait pas exception : en quatre plages dont les titres sont eux-mêmes des promesses de poèmes (« La Renarde », « Kumiho », « Un vent violent », « Presque une île ») ils nous emmènent vers des contrées que nous pensions lointaines et dont nous découvrons qu’elles sont en nous, qu’elles sont nous.

« Petra » de Luca Aquino avec le Jordianian National Orchestra (Talal Abu-Ghazaleh International Records/Bonsai Booking & Management)
Disons-le d’entrée – ce n’est pas le plus important mais il faut le souligner – ce disque est une sorte de « construction » dont on aurait par conséquent pu craindre qu’il ne soit pas une réussite musicale. « Petra » est en effet un « projet » du bureau de l’UNESCO à Amman, l’organisation du docteur Talal Abu-Ghazaleh, l’association de l’Orchestre national Jordanien et les autorités régionales de Petra pour le développement et le tourisme (PDTRA). Tout cela dans le cadre de la campagne mondiale de l’UNESCO #Unite4Heritage.

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On pouvait donc craindre le pire et on a pourtant presque le meilleur : en tout cas un excellent moment musical, assez radical, inventif, audacieux pour que l’on se réjouisse de cette musique souvent étonnante. Loin d’une « world music » aussi inventive soit-elle. Il faut à coup sûr en attribuer le mérite au trompettiste italien Luca Aquino (également compositeur) et à son trio (Carmine Casale, accordéon et Sergio Casale flûte et arrangements). Mais aussi aux musiciens de dix nationalités qui ont concouru à la beauté, souvent puissante, parfois aussi apaisante, de « Petra ».

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Le fracas alentour apparaît cependant comme d’autant plus insensé : comment peut-on réaliser des merveilles et faire couler le sang presque d’un seul mouvement ? Une telle musique – celle de « Petra » bien sûr, nous fait malheureusement voir la guerre de façon peut-être encore plus terrible que nous aurions pu jusque-là le croire. Et nous savons désormais (faut-il s’en étonner ?) que les horreurs du monde sont plus noires que nous ne pouvions l’imaginer. Il est des moments où la musique ne peut nous consoler. C’est là, sans doute, la seule limite d’un tel « projet ».



Sarah Lenka: la joie de Bessie Smith

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Ce fut la première de toutes les grandes chanteuses de jazz. On la surnomma « L’impératrice ». Pouvait-on faire mieux, pouvait-on faire davantage ?

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Bessie Smith est aujourd’hui, pour des raisons sur lesquelles il es inutile de s’étendre, passée « à la postérité » : elle n’est devenue, le plus souvent qu’une référence « historique », éclipsée par Billie, Ella et tant d’autres et qui appartiennent à d’autres générations.

 

C’est donc une joie de voir qu’une jeune et talentueuse chanteuse française comme Sarah Lenka vient de consacrer à Bessie Smith (1894 -1937) un si beau disque !

Si beau, parce qu’empreint de joie de vivre, d’intelligence et même de méticulosité musicale, d’une réalisation absolument impeccable (beaucoup de studios majors devraient en prendre de la graine).
Si beau, parce que Sarah Lenka, sans vouloir égaler Bessie, lui donne tout son cœur, toute son âme, toute la poésie dont elle est capable, douée qu’elle est d’une immense et intense générosité.

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Intitulé « I dont dress fine » (jazzz&people) ce disque est un véritable petit joyau. Et s’il permet de découvrir ou de redécouvrir Bessie Smith, et bien, c’est encore mieux…

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Avec Sarah Lenka (voix), Fabien Mornet (banjo, dobro), Taofik Farah (guitare nylon), Manuel Marchès (contrebasse), Malo Mazurié (trompette, bugle), Ben L’Oncle Soul apparaît sur « Far Away Blues » avec l’aimable autorisation d’Universal Music

 



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